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 Ah non, je la partagerais pas ! // vers 1100

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Ludovica/Wurtemberg

Keine Rose ohne Dornen


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Of blood and tears
Relations Internationales:
Many Faces of A Nation:

MessageSujet: Ah non, je la partagerais pas ! // vers 1100   Sam 10 Nov - 16:44

Une fois échappé à la chaleur incendiaire du soleil, les sous bois avaient la fraicheur d'une grotte et en un instant, Ludovica eut l'impression que la sueur qui humectait ses cheveux gelait. Par instinct, elle leva ses mains à sa nuque et s'assura que le long fichu beige qui couvrait sa chevelure était solidement noué. Gênée par ses souliers qui suintaient l'eau à chaque pas, la jeune fille s'adossa à un arbre et, posément, retroussa à moitié sa jupe de grosse toile rouge pour les retirer. L'idée lui étant venue de les nouer à sa ceinture pour garder les mains et l'esprit libre, elle s'aperçut que le chapeau de paille qui aurait du s'y trouver pendu lui avait fait faux bond et elle ne put retenir un sacrement guttural.

Elle allait se faire bien recevoir, au château, si elle perdait ses affaires à chaque promenade !

Il ne lui restait qu'à espérer que Ostalb ou Esslingen l'aient récupéré et aient l'idée amicale de le lui rendre. Ce qui était peu probable, puisqu'elle l'avait perdu parce qu'elle était tombée dans la rivière, qu'elle était tombée dans la rivière parce que Ostalb l'avait poussée, qu'il l'avait poussée parce qu'elle l'avait d'abord poussé, qu'elle l'avait poussé parce qu'il avait osé dire que c'était elle qui avait commencé, qu'il avait dit que c'était elle qui avait commencé parce qu'elle avait dit qu'elle n'avait pas réellement essayé de l'envahir, qu'elle avait dit qu'elle n'avait pas réellement essayé de l'envahir parce que Esslingen les avait surpris, l'une sur l'autre, en train de se colleter comme des gueux.

La jeune fille soupira.

La journée avait pourtant bien commencé quand, mâchonnant un long brin d'avoine, Wurtemberg avait décidé de longer la rivière jusqu'au pont de lavoir. La vie de petite seigneurie allemande ne manquait pas de charme quand elle parvenait à échapper à la vigilance de ses suzerains et du haut de sa douzaine d'années, Wurtemberg ne dédaignait pas se mêler incognito à ses habitants. Bon, elle n'était tout de même pas aussi familière que Gmünd, qui se vantait de connaître tous ses paysans par leur nom, ou que Ostalb, qui donnait parfois un coup de main à ses bergers. Elle savait bien que Schwaben, le duché dont elle dépendait, gardait un œil sur elle, mais pour l'instant, rien ne la différenciait encore de Heidenheim, Rastatt ou Sigmaringen et sa liberté de mouvement restait énorme.

Ludovica avait ainsi fait la connaissance d'un état voisin, italien de naissance et banquier de profession, Lombardie, qui, en bon latin, avait certaines idées très arrêtées sur la place des femmes dans la géographie mondiale. Il avait donc décrété qu'il était temps pour l'adolescente de troquer son destrier contre un palefroi, voire une haquenée, et d'essayer de se trouver un mari en se faisant des alliés parmi toutes les petites seigneuries avoisinantes. Schwaben s'étant montré relativement réceptif à la vision de l'italien, Wurtemberg s'était retrouvée attifée en fille, avec jupe, tablier et corsage de lin.

Avec un soupir plus sonore que le précédent, Ludovica défit son tablier de toile grise et l'essora. C'était une chance, quand même, qu'elle ait porté cet accoutrement de fille le jour où Ostalb la jetait à l'eau, sa cotte de mailles n'aurait certainement pas apprécié pareil traitement.

Dans sa quête d'alliés à travers sa vaste parentèle (Il fallait croire que les facultés de reproducteur de Germanie s'étaient parfaitement transmises à ses enfants), Wurtemberg avait fait la connaissance d'Ostalb et Esslingen, l'un parfaitement quelconque et l'autre parfaitement charmante. Et au lieu de courtiser Ostalb comme le voulait Lombardie, Wurtemberg s'était retrouvée à entourer la jeune fille de ses attentions. En toute amitié. Ludovica ne s'était jamais aperçue avant leur rencontre du charme que pouvaient dégager la courbe d'une bouche, le velouté d'une joue ou l'expression d'un regard et ces découvertes la fascinaient. Elle pouvait rester de longues minutes à simplement regarder vivre Esslingen et celle-ci, fragile, timide, pleurnicharde et peureuse, suscitait en Wurtemberg une envie folle de la prendre sous son aile et de la protéger, de se faire le preux chevalier de son amie.

Ostalb l'avait parfaitement senti et, peut-être par dépit de se voir préférer une fille et d'en avoir une autre pour rivale, avait commencé à chercher des ennuis à Wurtemberg à la moindre occasion. Tout prétexte lui était bon tant qu'Esslingen ne regardait pas et quand Wurtemberg lui avait demandé ce matin-là, en toute innocence, où se trouvait leur amie commune, le ton était vite monté, d'où bagarre, arrivée impromptue d'Esslingen, dénonciations réciproques et pour finir chute humiliante dans la rivière.

Wurtemberg se frotta les yeux, qu'elle devina rougis à la façon dont ils la piquaient et renifla en essayant de se convaincre que ça ne l'affectait pas plus que ça. Il verrait, quand elle serait grande, riche et puissante !

Elle saisit une branche, qu'elle eut un peu de peine à détacher de son arbre originel, et décapita une fougère d'un grand coup plein de rancoeur.

"Il verra, quand j'aurais une armée de cent mille... Non, d'un demi million d'hommes ! Avec des chevaliers, des archers et des artificiers !"

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