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 Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]

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Ludwig / Allemagne

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MessageSujet: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Ven 12 Aoû - 18:25

    C'était sa première guerre et il trouvait que tout allait très vite. Trop vite. Il n'était encore qu'un jeune pays que manipulait les grandes nations et puissances de ce monde, un jeune homme encore adolescent. Bismarck lui-même avait du mal à lui donner du « Monsieur », préférant l'amical et touchant « Mon petit ». Ludwig n'avait jamais critiqué cette tendance chez l'homme : il lui devait respect et obéissance comme à un père.

    L'Allemand déplia ses doigts et souffla dessus en espérant que cela chasserait le froid nocturne qui s'y était posé. A Paris régnait un froid bien différent qu'en Allemagne. Même les étoiles semblaient appartenir à un autre monde : elles semblaient plus douces, plus effacées. Indifférentes du sort de ceux qui vivaient là tout en bas. Ludwig eut un regard vers Paris cette capitale que ses troupes et celles de son frère encerclaient. Mais la France ne voulait pas lâcher le morceau, préférant souffrir de faim et de froid plutôt que d'abdiquer. Ludwig ne savait même pas au juste pourquoi ils étaient là. Les arcanes du pouvoir lui échappaient. Il avait vaguement compris que la France voulait l'empêcher de devenir une nation, de s'allier à son frère.

    Alors en réponse on avait sorti les armes, on l’avait tiré de chez lui, mis un fusil dans les mains afin qu’il lave l’affront. Qu’il prouve que la France avait tort. Et il y avait pris goût à utiliser l’engin de mort, à voir l’ennemi fuir comme un lapin qu’on surprend dans son terrier. Il y avait pris goût à se terrifier lui-même. Ou n’était ce que le reflet du sentiment de ce peuple ? Il ne le savait pas lui-même, tant la frontière était fine.

    Ce calme soudain l’assommait, le laissait sonné. A défaut d’avoir un but véritable, Ludwig flânait dans le camp, saluant quelques soldats. Certains jouaient aux cartes, d’autres cassaient la croûte en se demandant si les Français affamés en sentaient le fumet jusqu’à Paris. Et il y avait aussi ceux qui avaient réussi à trouver compagne – où, comment ? – d’une petite souris des remparts, d’une de ces femmes qui vend son corps.

    En voyant l’une d’elles au bras d’un officier, Ludwig rougit. Comme l’adolescent qu’il était encore, empêtré dans un corps qui approchait de l’âge adulte. Il avait de vagues idées de ce qui allait se passer sous les tentes, de la simple théorie. Mas y penser le gênait toujours. Pas comme son frère qui s’en vantait sans vergogne.

    D’ailleurs quand on parle de l’aigle prussien, on en voit le bec. Ludwig se rapproche à grandes enjambées de l’albinos : il avait bien besoin d’une présence amie vu ce qu’il lui advenait. Mais la présence des deux femmes entourant son frère le fit piller net. Il n’osait pas même s’asseoir auprès d’une d’elles, se trémoussant de gêne comme un grand dadais. Ce qui ne manqua pas de faire rire les autres soldats assis autour du feu.

    - Bah Herr Ludwig, on a jamais vu une donzelle ?
    - ‘Serait peut-être temps de lui apprendre la vie à votre frère, Herr Gilbert.
    - Pour devenir homme faut deux choses : tuer un ennemi, se taper une femme.

    - Père disait ça aussi…

    Les mots lui avaient échappés. Il avait beau poser sa main sur sa bouche, trop tard. Alors autant continuer sur sa lancée.

    - Il disait que seule une femme peut vraiment faire de vous un homme. Un vrai. Mais qu’elle pouvait aussi bien vous transformer en enfant…
    - Ah ça c’est tout ma femme !

    Les moqueries continuèrent entre les soldats mais Ludwig n’y porta plus aucune attention. Il s’était rapproché de son frère, baissant résolument le regard pour ne pas voir les tenues des femmes.

    - Bruder, est-ce bien raisonnable ? Nous sommes en guerre.

    Oui il connaissait le principe du repos du guerrier, mais ce n’était pas une raison !


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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Mer 17 Aoû - 19:07

Enfin, une occasion de souffler. Enfin, une soirée tranquille, la première depuis des mois !... Relativement tranquille. Paris assiégée, Gilbert prenait du repos parmi ses hommes. Un repos plus que mérité. La capitale allait bientôt tomber, Francis - cet idiot - avait cru possible de le vaincre, lui, son armée ainsi que celle de son jeune frère. Alors, Ludwig avait pour la première fois prit les armes. Il s'était allié à Gilbert contre la France, l'ennemi commun qui allait rendre possible la concrétisation du rêve prussien : la création du nouvel Empire Allemand.

Il était fier.

Qu'il était loin, le temps du garçonnet qui s'accrochait à sa manche, qu'il pouvait soulever d'un seul bras et transporter sur une épaule. Plus de petit bonhomme admiratif qui l'écoutait, bouche grande ouverte, raconter ses exploits guerriers... Désormais, le jeune homme se battait à ses côtés. D'un regard, il balayait toute nostalgie susceptible d'envahir Gilbert et la remplaçait par la perspective d'un futur éclatant.

Le Prussien sifflotait, arpentait les allées jalonnées de toiles de tentes. Partout autour de lui, soldats prussiens et autres allemands se mêlaient, discutaient et riaient entre eux. Il en salua quelques-uns et continua sa route jusqu'à un rassemblement de soldats qui festoyaient – et ce en excellente compagnie. Un petit groupe de femmes se mêlaient aux combattants allemands, vêtues de tissus colorés dans lesquels se reflétaient les flammes des feux de camp. Des filles de joie.

Qu'importe ! C'était ce dont il avait besoin.

Un broc de bière à la main, il repéra un duo de femmes esseulées dans un coin du campement et s'approcha d'elles. Dans un sourire charmeur, accompagné d'un clin d'oeil, il les invita à le rejoindre près du feu. Bien entouré, devant l'oeil jaloux des quelques soldats qui furent incapables d'approcher la gente féminine, Gilbert se laissait enfin aller.

Alors qu'il s'était rapproché d'une de ses compagnes, la main glissée dans ses cheveux bruns, le visage contre le sien, il surpri le regard désapprobateur de Ludwig braqué sur lui. Celui-ci était devenu l'objet des remarques graveleuses des hommes autour d'eux.

C'est qu'il avait presque l'air autoritaire ! Presque - la rougeur qui envahissait ses joues décridibilisait beaucoup l'air qu'il voulait se donner. Un énorme sourire apparu sur le visage Prussien alors qu'il notait la gêne flagrante de son jeune frère face aux deux femmes. Un homme, lui ? Pas sûr, pas encore.

" Bruder, est-ce bien raisonnable ? Nous sommes en guerre. "

Il éclata de rire, la tête renversé en arrière. Sans plus de cérémonie, il abandonna les françaises qui s'extasiaient déjà sur l'allure du jeune allemand et prit celui-ci par les épaules, l'amenant plus loin dans les allées.

" Allons Ludwig, tu as bien travaillé aujourd'hui encore. Détends toi un peu ! " Dit-il, lui fourguant son broc de bière - seulement à demi rempli – entre les mains.

Un sourire espiègle s'étalait sur la face un peu rouge du Prussien - il n'en était pas à son premier alcool de la soirée - qui s'était arrêté net devant un autre groupuscule composé d'une dizaine de soldats, d'une quantité appréciable de bière et surtout d'un groupe de jeunes demoiselles, pour la plupart d'apparence à peine plus âgée que Ludwig ! L'un des hommes avait également apporté un violon et il jouait une musique entrainante tandis que les autres l'accompagnaient en frappant des mains et du pied. D'autres encore chantaient à gorge déployée.

Faisant fi des réticences de son frère, il le traîna avec lui vers la petite troupe qui les accueillit à bras ouverts. Les choppes s'entrechoquaient, répandant de la bière à plusieurs mètres à la ronde. Un des hommes se fit un devoir de fournir un pot à Gilbert et de le remplir, ainsi que celui de Ludwig.

" A la santé de Herr Gilbert et à celle de Herr Ludwig ! " Hurla l'un d'eux.

Dans un " PROST ! " sonore, chacun entreprit de vider sa choppe, le plus rapidement possible. La Prusse observait d'un oeil amusé la toute jeune Allemagne se débattre avec son broc. Maintenant qu'il y pensait, avait-il seulement déjà été ivre ? Ha, il essaiera de faire attention à ne pas trop le fatiguer, qui sait de quoi demain sera fait ?

Il reposa bruyamment sa choppe et appuya sa main sur l'épaule de Ludwig. Sans douceur, il le tourna vers les demoiselles. Certaines le regardaient, paupières battantes et bouche en coeur. C'est qu'il faisait son petit effet le jeune soldat !

Il abaissa son visage à la hauteur de l'oreille de l'Allemagne.

" Cette nuit, c'est la tienne, bruder. À toi de nous prouver que t'es devenu un homme ! "

Et, d'une claque magistrale dans le dos, il le projeta au milieu de l'attroupement de femmes qui s'écartaient en gloussant autant qu'un poulailler entier.

Hilare, il s'installa non loin du jouvenceau.

Il était regrettable, vraiment regrettable que Germania ne puisse assister à cela.
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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Ven 19 Aoû - 16:24

    Se détendre... Certes il n'était pas contre, mais pas ainsi. L'armée était censée être une institution aux règles strictement observées. Non un lieu de débauche. Quand le général a le dos tourné, les soldats dansent se disait l'allemand. Jusqu'à ce qu'il remarque que même les hauts-gradés trempaient dans l'affaire – mais ils savaient mieux se cacher et montraient moins de débordement que leurs subalternes. Il y avait de quoi déboussoler le jeune Ludwig. Lui qui considérait l'armée comme une société utopique et même une seconde famille, voilà qu'il découvrait les familiarités parfois excessives et les écarts au règlement.

    - Mais bruder, on ne risque pas de... des remontrances ?

    Vu le sourire que lui lança son aîné, Ludwig comprit qu'il venait encore de montrer son ignorance du monde. Était-ce sa faute si le monde évoluait à un rythme effréné alors que lui-même tentait tant bien que mal à avancer ? Il était en retard, désespérément en retard, et encore empli d'illusions.

    Mais il était temps de grandir et de sauter à pieds joints dans le monde des adultes. Déterminé comme jamais, l'Allemand saisit le broc et entreprit d'en vider le contenu. D'un seul coup. Comme un homme, un vrai. Seules les femmes ont besoin de plusieurs gorgées pour finir une bière – et même elles se mettent souvent à deux. Quelques soldats stoppèrent leurs rires, regardant l'Allemand, partagés entre l'incrédulité et l'inquiétude. On avait déjà vu des petits jeunes se noyer dans un verre, alors un broc !

    Néanmoins Ludwig sortit vainqueur, de la mousse sur le visage et un air légèrement euphorique. Sûrement l'alcool qui faisait déjà son effet – le corps du petit n'était pas encore habitué malgré tout l'héritage germanique. Par contre ça avait éveillé ce même héritage qui le poussa à tendre son broc au soldat qui servait ses collègues. Et évidemment le Prussien choisit ce moment pour lui rappeler la compagnie bien particulière qui s'était invitée ce soir.

    " Cette nuit, c'est la tienne, bruder. À toi de nous prouver que t'es devenu un homme ! "

    Le visage allemand passa par toutes les couleurs, affectionnant tout particulièrement le blanc de la peur. Ouvrant des yeux comme des soucoupes, le cadet se pencha vers l'oreille de son ainé.

    - T-tu... veux dire... devant tout le monde, là ?

    Mais il le ferait encore moins dans sa tente. Pour plusieurs raisons dont celle de se faire surprendre. Dans quelques siècles, Ludwig pourrait s'en sortir avec l'effet « retour au bureau » (grand exercice opérée par ceux visitant les sites internet pour adultes). Mais là il n'avait aucune envie de fricoter avec des femmes – françaises ou non.

    Sauf que. Ce que la Prusse exige, elle l'obtient. Avant qu'il n'ai compris le geste de son frère, Ludwig se retrouva dans le cercle des demoiselles. De tous les âges et de toutes les couleurs, c'était un éventail de ce que la France comportait de jolis minois. Mais aussi de moins attrayants que les propriétaires avaient enjolivé avec tous les artifices propres aux femmes. La plus imposante restait une matrone – sûrement la meneuse de tout ce petit monde : une allure de femme ayant porté vingt marmots dans le ventre et qui en avaient encore les traces, et des mains qui pouvaient vous décoller la tête d'un seul coup.

    - Mesdemoiselles, je sais bien que vous voulez toutes donner de l'affection à ce jeune homme mais n'allons pas l'user inutilement.

    La matrone prit par le bras une des filles qui l'entourait. Petite fille aux visage encore empreint de traits d'enfants, toute juvénile.

    - La petite Marie sera parfaite. Un vrai ange, et saine comme tout !
    - … Euh... Danke...

    Il avait l'impression qu'on lui vendait une bête de somme. Marie, était-ce vraiment son prénom ou un pseudonyme pour donner l'illusion aux clients de profaner son homonyme sacré ? En tout cas la demoiselle s'était déjà accroché à son bras, battant des cils. Ce qui n'était pas pour aider l'Allemand à être plus à l'aise, surtout quand il remarqua que tous les soldats des environs avaient les yeux rivés sur lui. Ils n'avaient vraiment rien d'autre à faire ?

    - Engel, donnez plutôt un broc à cette jeune femme au lieu de bailler aux corneilles. Et un pour moi aussi.

    Il allait avoir besoin d'alcool pour supporter cette soirée – enfin nuit vu l'heure tardive. Engel – le soldat qu'il avait si gentiment remis en place – lui tendit les brocs pleins. L'Allemand en donna un à la prostituée avant de la mener à s'asseoir légèrement à l'écart du groupe. Les mains ainsi occupées, elle ne chercherait pas à mener son travail avant l'heure. Ce qui n'empêcha pas Ludwig de pointer son regard sur son frère. Espérant que ce dernier mettrait fin à ce cauchemar.


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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Lun 5 Sep - 19:06

L'albinos n'avait pu s'empêcher de pouffer de rire en voyant Ludwig s'empêtrer dans les jupes des prostituées, mais il n'avait pas calculé la matrone qui se trouvait assise au milieu des filles. Matrone qui jaugeait maintenant du regard le jeune homme. Il grimaça, s'attendant à ce que celle-ci le juge trop jeune et le jette du groupe de demoiselles. Mais non, au lieu de ça, elle lui avait flanqué une jeune fille dans les bras, d'apparence à peine plus âgée que Ludwig. Et pas moche, en plus !

Gilbert souffla, plus détendu... Il n'aurait pas vraiment aimé avoir à s'expliquer avec l'imposante femme, et vu le regard que lui lançait celle-ci, il avait tout interêt à lui aussi s'intéresser à la gente féminine, sous peine de se faire expulser du secteur à grand coup de pied au derrière. Même Elizaveta aurait l'air d'une poupée de porcelaine à côté de cette brute épaisse- songeait-il, tandis qu'il cherchait du regard une femme à son goût, et surtout près d'un endroit d'où il pourrait surveiller son cher petit frère – c'est que le spectacle méritait d'être vu !

Il se rapprocha donc d'une jolie blonde, tout en gardant à l'oeil cet hypocrite de West qui, après toutes ses plaintes à ce sujet, se la jouait maintenant le parfait gentleman avec une simple catin. Bha, ce n'était pas plus mal, pour le jour où il tomberait sur une véritable demoiselle du grand monde.

Sans vraiment écouter les piaillements de la jeune femme à ses côtés, il observait avec amusement Ludwig fourguer un broc de bière entre les mains de la jeune fille. Avait-il peur qu'elle se jette sur lui ? Pourtant, c'était ce qui pouvait lui arriver de mieux ! Il croisa son regard plusieurs fois, la toute jeune Allemagne ne cessait de le fixer... en l'attente de conseils, peut-être ?

Débrouille-toi petit- se dit-il, souriant, reportant son attention sur le joli-minois – incroyablement bavard ! – assis à côté de lui.

Mais tout de même, il sentait le regard inquisiteur de Ludwig sur sa nuque... Il allait finir par s'attirer les foudres de la patronne à force de délaisser la jeune – Marie, c'est ça ? – de la sorte. Aussi voulut-il se faire un devoir de lui montrer le bon exemple. Coupant court à la conversation avec sa compagne, ou plutôt la délaissant en plein milieu de son monologue, il s'approcha du duo de jeunes et accosta une seconde femme, rousse celle là. Plus mûre aussi, certes, mais surtout plus près des oreilles de son frère.

" Bonsoir ma jolie, Gilbert Weillshmidt, pour te servir... "

Simple, clair, si Ludwig voulait se la jouer gentillhomme, il était de rigueur qu'il se présente, non ? Et cela aurait le mérite de démarrer une conversation.

Sheiße... Il n'entendait pas un traître mot de ce que pouvait lui dire son frère. Ha, de toutes façons vu la manière dont la fillette battait des cils, il devrait très bien se débrouiller, même sans parler !

Tout à sa surveillance rapprochée et ses bavardages avec la deuxième courtisane, il en oublia la première. Celle-ci, dans un premier temps, était restée assise à sa place, figée. Foudroyant désormais du regard celui qui l'avait abandonné pour une femme plus âgée, elle retournait rageusement auprès de ses pairs, et tout ceci sous l'oeil assassin de la matrone qui s'approchait désormais dangereusement de l'albinos.
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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Mar 13 Sep - 19:27

    Ludwig se croyait sauvé en voyant son frère venir vers lui. Perdu. Gilbert ne vint pas lui retirer sa compagne, mais avait simplement jeté son dévolu sur une autre demoiselle. Faux frère, Judas. En plus il prenait son air de séducteur dégoulinant de miel, cet air qui tapait sur les nerfs de son cadet. Tous les hommes se conduisaient-ils de la sorte envers les femmes ? Germania lui-même avait-il tenu les mêmes propos envers ses conquêtes ? Sûrement pas. Père était davantage adepte de la séduction violente, et tout en acte : « Toi. Moi. Derrière le buisson » . Pas le genre de Ludwig non plus.

    La tête de Marie pesa sur son épaule. Des rires s'échappaient de la bouche de la jeune fille, l'alcool avait rosi ses joues. Pompette elle l'était, il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir. Les Françaises ne savaient décemment pas tenir l'alcool. Ludwig sentait les doigts de la femme presser son bras, son menton frotter son épaule. Son parfum lui chatouillait le nez et il était à deux doigts d'éternuer à cause de la fragrance.

    - Vous connaissez ce Weillshmidt, mon cher ?

    Et voilà qu'elle tâchait de parler comme une grande dame pour parfaire l'illusion. L'Allemand eut presque un sourire triste pour cette femme qui ne faisait que jouer un rôle. Un rôle pour oublier sa condition et pour faire rêver les hommes.

    - C'est mon frère.
    - Oh ça explique la prestance. Vous êtes tous les deux de beaux garçons.

    Elle lui pinça la joue avec le même geste qu'ont les tantes pour leurs jeunes neveux. Ludwig grimaça sous le coup, prenant exactement la mine boudeuse des enfants agacés par les adultes. Tout le monde le prenait-il donc pour un gamin, un être qui serait éternellement plongé dans la douce enfance ? Il se serait presque mis à bouder s'il n'avait pas vu le tohu-bohu qui s'annonçait à quelques pas d'eux. La matrone bousculait sans ménagement les soldats pour parvenir jusqu'à eux. Et la lueur qui brillait dans ses yeux n'annonçait pas les marches du Paradis, mais bel et bien les spéculations financières de l'Enfer.

    - Je vous l'emprunte, glissa l'Allemand à la rousse.

    Le cadet attrapa vivement son aîné par le bras et l’entraîna derrière lui. Suivi de Marie qui ne voulait pas quitter son client du soir. Ils devaient s'éclipser des yeux de la matrone au plus vite. Se mettre en sécurité. Et le premier lieu qui vint à l'esprit de l'Allemand fut... sa propre tente. En quelques enjambées toute l'équipe s'y retrouva : Gilbert y fut expédié manu militari par son frère qui jeta un dernier coup d'oeil avant de rabattre l'ouverture. Personne ne les avait suivi.

    - Hé là ! S'c'est pour payer une passe au lieu de deux, j'dis non. Faut pas m'pousser dans les ronces. J'suis française, pas idiote !

    Le petit ton de dame de toute à l'heure venait de laisser placer au parler fleuri des bas-fonds parisiens. La Marie se tenait bras croisés, l'oeil furieux devant l'Allemand. Qui ne savait plus sur quel pied danser, tombant de Charybde en Scylla. Il ne manquerait plus que les « prétendantes » de son frère retrouvent leurs traces et viennent demander réparation.

    Là présentement il devait calmer la furie que devenait Marie. Inutile d'espérer que son frère l'aide : il ne ferait que rendre le tout plus compliqué.

    - Je-Je ne vous ai pas amené ici pour ça. Déjà c'est SON idée que je vous fréquente !

    Ludwig pointa du doigt le Prussien, reportant toutes les fautes sur lui. Par pur instinct de survie.

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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Lun 26 Déc - 21:36

Tout s'était enchaîné très vite. Trop vite. Ludwig s'était brusquement élancé vers lui et l'avait attrapé par le bras, l'arrachant ainsi à la douce compagnie de la rousse avec laquelle Gilbert badinait – par pur aspect pratique, il fallait l'avouer : il ne trouvait, en réalité, pas beaucoup de charme aux tâches de rousseur.

Il eu tout de même le temps de comprendre la cause de cette fuite soudaine : la matrone qui s'était dangereusement approché de sa personne arborait maintenant un air très contrarié, furieuse de voir les deux "clients" prendre la tangente, abandonnant de si charmantes compagnies. Enfin, qu'à cela ne tienne, l'une d'elle les suivait de toutes façons.

... Was ? Deux de ses neurones encore inoccupés par l'alcool eurent le temps de se connecter, réalisant quels problèmes cela poserait. Non seulement la donzelle les suivrait et tenterait de leur estorquer le maximum d'argent, mais sa patronne surtout allait y veiller de très près. Accessoirement, l'air furibond des quelques demoiselles qu'il avait lui-même accosté ces dernières heures n'annonçait décidément rien de bon !

Bon, peut être que cette soirée n'était pas une si bonne idée, en définitive. Demain, il se jurerait de ne plus abuser de la bonne bière. Jusqu'à la prochaine fois, cela va sans dire.

Ludwig le propulsa dans sa propre tente, suivi de près par Maria qui n'avait aucune envie de lâcher son client de la soirée. Brave petite. Ou pas.

Encore légèrement hébété, il lui prit une envie de pouffer de rire devant l'air ahuri de son cher West. Puis très vite, son visage se décomposa lorsque la demoiselle ouvrit la bouche. L'accent des bas fonds parisiens lui vrillait les tympans, et attend... Deux passes ? Il déchantait. Il y avait des choses qui ne se partageaient PAS, même entre frères. Plus inquiétant : elle ne donnait absolument pas l'impression de vouloir lâcher Ludwig. Ludwig qui le pointait maintenant du doigt et lui imputait toute la faute.

L'adorable petit... morveux.

Il darda un regard réprobateur – et un petit peu brumeux - sur son cadet et y alla lui aussi de son petit reproche.

" C'est le génie qui parle ? Quand on fuit quelqu'un, on a la décence de ne pas courir se cacher dans l'endroit le plus évident du monde ! Puis on en serait pas là si t'avais su te débrouiller en homme dès le début ! "

Marie regardait, l'air interdit, l'échange fraternel sans dire un mot. Réalisant – probablement - qu'elle pouvait toujours attendre pour son argent, elle sorti d'un bond de la tente et s'élança sur l'allée. Horrifié, le Prussien n'eut pas le temps de la retenir. Elle devait être partie retrouver ses consoeurs et ils auraient bientôt affaire aux furies, accompagnées de leur maîtresse.

Sale quart d'heure en perspective, en somme. Ignorant la réponse de son frère, il désigna la sortie.

" Je crois qu'on a plus qu'intérêt de filer d'ici en vitesse. Je ne tiens pas à recevoir la note pour une soirée à peine entamée avec ces harpies ! "

Poussant la jeune Allemagne dans l'allée, il l'entraîna dans le dédale des tentes vers un endroit un peu plus sûr, le temps que l'affaire se tasse, bien entendu.

Pas sa tente, évidemment. Mais où ? Songeait-il, toujours au semi pas de course. C'est donc perdu et légèrement essoufflé qu'il s'arrêta. Les tentes étaient ici un peu plus espacées et seuls quelques soldats parcouraient les allées, loin de l'agitation du centre du camp.

Un sourire forcé aux lèvre – pour pallier au regard de tueur de son cadet – il laissa échapper un pauvre petit ricanement, mal à l'aise.

" ... Quelle soirée, hein ? "
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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Mer 4 Jan - 22:36

    Oh oui quelle soirée. Ludwig se passa les mains sur la figure cherchant à chasser l'horrible envie de frapper son ainé - chose qu'il n'avait jamais faite jusqu'à présent mais il y avait un début à tout. Même débarrassé maintenant des prostituées l'Allemand n'avait nullement la conscience tranquille. La matrone pouvait les retrouver à tout moment et leur faire payer les services de ses filles - avec un bonus pour n'avoir pas respecter la part de leur contrat. A défaut de frapper le Prussien, Ludwig passa sa frustration sur son ainé.

    - Question fuite tu n'es pas mieux. Je te ferais remarquer qu'on est pas sortis de l'auberge et que les filles risquent de revenir réclamer leur dû.

    Déjà que les liens avec la France étaient loin d'être paisibles, là ça n'allait pas arranger les choses. L'esprit tortueux allemand se demanda si par vengeance les prostituées seraient capable d'aller chercher des soldats français pour laver l'affront dans le sang ? Ce serait un poil exagéré, non ?

    - Ah vous voilà vous !


    Oh nein. Pas elle. L'Allemand eut le réflexe de se cacher derrière son ainé alors que la tête de celui-ci n'atteignait que son épaule. La matrone, flanquée de deux de ses filles dont Marie, les regardait avec un air qui rappelait Suisse venant réclamer un remboursement. Le fusil en moins. Mais l'Allemand ne voulait pas savoir quelle arme pouvait bien utiliser une telle femme contre des clients récalcitrants.

    - C'bien bon les Prussiens à vous balader avec des piques bien durs sur leurs casques mais faut croire que c'est pour compenser le mou qu'ils z'ont entre les cuisses !


    Les deux filles pouffèrent de rire, s'amusant du spectacle qui s'offrait à elles. Sentant les choses s'envenimer, l'Allemand leva les mains en signe de paix. Derrière lui les soldats sirotaient leur bière en profitant eux aussi de la scène. Et de la vue des filles.

    - Madame... euh... on vous remboursera promis...
    - Encore heureux ! J'aime pas qu'on traite mal mes filles.
    - Le blond il a été méchant.
    (Marie mouillait ses grands yeux, renifla avec un air de comédienne) Il m'a mordu de partout, m'a frappé avec une cravache et il a voulu me prendre sans payer !

    Euh... Pardon ? Rien qu'à imaginer la scène Ludwig piqua un fard de pucelle à sa nuit de noces. Et les commentaires des soldats derrière ("Oh fougueux le petit !" "Vas y chevauche la !") ne l'aidaient nullement à reprendre contenance. Il sentait la rougeur cuire sa nuque comme si on y avait apposé un fer rouge.

    - Si je puis me permettre... ça s'est pas... passé comme ça...
    - Vous voyez patronne, il dit que je mens ! Faut le punir !

    Odieuse petite traitresse française, langue de vipère aux yeux d'ange. Ludwig fut déçu d'un tel comportement - l'Eglise avait donc raison, les femmes n'étaient que mensonges et félonies. Mais surtout il craignait pour sa peau : quelle punition allait concocter cette engeance ?



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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Jeu 28 Juin - 18:12

Gilbert serrait les dents, peu habitué qu'il était à la gente féminine et la fourberie propre à cette espèce. Il inspira, son petit frère tentait de se dépêtrer en balbutiant de vaines excuses et des dizaines de paires d'yeux étaient braqués sur eux. Tous de soldats qu'il avait eu sous son commandement. Certes, Gilbert faisait partie de ceux qu'on retrouvait très souvent au centre de scandales divers et variés. Mais rien à faire, il ne parvenait pas à s'y habituer.

Et voilà que la matrone s'approchait à son tour et, non contente de son petit effet, s’évertuait à faire ce qu'il fallait pour leur extorquer le maximum d'argent. Perverse et vénale. Un peuple digne de Francis, assurément ! Aussi finit-il par écarter Ludwig d'une main et s'interposa. Qui étaient-elles, ces Françaises, pour oser se mettre en travers de la route du grand Gilbert ?

" Il n'y aura pas de punitions ! Et vous pouvez vous asseoir sur votre remboursement. On ne paye pas les menteuses. " il désigna d'un doigt la prostituée. " Suffit de la regarder, votre fille, pour comprendre qu'on ne lui a fait aucun mal ! "

Rictus aux lèvres, il admira le changement d'expression radical sur le visage de la blondinette, surprise qu'elle était de voir qu'il se rebiffait finalement. Elle qui avait cru profiter des deux Weillschmidt, elle allait comprendre.

...Du moins, c'est ce qu'il avait espéré. La réalité, elle, fut toute autre.

Passé l'effet de surprise, la jeune Marie se remit à pleurer de plus belle, secouant ses maigres épaules au même rythme que de grands sanglots saccadés. Criante de vérité, vraiment.

" Vous voyez ? Vous voyez comme ils sont ? Un peu plus et il m'demanderait de m'déshabiller là, devant tout l'monde, pour montrer mes bleus ! "

Le visage sévère que Gilbert s'était composé fondit comme neige au soleil. Les yeux écarquillés, il contempla sans mot dire la demoiselle éplorée. Que pouvait-il faire d'autres, sincérement ?

Autour d'eux, les quolibets fusaient. Qu'elle se déshabille la petite Française ! Qu'elle nous montre ses blessures sous ses jupons ! Moi j'veux bien la soigner ! Les jeunots s'esclaffaient de la situation épineuse dans laquelle semblait s'être enfoncé les deux frères. D'autres, plus vieux, peut-être plus sage aussi, secouaient la tête d'un air ennuyé. C'était pas la première fois, pourtant, que de telles choses arrivaient dans un camp.

Rouge, Gilbert arrivait à court d'arguments valables. La raison lui dictait de garder la tête froide, de donner quelques pièces au groupe de harpies, de mettre fin à tout ce scandale et de profiter en paix du reste de la soirée.

... Malheureusement, Gilbert n'était pas vraiment connu pour son côté raisonnable.

" T... Tais toi ! Petite garce ! Estime-toi chanceuse de pouvoir continuer tes petites affaires dans notre camp sans qu'on te fiche dehors ! "

Qui était-elle - Bon Dieu ! - pour calomnier de la sorte ? Écoeuré, il imaginait le regard victorieux de Francis s'il les voyait, jubilant de cette petite vengeance.
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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Jeu 28 Juin - 20:22

    Ludwig avait honte. Honte du comportement de son frère et de celui des soldats. Même si la demoiselle mentait, ce n'était pas une raison pour l'humilier. Un soldat s'amusait même à tirer sur ses jupons, voire à tenter de les soulever pour y jeter un œil dessous. Marie avait rassemblé ses jupes, les serrant entre ses poings pour garder un peu d'honneur. Cette vision eut raison de Ludwig - il était comme son père, faible devant les femmes.

    — Écoutez... On va bien trouver une solution à...
    — Herr Ludwig, Herr Gilbert !

    Le messager slalomait entre les soldats, assez adroit pour éviter les fusils et casques qui traînaient à terre (marcher sur la pique prussienne n'aurait sûrement pas fait du bien à ses pieds). Stoppant sa course devant les deux nations, le pauvre homme tendit l'enveloppe qu'il venait de sortir de sa poche avant de se plier en deux pour respirer un grand coup.

    — Un... message... de... Herr Franz...
    — France ?

    L'homme hocha la tête, inspirant de grandes goulées d'air. Ludwig fit signe aux soldats de l'aider et de lui offrir de quoi boire et se reposer. En entendant le terme de repos, les demoiselles redevinrent affables, reprenant leurs masques professionnelles. Déjà Marie avait séché ses larmes et prêtait un bras réconfortant au messager afin qu'il puisse se relever. Tandis que Ludwig décachetait la lettre, le messager était déjà entouré d'une belle cour et Maria l'aidait à boire comme à un enfant.

    — Gilbert, paye la dame et rejoins-moi dans la tente.

    Et peu importe le prix demandé, au moins cela ferait taire toute rébellion féminine. L'Allemand reprit place dans ses quartiers, s'asseyant à son bureau pour lire la missive. Au retour de son frère, il la posa et la fit glisser à l'autre bout du bureau pour qu'il puisse la lire tout son soûl.

    — Franz semble avoir réussi à calmer ses Communards. Il capitule. Entièrement cette fois.

    On pouvait dire ce qu'on voulait, le peuple français demeurait un peuple fier. Là où Napoléon III avait fini par abdiquer, les Parisiens s'étaient armés pour affronter un ennemi bien plus puissant qu'eux. Suicidaire mais courageux.

    — Qu'est-ce qu'on pourrait leur demander, en échange de repartir chez nous ?

    Connaissant l'appétit prussien, Ludwig savait par avance que l'addition serait salée.


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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Lun 3 Sep - 19:47

Une simple pièce avait servit à calmer la matrone qui voyait de toutes façons une dizaine d'autres opportunité de se faire de l'argent sur le dos d'autres pauvres soldats. Une pièce de trop toutefois qui meurtrissait Gilbert du plus profond de son orgueil. Mais une lettre du Français était, après tout, une affaire d'une toute autre importance ! Jouant des épaules, il franchit le mur de soldats qui bouchait les allées.

Il suivit Ludwig qui slalomait entre les tentes. Il eu une bouffée de fierté en observant le jeune homme, l'air sérieux, qui écartaient les gardes d'un simple regard, marchait déjà comme un homme fait au milieu des installations militaires. Son digne petit frère !

L'albinos écarta la toile de la tente pour y entrer et la laissa se rabattre dans son dos. Ludwig avait déjà eu le temps de lire la missive et la lui laissait à sa disposition. Gilbert, avide, empoigna le papier et le parcouru. Il reconnût sans peine la gracieuse écriture de son ancien comparse. Sans s'attarder sur ses fioritures de gentilhomme - qu'il trouvait toujours très énervantes par ailleurs - il lu le texte d'une traite tandis qu'un sourire machiavélique étirait sa bouche pâle.

Il reposa la lettre brutalement, tapant du plat de la main sur le bureau de son cadet et laissa échapper un grand rire surexcité.

" HA ! Elle est bien bonne ! Voilà qu'il abdique enfin le bougre ! Il en aura mit du temps à s'y résoudre... "

Toujours hilare, il se laissa tomber dans un siège en face de Ludwig. Les soldats allaient être contents : cinq mois de siège, il y avait de quoi en épuiser plus d'un !

" Ce qu'on lui demande ? Du territoire. " Une lueur maligne s'était allumée dans le fond des prunelles rouges. " Pas de pitié pour les vaincus. On va récupérer ses armes, on va agrandir notre armée et on lui portera le coup de grâce. "

Il se releva brusquement de son fauteuil et s'approcha de la carte tactique étendue sur une table, dans un coin de la tente.

" Francis nous laisse Paris, mais il n'est pas idiot. Il a d'autres forces de résistance. Mais c'est l’énergie du désespoir qui l'anime, il ne tiendra pas longtemps. Il ne le sait pas, mais il est déjà mort ! "

Comme pour souligner ses paroles, il arracha une épingle bleue sensée indiquer Paris et la jeta sur le sol. Déjà, la Prusse lorgnait des régions de l'Est de la France.

" Malheureusement, nous ne rentreront pas chez nous tout de suite. Quelques batailles devront encore être menées mais je ne me fais pas de soucis. Nous le tenons de toutes façons. Après suivront les Traités, et je tiens à en être pour voir sa sale tronche larmoyante quand il nous cédera tout ! " Il tapota du doigt l'Alsace. " Ça Ludwig, ça sera notre prix. Ton prix. Une fois Francis à genoux, je fais confiance à Bismarck pour extorquer le maximum de son gouvernement. Et alors.... Alors, tu rentreras chez toi ! "

Se retournant vers son frère, il glissa un bras autours des épaules de celui-ci, le secoua tandis qu'il le rapprochait de la carte. Avec l'air d'un Père Noël, il lui désigna les régions à l'Est de la France.

" Tout ça, ce sera à toi ! Tes soldats... Ils se sont tous battu pour toi Ludwig, tu es déjà leur Nation ! "

Il couvait du regard la tête blonde qui le dépassait déjà. Depuis quand était-il devenu si grand ? Il eu la vision fugitive, et très ancienne, d'une même tête blonde qui s'accrochait à sa jambe en l'appelant et en écorchant son nom. Très vite, ses yeux lui piquèrent, embrumés. Scheiße, comme s'il avait le temps d'être sentimental ! Il repoussa Ludwig et s'essuya rapidement le coin des yeux avec sa manche.

" Enfin... On va éviter de commencer la construction d'une villa en Alsace avant que cette tapette nous ait laissé son armement... Kesesese ! Demain, nous marcherons dans Paris. Je te parie que Francis se morfond dans sa chambre, à l'heure qu'il est ! "
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MessageSujet: Re: Comme un homme [Guerre franco-allemande 1870]   Mar 4 Sep - 20:33


    Et ils marchèrent sur Paris. La capitale fut noyée par un flot de soldats étrangers aux regards acérés dont la mine terrifiait les habitants. L'ennemi était dans les portes, au sein même du pays. Ludwig n'avait nul regard pour les Français, trop grisé par sa victoire. Sa première victoire. Ses soldats chantaient ses louanges, son frère l'avait félicité, tout ceci lui montait à la tête tel un alcool fort.

    Quand Ludwig posa les pieds au sein de Versailles, il sentit qu'il quittait quelque chose. Une vague nostalgie le prit - il venait de quitter une identité pour en prendre une autre, il se dépouillait de l'enfance pour prendre la voie des adultes. L'Allemand eut le réflexe de regarder en arrière comme s'il pouvait voir l'ombre de l'enfant qu'il avait été lui sourire une dernière fois. A la place son regard rencontra celui de son ainé - si petit, si chétif (depuis quand était-il plus petit que lui ?) - qui l'encourageait et le poussait vers son avenir.

    La galerie des glaces était impressionnante - lumineuse et vaste. Devant son armée et celle de son frère, devant les Français qui faisaient la grimace, devant Francis qui ne digérait pas sa défaite, Ludwig devint l'Allemagne. Il devint une nation pleine et entière.

    Il descendit, manquant de tomber des quelques marches qui menaient à l'estrade. S'agrippant aux épaules de son frère, Ludwig balbutia, encore grisé de succès, se remettant difficilement de sa nouvelle naissance.

    — Je suis... je suis une nation...

    Il n'était plus un puzzle de territoires, il était enfin comme Gilbert, comme Francis, comme les autres.

    — C'est... tellement... Je les sens encore plus... Les habitants, mon peuple... J'ai presque l'impression que je pourrais lire leurs pensées, savoir tout d'eux...

    Un rire nerveux le secoua, des larmes menaçaient de couler. Trop d'émotions et de sensations - il avait envie de crier comme un enfant qui vient de naître. Il avait envie de crier son nouveau nom.

    — Sans toi, brüder, je ne serais pas devenu... Allemagne.

    Baigné par le soleil de la France, sous le regard de ce dernier, Ludwig prit son frère dans ses bras. Celui qui l'avait aidé, épaulé, et continuerait jusqu'à sa totale disparition.

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