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 Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace

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Ludwig / Allemagne

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MessageSujet: Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace   Lun 7 Mar - 11:54


    Mais maintenant
    il faut effacer la guerre
    et appeler la paix.
    Ludivine (de Belgique), 14 ans.



    Il faisait bien froid pour un mois de juin, à moins que ce ne soit son mental qui influe sur sa température interne. Ludwig n'en sait trop rien et ne souhaite peut-être pas connaître la véritable réponse. Car la vérité blesse, même quand elle s'attache à de petits faits.

    Il ne peut pas croire que des voix résonnent autour de lui alors qu'auparavant on chuchotait tout bas en ces lieux. Ou alors on criait. On hurlait sa peur, sa colère, on hurlait pour se dire qu'on existait, on hurlait pour soumettre l'autre à sa merci. Mais il n'y avait pas d'échange amical comme aujourd'hui, pas de formules de politesse sincère.

    Il était probable, et même certain, que Ludwig n'avait pas à se trouver là. Il s'était invité sans que personne ne lui en donne l'autorisation, tel un pique-assiette qui s'incruste dans une fête pour profiter du banquet. Mais l'Allemagne n'avait nullement agi par profit. Il voulait juste le voir, juste poser son regard sur ce petit homme qu'il n'avait peut-être pas assez aimé. Il est tellement dur d'être une nation et de jouer le rôle de père en même temps.

    La foule protège l'Allemand, le soustrayant aux regards tandis qu'il cherche cette petite tête blonde parmi les costumes noirs. Lui-même ne sait pas comment réagir l'Alsace en le voyant ici. Peut-être tâchera-t-il de l'ignorer, signifiant qu'il l'avait à jamais effacé de sa vie. Peut-être soutiendrait-il son regard, irait jusqu'à lui rappeler tout ce que son « père » lui avait infligé. Ou peut-être, tout simplement et aussi cruelle que cette vision peut l'être, peut-être Ludwig verrait le petit Mieg sourire, rire, alors que la France le prenait dans ses bras. Après tout qui mieux que Francis sait aimer ?

    Alors que la foule chuchote le nom du président français, Ludwig détourne la tête se doutant que la France serait aux côtés de son dirigeant. Il ne voulait être ni vu d'Alsace, ni vu de France. Même si ce dernier s'était bien rapproché de lui, il ne supporterait pas de lui parler ici. Car, d'une façon ou d'une autre, ils en viendraient à parler de Mieg et il voulait éviter ce sujet.

    Et il fallut que son regard croise celui d'un autre blond.

    Il était là le petit Mieg, presque indiscernable dans la foule qui avançait lentement pour entendre le discours du président français. Un enfant parmi tant d'autres qui avaient été menés ici par leur famille pour assister à l'inauguration. Sauf qu'il n'y avait aux côtés de Mieg ni père, ni mère. Pas même un oncle ou une tante. Pas même un ami de la famille. C'était juste un enfant seul dans la trouée formée par la foule, planté en face de celui qu'auparavant il avait appelé « Vati ».

    Ludwig se mit à avoir peur de cet enfant. Peur de sa réaction, peur des mots blessants qui pouvaient lui infliger. Pourtant la guerre était loin n'est-ce pas ? Celle de 1870, la Grande Guerre, la Seconde, et toutes les autres. C'était déjà loin pour un humain, ça l'était encore plus pour une nation, non ? Mais les guerres on les avait délogés de la poussière des archives, on leur consacrait un mémorial pour ne pas les oublier. On célébrait aujourd'hui cette construction. Alors non les guerres n'étaient pas loin. Elles étaient juste là dans le mémorial qui était face à eux. Et dans le camp de Struthof qu'il leur suffisait de voir en tournant la tête.

    - Guten Tag Mieg.

    L'Allemand n'osait pas toucher l'enfant, même en lui tapotant amicalement la tête. Qui aurait cru que l'Alsace le terrifierait tant un jour ? Alors il lui tendit la main, comme s'il s'adressait à un grand garçon, à un adulte.

    - Comment tu vas ? Franz n'est pas avec toi ?

    Il était fini le temps où il pouvait le nommer affectueusement « Sohn ».


Citation :
Notes :
• La citation provient d'une signature sur le Livre d'Or du Mémorial lisible ici.
• "Sohn" : fils en allemand

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MessageSujet: Re: Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace   Jeu 10 Mar - 22:19


Après quelques années à construire ce monument, Mieg se demandait si cela n'avait pas été une simple entreprise masochiste de plus. Il y'avait tellement de monuments, de musées, d'édifices en l'honneur de cette guerre, pourquoi avait-il ressenti le besoin irrépressible d'avoir le sien ? SON mémorial ? Pour se souvenir à son tour de toutes les atrocités qui avaient étés commises par son peuple ? Peut-être... ce n'était pas pour rien qu'une grande partie était destiné à Oradour-sur-Glanes.. Limousin lui en voulait encore pour le massacre de ce village qui avait été perpétré en grande partie par des 'Malgré-nous'. Bien sûr qu'il s'en voulait, tellement, mais il ne pouvait pas faire autre chose que baisser la tête en prétextant que ce n'était pas sa faute, pas vraiment, qu'il avait été obligé de le faire, ce n'était pas son choix, jamais. Il faut toujours reculer et ne jamais réellement affronter le pire en face, c'est ce qu'on dit. Que se passerait-il si les 'Malgré nous' étaient en fait des enrôlés volontaires ?

Engoncé dans son costume du dimanche, celui qui grattait la nuque, celui qu'il ne sortait jamais car il préférait rester dans ces habits qu'il avait toujours. Les mêmes depuis tant d'années, cette chemisette, cette culotte courte et les bretelles. Ou, lors des grandes occasions, le costume régional qui le rendait trop sérieux, trop austère. Mais, ça... non, il ne supportait pas ces uniformes et ces étalages de beau linge, ils étaient tous beau, bien coiffés pour l'occasion, les poils léchés et la mine grave en essayant de ne pas bailler à l'idée du long discours sur l'importance de la mémoire auquel ils allaient avoir le droit. Rémi serait bien resté quelque part à Strasbourg, mais il était tenu d'assister à l'inauguration du monument et cela... lui faisait mal. C'était comme ces monuments aux morts que l'on trouvait dans chaque village sur lesquels ont avait gravé une longue liste de nom et un petit 'A nos morts'. Lorsqu'il se promenait le long des collines en passant de hameaux en hameaux, il pouvait de temps en temps voir quelques tombes qui devaient former le cimetière communal et sur lesquelles ont pouvait voir gravé avec une sorte d'ironie mordante 'Mort pour la France'. Les Alsaciens n'avaient aucunement le droit à cette nomination, ils étaient morts, oui, comme tous ces soldats. Mais ils étaient décédés sous l'uniforme ennemi. Allemand, boche, l'uniforme des schleuh. Il y'avait toujours, dans chaque village, au moins deux ou trois enfant dont leur père était 'verschwand in Russland'. Une génération d'orphelins, la génération d'avant en était également une avec la première guerre mondiale. Et également des 'verschwand in Russland'.. C'était comme un signe, le peuple était-il le reflet des pensées de son 'représentant' ?

Perdu parmi une foule anonyme, il restait planté là, entre les enfants venus avec leur classe ou leur parents qui discutaient entre eux, attendant avec plus ou moins d'enthousiasme la prise de parole de monsieur Chirac pour l'inauguration du Mémorial. Il se sentait seul, ici. Planté au milieu de ces gens, isolé. A regarder cette mère essuyer affectueusement une tâche de chocolat sur la joue de la petite fille et le père entourer d'un bras protecteur son garçon et le serrer contre lui. La gorge serrée, il fixa droit devant lui sans ciller, sans piper mot, sans rien dire sur ce qu'il lui déchirait le cœur à ce moment là. Il avait toujours eu l'impression d'être un de ces enfants de ces couples divorcés qui se disputaient pour avoir l'enfant et donc la maison qui allait avec. Une dispute violente qui finissait inévitablement par un des deux roué de coups et l'autre arrêté par la 'police', les 'alliés' de celui qui s'était fait tabasser copieusement. Il ne détestait pas ses parents... pas réellement. Il leur en voulait, certes, surtout quand il regardait les cicatrices que les dommages collatéraux avaient causés sur lui, mais il ne pouvait rien dire ou faire pour empêcher cela, il ne lui restait que le droit de fermer les yeux, mettre les mains sur les oreilles et faire le sourd à toutes les atrocités puis sourire affectueusement au vainqueur en l'appelant 'papa'.

Quand mon père nous a quittés
Je n’ai pas vu Maman pleurer
Mais elle avait dans le regard
Ce matin-là, comme du brouillard

Papa... il avait presque oublié ce que ça voulait dire. Oh, il connaissait la définition du mot par cœur, tellement il l'avait consulté dans le dictionnaire pour être sûr de sa signification, pour savoir réellement ce que cela voulait dire et le comparer à sa réalité. Mais ça ne voulait rien dire, pas réellement de sens concret pour lui, au final. Il lui restait maman, Francis, pourquoi l'appeler maman alors qu'il savait pertinemment que c'était un homme, même s'il avait les cheveux mi-longs et une forte tendance à aimer tout ce qu'une femme normale aimait...? Il ne le savait pas. Peut-être pour pallier avec la figure virile et forte qu'il avait toujours eu de Ludwig ? Louis comme disait maintenant Francis. Louis et Francis, Ludwig und Franz... C'était triste à dire, c'était triste à dire aux autres. Quand il se demandait, tout seul, perdu dans l'immensité de son lit ce qu'il pourrait dire s'il était un véritable enfant, ou à une autre personne s'il lui demandait s'il était heureux de ses parents. Était-il heureux ? Heureux d'eux ? Fier de leur relation et de ce qui semblait être plutôt une bonne amitié basé sur des cicatrices communes qu'un amour sincère. Il pourrait même dire qu'il n'était pas le fruit d'amour mais celui d'une rencontre encore trop violente.

J'aimerais bien que tu sois près de moi... papa.

Quand mon père nous a quittés
Maman ne s’est jamais doutée
Que je pleurais, seul dans mon lit
Quand j’avais trop besoin de lui

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Ludwig, ce n'est pas les occasions qui manquaient, ils étaient voisins et celui-ci avait souvent l'opportunité de venir en Alsace pour diverses raisons, autant pour l'Union Européenne que pour d'autres raisons diverses et variées et pourtant il l'évitait autant qu'il le pouvait. Le grand blond lui faisait encore peur, tellement peur. A chaque fois qu'il l'avait croisé, il en tremblait, il en avait fait des cauchemars pendant des années, après et pendant chaque guerre, terrorisé par la haute silhouette d'un blond en uniforme qui se découpait sur un ciel rouge sang.

Un murmure parcourut la foule autour de lui et Francis se dirigea avec son président vers l'estrade pour commencer son discours, lui... il restait caché parmi la foule, petit alsacien anonyme. Tout le monde écoutait le discours que commençait l'homme politique, Rémi y compris. Mais il n'aimait pas cela, il avait l'impression d'être au Struthof, lors de l'inauguration du Mémorial, cette... statue haute de 40 mètres qui abritait le corps d'un déporté inconnu. Il avait l'impression de faire quelque chose de mal, quelque chose d'horrible. Complétement perdu dans ses pensées, il faillit ne pas entendre le salut allemand. Mieg ..? Non, lui c'était Rémi. Il hésita à ne pas se retourner, à rester face au président. Mais la voix... Lentement, très lentement il fit face à la ceinture de l'homme qui se trouvait derrière lui. Biien... doucement. Il leva les yeux et les écarquilla en reconnaissant la coupe gominée de Ludwig et son regard...

Quand mon père nous a quittés
Je l’ai regardé s’éloigner
Un dernier signe de la main
Et le bonheur devient chagrin

Hellau.... Bonjour...

Il aurait aimé lui rétorquer qu'il ne s'appelait plus Mieg, que c'était Rémi maintenant. Il aurait aimé rajouter quelque chose. Mais la bouche légèrement entrouverte, il ne savait pas ce qu'il devait dire. Louis ? Ludwig ? Deutschland ? Allemagne ? Finalement... il laissa sa bouche se fermer, préférant ne rien dire et se mit à fixer l'homme, les sourcils froncés. Lorsque la main se tendit, il amorça un réflexe de reculer en levant les bras, mais il se souvint qu'il n'avait plus rien à craindre de lui, l'Allemagne était un ami de la France. Bestouh comme dirait un adolescent. Aux paroles qui suivirent, le petit garçon fit les gros yeux. Non, Franz n'est pas avec moi, il est sur l'estrade, idiot. Mais ce n'était pas le genre de choses qu'on dit à un adulte, même si on le déteste énormément. Surtout quand on est un enfant bien éduqué.

Alors il fit la seule chose qu'il y'avait à faire dans sa petite tête d'enfant.. Il donna un violent coup de pied dans le genou de son interlocuteur, un air furieux inscrit sur sa petite bouille ronde et chuchota furieusement.

Mam...Papa est sur l'estrade et dois-je te rappeler quel mémorial on ouvre ? Alors arrête de poser des questions bêtes !

Le petit garçon gonfla les joues et croisa les bras en faisant face aussi vaillamment qu'il le pouvait à la grande nation. David versus Goliath.

Et, dans mon cœur, il a neigé


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MessageSujet: Re: Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace   Jeu 31 Mar - 17:38

    La scène avait un aspect comique. Un enfant qui arrive à faire plier un géant, c'est rare, très rare. Des sourires fleurirent sur les visages de ceux qui avaient aperçus la scène du coin de l'oeil, vite cachés quand tous tournèrent à nouveau la tête vers l'estrade. Certains avaient du juger qu'ils n'avaient pas à s'immiscer dans une scène privée familiale, d'autres avaient abdiqué devant le regard furibond que lançait l'Allemand.

    C'est que le petit avait frappé fort ! A croire que c'était un adolescent piquant sa crise qui venait de le frapper, et non un gosse qui dépassait pas le un mètre vingt. Sous le coup, Ludwig avait grogné un juron inintelligible (heureusement pour les enfants aux alentours), et s'était retrouvé un genou à terre. C'était cela ou sautiller comme un idiot sur la jambe non touchée.

    Les deux blonds se retrouvaient donc au même niveau, Ludwig gardant tout de même quelques centimètres de plus que l'Alsacien. D'une main absente, Ludwig se massait le genou douloureux tâchant de calmer la colère typiquement adulte qu'avait éveillé Mieg chez lui.

    - Inutile de frapper, je t'entends très bien !

    Il avait tâché de chuchoter, mais sa voix était montée sans le vouloir, ce qui lui valut quelques regards courroucés. Ludwig baissa la tête, attendant que l'attention se reporte ailleurs pour reprendre.

    - Et j'ai le droit de poser les questions que je veux. Franz aurait pu très bien t'amener avec lui. (Il savait lui-même qu'il avait tort, mais il avait bien trop d'orgueil à ce moment-là pour se l'avouer). Oh et je sais très bien que tu es un grand garçon, que tu peux te débrouiller seul, mais tout de même...

    L'Allemand eut l'intelligence de se taire la suite. La scène tournait véritablement en dispute familiale, où le père se met à critiquer son épouse en prenant son enfant comme arbitre et témoin. Autour d'eux la foule commençait doucement à se mouvoir. L'allocution présidentielle avait du sonner l'ouverture officielle du mémorial. Il savait que ce qu'il allait proposer était complètement fou, voire stupide. Mais l'erreur n'est-elle pas humaine ?

    Toujours à hauteur de Mieg, Ludwig se tourna vers lui, espérant ne pas se prendre un autre coup de pied en guise de réponse. Voire un coup de tête dans le nez. Parce que, s'il y avait bien une chose qui n'avait pas changé chez Mieg avec le temps c'était sa capacité à frapper quand quelque chose le dérangeait. C'était à se demander de qui il tenait une telle attitude.

    - Mieg... Si on y allait tous les deux... comme...

    Comme une vraie famille, aurait-il voulu dire mais cela aurait impliqué la présence de Francis. Or, Ludwig ne l'apercevait pas dans les parages. Ce qui était intriguant. Francis n'avait tout de même pas oublié la présence de Mieg ? Sans le savoir, Ludwig entrait à nouveau en mode « père qui va bien faire comprendre à sa femme qu'elle doit jouer le rôle de mère ». N'empêche qu'il aurait préféré partager une autre activité avec Alsace. Quelque chose de moins amer que de remuer de douloureux souvenirs. Comme une simple sortie dans un parc d'attractions en partageant une glace. Mais le Destin adore briser les illusions des gens.

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MessageSujet: Re: Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace   Mer 21 Déc - 16:22


Tragi-comique. Aha. Belle comédie. Levez les masques, haut les mains, baissez les yeux. Ainsi va la vie, ainsi va la vie d'une nation. Fredonnons en cœur cette jolie petite mélodie. Et toi, oublie moi, ne m'approche pas, tu ne m'as que trop blessé. Ai-je compté le nombre de fois où par la force de tes bras, de tes mains et de tes mots tu m'as tiré dessus, où je me suis retrouvé à terre, ensanglanté et sous ton joug sans pouvoir crier un seul mot ? Haut les cœurs, les amis, tout ce fourbi, toute cette haine, c'était hier, c'est aujourd'hui et ce sera demain. Avec des yeux remplis d'eau, une petite mine et quelques pas en arrière, Mieg fit en sorte de s'éloigner du grand Allemand qui s'était placé à sa portée. La douleur de son coup semblait avoir fait s'écrouler le géant.. il aurait aimé que cela soit pareil il y a 65 ans... Il aurait tellement aimé.

Les paroles de Ludwig le blessèrent d'autant plus que celui-ci semblait le traiter avec dédain. Ses paroles étaient pour lui toutes dégoulinantes d'un mépris qu'on accorde seulement aux enfants. Les larmes montèrent d'autant plus aux yeux que le petit reculait encore, les lèvres tremblantes pour retenir des mots et des sanglots qui n'auraient fait qu'envenimer a situation déjà bien tendue. Certes il n'était physiquement qu'un enfant, d'accord il agissait comme tel, mais il n'y avait aucun besoin de le traiter de cette manière, même par un adulte aussi mature que l'était Ludwig. Tout tremblant, le souffle court, il continuait de fixer l'Allemand qui était quand à lui toujours accroupi face à lui.

Reniflant bien fort pour ne pas morver sur son costume du dimanche, une bouille rouge à force de retenir les larmes depuis ce matin, lorsqu’il s’était rendu compte que c’était bien aujourd’hui qu’il allait falloir venir dans cet endroit avec une sorte de sourire aux lèvres, trottiner derrière Francis sans réellement espérer qu’on fasse attention à lui, même qu’on lui adresse des condoléances ou surtout pas qu’on sache qui il était. Oh, il serait un de ces nombreux enfants qui trainent ça et là aux inaugurations, sûrement le fils d’un grand ponte ou d’un représentant alsacien, ou juste un de ces scolaires qui s’était éloigné de son groupe et qui n’attendait que quelqu’un le remette sur la bonne voie. Non, il n’était pas cela. Il était le fils bâtard de deux cultures ennemies. Alors il leva les yeux vers l’allemand qui était toujours à sa hauteur. Non, il n’allait pas le frapper, il n’était pas comme ça… ou un petit peu, mais pas ici, non, pas ici. Il vit les lèvres de l’allemand s’entrouvrirent lentement, craignant tous les mots qui pourraient sortir de sa bouche, il s’attendait à tout, sauf à cette demande du grand homme. Il se souvenait de toutes ces fois où, criant et pleurant, tentant de s’accrocher à quelque chose, il s’était fait trainer par l’allemand, sans d’autres choix qu’au final lâcher prise et se laisser faire.

Du… du bist… tu es un idiot, un sale c… tu es venu ici pour quoi ? Pour te rappeler avec délectation des fois où on allait comme… comme avant ? Non, non, n’espère même pas, retourne d’où tu viens.

Alors le petit alsacien fit ce qu’il n’aurait jamais osé faire avant et se retourna et poussa quelques personnes pour s’éloigner du grand allemand, il ne se sentait même pas fier de ce qu’il avait fait, aucune fierté, aucun bonheur, aucune étincelle de joie face à cet acte de résistance enfantine. Il finit par s’arrêter et se retourner, laissant les gens le dépasser doucement et jeta un regard en arrière vers la grande figure blonde qu’il avait abandonné quelques mètres plus loin…. Il l’avait certes détesté cet homme, haït, méprisé, mais il lui devait tellement, ses villes, sa culture, son peuple, c’était un héritage de Ludwig, bien trop peu celui de Francis. Francis qui n’était d’ailleurs pas à ses côtés. Il avait beau le chercher des yeux, il ne voyait pas scruter la foule à sa recherche, il ne l’entendait pas l’appeler, il ne sentait pas sa présence….

Mieg se retourna complètement et revint sur ses pas, faisant face à l’Allemagne de toute sa petite taille et avec une moue d’enfant boudeur, il attrapa la main immense du germain et la tira vers la suite des hommes qui s’engouffraient vers les escaliers menant au début du Mémorial. Le petit n’avait jamais eu aucune force, mais c’était avec celle du désespoir qu’il s’accrochait à ces doigts maintenant.

Bon, d’accord, tu peux venir, mais tu fais pas de commentaires, hein ?

Sa façon à lui de lui dire qu’il ne voulait pas être seul, qu’il voulait une présence à ses côtés, même s’il s’agissait de celle de l’ennemi. Il allait le trainer s’il le faut, mais il ne voulait pas y aller tout seul et être perdu entre ces jambes anonymes et au final, rester assis dans une salle à pleurer et espérer que Francis vienne le chercher sans lui demander justification. Les marches semblaient d’un coup moins noirs, moins obscurs lorsqu’il tenait la main, les gens moins menaçants, moins heureux et les lieux moins oppressants, les visages sur les photos plus éloignés et plus proches à leur manière et le guide, juste tellement désincarné.

Tu me portes sur tes épaules… ?

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MessageSujet: Re: Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace   Mer 28 Déc - 21:31


    Comme un voleur
    Il est parti sans moi
    Papa si tu pensais un peu à moi
    Elsa - T'en va pas



    Il s'attendait à quoi après tout ? Que Mieg accepte sa proposition avec un grand sourire et lui grimpe sur les épaules comme s'ils s'étaient trouvés dans une fête foraine. Sauf que la réalité ne répondait pas à ses envies surtout les plus difficiles à concrétiser. Dans la réalité les enfants ne sont pas de jolis poupons aux joues rouges qui ne rêvent que des sucreries. Les enfants sont cruels surtout envers ceux qui les ont bafoué, qui ont trahi leur confiance. Ludwig ne protesta pas devant les mots à moitié voilés que Mieg essayait de prononcer.

    Retourne d'où tu viens.

    Oui c'était sûrement la meilleure chose à faire. Retourner chez lui, oublier cet enfant qu'il avait malmené. Faire comme s'ils ne s'étaient jamais croisés, qu'ils étaient des inconnus dont la route s'était croisé brièvement le temps d'un carrefour. Mais il n'y arrivait pas. Il ne pouvait pas effacer le gosse de son esprit, de son passé. Mieg était une partie de lui, une manifestation d'une partie de son être qui avait pris corps et esprit. Et pour une raison encore plus simple, si cliché mais si vrai : parce qu'il l'aimait comme un père aime son fils.

    L'Allemand s'était seulement relevé, regardant la frêle silhouette se faufiler puis se fondre parmi la foule. Du regard il cherchait la tête blonde. Pourquoi ? Peut-être juste pour savoir où il était, avoir un bout de sa présence. Incapable de repartir, craignant qu'en voulant courir après Mieg il ne fasse qu'empirer les choses, Ludwig attendit. Que Mieg revienne, que Francis arrive et l'aide à débrouiller la situation. C'était lui l'expert en ce qui concernait la résolution des conflits à l'amiable.

    Mais point de Francis n'arriva. Rien que Mieg et c'était déjà énorme. Le garçon lançait un regard sérieux, brillant devant lequel Ludwig ne pouvait qu'abdique. En songeant que ce regard il l'avait sûrement hérité de lui.

    Bon, d’accord, tu peux venir, mais tu fais pas de commentaires, hein ?


    Comme un gosse, Ludwig hocha la tête sans dire un seul mot. Les rôles s'étaient inversés, le plus petit guidait le plus ancien, donnait les directives et se devait d'être obéi. Sans broncher l'Allemand suivit son nouveau guide. Gravit les marches et entra au sein du mémorial. Cette main presque minuscule dans la sienne arrivait à chasser les ombres et l'appréhension, à faire paraitre l'intérieur moins sombre, moins semblable à celui d'un tombeau. Les murmures étaient presque inaudibles comme si personne n'osait rompre le silence, comme si on était entré dans un lieu secret.

    Tu me portes sur tes épaules… ?

    Ludwig avait distinctement entendu la question mais se demandait si elle était bien réelle. Il sentit les doigts serrer les siens, vit le regard levé vers lui. Il n'y lisait plus aucune animosité, juste l'envie d'un fils d'être auprès de son père. De sentir une présence rassurante capable d'éloigner les monstres tapis dans les placards et sous les lits.

    - Bien sûr.

    L'Allemand saisit le garçon - si petit, si fragile entre ses grandes mains - et le mit sur ses épaules, le tenant fermement par les chevilles afin qu'il ne tombe pas. Dans d'autres circonstances la scène aurait pu faire sourire, il ne manquait que la barbe à papa ou la pomme d'amour. Mais ils se trouvaient dans un mémorial entouré de portraits de défunts, encadrés et alignés de façon austère. Ils suivaient la file de visiteurs dans les salles se succédant, chacune présentant le tableau d'une époque révolue, de faits à ne pas oublier pour ne pas les répéter. Plus de fenêtres, plus de contact à l'extérieur, comme s'ils avaient remontés le temps et étaient à jamais enfermés dans le passé.

    Dire que cette traversée ne chamboula pas l'Allemand serait mentir. Il ne commenta pas obéissant à Mieg, et de toute façon il ne l'aurait pas pu. Il regardait, observait, écoutait se souvenant de ce qu'il avait fait et en ressentait une honte cuisante - en était la preuve la rougeur qui marbrait sa nuque, signe chez lui d'embarras. Ce fut donc avec soulagement qu'il accueillit le fait de sortir du mémorial. Demeurant à la porte, l'Allemand observait d'un oeil lointain le paysage environnant, la quiétude des lieux.

    - Mieg, ça te tente de changer un peu d'air ?

    De retourner parmi les vivants, d'aller dans les rues de ta région, de manger quelque chose, n'importe quoi. Juste donne-moi l'illusion d'être un bon père, de n'avoir jamais fauté.

    - Mais il faut peut-être demander à Franz avant. C'est lui qui s'occupe de toi dorénavant.

    Non mon fils ce n'est pas du regret que tu perçois dans ma voix. Ni l'envie de former un véritable foyer avec Maman!Franz, de former le cliché de la famille parfaite. Ce sont juste des larmes qui n'arrivent pas à couler.

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Avoir peur d'un enfant {18 juin 2005 - Schirmeck, Alsace

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