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 [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]

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MessageSujet: [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]   Mar 20 Sep - 21:07

Ayant atteint le Rhin au début du mois d’août en l’an 1697, Пётр I Великий -ou simplement Pierre pour les intimes- traversa moult rivières et canal et atteignit Amsterdam. Depuis longtemps déjà la Hollande attisait la curiosité du Tzar et en ces temps aucun autre pays ne connaissait la Russie aussi bien que la Hollande. Les marchands hollandais étaient de réguliers invités au seul port russe à cette époque : le port de la ville d'Arkhangelsk. Sous le Tzar Alexis Ier Mikhaïlovitch, qui était le père de Pierre, Moscou accueillait un grand nombre d’artisans hollandais ; les premiers professeurs de Pierre en commerce maritime, Timmerman et Cort, deux hollandais, avaient été en tête d’un chantier naval dont les navires servirent à conquérir la ville d’Azov. Plus tard, le bourgmestre hollandais Nicolaas Witsen visita la Russie jusqu’en mer Caspienne et lors de son voyagea, lia une forte amitié avec la cour de Moscou et devint celui qui alimenta la Russie en artisans commerçants hollandais.

Sans s’arrêter à Amsterdam, Pierre monta à Zaandam, une petite ville célèbre pour ses nombreux chantiers et ateliers de construction navale. Le lendemain, le Tsar s’inscrivit au chantier de Linstow Rogge sous le nom de Pierre Mikhaïlov. Puis il déménagea finalement incognito à Amsterdam où il obtint, avec l’aide de la famille Witsen, une autorisation pour travailler dans les chantiers navals de la Compagnie des Indes.

Et j’arrête ici mon bla bla historique cher lecteur en promettant que tes divins yeux n’auront plus à souffrir de noms russes imprononçables – ou très occasionnellement. Laissons place au RP !

Que les journées pouvaient être longues quand on devait travailler. Travailler... je vous jure, je veux dire travailler. C’était un mot oublié depuis longtemps dans le dictionnaire de notre petit Tsar, qui, on le sait, n’oserait jamais se rabaisser aussi bas. Il n’y avait que le plaisir dans la vie de cet illustre personnage. Ce pourquoi, pendant que Pierre trimait sur les chantiers, Ivan s’était octroyé quelques libertés à son job. Comme par exemple –simple exemple...- pouvoir faire reposer allègrement ses jambes sur le bureau du chef de chantier en lisant un livre nature peinture. Il n’avait jamais eu peur du travail et s’était habitué aux mains lacérées par le froid et la besogne, aux ongles toujours crades et pleins de terre, aux doigts ensanglantés, au dos nu toujours courbé, à la sueur boueuse... Mais le temps où Ivan devait lui-même bosser était révolu ; son peuple était fort, son tsar était intelligent et il pouvait se permettre de ne strictement rien faire pour une fois. Fini l’obscurantisme, vive les lumières ! Et en parlant de lumières, 1697 était l’époque de l’excuse idéale pour glandouiller et bouquiner au lieu de se fatiguer à piocher : les philosophes... Ahhh l’esprit et ses révélations, quelle merveille !

Pour la journée, comme il faisait un temps tout à fait lovely, qu’il faisait beau et chaud, Ivan s’était dit que bon, il pourrait faire une exception ? Pas sortir habillé de la tête aux pieds de façon classieuse, ce qui pour le coup, lui tiendrait un peu trop chaud. Mais il avait énormément hésité, car après tout, son crédo n’était-il pas « la classe n’a ni chaud ni froid » ? Précepte qui lui donnait souvent trop chaud et été et froid en hiver mais qui faisait de lui un homme élégant et classe en toute circonstance. Bref, quoi qu’il en soit, il avait donc décidé de faire une exception et avait considérablement aéré son style. Et comme il n’y avait sur ce chantier hollandais aucun homme de qualité pouvant reconnaître en lui la nation Russe, Ivan se permit même un certain négligé. Il avait donc ôté cette affreuse perruque si tendance à la cour et, ayant les cheveux assez longs, attacha sa tignasse blonde en une queue de cheval désinvolte. Le jabot et les rabats disparurent également, laissant sa chemise à moitié déboutonnée découvrir un soupçon de poitrail divinement vierge de tous poils. Par dessus, il s’autorisa un gilet grenat sans manches et brodé de moult arabesques florales toutes en fil d’or. En bas... et bien, comme c’était la monde et qu’on ne trouvait que ça, Ivan avait mis un rhingrave noire, orné de nombreux rubans et dentelles complètement inutiles, mais charmantes au regard. Et bien sûr, des bas en soie blanche et complètement recouvertes par de hautes bottes à talons rouges, pour aller de pair avec le gilet. Pour parfaire ce style négligé, un grand chapeau en feutre empanaché d’une plume de faisan siégeait sur l'arrière de sa tête.

Donc, les jambes croisées malicieusement sur le bureau du chef de chantier naval, Ivan lisait le plus naturellement du monde Les cyniques grecs, lettres de Diogène à Cratès, un bouquin qui trainait dans la chambre de son valet et qu’il avait emprunté, un peu par hasard, un peu pour essayer de comprendre la visée complètement déjantée et décalée que son con de valet espérait atteindre depuis maintenant fort longtemps. Ah, ces jeunes... Ivan était d’ailleurs au beau milieu d’une de ces phrases que l’on relit au moins trois fois pour être bien sûr qu’on a compris ce qu’elle exprime. Si compliquée la phrase que j'en oublie de vous faire la description du lieu. Pour éviter que les moult architectes navals, charpentiers en bois et superviseurs de chantiers n'aient besoin de faire des allées retours entre les bureaux de la compagnie et le lieu de construction, trois spacieuses tentes avaient été érigées sur le bas côté du port où on avait entreposé tous les plans et factures concernant le bateau agencé. C'est en l'un de ces lieux modestement meublé mais fort agréable puisque balayé par les vents marins, qu'Ivan avait prit place.

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MessageSujet: Re: [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]   Lun 24 Oct - 14:39

Spoiler:
 

Le XVIIème siècle avait été un grand tournant dans l'histoire des futurs Pays-Bas que l'on nomme à notre époque Provinces-Unies. Car bien sûr c'est ainsi que je désignerai Maarten, dans le respect du nom du pays et de l'Histoire.
Mais depuis quand n'était-il plus sous le joug espagnol ? Oh, depuis très peu de temps, quelques décennies tout au plus. Un grain de sable dans la longue vie d'une nation, une éternité pour un humain lambda qui verrait sa vie suivant la même musique : naissance – vie – mort. Et Maarten était loin d'avoir commencé sa « vraie » vie. Du moins à la vue des éternels conflits qui avaient animé les siècles précédents.

Et il fut une période où le pays se délivra de l’obscurantisme hispanique. Le commerce commençait à peine à se mettre en place, les alliances, bien que fort jeunes, promettait d'être d'une solidité à tout épreuve. Et bien sûr, il y avait eu la littérature.
Car outre l'économie, les idées se portaient bien. Les écrivains écrivaient, les poètes poétisaient, et bien sûr les tulipes tulipaient. Ne vous avait-on pas dit que Maarten possédait la seule denrée rare de cette époque et qu'il n'hésitait pas à en faire un commerce à lui tout seul ? La tulipe. Si petite soit-elle sous forme d'un bulbe difforme, si magnifiquement chère et noble une fois éclose.
Il n'était pas rare aux Provinces-Unies que cette fleur soit un des cadeau les plus inestimable que l'on pouvait offrir à une famille. Symbole de luxe et de richesse, la tulipe pouvait être négociée contre un habit, plusieurs porcs ou moutons gras ou contre tout simplement près de 2500 florins soit plus de la totalité du salaire annuel d'un ouvrier lambda.

Ces ouvrier d'ailleurs qui, la plupart du temps, aidaient à la mise à l'eau et à la construction de plusieurs navire commerciaux qui permettrait aux futurs Pays-Bas de gagner un peu plus encore d'alliance économiques, toujours plus loin, toujours plus exotique. Amsterdam avait toujours été le port de pêche le plus grand de tout le pays. Il a donc été normal pour Guillaume III, le souverain actuel et grand patron de la nation, d'instaurer les chantiers sur cette ville. Et c'était les chantiers navals d'Amsterdam que Maarten était venu superviser cette journée là.

Le temps ne se prêtait guère au travail, il aurait été faux de penser que la jeune nation fraichement indépendante avait tout donné pour faire cette tâche ingrate. Non. Il aurait préféré fumer un peu de tabac dans un champ de blé en regardant le ciel et les nuage qui passaient. Mais la pipe attendra, c'était indiscutable.

Le néerlandais parcourait les allées du chantier, notant toutes les remarques que les ouvriers lui faisaient, que les contre-maîtres lui faisaient aussi quant au travail des ouvriers. Il était vrai, qu'au début, certains l'avaient pris pour un étranger, et il avait été clair qu'il l'était, du moins pour ce lieu de travail. Cheveux châtains clairs attachés en queue basse, mèches éparses sur son visage long, éternelle écharpe, le néerlandais avait plus l'air d'un fils de bourgeois en faillite que d'un notable. Ne parlons surtout pas de sa chemise plus si blanche que ça et un chouilla transparente ni de son gilet de velours vert qu'il avait mis en trombe le matin même après une nuit passée dans un hôtel chic de la ville (avec une catin bien sur, sinon c'est pas drôle). Ajouter à cela des bottes par très propres (il fallait dire que les excréments de porcs à la sortie d'un bar étaient toujours autant appréciés, à cette époque, tout comme de nos jours) et des sourcils froncément agacés et vous avez la tenue actuelle des Provinces-Unies himself.
Pas de quoi se parfumer à l'amabilité.

C'était d'ailleurs un tant soit peu énervé qu'il avait allumé une pipe rapide après l'inspection. Tout était en ordre, du moins sur le lieu de travail. Il n'avait plus qu'à aller vérifier si les papiers de tous les ouvriers étaient en ordre, dans la tente principale qu'on lui avait dit. Pas le temps de profiter de son petit bonheur de fumette qu'il poussa le pan de toile de jute et qu'il pénétra dans l'endroit.

Ah tiens.

A peine entré, il posa son regard vert sur l'individu qui se trouvait là, fronçant un peu plus les sourcils. Visiblement, à la vue de sa peau blanche, il n'avait pas l'air de faire partie de ce pays. Maarten le sentait dans ses tripes de nation. Lentement, il le dévisagea, de haut en bas, de bas en haut, puis lança directement, s'avançant vers le bureau :

Je peux savoir ce que tu fais là ? - Il remarqua alors que l'étranger lisait, tout à son aise. Deux fois plus étonnant que Maarten était pratiquement sûr que ce livre n'était pas néerlandais, donc que ce gars était tout sauf un néerlandais. Ce qu'il ne manqua pas de lui faire savoir. - Les ouvriers ne sont pas autorisé à venir ici et encore moins de lire. Je ne sais pas où t'as été éduqué mais sort d'ici et remets-toi au travail si tu ne veux pas que je te fiche un coup de pied au cul que tu vas sentir passer.

Sur ce, certain qu'il eut compris ses mots et l'amabilité dont il avait fait preuve, Provinces-Unies s'empressa de venir chercher le registre des ouvriers sur la table de bois précaire que les chefs de chantiers avaient installé.
Il était d'ailleurs tout aussi certain qu'il n'avait jamais vu cet homme dans son pays, ni même parmi les nations qu'il n'avait d'ailleurs que peu rencontré de tout le temps où il était sous le joug Habsbourg.


Dernière édition par Maarten van D. / Pays-Bas le Dim 6 Nov - 15:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]   Mar 25 Oct - 23:29

Ivan, tout en lisant, sifflotait tranquillement une charmante chanson populaire jadis entendue sur une place de Nantes lors de son court passage dans le royaume de France. Elle fut, à ce moment là, accompagnée par un agréable air joué à la luth et disait à peu près ceci :

Au joly jeu du pousse avant
Fait bon jouer.

L’autrier m’aloys esbaloyer
Je rencontray la belle au corps gent,
Propos lui tint amoureusement,
Soubzriant doulcement la vois baiser.

Elle en fait doute,
Mais je la boute.

Que le chant populaire est simple à siffler, tout de même. Rien à voir avec, par exemple, un subtil morceau de violon où il vous faudrait siffler toutes les notes sans y arriver véritablement, parce que bon, l’art de siffler est bien réduit face à l’art du violon. Enfin, cet art se définissant par l’amour qu’entretient l’artiste avec son instrument. Parce qu’il y a des violonistes hein, qui n’ont de violonistes que le nom. Bon, je m’égare, mais tout ça pour dire que les sons minimalistes des chants populaires, ça se sifflait trop bien. La musique vulgaire a ses avantages, il ne faut point l’oublier ! Alors qu’il en était à la deuxième strophe, le pan de la tante se souleva, laissant apparaître un bien jeune homme. Du moins, c’est ce que crut voir Ivan lorsqu’il jeta un furtif regard à l’intrus. Un matelot, sans doutes, ou un chef de chantier, se dit-il au vu de l’allure du damoiseau et n’y prêta pas plus attention que cela au point de revenir aussitôt à sa lecture si sauvagement interrompue. Néanmoins, se retint-il de chantonner la fin de sa chanson. Ne vous prêtez surtout pas à croire qu’il manquait ainsi de politesse en pensant qu’importe un inconnu ? Qu’ai-je à faire avec un homme qui ne m’est rien ? Comme le disait si bien Erasme : « Ce n’est pas à un homme, ce n’est pas à un mérite quelconque que l’on accorde cette marque de respect, c’est à Dieu. Dieu l’a ordonné par la bouche de Salomon, qui dit « Lève-toi devant un vieillard ». Il l’a ordonné par la bouche de Paul, de rendre à chacun l’honneur qui lui est dû ». Et Ivan le rendait toujours et à tout le monde. Mais puisque sur un chantier les gens étaient toujours les même –au cas contraire, ils venaient se présenter d’eux-mêmes-, Ivan les saluait le matin en venant et le soir en partant, jamais entre les deux, s’évitant ainsi quelques courbatures inutiles. C’est donc tout naturellement, prenant Maarten pour un homme déjà honoré, qu’il l’ignora courtoisement.

- Je peux savoir ce que tu fais là ? Les ouvriers ne sont pas autorisé à venir ici et encore moins de lire. Je ne sais pas où t'as été éduqué mais sort d'ici et remets-toi au travail si tu ne veux pas que je te fiche un coup de pied au cul que tu vas sentir passer.

Un inconnu, donc. Pire, un damoiseau qui ne faisait pas parti de l’équipe. Forcément, ce genre de propos si peu distingués le firent automatiquement lever les yeux ainsi que la tête vers la source du venin. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître le jeune homme et il faillait, comme à son habitude, rendre le compliment mais eut le temps de se raviser dès qu’il devina son hôte en ce visage aux traits gracieux. Il ne put que constater à quel point les tableaux qu’il avait vus étaient fidèles au modèle. Grand, blond (ou châtain très clair ?) aux cheveux mi-longs, un corps élancé et bien sculpté, des yeux renfermés et hautains. Confus, le Russe se leva, recula d’un pas et dévêtit sa tête, tenant son chapeau suspendu des deux mains, les pouces en-dessous, de façon à cacher la place de l’aine. Comme il savait le jeune être d’un rang et d’un âge égale au sien, Ivan se contenta d’un petit hochement de tête en guise de salutations. Après cela, il tourna son regard calme et franc, ne dénotant ni éffronterie ni méchanceté, vers la nation et, avec un sourire, répondit, d’une voix douce et posée ; non pas forte comme celle des paysans, ni si faible qu’elle ne parvienne à peine aux oreilles :

- Mon seigneur, j’ai l’honneur de servir votre majesté, seulement pas en tant qu’ouvrier, mais maître de chantier.

Et sur ces mots, il inclina encore une fois la tête, de sorte que quelques mèches blondes vinrent recouvrir négligemment son regard.

- J’ai certes ouï nombreuses rumeurs sur l’éducation dont est doté le peuple des Provinces-Unies, mais ne me serais-je jamais imaginé que même les roturiers savaient lire en ce pays, comme vous sembleriez le vouloir si courtoisement sous-entendre.

Eh oui, mon doux seigneur, l’alphabétisation resta un très long moment le privilège exclusif et inconditionnel de l’élite aristocratique. Amusé par la méprise, Ivan ne put s’empêcher de glisser quelques notes sarcastique dans ses propos, tant l’idée d’un ouvrier sachant lire l’amusait. Enfin, ce qui le rendait tant joisse n’était point une classe d’illettrés condamnés à le rester encore longtemps, mais plutôt le fait que l’on puisse le prendre, malgré un livre entre les doigts, pour un artisan. De plus, cette évidente contradiction ne sembla absolument pas gêner le Prince, qui aurait pu à la limite le prendre pour un moine si ce n’est que les vêtements du Russe n’avaient rien de religieux –mais nous n’étions plus à une discordance près.

- Quant à moi, puisque la lecture de Diogène s’adonne à mon esprit avec tant de facilité, j’ose prétendre avoir reçu une plutôt honnête éducation.

Et le tout souligné par un sourire. Non, comme vous l’avez sans doute deviné, Ivan n’avait pour le moment nullement l’intention de découvrir son identité. Avec l’Empereur de toutes les Russies, ils avaient conclut que le seul moyen pour constater le grandeur d’un pays –ou sa décadence- était de voyager anonymement et ainsi s’éviter les pompeux accueils que l’on réservait si souvent aux dirigeants. Cela aurait été intéressant si le but de leur visite avait été de se laisser flatter, mais ils étaient là pour apprendre, tirer des leçons des erreurs d’autres pays pour ne pas avoir à les refaire soi-même. Et puis, véritable comédien qu’il était, Ivan ne put s’empêcher de dramatiser les choses.

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MessageSujet: Re: [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]   Lun 2 Jan - 13:54

Sa journée ne semblait pas continuer comme il l’avait souhaité. D’abord, il avait envie de fumer. Ensuite, se retrouver avec un étranger dans la tente du chef de chantier ne l’enchantait pas vraiment. Il ne savait pas qui il était et n’avait surtout pas envie d’être provoqué par quelques moqueries que ce soit.
La conversation s’était engagée sur le ton fort franc du néerlandais qui avait préféré lancer les festivités verbales par quelques phrases piquantes. Phrases qui n’avaient pas semblé déstabiliser l’homme qui s’était levé.

▬ Mon seigneur, j’ai l’honneur de servir votre majesté, seulement pas en tant qu’ouvrier, mais maître de chantier.

Il le fixa un instant, assez perplexe quant à la façon dont il lui adressait la parole. Le livre, l’élocution noble, il était évident que cet homme n’était pas le petit ouvrier moyen de ce pays. Et encore moins par cet accent qui accompagnait chaque mot qu’il prononçait. Maarten ne le quitta pas des yeux et le laissa continuer.

▬ J’ai certes ouï nombreuses rumeurs sur l’éducation dont est doté le peuple des Provinces-Unies, mais ne me serais-je jamais imaginé que même les roturiers savaient lire en ce pays, comme vous sembleriez le vouloir si courtoisement sous-entendre.
Il s’avère que comme toute monarchie douée d’intelligence rare, le peuple n’est pas aussi éduqué qu’il peut en avoir l’air. Navré de vous avoir confondu avec un roturier.

C’était qu’il se moquait de lui en plus. Les bras croisés, sourcils froncés, il ne fit que le dévisager avec nonchalance le temps de sa révérence. Ne sachant pas de quel niveau d’éducation il était issu, il était inutile pour Maarten de prendre le risque de s’incliner à son tour s’il s’avérait qu’il était plus bas sur l’échelle sociale que lui. Il était impensable qu’il s’incline devant quelqu’un d’un autre niveau que celui de Roi, ou de nation. Les pasteurs, les nobles et autres tiers état ne recevaient qu’un abaissement de tête de sa part, ce qui était bien suffisant quand on connait Maarten.

Il inclina la tête en guise de salutations, puis sortit sa pipe qu’il fourra de tabac fraichement arrivé des Antilles et l’alluma. Son comportement provocateur aurait valu les foudres de Guillaume s’il savait devant qui il était. Il aspira doucement la fumée puis la souffla dans un soupir à peine audible.

▬ Quant à moi, puisque la lecture de Diogène s’adonne à mon esprit avec tant de facilité, j’ose prétendre avoir reçu une plutôt honnête éducation.

Le néerlandais reporta ses yeux sur le visage de l’étranger. Silencieux un instant, il lui répondit :

Et à qui ai –je l’honneur de devoir présenter mes excuses pour avoir ne serait-ce qu’osé penser que la bassesse de son éducation ne pouvait que le reléguer au rang d’ouvrier ? Que je sache si je dois m’incliner totalement ou vous sortir de là avec un coup de pied aux fesses en criant « retourne au boulot feignasse ».

Il s’assit sur le bureau, fumant sa pipe tranquillement. Il fallait avouer qu’il était assez perplexe quant à la nature de l’individu. Il n’avait pas l’air comme les autres humains. Tout comme lui, il semblait porter les stigmates d’une civilisation ancienne et toujours en vie malgré les épreuves du monde.
L’envie lui prit d’aller vérifier si le corps de ce slave – car c’était apparemment à ce genre de peuple qu’il semblait appartenir – était parsemé de cicatrices comme le sien ou s’il était aussi intacte que la peau d’un noble qui n’eut la chance de connaitre la guerre que depuis les hautes collines surplombant les champs de batailles. Mais il se retient. Il inspira une autre bouffée de tabac, fixant le sol quelques instants puis redressa la tête.

Et que fait un slave comme vous ici d’ailleurs ? N’avez-vous pas des ouvertures sur la mer Caspienne et entre la Finlande et le duché de Pologne ? Si tant est que vous êtes russe, ce que votre accent fort prononcé semble me confirmer.

Il le regarda avec plus d’insistance. Non, il y avait un truc qui clochait. Fronçant les sourcils dans sa réflexion, il ajouta au bout d’un moment :

Si tant est que vous êtes un « humain » normal, par ailleurs.

La question pouvait semble inadéquate s’il s’agissait d’un véritable humain de cette époque et la réponse se lirait tout de suite sur le visage de son interlocuteur. Maarten prenait le temps de vérifier si chaque homme qu’il rencontrait était voué à la même malédiction que lui. Il n’avait pas encore eu l’occasion de connaitre toutes les nations, l’Espagne ayant quelques peu bouché la vue pendant plusieurs années. Maarten savait qu’il n’avait jamais vu quelques pays à l’Est comme la Finlande ou encore la Russie, pourtant une assez importante puissance de cette époque.

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MessageSujet: Re: [1697 ~ Pays-Bas ~ Amsterdam] - Bienséance - [PV Maarty]   Ven 13 Jan - 18:41

Le voilà qui, prenant ses aises, sortit une pipe sans gêne aucune, faisant ainsi comprendre qu’il était le maître de ces lieux et pouvait donc se comporter de la manière qui lui semblait être la meilleure –pour lui. Ivan ne sut dire si c’était là un geste entièrement calculé dont le seul but était de le déstabiliser ou juste un malheureux trait de caractère. Peut-être était-ce les deux en même temps, ce qui rendrait l’allure du personnage encore plus insolente qu’elle ne le parut au Russe jusqu’alors. Prétentieux, impoli, probablement calculateur et certainement insolent, c’était à peine si on lui avait inculqué les règles du bon savoir-vivre, à moins que le jeune homme ne les ignorâtes complètement par esprit de contradiction. Quand bien même c’était le cas, cela ne lui rajoutait aucunement du charme puisqu’il n’y avait rien de charmant dans la vocation d’être rustre. Ciel, une nation si avancée ne pouvait guère être représentée par ce butor ! Ou peut-être, justement, son intelligence était telle que Pays-Bas se sentait le droit d’un libertinage bafouant autant la morale et les moeurs que la politesse et le respect face à autrui. Ah, au diable les suppositions ! Peu importe, avait-il un courant omniprésent entre ses deux oreilles ou un esprit frère à celui du grand Rabelais, Ivan n’aimait point les mal appris. Mais avait-il au moins la sagesse de ne pas le montrer.

Ce pourquoi, quel qu’eut été son degré de mépris ou simple inconfort à l’égard de l’insolente nation, personne n’en saurait jamais rien, tant ses sentiments étaient toujours habillements dissimulées derrière un courtois sourire.

Oh, mais quel langage aussi ! Feignasse ? Quelle ironie, oui ! Ivan était prit pour un roturier alors que ses manières étaient les témoins de sa noble descendance par un aristocrate dont la douceur du langage ne pouvait être enviée que par des vikings ! Quel plaisir pouvait-il y avoir à recevoir des excuses de la part de quelqu’un qui ne regrettait même pas sa façon de parler ! Décidément, la grandeur de ce pays ne pouvait être que le fruit des labeurs du roi et non de la nation, cela était certain ! Quel genre de grandeurs ce jeune homme aurait-il eu le don d’atteindre par tant de grossièreté ? Mais ne faisons pas de déductions trop rapides, d’accord ? Ne sous-estimons pas notre adversaire, n’est-ce pas Ivan ? Ivan... Ivan était tellement orgueilleux qu’il faisait entièrement confiance à ses premières impressions, comme si personne ayant le pouvoir de le duper n’était encore née. Pourtant, étant lui-même acteur la plupart du temps, Ivan devait bien se douter qu’il n’était pas toujours le seul à jouer la comédie. Ma foi, la raison étant parfois ennuyeuse, il lui était beaucoup plus appréciable de croire son orgueil qui lui disait qu’il avait le pouvoir de tout voir et tout savoir sur tout le monde dès le premier coup d’oeil. Ainsi, bêtement, le Russe se laissa convaincre qu’il n’avait devant lui qu’un mièvre maraud déguisé par le hasard en noble plutôt qu’un fin calculateur. A tord...

... Ou pas ! Car son hôte était déjà en train de poser fesses sur le bureau. Mais les paroles qui suivirent ce geste semèrent le doute dans l’esprit du Russe. Peut-être était-il rude, mais au moins avait-il eu assez de malice pour deviner en son interlocuteur les caractéristiques d’une « nation ». Par réflexe, Ivan faillit esquisser une moue des plus narquoises avant de s’avouer vaincu, mais se rattrapa et n’en fit rien. Maarten ne faisait qu’une simple supposition, fondée sur un vague ressentiment et tant que le Slave se butterait à ne pas le confirmer, il y aura non lieu. Aussi, le blondinet se contenta de hausser légèrement les sourcils dans une polie interrogation.

- Je pense être un humain normal, mais tout dépend du sens que vous placez en ce mot ? Quant à mon nom, je suis Tsarevitch Boris Zaitsev ou, comme on le dit en occident, Grand-Duc Boris Zaitsev.

Hop, un petit prénom ultra commun mais tellement apprécié par tout ce petit peuple qui se plait à croire que le grand empire Russe n’est peuplé que de gars s’appelant « Boris », « Alekseï », « Andreï » ou encore « Sergueï ».

- Je suppose que votre sérénissime altesse a du entendre parler du projet « Grande Ambassade » de mon Tzar, Pierre le Grand ? Je ne fais pas parti des trois ambassadeurs chargés de tisser des liens avec l’Europe, mais je suis un homme curieux et suis ici pour me familiariser avec l’occident, vos coutumes, vos moeurs, votre littérature, votre politique et la manière dont vous dirigez le royaume... En somme, je suis venu pour puiser un peu de votre sagesse.

Et encore une pirouette pour montrer l’estime qu’il ne portait pas à son hôte. Si Maarten s’énervait et le chassait du pays, Ivan allait avoir des problèmes. Pierre était loin d’être doux, tendre et gentil lorsqu’il s’agissait de pardonner quelqu’un qui essayait de contrecarrer ses plans et Ivan lui avait juré de ne pas faire le con. Le Tzar pouvait être aussi sévère et sans pitié que la nation qui représentait son pays envers les gens qui le faisaient chier. Alors, connaissant chacun ce particulier trait de caractère de l’autre, ils préféraient vivre en paix sans chercher querelle à tord.

- J’espère seulement que vous ne me tiendrez rigueur de ne pas vous avoir prévenu de mon arrivée ? Je suis rentré dans cette ville hier matin, et j’aurai certes eu le temps de venir vous rendre visite dans la journée, mais j’étais tellement impatient de voir votre art de construction des navires que je n’ai pu aller autre part qu’au port !

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