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 [Québec, début 1784] Te trahir. | PV Matthew.

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Alfred F. Jones / USA

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MessageSujet: [Québec, début 1784] Te trahir. | PV Matthew.   Mer 10 Aoû - 23:33

Il marchait, à pas lents, dans la neige encore fraîche. Les flocons qui tombaient encore s’accrochaient à ses vêtements.

Il grelottait, malgré les quatre couches de pulls en tout genre. Il faisait vraiment froid. Le nord de l’Amérique n’était décidément pas un lieu pour lui. Il resserra l’écharpe autour de son cou, celle-ci recouvrait la moitié de son visage. Deux yeux bleus comme l’eau regardaient droit devant, dans l’espoir d’apercevoir la maison qu’il venait cherchée. Après la guerre qui avait fait de lui une Nation à part entière, c’était la première fois qu’il venait voir du côté canadien de sa frontière. Il venait voir son frère.

Alfred fixait toujours la route devant lui, mais le brouillard semblait s’épaissir un peu plus à chaque seconde. Le froid lui gelait les membres et il se dit qu’il n’aurait sûrement bientôt plus la force de continuer. Cet hiver était d’une rudesse incroyable, surtout envers ceux qui osaient l’affronter.

Soudain, au loin, dans la blancheur trop pure, il aperçut l’ombre, la silhouette d’une chaumière. La fumée s’échappait de sa cheminée et de la lumière éclairait les vitres. Quand Alfred cligna des yeux, il pria intérieurement pour que ceci ne soit pas un mirage, pour que la maison soit réellement là où il venait de la voir. Pour qu’il puisse enfin trouver un refuge. Un refuge et qui plus est, la personne qu’il venait chercher.

Mais lorsqu’il rouvrit ses yeux, il put encore apercevoir la maison, presque fantomatique dans le blanc paysage. Les lèvres gercées et gelées de l’américain se tordirent en un sourire soulagé. Finalement, le froid n’avait été qu’un obstacle. Lui, il n’abandonnait jamais. C’était un héros après tout.

Il marcha encore quelques minutes, pour s’approcher encore de la bâtisse. S’arrêtant à quelques mètres, il la regarda, d’un air fatigué. Peut-être que Matthew le mettrait à la porte, qu’est-ce qu’il en savait ? Il aurait fait tout ce chemin pour rien. Mais qui ne tente rien n’a rien.

Il s’avança vers la porte et sortant sa main gantée de sa poche, il l’approcha doucement. Il hésita un instant avant de toquer trois coups en espérant avoir une réponse. La lumière était allumée, mais cela ne voulait pas dire que son frère ne dormait pas. Le feu était allumé mais cela ne signifiait pas qu’il était éveillé non plus. Alors une nouvelle fois, il pria intérieurement pour que le canadien soit bien réveillé et qu’il vienne lui ouvrir. Sinon, il n’aurait plus qu’à attendre son réveil, là, devant la porte.

Il n’avait plus vu Matthew depuis un bon moment. A vrai dire, il ne se rappelait même plus de leur dernière rencontre. Il était en guerre il n’y a pas si longtemps encore. En guerre.

Pourtant, cela ne l’avait jamais empêché de garder dans un coin de sa tête le visage du Canada. Il s’était promis d’aller le voir, quand il le pourrait. Et quand Alfred se promet quelque chose, c’est en général les seules promesses qu’il tient. Pathétique. Mais bref, le voilà, devant la porte de son frère. A attendre que celui-ci daigne lui ouvrir.
Peut-être n’était-ce pas une bonne idée de venir alors qu’il neigeait et faisait froid. A tous les coups, il allait patienter toute la nuit – ou journée, il ne savait même pas quelle heure il était -. Il aurait peut-être mieux valu qu’il attende que le temps soit plus clément.

Non, non et non. Ce n’est pas la neige, pas le froid, pas la glace, pas le feu, qui empêcherait un héros d’aller voir son frère. Décidément, il était déterminé. Et rien ne lui ferait changer d’avis.
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Matthew Williams / Canada

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MessageSujet: Re: [Québec, début 1784] Te trahir. | PV Matthew.   Mar 1 Nov - 5:19

    De temps à autres, l‘être humain ressent le besoin de se retirer, s’isoler dans une solitude bienfaisante ; réfléchir au temps passé trop vite autour de lui, faire le point sur les événements qui se sont suivis, sans aucune pause ni répit, jusqu’à complètement chambouler le déroulement d’une vie, la plonger dans un chaos déroutant sans que l’on puisse y faire quoi que ce soit.

    Au final, ce sont toujours l’inconnu et l’improbable les maîtres de nos vies. Si riches en rebondissements. Mais il est toujours possible de faire un semblant de temps mort. A chacun sa propre technique et son propre lieu de repli ; sa bulle personnelle et secrète que personne d’autre n’est supposé connaître ni y faire intrusion.

    Matthew, lui, c’était dans une vieille chaumière à l’orée d’une forêt, assez proche de la ville de Québec, sa capitale, pour ne pas avoir trop de distance à parcourir, mais tout de même suffisamment loin pour se retrouver dans un désert de civilisation humaine et que personne ne vienne le déranger – surtout en hiver –, qu’il venait se réfugier s’il ressentait le besoin d’être seul et de réfléchir. L’unique pièce, meublée d’un lit, d’un tabouret, d’une petite table et d’une ancienne armoire à moitié foutue, contenait des tas de fourrures en tout genre, dont certaines couvraient les vieilles lattes du sol, d’autres étaient accrochées au mur, d’autres encore étaient couvertes de poussière, entassées et empilées dans un coin. Et, bien entendu, le Canadien s’en servait de quelques-unes pour dormir et se couvrir quand il fallait braver les éléments dehors. Un grand âtre occupait presqu’entièrement un pan du mur en face de la porte, nourrissant une cheminée suffisamment puissante pour agréablement chauffer l’endroit et le rendre, au final, bien confortable. Sur la table étaient éparpillées casseroles, un petit chaudron et d’autres ustensiles facilitant la survie, comme deux fusils de chasse à la gâchette totalement usée et la munition qui allait de pair, des couteaux de taille variable, un filet de pêche et un harpon au manche cassé. Deux minuscules fenêtres qui n’ont probablement jamais été nettoyées et qui étaient presque totalement couvertes de neige donnaient sur l’enfer glacial qui régnait dehors. Enfers que, à priori, personne n’oserait défier.

    C’était ce que le Canada pensait, en tout cas, pendant qu’il faisait fondre, dans une casserole, de la neige qu’il avait récupéré au pas de la porte. D’accord, lui-même l’avait fait, de faire face à ces températures bien trop en dessous de ce qui est raisonnable, en se rendant à cette chaumière. Mais il y était habitué. C’étaient ses terres, après tout. Il était né sur ces territoires aux hivers hostiles et infinis, avec tellement de neige qu’on se croirait au Paradis lors d’une journée ensoleillée et dépourvue de ce vent mordant qui vous glaçait chaque cellule jusqu’aux os.

    Oui, c’était paradisiaque, dans son propre genre. Pour Matthew, en tout cas, qui chérissait toutes les beautés de la nature, de la petite lisière de forêt en automne, avec le soleil couchant dansant sur chaque feuille dorée, aux plus grandes et imposantes montagnes, couvertes d’épais manteaux de neige et de glace.

    Rien de plus normal, donc, qu’il se sente à l’aise, perdu au trou du cul du monde en plein hiver, avec des températures si froides que même le mercure ne savait pas quoi en faire. C’était l’endroit idéal pour se mettre au point avec soi-même. Et ce n’était pas pour dire, mais la Province du Québec en avait grandement besoin.

    Il passait constamment les évènements des dernières années en revue. Il avait enfin trouvé le temps pour le faire, maintenant que cette fichue guerre avait enfin trouvé sa fin, avec la plus belle des récompenses à la clé pour son frère : la liberté. Mot et concept que celui-ci chérissait tant, en faisant pratiquement le point essentiel de toute sa vie. C’était pour cela que tout ça c’était mis en marche : cette révolution, cette guerre, tout ça. Au début, Matthew avait cru que ce n’étaient que des grands airs et de belles paroles, les aspirations à l’indépendance de son jumeau. Et quand celui-ci lui avait demandé de le joindre dans son combat contre la Couronne, contre la Métropole qui n’en faisait qu’à sa tête, Matthew secoua la tête, incrédule, et refusa, un petit sourire triste au visage, croyant voir un frère courant droit dans le mur, beaucoup trop obstiné pour comprendre que les forces n’étaient plus que pas équilibrées, que l’Empire Britannique avait une des plus puissantes armées et que lui, stupide colonie belliqueuse, n’avait qu’une milice mal équipée et encore moins éduquée pour partir au front. Et Alfred s’était tenu là, devant lui, la déception se lisant sur ses lèvres qui s’étaient ouvertes, puis subitement refermées, sans ne rien dire, et dans ses yeux qui venaient de découvrir, avec horreur, le début d’une brèche, d’une fissure dans la relation avec son unique jumeau, son frère, celui qui avait toujours été à ses côtés mais qui, dès lors, ne voulait plus l’être.

    En effet, Matthew n’avait absolument pas voulu être à ses côtés. Il préférait rester sous domination britannique, n’aspirant pas tant que ça à sa propre liberté pour tenter de l’obtenir de force. Même si sa population francophone aurait eu plus d’une raison à vouloir se rebeller aux côtés des américains, des Patriotes, elle avait décidé, en plus grande partie, de rester neutre. Et c’est ainsi qu’avait pensé la Nation même. C’était un conflit entre Alfred et Arthur, alors à eux seuls de le régler. C’est pour cela que, au bout d’un certain temps, le Canadien ne réagissait même plus aux lettres envoyées par son frère, dans lesquelles celui-ci le priait, le suppliait presque, de le joindre dans ce combat pour un futur rayonnant, pour des hommes américains libres et pleins d’avenirs dans un nouveau pays où tout serait possible.

    Alors Alfred avait essayé de le forcer. Ses troupes avaient envahies le territoire canadien, cherchant à conquérir son frère. Et c’était avec ces actions qu’une fissure s’était définitivement créée dans leur relation fraternelle. Fissure qui n’allait plus jamais se réparer.

    Heureusement, le jumeau si bruyant de Matthew avait lamentablement échoué, lui-même et ses hommes n’ayant, apparemment, pas su résister au grand froid. Et le jeune Canadien s’était battu aussi, même si cela revenait à faire la seule et unique chose qu’il voulait éviter depuis le début. Mais, en même temps, il valait d’avantage que de se faire vulgairement conquérir comme un quelconque bout de terre, non ? Ou alors Alfred ne le voyait décidément que comme un objet de seconde valeur, qu’on peut de temps en temps utiliser pour mettre sous pression son ennemi. Oui, voilà, Matthew avait eu l’impression que son voisin au Sud ne cessait de vouloir l’utiliser. Depuis le début, en fait. Et c’est ça ce qu’on appelle la famille. Magnifique.

    Autant qu’il en voulait à Alfred pour ce qu’il avait fait, au point de ne pas vouloir revoir sa face d’abruti pendant les trente années à suivre, autant il ne pouvait s’empêcher d’être content pour lui, ayant atteint son but. Matthew en avait mal à la tête.

    Toutes ces pensées en tête, il ne remarqua pas tout de suite lorsque l’eau, qu’il avait versée dans le chaudron accroché au-dessus du feu entre temps, commença à bouillir. Et il remarqua encore moins les trois coups qu’on frappa à la porte.

    Il prit le chaudron entre ses mains équipées de mitaines de laine et de cuir et l’accrocha au-dessus de la table puis retourna s’assoir sur son lit, en attendant que le liquide refroidisse un tant soit peu. Il attrapa sa copie de Candide – ah, Voltaire ! – et se perdit presqu’aussitôt dans sa lecture, absorbé par les milliers de caractères imprimés sur ces pages beiges si agréables au toucher, par ces aventures totalement farfelues d’un jeune homme naïf en proie à tous les aspects de la vie, sans même s’en rendre compte.

    Le Canadien ne se rendit pas compte de combien de temps avait passé – dix minutes, une heure, trois heures ? – lorsqu’il remarqua une ombre à l’extérieur. Il posa son livre et trempa le bout de son index dans l’eau – complètement froide. Il se dirigea ensuite vers la porte, non sans inquiétude. Que se trouvait-il devant la porte ? Avait-il entendu toquer ? Quelque part au fond de son esprit, il lui semblait avoir entendu un bruit du genre, plus tôt. Bien plus tôt. Mais en même temps, qui serait assez fou pour se trouver dehors par un temps pareil ? Cela faisait bien quelques heures qu’il faisait complètement nuit et, de plus, c’était pratiquement une tempête de neige qui délirait à l’extérieur. Quelqu’un avait dû se perdre et cherchait refuge, ou alors c’était juste un idiot qui risquait sa vie pour le retrouver ?

    Lorsqu’il ouvrit la porte et que ses prunelles mauves rencontrèrent un regard bleu comme les plus grands océans et les plus vastes cieux, Matthew se figea. L’espace d’une seconde, il fut immobile ; bouche entre-ouverte, laissant échapper des nuées d’air chaud sous forme vaporeuse, doigts refermés sur la poignée, yeux qui ne cessaient de fixer ceux qui se trouvaient en face ; ce regard si familier et profond, à la fois un livre ouvert et un livre vous faisant lire et croire tout ce que celui-ci souhaitait, ce regard où l’on pouvait lire toutes les merveilles et désastres du monde à la fois, qui vous donnait l’espoir et le courage pour braver les plus dures tempêtes, qui, tantôt, vous effrayait, tantôt, vous consolait mais qui, à ce moment-même, ne permettait de voir que froid, douleur et peine, sans pour autant noyer une certaine détermination absolument toujours présente.

    Après s’être vraiment rendu compte qui se trouvait là, en face de lui, le Canada ne trouva mieux à faire que de refermer la porte au nez du visiteur, aussi vite qu’il l’avait ouverte. Une fois fermée, il s’adossa contre celle-ci et laissa échapper une profonde exhalation presque paniquée. Son cœur ne pouvait s’empêcher de battre la chamade, tellement il était surpris. Alfred, là, devant sa chaumière, son endroit de repli personnel, sa bulle personnelle qu’il ne voulait partager avec personne. Comment son abruti de jumeau savait-il qu’elle existait, par ailleurs ? Bon, d’accord, l’information avait probablement échappé des lèvres de Matthew une quelconque fois, n’arrivant que difficilement à cacher des choses à son frère Américain.

    La Province du Québec se ressaisit. Elle n’avait aucune, mais alors absolument aucune envie de voir et, surtout, de parler aux nouveaux Etats-Unis d’Amérique. Après tout ce qui s’était passé. Après ces sales coups et, surtout, surtout, cet amer sentiment de s’être fait utiliser et d’avoir été trahi par sa propre chair et son propre sang.

    Matthew commença à faire les cents pas dans la pièce, essayant de reprendre ses esprits, faisant ainsi poireauter Alfred encore un bon quart d’heure avant de lui ouvrir pour de bon. Même s’il ne voulait pas lui parler, le Canadien ne pouvait pas laisser son frère mourir de froid dans la neige, devant sa porte qui plus est, non ? Il n’était pas quelqu’un de cruel. Au contraire, même. Après tout, il ne souhaitait que le meilleur pour son jumeau, même si là, à l’instant, il ne voulait pas l’admettre.

    Il se tenait dans l’encadrement de la porte et observa son frère de haut en bas – les multiples couches de vêtements ne semblaient ne pas avoir suffi à le protéger du froid, il grelottait, ses dents claquaient et ses lèvres étaient complètement asséchées et gercées, ses cheveux partaient dans tous les sens, avec même un début de givre çà et là sur les pointes. Il lui faisait pitié. Mais il le félicita, intérieurement, d’avoir réussi à arriver jusque-là, surtout qu’Alfred n’était pas du genre à adorer l’hiver et tout le tamtam et se plaignait, en général, dès qu’il commençait à faire un peu frais.

    « Allez, entre. »

    Matthew prit son frère par le bras et le tira à l’intérieur, avant de rapidement refermer la porte, ne voulant pas perdre trop de la chaleur qui régnait dans la bâtisse. Il ne prit même pas le temps pour que l’Américain débarrasse sa tenue d’un trop bon surplus de neige, celle-ci s’éparpillant par terre lorsqu’il ôta son grand manteau et le lança dans un coin.

    Il ne savait pas quoi dire. D’un côté, il voulait lui sauter à la gorge et lui crier dessus, l’engueuler et le renvoyer dehors avec un coup de pied dans le cul sans même lui laisser le temps de répliquer. D’un autre côté, il était curieux de savoir ce qui amenait son frère à se battre contre les griffes d’un froid glacial sans pitié. Ca devait être important, du coup. Peut-être que… Peut-être que l’Amérique voulait tout simplement voir son frère, prendre des nouvelles, s’assurer qu’il allait bien ?

    « Qu’est-ce qui t’amènes ici ? » lui demanda-t-il timidement, tout en plaçant le chaudron à nouveau au-dessus du feu pour faire réchauffer l’eau. « Par un temps pareil, en plus. Tu sais que c’est dangereux ? Tu mets ta vie en danger lors d’une tempête comme ça... »

    Matthew ouvrit l’armoire et en sortit une épaisse couverture qu’il passa autour des épaules d’Alfred avant de lui remettre quelques mèches de cheveux en place qui recouvraient ses yeux trop bleus à son goût.

    « Je crois que… Je crois que même toi, tu ne serais pas assez idiot pour jouer bêtement avec ta vie… Surtout pas avec ce que t'as réussi à atteindre il y a si peu de temps. »

    Il ne pouvait s’empêcher de s’adresser à son jumeau blond avec une pointe de reproche facilement distinguable dans la voix. Chaque mot, aussi difficiles qu’ils étaient à trouver, le Canadien peinant pour trouver quoi dire, était lourdement souligné par cette même question du pourquoi il lui avait tant fait mal. Et le regard mauve de la colonie britannique ne traduisait que le dédain qu’il ne pouvait s’empêcher d’éprouver malgré qu’il s’occupe d’Alfred de la sorte. Il suffisait de lire son regard pour comprendre qu’il n’avait aucune envie de faire face à son frère. Mais le voilà bien obligé. Alors autant faire avec.

    Le Canada retourna l’attention au chaudron dans lequel l’eau commençait peu à peu à bouillir. Il vérifia la température de son index et attrapa une vieille théière.

    « Je te… Nous prépare du thé. Ca devrait te réchauffer. »

    Boisson anglaise ou pas, rien à cirer. Alfred boira ça ou il ne boira rien.
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Alfred F. Jones / USA

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MessageSujet: Re: [Québec, début 1784] Te trahir. | PV Matthew.   Lun 9 Jan - 20:47

Autant vous dire qu’il poireauta un bon moment devant la porte avant qu’on daigne venir lui ouvrir.

Et durant cette demi-heure –ou plutôt une heure ? -, Alfred avait fait les cent pas devant la chaumière. Oh, il savait qu’il y avait quelqu’un dedans ; soit ce quelqu’un n’avait envie de voir personne et préférait donc la laisser mourir de froid au pas de son refuge, ce qui, en toute honnêteté, ne ressemblait absolument pas au Canadien, soit on ne l’avait pas entendu frapper. Seulement, il ne toqua pas une seconde fois, de peur que la première possibilité soit la bonne. Il était ici, c’était déjà pas mal comme certitude. Mais d’après les dires de Matthew, à une bien autre époque, cet endroit était une bulle de repli, utilisée en cas de ce que le Canada appelait une ‘’ urgence ‘’, donc un pressant besoin de se retrouver seul avec sa conscience. Et donc, il était fort probable qu’il n’ait pas envie d’être dérangé alors qu’il essaie de réfléchir.

Mais Alfred ne désespérait pas. Certes, il était complètement frigorifié et à force de faire ses cent et un pas dans la neige, il sentait ses membres s’engourdir sous le vent glacial. Mais il était arrivé jusque là et rien que pour ça ; il se sentait fier comme un coq, l’abruti.

Enfin bref. Il commençait à se demander comment il pouvait essayer de dormir devant la porte de bois quand il vit du mouvement à l’intérieur. Tiens ? Matthew aurait-il remarqué qu’il y avait quelqu’un ? Frottant ses bras de ses mains en essayant vainement de se réchauffer, il se positionna en face de la porte en attendant sagement qu’il lui ouvre.

Sérieusement, il commence vraiment à faire froid dehors. Après qu’il eût aperçu les yeux mauves de son frère, en un instant, le temps d’un clignement d’yeux, et devant lui à nouveau le panneau de bois refermé.

Il ne voulait pas le voir, alors. C’était compréhensible après tout. Après tout ce qui venait de se passer. Après cette guerre. Cette indépendance obtenue dans le sang. Cette liberté acquise à force de se battre. Et ces trahisons.

C’était en quelque sorte pour ça qu’il était là. Pour voir déjà comment allait son frangin. Et puis aussi pour essayer de parler, de parler même juste un peu. Essayer de reprendre contact ; de renouer les liens avec sa seule famille. Parce qu’il l’avait sentie, cette fissure.

Ce craquement, là, tout au fond. Comme si quelque chose venait de se briser. Quelque chose d’important, de très important. Vous savez, le lien fraternel n’est pas incassable. Le leur ne l’était pas plus que les autres. Alfred s’en rendrait compte, par la suite, que ses conneries altéraient leur relation. Il essaierait même de réparer, sans grand succès. Parce que Matthew, comme tout être humain, après une trahison ou un mal quelconque, il se protège contre ce qui pourrait être nocif.

Et dans le cas présent, ce qui était nocif, c’était lui, Alfred. Lui qui avait prouvé à maintes reprises qu’on peut être cruel même envers sa propre chair et son propre sang. Mêler son frère à une guerre qui ne le concernait pas… Pourtant, aux yeux des nouveaux Etats-Unis, croyez-le ou non, mais Matthew était loin d’être un simple bout de terre sans importance. Non.

C’était, avant même d’être une colonie anglaise ou du territoire, son frère et celui avec qui il avait partagé tant de choses au fil des années. Avant même l’arrivée des européens. Ils avaient tout partagé, donc, non, la colonie n’était pas un foutu bout de terrain, il était bien plus.

Mais ça. C’est évident ; il ne le dirait jamais. Trop d’orgueil, trop de fierté. Bien que la famille, ça soit très important à ses yeux, non, ce sont des choses qu’Al’ préfère largement garder secrète, enfouie au fond de lui-même. Et des fois même, il préfère les ignorer, c’est vous dire.

Alfred est bien le plus hypocrite de tous à ce jeu-là. Oh, il montre son affection – d’une façon particulière, ahem – mais au final, il parle peu. Il ne dit que peu de choses. Il est bien plus simple pour lui d’user de gestes que de paroles. Parce qu’avec le corps, on peut mentir aisément. C’est bien moins facile pour lui de mentir avec les mots parce qu’il ne les maîtrise pas. Même si c’est un hypocrite casse-couille qui vous ment à tout bout de champs, quand il s’agit de sentiments, le plus souvent, et s’il vous parle, il est sincère. On déconne pas avec les émotions des gens. Sauf quand ça aide, là.
Enfin, bref. Ca faisait à peine cinq minutes qu’il poireautait.

La fatigue du voyage, le froid, tout ça commençait sérieusement à se faire sentir. Bon, Mattie, tu peux m’ignorer, mais pitié, ouvre-moi, me laisse pas crever de froid devant ta porte ? Il faisait franchement pitié, grelottant, complètement frigorifié. Il entendait même ses dents claquer. Il secoua légèrement la tête et il sentit quelques petites gouttes d’eau gelée s’envoler pour aller s’écraser dieu sait où.

Quand le Canadien lui ouvrit et lui parla, vous n’imaginez pas combien ça lui réchauffa le cœur. Ca faisait un bail qu’il n’avait pas entendu cette jolie voix. Elle lui manquait, il devait l’avouer, tout comme son porteur.

Il l’attrapa par le bras et le tira à l’intérieur. Alfred entendit la porte se fermer. Re-secouant la tête, il s’empêcha de soupirer d’aise dans la chaleur de la bâtisse ; purée, c’est qu’il fait bon, là-dedans. Ses mains tremblantes, encore à cause du froid glacial qu’il venait de quitter, défirent les boutons de son manteau qu’il retira lentement et précautionneusement, voulant éviter de mouiller partout dans la maison de son frangin. C’est pas poli, déjà qu’il est arrivé sans prévenir.

« Qu’est-ce qui t’amènes ici ? Par un temps pareil, en plus. Tu sais que c’est dangereux ? Tu mets ta vie en danger lors d’une tempête comme ça... »

« J’voulais te voir. » Il répondit sans attendre et sans une once d’hésitation. Il savait ce qu’il risquait. On avait essayé de le retenir, mais il avait fini par réussir à partir. Le froid, il n’aimait pas ça. La neige et le vent, il aimait pas non plus. Mais c’était pour Matt’. Alors, rien à cirer.

Le Canadien se dirigea vers l’armoire et il le vit en sortir une couverture qu’il vint lui passer sur les épaules. Alfred le remercia d’un petit sourire, bien qu’il sache que les sourires, ici, n’étaient pas vraiment de circonstance. Matthew remit en place quelques unes de ses mèches en bataille trempées désormais, il passa ensuite une main dans sa chevelure blonde avant de renifler bruyamment.

« Je crois que… Je crois que même toi, tu ne serais pas assez idiot pour jouer bêtement avec ta vie… Surtout pas avec ce que t'as réussi à atteindre il y a si peu de temps. »

« J’voulais te voir. Vraiment. Et puis, je suis pas mort. »

Il sentait bien le ton de reproche de la colonie anglaise, et il le comprenait aisément. On pardonne pas si vite. Il savait bien que Matthew était trop gentil pour lui dire de dégager le plancher le plus rapidement possible. De toute façon, il n’allait pas abuser de son hospitalité ni de sa gentillesse, hein. Il serait prompt. Passé en coup de vent. Il a pas mal de choses à faire ces temps-ci, donc ce sera mieux pour eux deux. Le Canadien n’aura pas à se taper plus longtemps la face d’abruti de son frangin et lui pourra retourner à ses affaires, le cœur plus ou moins léger, ou plus ou moins lourd, dépendant de comment se finirait leur petite discussion.

« Je te… Nous prépare du thé. Ca devrait te réchauffer. »

« Merci. »

Bon, c’était une boisson anglaise, mais il n’allait franchement pas s’en plaindre car pour une fois, un bon thé ne lui ferait pas de mal, à lui et ses membres encore engourdis. Un peu de chaleur à engloutir, sérieusement, Alfred s’en réjouissait même. Repassant à nouveau sa main dans ses cheveux, il le regarda et puis, doucement, vraiment pas très fort, il dit :

« Je savais que je te trouverai ici. Tu me parlais souvent de ta ‘’ bulle ‘’. La prochaine fois, j’éviterai de venir te chercher ici, j’sais que t’aimes pas ça. Mais là, ça pouvait pas attendre. »

En effet, ça pouvait pas attendre. Ils avaient tous les deux besoin d’une mise au point. Et Alfred devait prendre des nouvelles de son frère, c’était vital. Il s’inquiétait quand même pour lui, vous savez. Il a beau ne pas être très tendre avec parfois, ça reste la famille et la famille, bah c’est sacré.

Il s’estimait heureux en fait. Même si c’était pas le genre du Canada de le laisser dehors mourir de froid, il aurait très bien pu, sous le coup de la colère. Après tout ce qu’il lui avait fait subir, oui, Alfred pensait que c’était presque légitime. Presque. Parce qu’il venait pour en parler et que ce serait con qu’il meurt en voulant en parler, non ?

« Je peux peut-être… t’aider ? »

Dans ce genre de moment, il n’y avait plus vraiment de Etats-Unis, de Province du Québec et autres nations. Dans ce genre de moment, c’était plutôt l’homme face à l’homme et ici, le frère face au frère. Un frère qu’il avait blessé profondément. Et il le savait.

On ne se relève pas facilement d’une trahison. Ca fait toujours extrêmement mal, surtout quand la personne est une personne vraiment proche de vous. En fait, plus elle est proche, plus ça fait mal. La voir s’éloigner ensuite, ça fait mal aussi. De se dire que plus rien ne sera jamais comme avant.

En tant que trahi, on souffre. En tant que traître, si on a un cœur, des sentiments et une conscience, on souffre aussi. Alors oui, Alfred souffrait de voir son frère s’éloigner de la sorte de lui. Et pourtant, c’était compréhensible après tout. Mais ça faisait mal quand même. Parce qu’il était à l’origine de la fissure dans leur lien. De cette brèche qui ne se refermerait jamais.

Et se savoir à l’origine d’un mal infligé à son jumeau, à celui qu’on prend pour vous, celui qui vous a toujours appuyé, sauf le jour où vous lui avez demandé de trahir quelqu’un d’autre pour vos beaux yeux bleus...

Ouais. Ca blesse.
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[Québec, début 1784] Te trahir. | PV Matthew.

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