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 Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ] 

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Kamen Y. / Bulgarie

Au bulgare sans terre, Dieu donna un morceau de Paradis.


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MessageSujet: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Ven 13 Jan - 17:33

Spoiler:
 

Il était incapable de penser à autre chose. Ce n'était pas faute d'essayer. Il lisait beaucoup ces derniers temps. Il faut dire qu'il y avait de quoi faire, cela commençait à fleurir par chez lui. Les monastères devenaient les nouveaux lieux tendances du moment, et les manuscrits poussaient, à droite et à gauche. Il suffit de tendre la main et d'en cueillir un. C'était plutôt divertissant. Cela lui prenait quelques heures, voire quelques jours selon, durant lesquels il oubliait moult de choses. C'était finalement, des instants privilégiés. Mais à force, la culture vous monte à la tête. Il n'est pas de ces personnes capables d'y passer sa vie. Cela l'attire, mais après en avoir abuser, il n'y trouve plus goût. Ainsi, la lecture, si attrayante au premier abord, le lassa vite. Il fallut trouver un nouveau moyen d'oublier.
Il voulut partir. Non pas loin. Non pas fuir. Juste, partir. Après avoir consommer sans modération les divers ouvrages du monastère, les murs de celui-ci commençaient à l'étouffer. Il n'eût pas de mal à se trouver une nouvelle lubie. Et ce fut celle de partir.
Marcher permet deux choses. Celle de penser et celle de ne pas penser. Il voulait penser à son peuple, à ses terres, et oublier que ses fils ainés étaient donnés à l'envahisseur, que ses chevaux étaient confisqués, que ses armes ne lui appartenaient plus. Les routes se faisaient dangereuses. On ne sait qui l'on croisera. Et rien pour nous défendre sur nous. On ne voyage plus de nuit, plus que de jour. Et sous un tel oeil... Le bulgare hésita à nouveau.

« Bon sang, que l'on me dise ce que je suis censé faire ! »


Et le beau langage qui lui montait à la tête. Il soupira. Non, quoiqu'il fasse, il était bel et bien incapable de faire le tri dans ses idées. Toutes ses craintes étaient là, dans sa tête, entremêlées. Et lorsqu'il tentait d'y apporter un peu de logique, tout semble d'un coup bien plus compliqué encore. Impossible. Il fallait qu'il oublie tout, l'intégralité.
Et il y avait ce sentiment-là, qui ne voulait pas partir. Ce n'était pas la défaite qui se collait à lui. Mais ce sentiment y ressemblait bien, à s'y méprendre. C'était bien plus proche de la crainte. Où l'on se dit qu'il faudrait des années, des décennies, voire des siècles, avant que le vent ne tourne. Combien de temps cela durera-t-il ? Il ne connaissait pas plus horrible question, car aucune réponse ne peut être apporter. Et puis on la laisse ainsi en suspend, plus l'angoisse monte. Et finalement, elle ne part pas. Non, ce sentiment-là, il ne voulait jamais partir.

Il hésitait toujours pourtant. Il a attendu. Quelques jours. Avant de laisser tomber. Il quitta le monastère, prit la route. Un tissu sombre, aux couleurs de son humeur. C'était d'une tristesse … Lui-même se surprenait à se trouvait presque pathétique. Sans avoir l'envie, finalement, que cela cesse. Il faut croire que l'on peut se plaire dans son malheur.

Un, deux, trois, ce sera toi qui …

Il vaut mieux laisser au hasard ce qu'il sait le mieux faire. Actuellement, choisir le meilleur hôte. La situation d'aucun n'était à vrai dire enviable. Il était vrai que la bulgare était assez mal informé. Mais que l'un soit plus allégé que l'autre, quelle différence ? Il devait y avoir quelques raisons. Il ne désirait pas vraiment les connaître.
Un, deux, trois... Roumain. Ce sera roumain. Un gars bizarre, qu'il ne connaissait pas vraiment. Pas vraiment. Si, un peu tout de même. Mais oui, il lui avait semblé étrange.
Il soupira, et recommença. Quitte à aller se lamenter chez quelqu'un, autant que cette personne soit en minimum normale. Et il reprit le compte. Un, deux, trois …
Non, le hasard était formel. Ce sera le roumain. Cette fois-ci, il n'eût pas le coeur à recommencer. Un dernier coup d'oeil... Bybye, monastère.

Bonjour, lieu étrange où vit un type tout aussi étrange. Observant la demeure du roumain, il fit, rapidement, acte de sa présence. Il était pressé.
Ce n'était pas une question de temps. Il avait alors tout le temps du monde. Mais le monastère, comprenez-vous … C'était un véritable abri. Le quitter le rendait anxieux. Et de toute manière, il y avait des problèmes bien plus grave … Comme celui de faire patienter un voyageur qui frappe à votre porte ! Tout bon hôte se doit d'être disponible et ne doit laisser devant sa porte un... Disons, voisin.
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Sam 14 Jan - 18:40

    Spoiler:
     

    - Dieu pardonne-moi pour mes péchés car vois-tu je voudrais bien les expier.

    Agenouillé devant l'autel, Vladimir leva les yeux laissant ses doigts cesser d'égrener son rosaire. Jetant un oeil à gauche puis à droite, ne voyant ni ombre ni âme, le Roumain reprit d'un ton plus bas laissant ses yeux s'égarer sur le visage supplicié du Christ.

    - Si tu pouvais chasser le Turc et la Hongroise de mes terres, je dirais pas non. Puis je pourrais mieux t'honorer comme il se doit.

    Le Christ sembla le regarder avec horreur, lui darder un regard noir. Comme si lui, le simple fidèle, avait voulu insinuer que Dieu était sensible à la corruption . Déglutissant nerveusement, craignant une vengeance divine (il aimait le sang certes, mais pas sous forme de pluie), Vladimir se leva et s'inclina respectueusement devant le Très Saint Autel. Puis, lentement, il recula jusqu'aux portes de l'église, en poussa les lourds vantaux pour filer dans l'air froid et humide.

    La pluie l'accueillit - sans sang, ni nuée de criquets mais avec une froideur qui devait être à l'égale de celle qu'avait Dieu envers lui. Pauvre pêcheur sois puni de tes basses envies. Sifflant entre ses dents comme il en avait pris l'habitude pour montrer son mécontentement, Vladimir rejoignit à grands pas sa demeure.

    Devant la porte une silhouette encagoulée subissait la trombe d'eau. Silhouette qui entra dans la demeure après que la porte en soit ouverte par un serviteur zélé. Au moins ce n'était pas la Hongrie - Vladimir avait défendu que quiconque lui ouvre, même sous la menace ou l'assaut d'une cavalerie - ni le Turc - la silhouette n'en avait nullement la carrure. La curiosité accéléra le pas du Roumain qui entra sans frapper (il était chez lui après tout) et fit signe qu'on lui apporte de quoi s'essuyer. Quand le serviteur lui prit son manteau et lui tendit de quoi ôter toute cette eau qui le trempait jusqu'aux os, Vladimir posa la question qui lui taraudait les lèvres.

    - Qui est cet invité impromptu que vous avez fait entrer ?
    - Monsieur Yordanov, votre voisin.
    - Oh Kamen ? Intéressant. Vous l'avez fait prendre place au salon ? Dans ce cas, amenez nous de quoi nous réchauffer moi et ce pauvre diable.

    Ses ordres donnés (hum, que c'est bon d'être le maître), Vladimir se dirigea vers le salon. Pièce des plus classiques pour l’époque mais fastueuse pour quelqu'un qui est sous dictat turque - Vladimir avait champ libre au niveau culturel tant qu'il payait un petit tribut à Sadiq. Alors que la Bulgarie se faisait saigner, la Roumanie ne devait que ronger son orgueil et ne subissait aucune pression. La belle vie en somme, si on exceptait quelques colocataires à qui on devait apprendre les règles de bon voisinage.

    Le salon baignait dans la lueur et la chaleur du feu de cheminée que de fidèles serviteurs avaient allumés. Les lueurs jetaient des ombres mouvantes, éclairaient les lieux et faisaient oublier la pluie torrentielle qui continuait sa course inlassable. Claquant des mains, Vladimir ouvrit grand les bras pour serrer le Bulgare - il l'aimait bien le petit.

    - Kamen, ça fait plaisir de voir une tronche amicale ! Qu'est-ce qui t'amènes ?

    En bon hôte il lui fit signe de prendre place dans un des sièges, et versa lui-même le vin que venait d'amener le serviteur. Tendant le verre de vin à Kamen, il prit à son tour possession d'un des sièges. Le Bulgare ne venait le voir que rarement, et inversement. Ils avaient toujours voisiné sans se donner des coups dans les pattes, et avaient tous deux subis les hordes ottomanes. Chacun avec ses propres conséquences.



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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Mar 17 Jan - 7:27

Spoiler:
 

Son regard se perdit dans le décor. Une place comme celle-ci, il n'en avait pas vu depuis un moment, allant même jusqu'à croire que cela n'existait plus sur le territoire ottoman. Il s'était habitué à la sobriété du monastère. Un lieu simple, où résidaient des personnes effacées. La dominante est un gris fade, qui colle à la peau. Il cherche la couleur du regard.

« Il ne devrait pas tarder. »

Allons, donc. Le hasard avait donné raison à un absent. Mais soit, il attendra. C'est l'ennui qui a guidé ses pas, il pouvait bien patienter encore un peu. Ruminer les vieilles idées pour quelques minutes. On le conduisit dans le salon. Et on le laissa seul. Personne n'a envie de tenir compagnie à un blasé que l'ennui achève, il n'existe rien de plus déprimant.
Il en profita. Ce court instant de solitude lui permit de se laisser aller dans la fascination. Il contemplait, bouché bée, la disposition de la pièce. L'espace d'un instant, il se surprit à se dire que finalement, le roumain pouvait bien rester dehors ! Le feu réchauffait la salle, le bulgare oublia le monastère... Et ces gens, là-bas, avaient le regard éteint. Il se tourna vers la cheminée. Un rouge, une rouge flamboyant. C'est un trait vif au milieu de cette palette terne. C'était plaisant à regarder.

Des bruits sourds se firent entendre. Le charme de ce tableau s'évanouit, son attention passa du feu au … Propriétaire des lieux. Un demi-sourire s'afficha immédiatement sur le visage du bulgare, soudain ravi qu'on ne le laissa pas seul. Et des bras se refermèrent autour de lui.

« Kamen, ça fait plaisir de voir une tronche amicale ! Qu'est-ce qui t'amènes ? »

Il n'y répondit pas, se contentant d'émettre un faible rire. Rapidement, Kamen prit place à un des sièges indiqués. Son attention se porta rapidement au vin. Une autre couleur qui n'avait rien de fade, elle est belle.
Il prit le verre, entre ses deux mains, fixant le contenu.

« Ca fait plaisir, oui … »

Et non, il avait beau se torturer l'esprit, rien ne lui venait. C'était comme se réveiller. Les mots s'embrouillaient dans sa tête. Allons, il est inutile de se forcer à penser juste. C'est la migraine qui l'attendait. Quand on ne pense pas aux choses, elles vous viennent d'elles-même. Ainsi soupira-t-il et leva son verre.

« Et bien, à ta santé. »

Sans attendre davantage, il but d'une traite. Une erreur sans doute, il grimaça.
Mais c'était une claque dont il avait besoin. Des morceaux, bout par bout, revenaient à la surface, et une idée, encore abstraite cependant, commençait à se former. Pourquoi était-il venu ici ? Ah, l'ennui vous pousse à faire de grandes choses. Et parfois de grandes sottises. Ses ongles frappaient à petits coups le verre. Un tintement censé guider les pensées …
Une autre absurdité.

« Des têtes ! J'ai besoin de voir des têtes. Tout, tout est affreusement calme, si tu savais ! »

C'était stupide, comme réflexion. Il se doutait bien que ce calme, il ne devait pas être le seul à le vivre. Après la tempête, il y a ce temps où rien ne se passe et où tout semble à faire.Et en ce temps, l'ottoman qui gagnait trop rapidement du terrain, il y en avait tant qu'on plongeait dans le calme. Brusquement, il indiqua le feu, enchainant sur sa lancée.

« Le rouge, tu vois ce rouge, j'ai l'impression d'en oublier la couleur. Ah la, qu'il me manque, le temps où on se mariait de rouge. Les loques grises qu'on nous met sur le dos, elles déteignent sur le moral. Ils tirent des têtes, c'est à en pleurer … »

Il n'en menait pas long, le dos arqué, penché, et le regard perdu, quelque part devant lui. Il jouait mollement avec le verre, qui tournait entre ses mains. La fatigue hantait son visage et pour peu, elle aurait posé sa signature sur son front. À moins que ce ne fut le cas de la faiblesse ou de l'ennui …?
Mh, c'était déprimant.
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Ven 20 Jan - 22:13

    Il avait l'impression d'avoir accueilli un mort chez lui, ou l'invité revenant d'un enterrement et sentant encore la terre fraîchement retournée. Le visage du Bulgare était aussi gris que les murs de pierres, les yeux éteints. A croire que toute couleur avait déserté l'homme tout comme les sentiments positifs avaient déserté son cœur. Vladimir y voyait là les traces laissés par les conquérants sur les vaincus. Tel un vampire, Sadiq prenait ce qui constituait la vie même de la Bulgarie, son essence première. Un jour viendra où Kamen ne serait plus que transparence, un être à travers lequel on pourrait voir, qu'un simple souffle ferait disparaitre. A jamais.

    La main du Roumain serra le verre, au risque de le briser. Certes le Bulgare n'avait jamais été un grand ami, ils se côtoyaient, s'acceptaient. Le genre de voisins à se saluer s'ils se croisaient, à aller demander un peu de blé à l'autre si jamais il en manquait un peu dans le grenier. Mais voir Kamen dans un tel état, si abattu mettait le Roumain en colère. Parce qu'il voyait là un présent qui aurait pu être le sien si quelques-uns de ses hommes n'avaient pas montré les dents face à l'envahisseur.

    « Des têtes ! J'ai besoin de voir des têtes. Tout, tout est affreusement calme, si tu savais ! »

    Même sa voix est faible. Il avait l'impression d'entendre un gosse qui venait d'échapper au monstre caché sous son lit, tremblant encore à l'idée de sentir l'haleine de la créature sur lui. La Bulgarie était bel et bien brisée, anéantie.

    « Le rouge, tu vois ce rouge, j'ai l'impression d'en oublier la couleur. Ah la, qu'il me manque, le temps où on se mariait de rouge. Les loques grises qu'on nous met sur le dos, elles déteignent sur le moral. Ils tirent des têtes, c'est à en pleurer … »

    Vladimir s'était levé, laissant le Bulgare parler tout son soûl. Il attendit que ce dernier ait fini pour poser sa main sur son épaule, la presser et constater que oui, il y avait un corps vivant et chaud. L'idée qu'il causait avec un fantôme avait fini par lui effleurer l'esprit.

    - Les seuls têtes que j'aimerais voir elles auraient bien leur place au bout d'une pique. Mais comme ces idiots sont de même essence que nous deux, je peux toujours me brosser.

    Le Roumain ôta sa main de l'épaule bulgare mais demeura derrière le siège de celui-ci, s'accoudant sur le dossier. Ses yeux s'étaient posés sur les flammes de l'âtre, observant sans le voir le feu grignoter les bûches. L'état du Bulgare le peinait autant qu'il le frustrait - aurait-il été dans le même état s'il s'était laissé faire par les Ottomans ? Se serait-il laissé dépérir jusqu'à se fondre dans le décor ne devenant qu'une enveloppe sans âme, ni but ? Son orgueil répondit que non, qu'il aurait sûrement chercher à remonter la pente. Et comme Kamen était trop épuisé pour le faire lui-même, Vladimir allait lui donner la pulsion qui lui permettrait de remonter à la surface.

    - Si ta situation te peine tant, pourquoi ne fais-tu rien ? Je te dis pas de prendre les armes et de tailler de l'Ottoman : ce serait du suicide, il ne fera qu'une bouchée de toi. Mais pourquoi ne pas faire entendre ta voix autrement ? Par les arts.

    Afin d'être certain que le Bulgare lui prête toute son attention, Vladmir se pencha en avant, fixant ses yeux carmins dans ceux de Kamen. La position incongrue aurait sûrement fait rire plus d'un, mais l'expression du Roumain était des plus sérieuses.

    - A défaut d'épée, les mots peuvent aussi frapper les consciences, rendre la vue à ceux aveuglés par les douleurs, redonner un peu d'espoir dans les cœurs.

    N'en était-il pas l'exemple même ? Jamais encore sa culture n'avait eu une telle avancée depuis qu'il était sous le joug ottoman. Les églises et monastères poussaient comme des champignons, la langue roumaine avait enfin sa place dans les livres aux côtés du latin.


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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Jeu 16 Fév - 1:59

Spoiler:
 

C'est fou, le pouvoir d'un tel état. Il brouille littéralement tout discernement. Vous vous retrouvez bloqué dans un sorte de négativisme, et tout ce qui vous semblait jusqu'alors un minimum agréable, disparaît et devient vos pires pêchés. Tout n'est que négation, discrédit et apathie. Tous vos défauts, d'un coup, vous semblent évident. Une liste impressionnante s'impose. Votre environnement ne fait pas exception. Même les douceurs vous apparaissent désormais comme de douloureuses illusions. Les mots d'ordre sont la faiblesse et le mensonge.
Et l'on dira ce que l'on voudra. Cet état est épuisant. Tout l'optimisme qui faisait notre force, cet énergie qui nous pousse à toujours aller de l'avant, d'un coup, tombe. Et plus rien. Qu'y voulez-vous ? À la troisième claque, la leçon commence à entrer dans la tête. Finalement, c'est juste un gosse qui commence à suivre les règles.
Il releva la tête. Le roumain s'était levé. Et il y avait ce silence-là qui s'installait. Pas longtemps. Jamais longtemps. Une main pressa son épaule. Il baissa de nouveau la tête, comme un réflexe.

« Les seuls têtes que j'aimerais voir elles auraient bien leur place au bout d'une pique. Mais comme ces idiots sont de même essence que nous deux, je peux toujours me brosser. »

Un sourire, quoique faible, s'afficha sur le visage de bulgare. Il n'était pas certain de l'identité de ces personnes. Il en avait une petite idée. Cette perspective ne lui sembla pas mauvaise. En de meilleurs circonstances, peut-être aurait-il réagi de manière plus... Enjouée. Pour l'instant, il se contenta de l'indiquer, par un petit sourire, juste assez présent pour être remarqué.
Une question s'installa dans un coin de sa tête. Par une question existentielle. Peut-être bien était-il le seul à se la poser. Mais cette question, tout de même, lui semblait … Importante. Et le Roumain ? Lui qui était bien plus entrain. Il avait ce quelque chose d'un peu plus... Vivant. Tout d'un coup, Kamen ne comprenait plus rien.
Et ça le fatiguait, de ne pas comprendre. Ses longs monologues intérieurs l'épuisaient considérablement, il n'en pouvait plus de penser ainsi. Il fallait qu'il laisse tomber. Penser comme ça lui vient, ne plus vraiment … Réfléchir. Et pourquoi pas, aller jusqu'à en oublier sa grammaire ? 1 pe kome sa, s'été plu fassile.
… Quoique. À la réflexion, décrypter ses propres pensées lui refilait un sacré mal de crâne.

« Si ta situation te peine tant, pourquoi ne fais-tu rien ? Je te dis pas de prendre les armes et de tailler de l'Ottoman : ce serait du suicide, il ne fera qu'une bouchée de toi. Mais pourquoi ne pas faire entendre ta voix autrement ? Par les arts. »

Les arts. Non, décidément, il ne comprenait plus rien. En quoi l'art pouvait sauver ? C'est tellement... Tellement... Futile !
Il se mit à y réfléchir. Il n'avait qu'une soif, liée de près ou de loin à l'art, celle des couleurs. Mais il doutait que des taches vives balancées au hasard sur une toile puissent un jour être appelé de l'art. Et même, que cela puisse un jour servir. L'art était quelque chose qu'il, finalement, avait du mal à comprendre.
Mais l'idée était là. Il avait encore du mal à saisir. Vladimir avait raison, pourtant. Ce n'était pas par la force qu'il se relèverait. C'était tout bonnement impossible. Pour citer le Roumain, c'était un suicide.
On ne lui avait jamais appris d'autres alternatives. On lui avait toujours appris à lever le poing. Peut-être est-ce même trop réducteur, mais l'intellectuel n'était pas tout à fait ce que l'on avait attendu de lui. Et les gosses font rarement dans la nuance : ils font ce que l'on attend d'eux ou ils font l'inverse.
Lui, c'était plutôt la première catégorie.

« A défaut d'épée, les mots peuvent aussi frapper les consciences, rendre la vue à ceux aveuglés par les douleurs, redonner un peu d'espoir dans les cœurs. »

C'était bien son coeur qui en avait besoin, de cet espoir.
D'un coup, il comprit. Non pas ce que le Roumain essayait de lui faire comprendre – oh, non, ce serait trop facile – mais qu'on attendait quelque chose de lui. On ne dépendait pas de lui, mais on s'attendait à ce qu'il réagisse, qu'il fasse quelque chose. Son regard se perdit aussitôt ailleurs. Il chercha quelque chose à fixer.

« De l'espoir, mh … Tu crois vraiment qu'un jour, ça passera ? Que nous arrêterons tous d'être comme ça, des .. Je veux dire .. »

Ce qu'il disait n'avait aucun sens. Il se tut. Cherchant une syntaxe plus correcte et que lui-même pouvait comprendre. Il agita sa main. On dit que cela aide les mots à venir.
Mais ils ne venaient pas. Par simples fragments. Il n'y avait aucun ensemble, aucune harmonie, rien … Il prit un morceau, puis un autre, tenta dans les assembler. Avec un peu d'efforts, il en fit des phrases. Des phrases qui ne lui parlaient pas. Qui ne semblaient pas venir de lui.

« … À quoi bon l'espoir, si c'est foutu … À quoi bon ? Ca vient, ça envahit, ça repartira bien un jour … Ce fichu cycle. Mais c'est toujours plus fort. De plus en plus. Avant, ce n'était pas n'importe qui. Et lui, c'est quelqu'un ! … Quand bien même on en sortira un jour... Il y aura une nouvelle personne, plus forte encore, et … Et encore ensuite, encore et encore... À quoi bon... »

Etait-ce lui qui parlait ainsi ? Etait-ce lui qui venait, par un discours désarticulé, de s'avouer vaincu ? Vaincu par l'Histoire et ses cycles interminables. Un vainqueur devient un vaincu, l'envahisseur devient l'envahi. Eternellement.
Etait-ce lui ? Chassait -il vraiment les rares couleurs qui persistaient ? De lui-même.
Il chercha à planter son regard dans celui du roumain. Lui. Lui a encore sa fierté. Lui est encore, à sa manière, libre. Lui. Lui connait la recette. Lui pouvait l'aider.

« … Parle-moi d'art. »
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Jeu 23 Fév - 23:01

    Il avait envie de secouer le Bulgare, tant son dénuement, sa déprime l'agaçaient. Vladimir ne comprenait pas qu'on puisse baisser la tête si facilement, qu'on en vienne à tomber dans un cercle de fatalité. Bien sûr qu'il y aurait d'autres conquérants imbus de leur personne après l'autre sarrasin, mais était-ce une raison pour baisser les bras ? A agir ici, Kamen se condamnait à l'oubli - et Vladimir ne voulait pas suivre cette pente, ni encore moins se laisser gagner par la déprime qui suintait de chaque pore de Kamen.

    « … Parle-moi d'art. »

    Vaste sujet que l'Art. Rien que le nom écrasait les épaules de Roumanie, le faisait doucement plier. Il dut se retenir au dossier du fauteuil pour ne pas flancher, tâchant de savoir par quel bout prendre le sujet.

    — L'Art c'est ce qui distingue l'animal de l'humain, c'est l'expression de tous les sentiments. Joie, tristesse, colère... Que ce soient les mots, les couleurs, les formes, tous portent un message.

    Vladimir songeait justement à tout cet art qui lui était propre. Les vêtements tissés bariolés, dont les couleurs éclatantes redonnaient un peu de gaieté au peuple. Les objets en bois taillés avec minutie, les céramiques peintes après des heures de labeur, les icônes exaltant l'amour envers Dieu. Et tant d'autres choses, tant d'autres manifestations de sentiments roumains, tant d'objets montrant les liens unissant chaque habitant.

    — Par l'Art tu pourras dire ce que tu ressens, mais surtout... Tu pourras montrer qui tu es, unir tes habitants sous un même étendard. Bloquer l'influence ottomane, repousser ses babioles. Sans quoi tu ne seras plus la Bulgarie, mais une simple copie de l'Empire Ottoman, et tu ne le veux pas ? N'est-ce pas ?

    Il avait accentué la fin de sa diatribe en relevant le visage bulgare, l'obligeant celui-ci à le regarder en face. Au risque de lui tordre le cou dans sa manœuvre.
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Mar 10 Avr - 9:18

Spoiler:
 

« L'Art c'est ce qui distingue l'animal de l'humain, c'est l'expression de tous les sentiments. Joie, tristesse, colère... Que ce soient les mots, les couleurs, les formes, tous portent un message. »

Exprimer le mal être le fait-il se sentir plus présent ou s'apaise-t-il ? Lui faudra-t-il se rappeler encore pour pouvoir s'en débarrasser ? Il n'était pas sûr d'avoir la force de s'en souvenir, quand bien même sa libération en résulterait. Alors, c'est tout ce dont il était capable, tout ce que le peuple espérait, oublier ? Oublier.
D'un coup, toute l'absurdité de ce mot lui apparut. Oublier, on ne peut pas oublier. Oublier que l'on est pas libre ? Sans pouvoir feindre la liberté ? C'était stupide. Plutôt ridicule. Une petite voix se mit à rire dans un coin de sa tête.

« Par l'Art tu pourras dire ce que tu ressens, mais surtout... Tu pourras montrer qui tu es, unir tes habitants sous un même étendard. Bloquer l'influence ottomane, repousser ses babioles. Sans quoi tu ne seras plus la Bulgarie, mais une simple copie de l'Empire Ottoman, et tu ne le veux pas ? N'est-ce pas ? »

Une simple copie. Il y eut un écho, avant qu'il n'en comprenne le sens.

« ..Non ? »

Etait-ce donc ce que l'on attendait de lui ? Ce « non », quoique faible, semblait être ce qu'il fallait dire. Cela sonnait comme un automatisme.
Il s'en rendit compte. Et cela le choqua plus qu'autre chose. Les mots vinrent s'entasser sur le bord de ses lèvres. Il bredouillait, un je ne sais quoi, que lui-même ne comprenait pas. Il agita les mains : les mots restaient en désordre. Il abandonna cette tentative d'explication et renvoyé les mots d'où ils venaient. Là où il ne savait trop où.

« Non ! Non, je ne veux pas ! »

Bulgarie, occupée. Encore une fois. Il ferma les yeux et se mit à rêver. Un peu. Ce n'était pas facile. Contre l'écran de ses paupières closes, n'était projeté qu'une image noire. Rien, on n'y voyait rien.
Il se força à se remémorer le temps des premiers royaumes. À se souvenir de ce gosse turbulent qu'il avait été – sonnant aujourd'hui comme une mauvaise blague vu son état -. Et quels adversaires il avait eu à combattre. Ce qu'ils avaient fait en gagnant. Ses yeux lui firent mal tout d'un coup. Il les rouvrit.

« Et dire qu'enfant , je ne me posais pas toutes ces questions... »

Cette enfance, innocente, insouciante. Trop idiot pour se taire quand il le fallait, quand bien même les claques se mettaient à pleuvoir pour le prévenir. Gosse, on ne retient pas les leçons. Elles sonnent comme des ordres, sans sens, sans aucune logique. Ce sont des contraintes imposées par les adultes. Des entraves à la liberté. Gosse, il ne retenait pas les leçons. Il a attendu d'être adulte pour ça.
Adulte …? Tu parles déjà comme ça, comme un vieux remarquant son expérience à un gosse ? “ Je suis un adulte, j'ai été un sale môme ”.
Non.
Le rouge attira de nouveau son regard. Il se mit à fixer le roumain.

« Le rouge m'est interdit. Et je n'ai pas le cœur à m'y opposer. Mais j'ai beaucoup lu, ces derniers temps, il n'y a que ça à faire au monastère. Je peux écrire. Non, non, il faut que j'écrive … »

Il marmonnait plus qu'il ne parlait, en fixant ses mains. Ecrire … Oui, pourquoi pas ? Il n'avait pas envie de créer de ses mains. Les mots se bousculaient encore. S'i les jetait sur le papier, peut-être bien serait-il apaisé.
Et son peuple, touchée , comprendrait.
Bon sang. Etait-il bulgare ou rien ?
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Vlad' Ionescu / Roumanie

Yé souis pas pauvre !


Capricorne
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Mer 2 Mai - 21:18

Spoiler:
 

    Il réagissait. Enfin. Il osait le dire ce "non", ce simple mot auquel tout rébellion prenait sa source. Ce n'était pas encore un "non" gigantesque, clamé au point de s'en briser les poumons. Mais il était là, Kamen le répétait, il existait. Vladimir écoutait le Bulgare qui tentait de reprendre pied, de reconstruire son identité. La graine avait été plantée, il restait à faire grandir la plante.

    — Bonne idée çà, d'écrire. Écris tes pensées, couche tes tripes sur le papier, exprime-toi. Aussi têtu qu'il soit, Sadiq ne pourra pas te bailloner éternellement. On ne peut pas stopper les mots, ils trouvent toujours un moyen de s'infiltrer quelque part.

    Vladimir était certain de ce qu'il disait, il était même des plus optimistes. Reprenant place sur son fauteuil face au Bulgare, il croisa les mains en s'enfonçant dans son siège comme un gros chat. Il jubilait d'avance de voir la tête que tirerait Sadiq en constatant que Kamen jouait au rebelle. Ah, ça allait le laisser baba le barbichu à babouches ! Possible même qu'il s'étouffe avec ses soieries. Ce serait bien amusant de voir ça. Oh oui, très amusant.

    — Et je pourrais t'aider à faire passer quelques livrets sous le manteau, qu'est-ce que tu en dis ?

    Vladimir voulait aider Kamen, c'était un fait. Parce qu'il aimait bien le Bulgare, que le voir ainsi le désespérait. Toutefois il y avait aussi un côté intéressé - aider le Bulgare reviendrait à faire un sale coup au Turc et ça, Vladimir ne voulait pas passer à côté.

    — Tu as déjà une idée de ce que tu veux écrire, ou tu as besoin d'idées ?

    Un pamphlet sur la Turquie, ce serait déjà un bon début.
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Kamen Y. / Bulgarie

Au bulgare sans terre, Dieu donna un morceau de Paradis.


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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Dim 17 Juin - 0:13

Ca se bouscule, le vrai bordel, impossible d'y faire le tri. C'est toujours comme ça. Ca finit toujours comme ça. Ca commence par rien, le rien, ce rien un peu trop vide, un peu trop rien, dont on ne sait pas quoi faire. On ne sait pas quoi penser, ni quoi dire. Et on finit par s'y faire, alors on ne pense plus. Puis, un jour, coup de pied au derrière, on se dit qu'il est peut-être temps d'arrêter les conneries. Et c'est à ce moment-là qu'il vient, le vrai bordel, impossible à trier, ça se bouscule dans tous les sens.
Le rouge, pas de rouge, peut-être un livre, autre chose, non. Non, le livre c'est bien, c'est pratique, mais écrire, c'est difficile. Des langues, des langues, sur un territoire, il y en a plein, ou non, une seule, mais qui diffère. D'un lieu à un autre, un verbe, un nom, une terminaison, bon Dieu, un détail qui change, mais qui suffit, généralement, à transformer tout le texte. Alors, un livre, écrire, une bonne idée, est-il sûr ? Sûr, non, en ce moment, il n'est sûr de rien, même pas sûr de qui il est. Et le plus horrible, c'est peut-être bien ça.

- Bonne idée çà, d'écrire. Écris tes pensées, couche tes tripes sur le papier, exprime-toi. Aussi têtu qu'il soit, Sadiq ne pourra pas te bailloner éternellement. On ne peut pas stopper les mots, ils trouvent toujours un moyen de s'infiltrer quelque part.

C'est bon, tu prends en note ? Il a raison, le bougre. Ca tourne plus rond dans sa tête que dans la tienne. Mais il ne faut pas t'en vouloir. T'as pris une claque un peu trop grande pour toi, ça arrive à tout le monde, tout le temps, et toujours. Ca arrivera encore. T'en veux pas pour ça, faut le temps que ça s'arrête, que ça ne sonne plus dans les oreilles. Et il a raison.
Il ne faut pas t'en vouloir, pour ne pas y avoir pensé plus tôt. S'en vouloir, ça ne sert jamais à rien. Il y a que les faibles qui s'en veulent. C'est bien ce qu'on te disait, quand tu étais gamin ? Même pas un brin de nation, juste une petite entité, un gosse, qu'on traine. Un bout de territoire, un début d'identité, mais rien de plus. Encore qu'un gosse. On te le disait souvent, que les faibles s'en veulent. Les forts, eux, sont trop fiers pour s'en vouloir. Ils n'ont pas tord, ce sont les autres qui ont tord. C'est tout. Alors, c'est pour cette raison qu'il ne faut pas que tu t'en veuilles. Et puis, bon, ouvrons les yeux.


Si tu en venais à t'en vouloir, il dirait quoi, cet autre en face de toi ? Après t'avoir secoué, pour te faire réaliser que bon Dieu, tu existes. Ce dont tu commençais doucement à douter. Tu existes, il te l'a rappelé. Et si tu t'en voulais, ne serait-il pas agacé ? N'importe qui le serait. Il faut être fou pour ne pas s'agacer, face à celui qui se remet à exister pour s'en vouloir. Avancer pour reculer. Et qu'est-ce que le pire, alors ? Disparaître ? Ou les éternels remords ?

Arrête un peu ça. Cesse de fixer bêtement tes mains comme ça. Tu n'as ni papier, ni encre, ni rien du tout, que veux-tu donc écrire ? Tu ne sais même pas quoi écrire... Relève plutôt la tête. Tu as trop longtemps joué les victimes traumatisées, réponds lui avec un peu de fierté. Cette fierté-là, que tu balançais à la face des gens. Ce ne sera plus la même. Ou pas tout de suite. Mais au moins, essaies de t'en rappeler.

Il releva la tête, chassant cette espèce de voix, trop bavarde à son goût.

- Et je pourrais t'aider à faire passer quelques livrets sous le manteau, qu'est-ce que tu en dis ?

Alors, qu'en dis-tu ? Il te propose de l'aide, c'est une bonne chose. Lui est un peu plus tranquille que toi, il s'y prend mieux. Lui, il n'aura pas d'ennuis. Ce ne sera nullement découvert. Et toi ? Toi, tu as besoin d'aide. Tu as besoin qu'on te pousse dans la bonne direction. Cet état dans lequel tu étais en arrivant... ! Tu as besoin d'aide, tu dois accepter cette proposition !

Il se mit à peser le pour et le contre. En temps normal, il aurait pu apporter tous les arguments du monde en pour, que le contre l'emportera avec la force de sa fierté ! Mais celle-ci était, actuellement, dans un bien piteux état. Il n'y a rien à faire avec, ce n'est pas un argument valable. Il soupire. Le voilà donc obligé d'accepter. De toute façon, il fallait être réaliste. Il avait besoin de cette aide.

- Tu as déjà une idée de ce que tu veux écrire, ou tu as besoin d'idées ?

« Je. »

Je. Première leçon, avant de parler, on se tait et on pense. Ca évite ce genre de bêtise, laisser échapper un je, et ne trouver rien d'autre à ajouter.

Il n'avait pas besoin de ça. Il chassa de nouveau cette voix, d'une grimace, avant de passer ses mains sur son visage. Dans sa tête, c'est l'enfer. Ca se bouscule, le vrai bordel, impossible de faire le tri. Ce qu'il désirait écrire en premier ? Bonne question. Un message ? Trop.

Redonner espoir.

« Ne sais pas par quoi commencer … C'est … Je … N'y avais pas pensé et... Il y aurait tant de choses à dire... Mais... »

Redonner espoir.

« … Je n'y ai jamais pensé. Comment suis-je censé reconnaître ce qui est futile et ce qui ne l'est pas ? Ce qui redonnera espoir, ce qui ne le redonnera pas... Ce qui... Ce qui m'aidera, et ce qui ne m'aidera pas …. »

Il osa un coup d'oeil. Le roumain devait le trouver ridicule. Trop de questions, peu d'action. Un quelque chose de nouveau dans lequel il était plutôt médiocre. Il avait l'habitude de l'inverse. Le destin aime, parfois, se jouer de vous.

« … J'ai l'air ridicule ? »

En voilà une amélioration. Maintenant, tu te soucies un peu de ce que les gens pensent. Tu n'es pas si mort.
Pas encore.
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    Ven 29 Juin - 19:20

    En réponse à la question du Bulgare perdu, Vladimir leva la main, claqua des doigts. Le son sembla emplir la pièce dans son immensité.

    — Vasile. Apportez de l'encre et du parchemin s'il vous plaît.

    Devant les yeux interrogateurs de son invité, le Roumain se pencha en avant, mains jointes posées sur ses genoux.

    — Autant noter les idées que je vais te soumettre, et celles qui te bloquent l'esprit, tant elles sont nombreuses.

    Sans bruit, tel un personnage sorti d'un roman gothique, le dénommé Vasile (celui-là même qui avait accueilli son maître et fait entrer Kamen) apparut dans la pièce. Posant encre et papier sur la table basse qu'occupait déjà les verres et la bouteille, il s'inclina avant de retourner se fondre au sein des ombres. Dehors la pluie continuait de tomber, véritable Déluge menaçant de noyer les nations.

    Plongeant la plume dans l'encre, Vladimir se frotta le menton avec, savourant le contact, faisant chauffer ses neurones.

    — Pourquoi ne pas raconter une histoire ? Un conte ? Ton peuple comprendra les allusions que tu y auras cachés, Sadiq n'y verra qu'une simple histoire propre à amuser les enfants.

    La pointe de la plume gratta le parchemin, traçant les mots qui ouvraient toutes les histoires et tous les horizons. Les mots qui invitaient au rêve et mettaient des étoiles dans les yeux.

    Il était une fois...

    — Un petit fils de meunier qui travaillait dur mais était heureux. Or un jour vint le seigneur d'un lointain pays...

    Vladimir tendit la plume à Kamen, attendit qu'il la prenne pour pousser le parchemin vers lui.

    — A toi d'écrire la suite.

    De montrer que le simple meunier pouvait vaincre un seigneur.
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MessageSujet: Re: Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ]    

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Ailleurs, l'herbe est plus verte. [ Roumanie - XV/Ie ] 

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