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 La ballerine et le musicien {PV Roderich}

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Vlad' Ionescu / Roumanie

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MessageSujet: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Sam 5 Déc - 22:56

~ KIEV, EPOQUE CONTEMPORAINE

L'Europe de l'Est ne se résume pas un hiver éternel, comme l'Angleterre n'est pas une nation perpétuellement sujette aux caprices des fées de la pluie – oui le soleil brille parfois sur la Tamise. Le soleil resplendissait dans le ciel de Kiev, tournesol solitaire dans un champ de nuages. Katioucha avait rejeté la tête en arrière pour mieux savourer ce baiser fugace empli de chaleur et de douceur, ce contact avec un monde muet mais aussi ancien qu'elle. Peut-être même plus ancien, puisqu'elle n'avait pas été présente le jour où le monde fut créé. Les semelles de la jeune femme reprirent leur musique, frappant les pavés avec la même allégresse que mettait un pianiste à faire retentir la voix de son instrument. La comparaison n'était pas innocente. Dans un élan de courage Katioucha avait demandé – par le biais d'une lettre – à son lointain voisin autrichien de venir lui donner quelques conseils au sujet d'un projet musical. Un festival pour être plus précis. Katioucha voulait promouvoir sa musique, et elle s'était dit que rien ne valait mieux que l'avis d'un spécialiste en la matière.

Officieusement, elle avait glissé quelques mots de ce projet à Elizaveta qui l'avait poussé à faire sa demande auprès de Roderich. Il avait fallu toute la persuasion de la Hongrie pour que l'Ukraine cesse d'être écrasée par l'immense respect qu'elle portait à l'Autriche. Mais victoire était faite.

Katioucha avait donné rendez-vous à son invité sur une des plus grandes places de l'Ukraine. Connaissant ses difficultés pour se déplacer, elle lui avait fourni un plan détaillé, mais cela allait-il être suffisant ? La jeune femme était déjà présente sur la place depuis plusieurs heures, aussi patiente que le Temps. Ses doigts couraient négligemment sur son sac à bandoulière, les ongles grattant les fils composant un tournesol cousu sur le sac. Avait-il oublié la rencontre, ou décidé que cela ne valait pas le déplacement ? Non, Roderich était un homme courtois, il lui aurait envoyé un billet pour s'excuser de ne pas répondre présent. Mais l'heure du rendez-vous était passé depuis fort longtemps. Pensant le trouver plus loin, la jeune femme se releva du banc où elle s'était laissé choir. Autant profiter de la journée pour quelques emplettes.

Si vous devez acheter des souvenirs de votre voyage chez Katioucha, il n'y a rien de mieux que la côte Saint-André. Gigantesque rue marchande emplie de boutiques où se vendent les plus beaux objets, dans la plus pur tradition ukrainienne. Le sac se remplit rapidement de délicates boites laquées – où se dessinaient des scènes de contes et des paysages merveilleux -, d'oeufs décorés – elle-même en avait toute une collection, tous peints ou sculptés de sa main – et de tant d'autres oeuvres enchanteresses comme les matriochkas, ces petites poupées renfermant leurs semblables et s'empilant presque à l'infini.

Cette simple promenade marchande faisait sourire Katioucha, et la rendait si heureuse qu'elle sautillait presque sur les pavés. Remontant la rue, elle profitait de chaque saveur des boutiques. Une odeur de bois, la caresse du vent, une sensation de paix dans une communauté soudé, les sourires qui fleurissent comme autant de tournesols se tournant vers une même source de chaleur. Arrivée près de l'église Saint-André, elle sentit la terre trembler sous ses pieds, répercutant le son grave de la cloche sonnant la nouvelle heure. Comme un jeu de théâtre, le regard de Katioucha se posa sur la silhouette accroupie sur le parvis de l'église à l'instant où le dernier coup de cloche était donné.

Une nation sentait ce " quelque chose " qui différenciait une nation d'un humain, ce " quelque chose " indéfinissable mais qui piquait votre âme tel un aiguillon.

Le sac frappant son flanc à intervalles réguliers, Katioucha trottina jusqu'à cette nation qui lui était familière, mais qu'elle n'arrivait pas à identifier. Il fallait reconnaître que, de dos, c'était bien plus complexe. Le chant d'un murmure lui parvint. La nation était agenouillée au sol, menton baissée, ses lèvres formulant des prières.

- Ramener votre brebis égarée sur le droit chemin... qu'elle a perdu...

La voix ouvrit une porte dans la pièce des souvenirs de l'Ukraine. Se penchant devant la nation, elle agita ses mains devant les paupières obstinément closes.

- Monsieur Edelstein ?
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Lun 7 Déc - 16:41

Tout absorbé à sa prière, Roderich n’entendait absolument rien des rumeurs de la ville tout autour de lui. L’homme supposait qu’il était à Kiev, l’espérait de toutes ses forces, même, mais pour lui rien n’était moins sûr. Inutile de dire qu’avec cela, il lui était impossible de retrouver le lieu de rendez vous avec Katioucha.
Ukraine lui avait envoyé une lettre fort polie et bien tournée –il n’en attendait pas moins de la part de la jeune femme-, où elle demandait son aide à propos d’un problème d’ordre culturel. Musical, même, pour être précis. Ukraine souhaitait organiser dans sa capitale, un festival de musique, idée charmante au possible.
Les pays slaves avaient eu eux aussi de grands compositeurs, en cela Roderich les respectait énormément. Et puis Ukraine en elle-même était une personne à la compagnie agréable. Douce et serviable, la jeune femme avait également la grande qualité de ne pas être sotte en plus d’avoir un physique avenant. L’Autrichien l’avait eu sous son contrôle quelques années, se la partageant avec d’autres pays. Ce qu’il avait vu chez Katioucha, c’était une innocence candide et désespérée auquel on ne pouvait rester insensible. L’Ukrainienne se donnait corps et âmes, encore aujourd’hui, pour le bonheur de son frère, ainsi que celui de sa jeune sœur, oubliant les marques de cruauté qu’ils pouvaient avoir à son égard.

Katioucha, son prénom même évoquait une vie de fille seule, Katioucha dont l’amant avait été tué, dans la chanson, et qu’elle ne pourrait revoir…
Etrangement, pour penser à cette femme-nation, les seuls mots lui venant à l’esprit étaient ceux d’une chanson française. Dans cette horrible période qu’avait été la Guerre Froide, alors que lui-même se faisait oublier de tous, plus mort que vivant, enfoui dans ses souvenirs disparus, il avait néanmoins gardé un œil sur le monde moderne à travers la musique. Plus particulièrement la française, jamais cette langue ne fut alors tant sublimée qu’à travers des chansons populaires.
Lorsque le chant haineux des Partisans avait laissé place à des chants hommages, des chants de pardon aussi, des chants d’amour, des chants de vies toute simples

Dis-moi, Céline, les années ont passé
Pourquoi n'as-tu jamais pensé à te marier ?
De tout's mes soeurs qui vivaient ici
Tu es la seule sans mari
Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu as, tu as toujours de beaux yeux
Ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu aurais pu rendre un homme heureux


A la chute de l’URSS, Katioucha avait quitté son frère, espérant peut-être enfin vivre une vie à elle. En Europe, il n’y avait eu que la solitude pour l’accueillir, l’ombre terrible d’Ivan était encore trop présente derrière elle.
Oh, elle avait pleuré, Katioucha, seule et perdue, dans un monde qu’elle ne voulait que comprendre et aimer, après des années dans le froid et l’angoisse, dans l’amour triste et fraternel de ces frères et sœurs qu’elle adorait tant…
Et eux, eux s’étaient bouchés les oreilles et voilés les yeux, se cachant derrière leurs propres compagnons réchappés de l’enfer soviétique, à guérir et consoler.

Dis-moi, Céline, toi qui es notre aînée
Toi qui fus notre mèr', toi qui l'as remplacée
N'as-tu vécu pour nous autrefois
Que sans jamais penser à toi ?
Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu as, tu as toujours de beaux yeux
Ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu aurais pu rendre un homme heureux


Il y a longtemps, bien longtemps, alors qu’elle était sa servante, qu’il était le maître, la jeune femme lui avait raconté l’enfance enneigée des pays slaves. Elle-même qui s’était auto proclamée la grande sœur d’Ivan et Natalia, prenant son rôle à cœur, prêt à leur prodiguer amour, aide et conseil.
Roderich l’avait écouté, muet. Katioucha lui évoqua l’écharpe en laine, son premier tricot réussi, qu’elle avait offert à Ivan, alors gelé, elle évoqua la cuisine –parfois bien pauvre- des produits de chasse rapportés par ses deux cadets, lorsqu’ils étaient heureux. Innocents. L’Autrichien lui avait prit la main avec douceur, et la serra. Il ne parvenait pas à parler aussi bien qu’elle, mais ses quelques phrases maladroites suffirent à faire rougir la jeune femme. Parce que l’homme lui avait dit combien il l’admirait. Et lui aussi, il parla. Il parla de l’Empire Chrétien Romain, il parla de l’Italie du Nord, de tous les rêves qu’il avait commencé à faire pour eux, de la grandeur qu’il voulait leur donner à travers lui-même. Il parla de toute la fierté qu’il éprouvait à l’égard du jeune Ludwig, aussi bougon soit-il, il parla des maladresses d’Italie, de sa volonté à bien faire et du don immense qu’il avait pour les arts. De son amour également pour la belle musique.
Les deux nations avaient partagé un sourire, chacune sentant en l’autre la tristesse, la mélancolie et la peur de l’avenir que l’on cachait bien profondément au fond de soi, chacune sentant en l’autre un amour profond pour les nations plus jeunes, même si le masque de la sévérité venait parfois cacher cela.

Dis-moi, Céline, qu'est il donc devenu
Ce gentil fiancé qu'on n'a jamais revu ?
Est-c' pour ne pas nous abandonner
Que tu l'as laissé s'en aller ?
Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu as, tu as toujours de beaux yeux
Ne rougis pas, non, ne rougis pas
Tu aurais pu rendre un homme heureux


Voilà les souvenirs que Roderich gardait de Katioucha. Finalement, une aide lui vint d’Amérique, après la chute du Rideau de Fer. Laquelle ? L’Autrichien n’aurait su le dire, il n’avait lui-même eu d’autres préoccupations que la Hongrie, à cette période, se fichant du reste du monde. Etrangement, il avait également reprit contact avec Gilbert, pas par pitié, mais par respect, prêt à accepter la haine de l’albinos. Le Prussien sans plus aucun pays avait protégé Elizaveta, dans le grand hiver Russe, obligé d’endosser son rôle, alors que lui-même ne pouvait accepter qu’une place infime dans le cœur de la Hongroise, celui d’un frère ennuyant. Ils s’étaient regardés en chien de faïence, le brun avait laissé l’autre homme l’insulter, vider son sac, plaidant coupable à chacune des accusations données. Quelle sorte de fil s’était ensuite noué entre eux ? Impossible à dire, mais cette inimité amicale avait étouffé à leurs oreilles les pleurs d’une nation solitaire, seule et effrayée dans un monde extérieure qui la rendait invisible à tous.
Finalement, Katioucha était revenue chez son frère, mener sa vie d’avant. Peut-être avec un petit peu moins de peur, un petit peu plus de tristesse cachée, qui sait ?

Mais non, Céline, ta vie n'est pas perdue
Nous sommes les enfants que tu n'as jamais eus
Il y a longtemps que je le savais
Et je ne l'oublierai jamais
Ne pleure pas, non, ne pleure pas
Tu as toujours les yeux d'autrefois
Ne pleure pas, non, ne pleure pas
Nous resterons toujours près de toi
Nous resterons toujours près de toi


La mélodie dans sa tête s’éteignit dans un silence entrecoupé de souvenirs, pareils aux grésillements d’un vieux gramophone. Au dessus de lui, la foule allait et venait, souriante, jeune et vivace. Une foule à l’image de la nation dont elle était issue. Mais Roderich était resté perdu, alors que résonnait le carillon des cloches juste au dessus de lui. L’homme s’était reculé dans l’ombre de l’église et agenouillé pour prier un instant.

Brusquement, une voix l’appela. Roderich rouvrit les yeux pour découvrir une main s’agitant devant lui. Le Seigneur avait écouté sa prière et lui avait envoyé une bergère pour le ramener sur le chemin perdu. Ukraine.
L’homme se releva et fit face à la jeune femme.

- Guten Tag, Fraulein Braginskaya… Je suis confus de l’heure, veuillez m’excuser mais malheureusement, malgré votre plan, je me suis perdu. Peut-être est-ce ainsi que le Seigneur cherche à m’éprouver ?


Elle avait les joues roses, Katioucha, roses avec le froid, roses avec la vie. Et des yeux magnifiques, parce que la haine y était inconnue. Inexistante. C’était là des yeux de mère des yeux de sœur. C’était là des yeux d’amante. L’amante rêvée chaque soir, aux différents visages mais qui pourtant était toujours la même. Une femme que j’aime et qui m’aime, une femme pour poser sur un front fiévreux et tourmenté, sa main fraîche afin d’en chasser tout soucis.
Mais les soucis de Katioucha, qui donc les lui enlevait ?

- Permettez-moi de vous remercier encore une fois pour votre invitation, j’avoue en être très touché et j’espère faire de mon mieux pour vous aider
.


Les manières de Roderich étaient on ne peut plus vieux jeux, aussi ne faut-il pas s’étonner qu’il ai proposé son bras à Katioucha, comme cela se faisait aux siècles passés. Son regard se posa alors sur le sac de la jeune femme, brodé de tournesol.

- Est-ce là un cadeau de votre frère ? Il est très joli…
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Jeu 10 Déc - 20:45

Elle avait tendu sa main pour aider l'homme à se relever, mais Roderich s'était déjà redressé, demeurant superbe et impeccable. On n'aurait pas pu trouver le moindre gravier sur son pantalon, ni même une seule mèche déplacée. Sa main désormais inutile, Katioucha la repositionna sur la bretelle de son sac, ne voulant pas paraître gauche. Mais elle se sentait ô combien maladroite aux côtés de Roderich sûr de lui, empli de prestance.


- Guten Tag, Fraulein Braginskaya… Je suis confus de l’heure, veuillez m’excuser mais malheureusement, malgré votre plan, je me suis perdu. Peut-être est-ce ainsi que le Seigneur cherche à m’éprouver ?


Ukraine lâcha un rire clair comme le fil d'une harpe pincée par des doigts experts. Elle semblait déceler un trait d'humour sous les paroles de l'Autriche. Son rire faisait disparaître les épreuves qu'avait du traverser Roderich pour arriver jusqu'ici. Tout souci, toute blessure disparaissaient dans l'éclat de ce rire. Ce rire était un miroir absorbant les reflets discordants, les transformant en une nette image avant de se briser. Chaque éclat atteignait une personne et étirait ses lèvres en un sourire, tandis qu'une musique inconnue mais douce pour le coeur demeurait dans son esprit.

- Si j'avais su que venir jusqu'ici était une telle odyssée, j'aurais fait le déplacement.

Katioucha aurait voulu demander si son invité n'avait pas subi de désagréments importants : poursuivi par des chiens errants, mauvaises rencontres, traversée à la nage... Mais elle se tut, par politesse en voyant Roderich reprendre la parole, et par tact, car certaines questions pouvaient être présomptueuses et déplacées. Ukraine était ainsi, emplie d'une délicatesse d'esprit qui influait sur son comportement. Jamais elle ne criait, et chacun de ses gestes était mesurée. Elle pouvait prendre un objet et le caresser comme l'aurait fait une mère pour son enfant, une épouse pour son mari. Envers les gens, nations ou humains, elle se conduisait à la fois comme la mère, la soeur, parfois l'amie d'enfance dont on ne sait pas si elle sera un jour l'amante cherchée.

Envers Roderich qu'était-elle ? Elle-même ne savait pas en donner une réponse claire. Durant son séjour en terre sous domination autrichienne, elle ne s'était jamais senti comme esclave. Il la traitait avec respect et gentilesse, venant parfois lui demander si elle ne manquait de rien, tant elle demeurait passive et ne disait guère de mots. Elle souriait, et assurait que non. Mais elle avait fini par briser sa coquille et avouer que, oui, sa famille lui manquait, non elle ne les haïssait pas comment aurait-elle pu ? Oh monsieur Edelstein ce sont des êtres si charmants, mais la vie de nation est si complexe, ils ont construit une armure pour protéger leurs coeurs. Mais ce coeur d'enfant innoncent bat toujours, il faut seulement savoir où le trouver.

Elle s'était confiée à lui que Katioucha s'était même demandé si elle n'avait pas chargée les épaules de l'Autriche d'un poids qu'il ne lui appartenait pas. Pour stopper ce flot de paroles, Katioucha avait fait croire que les visites de Roderich dans ses appartements faisait croire à Elizaveta à quelque tromperie conjugale. Elle s'était empressée de refermer la porte entre elle et l'Autriche. Pourtant, Roderich avait trouvé un autre moyen de la faire parler, de la faire se confesser de ce qu'elle avait sur le coeur. Mais jamais elle ne versa une larme devant lui. Jamais. Si elle pleura, ce fut seule, loin des regards.

Pour tous, elle était l'Ukraine joyeuse qui ne connaissait pas la douleur.


- Permettez-moi de vous remercier encore une fois pour votre invitation, j’avoue en être très touché et j’espère faire de mon mieux pour vous aider
.


Le rose des joues de Katioucha devinrent d'un rouge flamboyant. La moitié de son visage s'enfonça dans son écharpe, et elle aurait bien tenté de cacher aussi son regard, brillant d'humilité et de gêne. Touchée, flattée, la jeune femme perdait ses moyens. Il lui fallut appliquer fermement ses mains fraiches sur ses joues pour retrouver un peu de calme. Mais son visage demeurait brûlant.

- C'est moi qui dois vous remercier de vous déplacer... Vous avez tant de connaissances en musique, vous êtes un maître... Je sais qu'avec vos conseils, j'arriverais à créer quelque chose.

Katioucha pensait chaque mot. Elle ne savait pas mentir. Elle était comme l'enfant dépouillé de toute mauvaise influence, ne sachant pas même ce qu'était le mensonge.

Acceptant le bras de Roderich (Elizaveta aurait-elle accepté une telle conduite, même si elle et Katioucha s'entendaient bien ?), Katioucha le guida dans la rue marchande, voulant lui montrer ce peuple méconnu qu'était le sien, dans toute sa richesse humaine. La richesse du coeur, du partage de maigres biens reçus comme des dons du ciel. Devant la question de l'Autriche sur le lourd sac qui battait contre sa hanche, la jeune femme hocha la tête.

- Cela m'a fait si plaisir qu'il m'offre quelque chose, que je ne m'en sépare plus, avoua-t-elle en baissant la voix comme si ce qu'elle disait était presque risible, et pourtant si important à ses yeux.

Elle adorait son frère, comme une mère admire son fils. Elle l'avait poussée à devenir plus puissant, elle avait mis tous ses espoirs en lui. Ivan avait réalisé ses espoirs bien plus qu'elle ne l'aurait cru, peut-être même trop. Mais derrière l'image de l'ogre soviétique que peignait le monde, elle savait que son frère était toujours là. Pour preuve, le jour où elle était partie prendre son indépendance, avant de quitter la Maison Russe, elle avait laissé à son frère une écharpe plus belle que celle offerte durant leur enfance. Le lendemain, elle l'avait retrouvé chez elle, accompagnée d'une lettre.

"Cette écharpe ne sera jamais aussi parfaite que celle que je portes. Parce que tu avais sacrifié ton bien ls plus précieux pour moi."

C'étaient des mots si simples mais qui réchauffaient le coeur.

Se tenir au bras d'un homme était une expérience nouvelle pour Katioucha, mais à ses yeux cela avait les allures d'un jeu, d'une simple manifestation de courtoisie. Voyant Roderich observer certains objets, elle lui en expliquait l'histoire et la composition.

- Je ne vous laisserais pas repartir les mains vides, je vous ai acheté nombre de choses pour vous et Mademoiselle Elizaveta.

Et inutile de discuter, Roderich repartirait avec ses cadeaux par la force s'il le fallait. Mais le départ n'était pas encore à l'ordre du jour. Ils devaient d'abord discuter de ce festival. Pour cela, il fallait un lieu au calme, reposant, où les esprits peuvent oeuvrer sans être dérangés.

- Où préferez-vous aller pour discuter ? Un café ? Une place ? Chez moi ? Je suis votre guide.
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 11 Déc - 18:02

L’éclat de rire de la jeune femme avait quelque chose de particulier, il était tel les cordes joyeuses d’un violon sur un air de ballet : magnifique. Oui, les violons gracieux du lac des cygnes apportant espoir et démesure et que jamais on ne voulait entendre dégringoler. Roderich la regarda, heureux sans qu’il ne puisse se l’expliquer.

-Dieu Tout Puissant, Katioucha…. Mais vous êtes resplendissante, dites-moi !


Oui, la jeune femme l’était. Le rouge aux joues, le bleu dans les yeux et le rire aux lèvres, une beauté transcendante se collait à ses gestes doux et timides. L’Autrichien lui sourit aimablement, et la belle murmura de vagues paroles, gênée de ses remerciements, gênée de ses mots. Elle avait collé ses mains contre ses joues, espérant y enlever le rose de la timidité. Katioucha, le monde est bien plus beau en couleur, garde le rouge à tes joues et le bleu de tes yeux. Garde le soleil dans tes cheveux, car il aime s’y blottir, le savais-tu ?
L’homme se pencha juste assez pour effleurer le font pâle de ses lèvres. Que pouvait-on donner à cette jeune femme sinon de l’amour ?

- Un maître ? Allons, je me contente d’exploiter mon unique talent, voilà tout…. Et je ne doute pas un seul instant que vous allez nous proposer quelque chose de magnifique. Vous êtes une femme intelligente, Katioucha, vous savez écouter les autres et êtes capable de deviner ce qui leur plait. Votre composition, j’ai grande hâte de l’entendre
.


Elle avait accepté son bras, encore plus rougissante. Sur la place, les gens allaient et venaient. Des couples, des enfants, des gens seuls. Là, près de cette maison, une femme au regard triste hésitant. Une seconde plus tard, un homme la rejoignait, ils s’embrassaient sous le porche. Et le soleil les caressait tous de sa main timide. Timide comme Katioucha.

Roderich l’écouta parler pudiquement, de ce cadeau que lui avait fait son frère. Il la sentait heureuse tandis que de ses doigts diaphanes, elle caressait le tissu brodé du sac. Guide parfait et exemplaire, la jeune femme lui indiquait la particularité de tel ou tel monument aperçu, l’histoire des places où ils se trouvaient, des rues qu’ils traversaient.
De temps à autres, Roderich lui demandait si ce n’était pas dans cette charmante rue, devenue passage à présent, qu’ils s’étaient parfois retrouvés alors qu’elle était encore sous sa domination.
L’Ukrainienne rosissait, acquiesçait ou bien lui montrait son erreur, gênée.

- Il ne fallait pas, ma chère voyons… Ce n’était pas nécessaire. Et pourquoi ne passeriez-vous pas à Vienne, quelques jours, lorsque vous aurez du temps libre ? Elizaveta serait heureuse de vous revoir et votre présence est toujours appréciée.


Katioucha demanda ensuite où il voulait se rendre. A vrai dire, du moment que la jeune femme le tenait bien, qu’il ne se retrouve pas en Afrique du Sud par mégarde, tout irait bien.

- Chez vous, nous serions au calme…


Un peu plus loin, un groupe d’enfants faisait du porte à porte, espérant récupérer quelques pièces en échange de chants de Noël. C’est vrai, la saison des fêtes approchait à grand pas, déjà…
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Mer 16 Déc - 21:01

La brise posait ses baisers glacés sur leur peau, déesse déposant protection et adoration sur ces nations qui se mouvaient, presque invisibles, parmi les hommes. La buée s'échappait en nuages de la bouche de Katioucha, s'évaporant rapidement pour devenir invisibles. La buée se transforma presque en brouillard quand Katioucha ouvrit la bouche de surprise devant l'invitation de Roderich. Son coeur eut une brève accélération, accentuant son souffle qui se fit précipité.

- Je-je ne sais pas... Il faudrait que j'en parle à...

La jeune femme se rendit compte de l'absurdité de ses propos. Cela faisait des années qu'elle était indépendante, pour quelle raison devait-elle demander permission à un membre de sa famille ? Les mauvaises habitudes avaient moulé l'âme et la conduite de l'Ukraine pour qu'elle demeure fidèle à la Russie, sans même s'en rendre compte. Katioucha s'en rendait compte chaque jour, mais elle n'en tenait jamais rigueur à son frère, préférant garder de lui l'image du frère cherchant amour et endroit où se recueillir, que celle du bourreau riant devant la douleur de ses victimes.

- Je tâcherais de répondre à votre invitation, se reprit-elle, modulant sa voix pour que rien n'y transparaisse qui puisse inquiéter son interlocuteur.

Il faudrait juste qu'elle veille à la façon particulière qu'avait Elizaveta de la saluer – en la serrant si fort dans ses bras que Katioucha était toujours à deux doigts d'expirer, à l'image de ce pauvre Raivis. La Hongroise avait aussi cette curieuse manie d'harceler Ukraine en questions sur sa vie sentimentale. " Qui te plaît ? Il y a bien une nation qui doit t'intéresser, ne serait-ce qu'un tout petit peu physiquement... Katya, tu as besoin d'un homme, un vrai, qui s'occuperait de toi comme si tu étais sa petite princesse. Puis tu serais si belle dans une robe de mariée... " Devant un tel manque de pudeur, Katioucha finissait par balbutier en rougissant, avalant ses mots au lieu de les proférer correctement. Malgré ces quelques désagréments, elle n'était jamais gênée d'aller voir Elizaveta. Elle avait connu la Hongroise si jeune, encore enfermée dans l'idée qu'elle était un homme. Parfois – mais elle en tairait le secret – Elizaveta s'était reposée dans ses bras, l'appelant " ma soeur ".

- Chez vous, nous serions au calme, souffla la voix de l'Autriche ramenant l'esprit de Katioucha sur terre.

Katioucha hocha la tête, confirmant que c'était là une excellente idée. Menant – tirant ? - Roderich, la jeune femme slalomait entre les passants avec la grâce d'une patineuse. Les enfants suivirent sur quelques pas l'Ukraine, comme s'ils sentaient qu'elle n'était pas comme eux, mais qu'elle venait d'un monde plus enchanteur mais aussi plus cruel. Comme par magie, des sucreries tombèrent des manches de Katioucha, emplissant les mains tendues des enfants. Chantant des remerciements, le groupe disparut dans un virage, faisant jaillir la neige sur leur passage.

La demeure de Katioucha se profila à travers la neige qui se mettait à tomber, recouvrant les épaules des nations d'une poudre blanche. Foyer sans faste, elle était à l'image de son propriétaire : simple, ne recherchant pas la complexité, construisant en son sein un cocon de chaleur et de douceur. En bonne hôtesse, Katioucha mena son invité jusqu'au salon, et le fit asseoir sur un profond sofa garni de coussins moelleux. La jeune femme délaissa l'Autriche le temps de préparer thé noir et sortir quelques gâteaux de l'armoire, et de revenir avec les mets sur un plateau de bois.

- Excusez-moi pour le thé, je n'ai que celui-là...

Par simple politesse, Roderich ne ferait aucune critique mais à ses yeux, elle se devait de s'excuser en avance. Elle était loin d'avoir le faste d'autres nations, et sa maigre richesse dépendait des bons vouloir de l'avenir. Éternellement sans ressources, Katioucha vivait dans la simplicité et cela avait déteigné sur son âme. Elle s'assit à son tour sur le sofa.

- Pour ce festival, je ne sais pas par quoi commencer... Je voudrais juste que la musique de mon peuple ne soit plus confondu avec celle de mon frère. Je ne critique pas Ivan loin de là, mais j'aimerais juste faire entendre la voix de mon peuple.

Elle n'est pas farouche Katioucha, juste timide et peureuse. Par le passé elle avait parfois hausser le ton, excédé qu'on ne l'entende pas. Dans ses chansons elle continuait à vanter le courage des Cosaques, ses fiers princes qui n'avaient de princes que les mérites et les chevaux fougueux. Plus d'un de ses cavaliers avait couru maints dangers pour ses beaux yeux, elle ne s'en vantait pas, mais cela lui avait plu. Quelle femme, même nation, n'aime pas voir un homme courir un danger juste pour avoir son attention ?

- Je suppose qu'en prenant mes chansons Ivan montre qu'elles lui plaisent. … Vous connaissez " Les Yeux noirs " ? C'est une chanson qu'un poète m'avait écrit, mais Ivan s'est emparé des paroles. A croire qu'il n'aime pas qu'un homme m'aime, finit Katioucha dans un rire.

Les cils tombèrent sur les yeux d'Ukraine, voilant ses clairs prunelles. Son regard se fit lointain, et de sa bouche ne sortit qu'un murmure.

- Elle commence ainsi...

Le murmure devient chant, chant de l'amante envers celui qu'elle aime mais qu'elle ne peut toucher. Chant de la jeune fille frolatrant à travers champs en espérant voir surgir celui qui la tirera du monde de l'enfance. Chant de celle qui attend et souhaite que son monde change.

Les yeux noirs, les yeux passionnés !
Les yeux ardents et magnifiques !
Comme je vous aime, comme je vous crains !
J'aperçois votre regard en ce moment.


Mais les yeux de Katioucha ne vacillèrent pas sur celles de l'Autriche. Ils demeurèrent cachés, pudiquement voilés d'une bordée de cils. L'Ukraine était exempt d'amants, mais elle en aurait voulu un.

Voir une flamme s'élever en vous
Mon coeur brûle en lui.


Les doigts graciles de Katioucha se posèrent sur sa poitrine.

Dieu nous a tout donné, le meilleur de la vie
Et dans la mort je lui donnerais mes yeux de feu.


Le " feu " finit dans un soupir, les lèvres de Katioucha esquissant un baiser envoyé à un fantôme. Ses yeux étaient brillants, son teint rehaussé d'un éclat qui la rendait presque divine. Pourtant elle demeurait la simple Ukraine, blottie dans son long pull aux manches couvrant ses paumes. Son regard était toujours aussi candide, et pourtant, pourtant... ce chant semblait demander un bien.

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La ballerine et le musicien

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 18 Déc - 13:18

-Pas d’excuses Katioucha, vous comme moi croyons au même Dieu, et si nos cultes sont différents, nous savons tous deux la valeur de la charité chrétienne. Je vous suis reconnaissant de m’offrir du thé, et bonne cuisinière comme vous êtes, je sais que je prendrai plaisir à le boire.

Katioucha. A vrai dire les nations préféraient s’interpeller par leurs noms de pays plutôt que leurs noms humains, sauf si le degré d’intimité était assez grand. Un peu comme chez Japon, en fait. Ukraine était sans aucun doute la plus humaine des nations, tout autant mère que sœur, prête à prodiguer aux autres toute la tendresse dont ils manquaient. Comment la nommer, cette douce Ukraine, si ce n’est par un nom capable de montrer l’étendu de ses sentiments ? Parce qu’elle était plus qu’un concept, elle était plus qu’une terre longtemps tiraillée, déchirée, voulant se construire un patrimoine que beaucoup réprimaient. Elle était plus que l’une des ombres tremblantes de la Russie. Ukraine était une femme. Ukraine était Katioucha, et Roderich, le fier Roderich Edelstein, toujours prêt à cingler les autres d’une réplique bien sentie, toujours prêt à dédaigner avec morgue les autres pays, il prononçait ce nom humblement. Parce que cette femme, elle ne le savait pas, mais il l’admirait. Il l’admirait elle, la belle capable de faire ce que lui ne pouvait comprendre malgré ses efforts : être un cœur en plus d’être une terre. Ses frères et sœurs, toujours Katioucha put leur prodiguer amour et affection, pendant que lui-même se construisait des murs de silence avec Ludwig, malgré ses efforts maladroits.

Ukraine revint avec le plateau de thé. Qu’il était plaisant de voir qu’une nation se souvenait encore très bien des bonnes manières. Une nation qui le supportait. Parce que soyons sérieux, à part Elizaveta, Ukraine devait bien être la seule. Ainsi étaient les hommes, avec leurs rivalités et leurs préférences. Que pouvait-on y faire ?

- Oui, la culture de votre frère, voisine de la votre, peut poser problème, et un incident mineur pourrait provoquer des dégâts diplomatiques… Mr Braginsky est assez… nationaliste, non ? Remarquez, je suis presque moi-même en guerre froide avec l’Allemagne, pour une question de compositeur…. Enfin…


L’homme prit la tasse que lui tendait sa compagne et but, ne remarquant même plus après tout ces siècles, son petit doigt levé insolemment. Il y avait toujours des choses contre lesquelles on ne pouvait lutter.

-Il y aurait une solution de facilité, celle de ne se contenter que d’un orchestre traditionnel, avec les instruments de votre pays, mais cela me semble assez maladroits. Pardonnez-moi si je me trompe mais… Votre culture musicale s’est beaucoup démarquée des autres par les chants, les voix… La plupart des bons choeurs dans les orchestres des cours étaient ukrainiens…


Katioucha la pudique voulait rester fière, malgré tout cela, ses chants et poèmes qu’on lui avait enlevé, que d’autres s’étaient attribués. Roderich se souvenait très bien de la timide jeune femme, en partie sous sa domination, qui avait osé lever les yeux pour le regarder, et déclarer d’une voix calme, presque rêveuse, qu’elle voulait véritablement créer un état Ukrainien. L’Autriche avait posé sa main sur la bouche de la jeune femme, lui intimant ainsi de se taire. Comment voulait-elle, comment pouvait-elle, cette pauvre princesse ? Folie que cela, la jeune femme était partagée entre plusieurs nations puissantes. La plupart la réprimèrent pour ses envies d’indépendances. Roderich s’était contenté de fermer les yeux, attendant que l’orage passe.
Aujourd’hui encore, l’Ukrainienne revendiquait son indépendance, d’une certaine façon. Aujourd’hui, il allait l’écouter et lui obéir.

A nouveau la jeune femme reprit la parole. Et sa voix remplissait la maison d’une douce mélodie, ô combien il devait être agréable de vivre entouré par cette simple présence rassurante… Autriche ne put s’empêcher de penser à Elizaveta, la jeune femme avait également le pouvoir de calmer et d’apaiser les soucis d’autrui. Les siens, tout du moins.

- Les yeux noirs ? Oui, je la connais…. Russie vous l’a prise, il est vrai mais… il vous a également fait écrire une chanson, non ? Avec votre prénom…


Les yeux noirs, un poète avait donc été assez proche de Katioucha, et assez téméraire pour lui offrir ses vers ? Une chanson d’amour, de désir… Mais la belle avait les yeux bleus, Roderich sentit quelque chose au fond de lui se serrer. Les yeux noirs on les avait sous le coup de la colère et des pleurs, de la tristesse et du désespoir. L’artiste anonyme avait-il donc prit dans ses bras, une nation triste à en pleurer ? L’avait-il aimé, malgré tout cela ? Ce pauvre artiste dont personne n’avait pu retenir le nom jusqu’ici.

Ukraine commença à chanter, et son chant planait sur les roseaux. Les roseaux d’un paysage enchanteur et fantasmé où une éternelle jeune fille attendait son amant, les yeux levés vers l’Orient à espérer, espérer qu’enfin il arrive sur son grand cheval, et vienne l’enlever. L’Autrichien ne put s’en empêcher, il reprit le chant avec elle, fredonnant l’air bien plus que ne prononçant les mots. Parce qu’il ne parlait pas la langue, évidemment, les seuls mots qu’il pouvait dire étaient ceux qu’il connaissait par cœur à cause de la chanson. Comme des navires échoués sur l’océan de la mélancolie, monstres marins difformes, mal exprimé et sublimes de beauté, porté par une musique invisible, inaudible.
Katioucha, fantôme évanescent dont le sourire se perd dans les flocons de neige. Katioucha qui cache sa tristesse, Katioucha belle et lointaine, qui donc un jour attrapera ta main ?

Lorsque le chant mourut, il y avait des ténèbres dans les yeux de la jeune femme. Tant de choses à dire, tant de choses à taire… Roderich ferma les yeux alors qu’un écho douloureux soufflait comme le vent sur la plaine là, dans sa poitrine, dans un trou béant, vide, qui battait pourtant, oh qui battait….
Des mots et une voix pour émouvoir, l’âme d’un pays qui veut retentir dans la musique, toutes ces espérances cachées, que l’on ose à peine murmurer…

Un ange passa, un ange de miséricorde, puis disparut avec la violence d’un soupir. Le brun s’était levé, unique personnage en mouvement d’un songe éveillé, pour s’approcher d’une belle endormie depuis bien plus que cent ans. Une belle que personne ne voulait réveiller, même si le château d’épines et de ronces glacées avait disparu depuis presque vingt ans déjà. Ses doigts vinrent s’accrocher à ceux de Katioucha tandis que, se penchant légèrement, il lui embrassait le front.
Qu’y a-t-il à dire, qu’y a-t-il à faire ? Les hommes d’aujourd’hui ne voyaient plus les contes de fées du même œil qu’auparavant. Alors comment faire pour que les princesses solitaires puissent survivre ?
L’âme slave était solitaire et tourmentée, on pouvait la cacher derrière un sourire ou un champs de tournesol, mais le masque finissait toujours par tomber et vous tuer. Parce que le hurlement des loups sur la plaine, lui, jamais ne cesserait.

Qu’était-elle, la divine Katioucha, sinon une Ophélie du vent de la tempête et du froid ? Le cœur plein de rêves, les mains emplies des tournesols de son frère, elle souriait, à espérer ses rêves les plus fous. Mais sous ses pieds nus, la terre menaçait de céder, et dans le ravin, personne ne la rattraperait. Est-ce qu’un fleuve obscure et mortel s’ouvrirait pour la recueillir en son sein, cruel amant, alors qu’au dessus, la glace se refermerait pour le plus beau des cercueils ? Et qui pleurerait Katioucha, Katioucha non pas aux lys blancs mais aux tournesols éclatants ? Un poète la verrait-il errer, les soirs de pleine lune, elle la plus belle des noyées ? Un poète pour pleurer à nouveau les yeux noirs de Katioucha, elle qui auparavant pouvait porter dans son regard, un ciel d’été sur tant de territoires gelés…
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Lun 4 Jan - 22:09

Un rayon de soleil toucha les nations de son doigt lumineux, et fit briller une goutte d'eau la transformant en perle de cristal. C'était en réalité une larme, et à sa vue, Katioucha oublia la gêne qu'avait fait naître le baiser de l'Autriche sur elle. La tristesse n'avait pas sa place en cette demeure, ni dans le coeur de l'Ukraine. La jeune femme sortit un mouchoir de sa poche, le tendant à Roderich.

- Il ne faut pas pleurer voyons ! Je chante si mal que cela ?

Elle savait bien que ce n'était pas cela la cause de ce chagrinement, mais il est si aisé de feindre, si aisé de mentir et de se voiler les yeux. Avec cette vivacité emplie de joie de vivre, la jeune femme se leva d'un bond de son siège. Il fallait chasser cet atmosphère de nostalgie et de sombres pensées; ils n'étaient pas là pour s'enfermer dans de noirs souvenirs. Le monde était déjà si cruel, pourquoi en rajouter ? Il valait mieux prendre un pinceau, colorer les gammes de noir en de couleurs éclatantes. Ukraine devait bien être la seule nation à penser ainsi, à se relever malgré les blessures qu'on lui infligeait, et pardonnant sincèrement à ceux qui en étaient responsables. Comme si elle ne pouvait pas connaître la rancune.

Katioucha virevoltait presque dans la pièce, faisant les cents pas. Ses jupes virevoltaient à chacun de ses pas, tissus aux multiples couleurs. La jeune femme tâchait de réfléchir au sujet qui les réunissait tous les deux. Une idée lui parvint, étirant ses lèvres en un sourire se reflétant dans ses yeux. Katioucha claqua même des mains, comme une petite fille qui vient d'apprendre que le Père Noël allait lui apporter la jolie poupée vue dans le magasin la veille.

- Je sais, je sais ! Et si...

La jeune femme était si excitée par son idée qu'elle ne pouvait s'asseoir, ses mains battant comme des ailes de colombe.

- Pas de festival trop pompeux, avec du faste. Non. Je suggère de faire participer tous ceux qui seront intéressés par le projet. Qu'ils soient connus ou non. Des choeurs renommés par exemple, mais aussi de simples habitants pratiquant un instrument, ou chantant à l'occasion. Ne serait-ce pas fabuleux ? Tous réunis autour d'une même passion : la musique de ce pays.

Oh oui c'était une si belle idée. La musique, elle habitait tous les coeurs de tous les peuples. Certains individus savaient la transmettre mieux que d'autres, et étaient admirés par leurs pairs. Mais tous étaient sensibles à cet art, et il aurait été idiot de dénigrer du festival les personnes qui n'avaient pas la célébrité et la reconnaissance. Les grands artistes sont souvent maudits, et leur talent reconnu que des siècles après qu'ils soient éteints.

Fière de sa trouvaille, Katioucha reprit place sur le sofa, pliant les jupes sous ses jambes. Pour se féliciter, elle piqua un des gâteaux posés sur le plateau et l'avala d'un coup. Si Roderich approuvait son idée, elle partirait à la recherche de participants. Il était certain que sa demande ne serait pas lettre morte. Elle voyait déjà les joueurs de bandoura, les choristes, les compositeurs se bousculer pour avoir une place au festival. Il y aurait ceux qui avaient usé leurs souliers sur les scènes de toute l'Europe, ceux n'ayant joué qu'à des fêtes de village, et les plus timides qui ne jouaient que dans l'intimité de leurs chambres. Tous montreraient la beauté de la musique de leur pays, à leur façon.
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 22 Jan - 23:40

Roderich ne pleurait pas. Fut un temps, il avait conquit le monde presque, l’Espagne dans sa main droite, il avait eu un œil sur la découverte d’un Nouveau Monde. Au début du vingtième siècle, si la situation avait été plus favorable, il aurait pu s’y implanter. Mais au lieu de cela, ce fut lui qui déclencha la première des guerres mondiales, lui qui se baissa devant le joug allemand pour avoir une chance de gagner la seconde… Il fut homme de batailles, sacrifiant ses soldats, prenant de force des pays sous son aile et n’hésitant pas à détruire ce qu’il y avait sur son chemin.
Pouvait-on appeler cela de la folie ? Pour l’Autrichien, cela portait un autre nom : l’Ambition. Celle des autres nations comme la France fut plus brève, plus imprévue. Peut-être est-ce en cela qu’elle fut plus dramatique.
Mais Roderich n’avait pas été que Batailles, il fut culture également. Marie Thérèse, sa chère impératrice, l’avait trouvé un soir au piano, jouant inlassablement malgré ses habits déchirés et ses doigts couverts de sang par les combats de l’après midi. Les touches nacrées de l’instrument furent tellement vite souillées. Pour quelle guerre était-ce, celle de Succession, celle de Sept ans ? Impossible de se rappeler.
La jeune femme n’avait pas hésité à le gifler pour qu’il revienne à lui et, avec la manche de sa propre robe, avait nettoyé l’instrument.
La guerre n’est jamais loin.
Le sang non plus.

Non, Roderich n’était pas triste et aucunes larmes ne coulaient tandis qu’il regardait Katioucha. Juste une mélancolie sincère et heureuse au fond. Parce que l’Ukrainienne n’oubliait rien de sa musique à elle, de sa culture, aussi pauvre pouvait-elle être.
Et la voilà qui battait des mains comme un enfant, faisait les cent pas et présentait son idée, déjà conquise.

Avec un sourire, l’Autrichien se rassit tout en acquiesçant. Oui, l’idée était belle et correspondait bien à ce que voulait la jeune femme.

- Hé bien hé bien… Vous n’aurez même pas eu besoin de moi, vos idées se suffisent à elle-même
.


Les joues roses, Katioucha s’était assise à nouveau elle aussi. D’une main agile elle se saisit d’un gâteau. Ses yeux riaient, il était si facile de la rendre heureuse De la faire pleurer également.

Humanité, bienheureuse humanité aux mille sentiments et aux mille tourments. Où donc se cachait la beauté ? Peut-être dans un sourire éphémère, on ne pouvait savoir. Alors Roderich observait le sourire de Katioucha. Si une leçon devait être apprise de sa bonne humeur, qu’il l’apprenne du bout des lèvres, du bout du cœur.

- Vous contenterez vous de la musique ou bien y aura-t-il des danses également ?


La jeune femme allait créer un joli festival, l’Autrichien n’en doutait point. Il fallait juste espérer qu’Ivan ne vienne pas gâcher la fête.

Gâcher la fête…

Mais qui donc irait au festival de Katioucha ? Qui donc viendrait s’occuper des affaires de la grande sœur du Russe ?

- Serai-je invité à voir le résultat?

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Mar 16 Fév - 21:41

    Son idée était approuvée. Bien évidemment le plus dur restait à venir : il fallait organiser tout cela, prévoir une date et surtout trouver des personnes susceptibles d'être intéressées. Tous ces tracas furent balayés par l'optimisme de Katioucha, comme des feuilles mortes emportées par le vent. Elle était si certaine de son succès, la délicieuse enfant. Même la remarque de l'Autriche ne la découragea pas, lui trouvant une réponse qui lui semblait logique.

    - Certains de mes compositeurs ont toujours associés danses et musique. Ce serait les blesser que d'ôter la danse.

    Qui sait si ce festival n'en engendrait pas d'autres, tournés sur un autre pan de sa culture. Pourquoi pas le cinéma ? Voilà un domaine d'actualité qui pourrait intéresser bon nombre de nations, et de leurs jeunes générations. Mais ne brûlons pas les étapes. Réussir le festival musical serait déjà une grande victoire. Même libérée des ronces russes, la fleur de l'Ukraine avait bien des difficultés à croitre et à briller parmi des plantes plus vivaces de l'Europe.

    - Serais-je invité à voir le résultat ?
    - Bien évidemment ! Sans vous, je n'aurais jamais eu l'audace de parfaire cette idée.

    Aucune hypocrisie dans ces paroles, simplement une sincérité pure qui ne laissait aucune place au doute. Se remettant debout avec promptitude, la jeune femme partit quelques instants en quête d'un objet, nécessaire à la suite des évènements. Dans ses mains reposait un épais dossier dont les élastiques menaçaient de craquer sous la pression des liasses qu'il contenait. L'ouvrant sur ses genoux, Katioucha prit l'ensemble des feuilles dans ses mains, ce qui équivalait à bon nombre de volumes encyclopédiques.

    - Puisque vous êtes là, vous allez m'aider à choisir les premiers participants. Il faut bien commencer par de grands noms. Puis on verra la décoration. Il faudra qu'elles soient à mes couleurs, mais je pensais aussi...

    L'un des grands défauts d'Ukraine c'est que, comme bon nombre de femmes, elle devient intarissable sur des sujets comme les vêtements ou l'esthétique.

    ***

    Première journée du festival. Le ton avait été donné par un orchestre bien connu en Europe, " Les Solistes de Kiev ". Katioucha avait voulu jouer sur la notoriété pour attirer les gens. Un groupe inconnu n'aurait pas eu le magnétisme nécessaire. Le concert semblait avoir eu l'effet escompté : Ukraine avait reconnu dans le public quelques connaissances, ses plus proches voisins mais aussi quelques nations plus éloignées venues par curiosité. Les applaudissements et congratulations envers les solistes atteignirent le coeur de Katioucha, lui faisant monter les larmes aux yeux. En applaudissant les musiciens c'est elle-même qu'ils remerciaient.

    La jeune femme demeura assise, laissant le public quitter les lieux pour voir d'autres musiciens, écouter d'autres airs dans la ville qui fit naitre trois nations à jamais liées. Se retrouvant seule, la jeune femme remonta les allées désertes. Surprise. Un homme l'attendait à la sortie. Ses lèvres modifièrent leurs plis pour esquisser un sourire.

    - Vous avez pu donc venir Monsieur Edelstein !

    Elle devait tout lui montrer, tout ce qu'ils avaient réussi à accomplir ensemble, toutes ces idées qui avaient abouti à ce festival. Elle voulait le mener partout à la fois, lui montrer et expliquer, glorifier sa musique et en être modeste, louer leur travail et le contempler en silence. Tant de choses contradictoires qui n'aboutirent qu'à une seule question, tandis que Katioucha menait Roderich par les rues, parmi la foule.

    - Mademoiselle Hédervary vous a faussé compagnie ? Au fait, qu'avez-vous pensé du concert ?

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 26 Fév - 13:28

Le vent n’épargnait pas Kiev en ce jour de festival. Extérieur à la foule, Roderich regarda d’un air absent toutes ces personnes venues se réjouir de la musique. Il y en avait de vieilles, très vieilles aux visages burinés, comme marqués à coups de serpes. Parfois, son regard accrochait à des silhouettes d’enfants perchés sur les épaules de leurs parents, les yeux ouverts et fascinés. L’homme se sentit sourire, néanmoins bien des stigmates de l’URSS semblaient rester. De très vieilles dames avaient le visage fermé, vingt ans ne pouvaient qu’à peine recoudre grossièrement les blessures du totalitarisme. Ils entendaient les chants mais avaient-ils le droit de les aimer ?
Lui, il n’était qu’un témoin, ce peuple n’était même pas le sien. Il ne savait pas si les choses s’arrangeraient réellement un jour malgré le caractère optimiste de Katioucha et les efforts qu’elle fournissait.

Le pâle soleil du Nord lui fit plisser les yeux, l’homme restait immobile alors que tout bougeait autour de lui. N’en avait-il pas toujours été ainsi ? Une jeune adolescente arriva, essoufflée. Le souffle de sa course faisait gonfler le tissu coloré de ses jupes. Les yeux perdus dans la foule, elle cherchait quelqu’un. Chose amusante, une fois que son regard eut repéré un jeune garçon un peu pus loin, elle rougit et baissa les yeux, prête à tourner les talons. Roderich quant à lui, alla de son côté. Il eut juste le temps de voir le jeune homme souriant poser une main sur l’épaule de l’adolescente. Il n’y avait bien que les humains pour vivre de si beaux moments.

Et la foule allait et venait au rythme des concerts. Finalement, Katioucha se trouva devant lui. Roderich la salua poliment comme à son habitude et vint marcher à ses côtés. La jeune femme ne semblait pas vraiment trouver les mots qu’elle voulait lui dire et se contenta d’une question.

- Malheureusement, Elizaveta a quelques soucis en ce moment, temps de crise… Elle regrette de ne pas pouvoir venir mais vous encourage à recommencer l’an prochain afin qu’elle puisse s’y rendre cette fois-ci. Quant à moi oui, j’apprécie beaucoup cet évènement…


Tant de monde, cela en donnait le tournis. L’Autrichien leva la tête et aperçu le bleu du ciel, toujours aussi immense et immuable. Voilà bien une chose qui ne changeait pas. Comme un jeune enfant, il s’accrochait à la manche de l’Ukraine.
Les mouvements de foules allaient vers les concerts principaux, mais quelques musiciens amateurs ou non se tenaient sur les trottoirs et dans les ruelles pour participer eux aussi à la fête.

Un peu plus loin, il y avait là un groupe de vieillards, avec des violons dans les mains. A terre était posé un chapeau retourné pour y recevoir quelques pièces, il y avait également une bouteille d’alcool pour aider les musiciens dans leurs efforts. Si les yeux des vénérables disparaissaient derrière d’épais sourcils broussailleux, on pouvait encore voir une lueur d’amusement éclairer la peau ridée. Ils discutaient à voix basse ou bien terminaient d’accorder leurs instruments. Brusquement l’un d’eux, le plus vieux, héla une silhouette dans la foule. Une jeune femme, les cheveux noués par un foulard bigarré, fit son apparition. Elle paraissait hésitante mais l’homme, son grand père l’encouragea à prendre un instrument elle aussi.

Aussitôt, quelques notes résonnèrent entre les façades des maisons. La musique avait des accents tziganes, yiddish et sauvages. Tout en elle invitait à la danse. Roderich ne put s’en empêcher, il regarda Katioucha aux doux cheveux, il regarda Katioucha aux blanches mains et l’entraîna par la taille

- Venez…


Ravis d’avoir un couple de danseurs les musiciens tinrent un rythme soutenu –au grand désespoir de la jeune femme les ayant rejoint, de toute évidence plus trop habituée au violon- tout en scandant un chant enjoué.

Et le couple virevoltait, parfois un des souliers glissait sur les pavés mais qu’importe ? Une danse n’a pas toujours à être gracieuse pour être appréciée.
Enhardis par cette vision, d’autres couples vinrent les rejoindre.

Alors, ils étaient heureux, pas vrai ?
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 23 Avr - 21:46

    Un tourbillon de couleurs emporta les deux êtres, oubliant dans ce tournis leur propre identité. Ils n'étaient plus Ukraine et Autriche, ni même Katioucha et Roderich. Ils étaient des inconnus, les perles échappées d'un collier, sans nom et dont les visages se feraient flous dans la mémoire des hommes. Ceux qui les observaient danser sans oser rejoindre le mouvement, ne retiendraient que leurs pas rendus touchants par leur maladresse.

    Katioucha suivait le mouvement de son partenaire, bravant les pavés qui rendaient la piste difficile. Ses jupes volaient comme un oiseau déployant ses ailes pour prendre son envol. Ses pieds sur terre, la jeune femme se sentait emportée par les notes des instruments et des voix graves. Elle avait l'intime impression que la musique l'allégeait, transformait son corps en plume qui virevoltait sur les pavés, n'attendant que l'ultime coup de vent pour rejoindre l'azur.

    Tournent les vies, tournent et s'en vont.
    Tournent les vies, tournent les violons.


    Au loin elle entendait les cosaques venir jusqu'à elle, montés sur leurs puissantes montures. Elle se revit les accueillir, sentant sur ses mains le souffle chaud des chevaux. Ces hommes si ardus au combat, taillés comme des épées, la peau aussi dure que celle des rochers, devenaient des agneaux à son approche. L'un d'eux la faisait tournoyer dans ses mains, la levant vers le ciel, montrant à tous l'idole à laquelle ils consacraient leurs vies. Venaient ensuite les danses et chants autour du feu, les flammes éclairant la beauté sauvage des femmes et des filles. Katioucha tournoyait parmi elles, encouragés par les hommes qui imposaient le rythme en frappant dans leurs mains.

    Le bel uniforme, oh le beau lieutenant
    Différent des hommes d'ici blonds et grands.


    Emportée par les souvenirs et la griserie de la danse, Katioucha posa sa tête contre son partenaire. Juste un instant, un court instant. Le temps d'une danse. Le temps d'un oubli de soi-même. Elle n'était qu'une femme profitant de la présence d'un corps, de la chaleur d'une étreinte, d'un geste d'affection envers elle. Parce que tout être a besoin d'être aimé, de savoir que des gens l'apprécient. Katioucha le savait bien, dans sa chair étaient ancrées les blessures infligées par son frère et sa soeur. Des blessures qu'elle avait pardonné par amour. Par ce sentiment qu'on tournait tant en dérision mais sans lequel on ne pourrait vivre.

    La jeune femme ferma les yeux, se fermant au monde extérieur. Il ne demeurait que le mouvement des corps qui se fit plus languissant, approchant du point où l'épuisement des corps gagnerait sur la volonté de l'esprit. Dans la voix du viel homme il y avait cet accent qui faisait rire Katioucha quand le Cosaque lui donnait des surnoms. Derrière sa moustache se bousculaient les mots tendres prononcés d'une voix rauque. Une voix qui n'était pas formée par les mots d'amour, mais Katioucha les avait enclos dans son coeur comme les trésors les plus précieux qu'on puisse mettre dans un écrin.

    Des pièces furent lancées dans le chapeau des musiciens. La jeune fille s'inclinait, cachant son visage aux joues roses au regard des passants. Gêne qui ne partait pas avec les compliments que faisaient son grand-père sur son compte. Ce fut le frémissement des jupes et des vestes que l'on remet en place qui acheva de sortir Katioucha de sa torpeur. Elle se tenait toujours accrochée à Roderich, et sortit de la fragile étreinte avec précaution. Ne voulant pas briser ce qu'ils avaient partagés, ce qui dépassait la parole.

    - Je comprends de mieux en mieux pourquoi Elizaveta est tant attachée à vous. Elle a... beaucoup de chance.

    Point de jalousie, seulement un remerciement : celui de lui avoir offert un tel moment, normalement réservé exclusivement à quelqu'un d'autre. C'était maintenant à elle d'offrir quelque chose, de donner une partie d'elle pour sceller ce qu'ils avaient tissés entre eux. A nouveau les mains qui se joignent pour ne pas se perdre, et les silhouettes qui s'enfoncent dans la foule, tout aussi anonymes que les autres.

    Enfant dans la foule, Katioucha montrait ses trésors, s'arrêtait à chaque éclat de musique ou de couleur. La jeune femme parlait avec fougue, agitant la main, laissant sa voix éclater dans les aigus. Son bras serrait celui de Roderich, les faisant ressembler à un couple flânant dans les environs. Il fallut toute la persévérance autrichienne pour que Katioucha accepte de faire une pause. Un banc à l'écart du festival leur permit de profiter d'un peu de repos : ne leur arrivait que le faible murmure des voix d'instruments.

    - Excusez-moi, je crois que la musique m'est montée à la tête. Tout ceci est si...

    A défaut de mots, seul un profond soupir s'exhala des lèvres de la jeune femme. Son regard se détacha presque avec regret des silhouettes tourbillonnantes des danseurs. La fatigue se lisant sur le visage de son visiteur, lui fit se mordre la lèvre. Katioucha tendit le délicat mouchoir blanc qu'elle sortit de sa poche.

    - Voulez-vous que je vous apporte à boire ? La danse a du vous donner chaud.
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Roderich / Autriche



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La ballerine et le musicien

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Mar 27 Avr - 15:45

La musique s’arrêta, replaçant le ciel bleu au dessus de leurs têtes et non lus sous leurs pieds. Doucement Roderich lâcha Katioucha, Katioucha au chant encore plus fragile que l’onde, Katioucha aux joues plus rouges qu’une pomme empoisonnée… Timide, la jeune femme le remercia. Des danses comme cela, il n’en faisait jamais avec Elizaveta, les deux époux se rejoignant plutôt dans les valses et mazurka. Ce n’était pas une question de préférences, juste que l’Autrichien ne voulait certainement pas offrir au caractère de la brune une danse enflammée où elle pourrait dominer le jeu. Non, il préférait nettement mener les pas. Tout à son caractère réservé, Katioucha pouvait être guidée même alors que ses pas s ‘enflammaient. Cela était bien mieux…

- N’est-il pas normal de danser avec une amie, voyons ?


De nouveau ils recommencèrent à marcher. Le babil de l’Ukraine voulait prouver à l’autre homme toutes les richesses du pays, il acquiesça. Leurs pas résonnaient sur les pavés, vite étouffés par les bruits humains alentours. Des enfants couraient à se poursuivant, des homme tenaient leurs belles à leurs bras et Katioucha restait seule dans ses illusions…
Katioucha, comme une pauvre quatrième sœur invisible dans une pièce de Tchekhov, jeune fille n’ayant nul autre destin que celui de vieillir.

- Cela ira, mais allez boire, vous, vous êtes essoufflée… Il serait peu judicieux de faire un malaise, non ?


Elle avait été une de ses princesses, cette femme devant lui. Elle aussi il l’avait prise sur son cheval pour l’amener jusqu’au grand manoir, elle aussi il l’avait gardé à l’abri pour un temps, dans son cocon de richesses. L’Ukrainienne avec son caractère doux et calme avait été l’une des seules personnes à ne pas se révolter clairement contre lui. Roderich se rappelait très bien du jour où il l’avait prise par le bras pour la mener jusqu’à la grande porte. Depuis quelques temps déjà, la jeune femme pleurait silencieusement dans l’obscurité de sa chambre, son frère et sa sœur lui manquait, le souffle glacé de l’est lui manquait… Alors il avait ouvert la porte avant de sourire. « Partez, allez les retrouver. Vous aussi, vous devez leur manquer… » . Ils s’étaient quittés ainsi, sans douleur. Peut être juste une légère peine… Et l’Autrichien avait vu s’éloigner une femme portant en elle la plupart de ses secrets, des secrets que même à Elizaveta, il ne confierait jamais. Parce que Katioucha avait toujours été une oreille attentive à ses peines, même lorsqu’il ne voulait pas en parler. Un cœur énorme sur lequel s’était reposé quelques instants un prince sans âme:…
S’en souvenait-elle encore à présent, de toutes ces confidences ? Impossible à savoir…

La foule continuait de se presser tout autour d’eux, les abrutissait… Roderich mena sa compagne jusqu’à un petit bar où ils pourraient se réfugier et s’asseoir. Un peu de repos ne leur ferait pas de mal, loin du monde et du bruit.

- Hé bien, voilà qui fut une belle journée… J’espère que vous vous êtes amusée


L’homme ne tarderait pas à prendre congé, laissant la jeune femme à sa solitude. Il avait apprit à partir toujours un peu plus tpot que prévu, étant donné ses grandes chances de se perdre. Ainsi Ludwig où Elizaveta pouvaient aller le chercher à des heures à peu près décentes…

- N’oubliez pas de passer en Autriche, un jour…


Le pays avait changé depuis que la jeune femme avait été sa…captive… Rien de plus normal ceci dit, mais contrairement à la France ou autre, Roderich prenait soin de son patrimoine, lui. Voilà pourquoi des vacances à Vienne étaient toujours on ne peut plus instructives…

- Que désirez vous boire ?
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Netsah / Israël

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Mer 9 Juin - 19:49

Parfois, les mots ne suffisaient pas, ne suffisaient plus. Alors, doucement il sortait le violon de son étui et jouait, jouait jusqu’à en avoir mal aux doigts, jusqu’à ce que les sons aient remplis sa tête, chassant les pensées, les rancœurs. Et le froid. Ce froid qu’il ne sentait pas pendant qu’il jouait ce jour-là, oubliant les alentours, les rues, le public s’amassant, marchant, riant… seul comptait la musique. Répéter encore et encore la même note pour en faire une mélodie chaque fois différente, chaque fois unique. Jouer, jouer et se laisser emporter. Les yeux mi-clos, le froid ne pouvant l’atteindre.

Il était redevenu Ashkénaze au milieu des siens, au milieu des musiciens, formant un tout hétéroclite, se prêtant aux jeux de la musique, laissant sa voix, sa musique se fondre dans le cœur des chansons environnantes. Etait-il beau en cet instant cet enfant, les yeux mis clos, un drôle de sourire sage sur les lèvres, le cœur battant comme un tambour interne ? Peut-être que oui, peut-être que non. Il jouait, rien d’autre n’importait. Le vent soufflait, ce jour-là, fraiche caresse sur les joues rosies, les vêtements bruns, les cheveux en bataille sous un chapeau noir dont l’ombre arrivait à dissimuler une partie de son visage. Que faisait il là, dans ce pays de froid et de neige, à se fondre dans la musique vieille de son peuple, de son enfance ? Simple envie, simple caprice. Impossible de le dire, impossible de l’empêcher de partir. Certains avaient criés à son caprice, son outrage. Ne savait il pas l’ordre de ses priorités ? D’un air faussement candide, il avait alors répondu, sourire aux lèvres, qu’il fallait bien qu’il rencontra un jour l’Ukraine pour pouvoir s’en faire (éventuellement) une alliée. Clos, on l’avait laissé partir, sans escorte, sans garde du corps. Des guides ? Il jouait justement avec eux, appréciant avec plaisir l’intervention de la petite fille d’un des musiciens, accélérant le rythme, savourant chaque moment. Ah que le froid Ukrainien était plus doux que le souffle russe. C’était parfois agréable de retourner à une partie oubliée de ses racines. Celles que la guerre froide lui avait fait taire, refoulant les souvenirs heureux, les sourires, ne limitant sa mémoire qu’à quelques visages, quelques noms. Ivan et ses sœurs n’en faisant pas partis, la peur empêchant de prendre du recul, de discerner la beauté Biélorusse, la gentillesse Ukrainienne. L’ombre russe était trop grande, loup-garou prêt à le croquer au moindre geste maladroit, la moindre défaite, moindre souffle.

Qu’il était loin le jour où le slave avait libéré les siens de l’horreur, détruisant l’aigle allemand, sauvant ce qui restait de survivants. Qu’il était loin le jour où lorsque Netsah demanda aux Nations de devenir pareil à eux, Ivan dit oui. Un sourire moins effrayant qu’à l’accoutumé aux lèvres. Maintenant, entre la mère Russie et l’Etat hébreu le temps était au froid, aux tensions, presque à la haine. Netsah ne haïssait pas Ivan. On ne haïssait jamais complètement un ancien sauveur, fût-il un monstre sanguinaire maintenant ennemi. Il le considérait avec peur, avec dégoût, colère, un soupçon de rancœur. Pas de haine pure, d’envie de vengeance.

Qu’en était-il de ses sœurs ?

Netsah n’en savait trop rien. Perdu dans la musique, il eut l’image d’une cascade de cheveux blonds, d’un couteau aiguisée, d’un regard bleu, le lorgnant d’un air froid et vide… et…quelque chose… comme un rire… des peintures, des tonnes de peintures. Venant d’un biélorusse, d’un russe devenant plus tard français. Chagall qui le décrivit dans ses toiles, imprégnant ses peintures, de beauté, de magie, de… mélancolie. Relent de mélancolie, relent de joie, de soleil, de bleu…

Et l’Ukraine ?

Katioucha … Il ne connaissait plus son nom de famille humain, ne l’appelant que par son nom de Nation autrefois. Il y avait très longtemps, lorsqu’encore petit, il jouait. Du violon. Encore et encore.

Alors qu’il aurait pu se souvenir des cosaques meurtriers, du héros ukrainien qui n’était qu’un assassin pour lui, la musique lui fit voir autre chose, d’autres images, encore un… rire… Dans les champs, il jouait sa musique, lorsque l’ukrainienne vient, fine petite fille de Kiev menue et têtue, voulant l’emporter chez elle pour le nourrir. Il ne le voulait pas, trop de peur, trop timide. Et lui, il était encore nomade, s’installer chez quelqu’un pour toujours n’était pas dans ses habitudes. Et il sentait que s’il allait dans la maison ukrainienne, cette yiddish mama ne le laisserait sans doute pas partir. Qu’il n’y résisterait pas, ne partirait jamais. Alors, au lieu de répondre, il avait joué, joué. Non comme un refus, mais comme une réponse à sa gentillesse, à son sourire, à cette inquiétude dans les grands yeux bleus qui le regardaient sans haine. C’était peu, mais suffisamment assez pour aimer, pour tomber amoureux. Une amourette à sens unique d’enfant volubile. Il vit la beauté sous les vêtements pauvres, l’éclat du regard bleuté, la grandeur du sourire, du cœur. Cœur de son côté qui battait vite, si vite qu’il en aurait pleuré si Ukraine lui avais prit le violon des mains.

Pourquoi se sentait-il si bien en cet instant, délivrant goutte à goutte un message aux accents tristes, aux accents doux que son interlocutrices ne pouvait comprendre ? Son amourette naquit dans la musique, dans un champ, grâce aux rires chantant d’une jeune fille aux allures de maman, de sœur, de confidente. De sauveuse lorsque l’Allemagne, des siècles après, arriva, pourchassant contre son grès les siens, projetant de les détruire, sans vraiment le vouloir, marionnette aux mains d’un fou. Ennemi et cauchemars qui deviendra allié et ami plus tard.

Pologne lui avait appris à ne jamais abandonner, toujours espérer renaitre de ses cendres, comme le phénix dont il en était l’incarnation excentrique et un poil dominatrice. Feliciano lui avait appris à toujours sourire, même lorsque le cœur n’y était pas. Les deux lui avaient appris à aimer sans limite. Seule Ukraine lui avait appris à aimer sans rien attendre en retour pardonner et danser. Toujours.

Maintenant, l’éphémère amourette d’autrefois n’était plus, sinon en diffus souvenirs flous, en nostalgie douce, sans amertume. Qui pouvait se sentir amer en voyant l’ukrainienne sourire et danser, qui ? Qui n’avait pas plutôt envie de la rejoindre, cette princesse échappée d’un conte ? Cette sorte de yiddish mama éternelle et sans trace de rancœur, pleine de vie, de chant…. Vouer à toujours chanter la vie, à danser…

Danser…

Ce fut lorsque ses yeux accrochèrent l’image d’un couple que les images devinrent moins floues, plus denses. N’étaient ce pas… ?

Danser…

Mais oui, c’était bien elle, bien eux. Et ce frisson dans la nuque qu’il avait pris pour l’accumulation des mélodies, des notes, des odeurs de ciel bleu et d’image de tournesols éclatant près d’une Katioucha rayonnante…

Ukraine dansant. Ukraine aux bras d’une autre nation, elle aussi bien connue, tant vue et revue aux cours des siècles que Netsah ne saurait dire où et quand ses yeux bleus avaient croisé l’air autrichien. Doucement, l’adolescent sourie, petite Nation entrée en douce dans l’orchestre, par caprice, par demande. Les musiciens, il en connaissait certains intimement, d’autres moins. Certains le voyaient pour la première fois, d’autres le connaissaient depuis leurs premiers jours, leurs premiers mots. Héritage d’ancêtres transmettant les histoires anciennes d’un peuple, image d’un individu à la fois plus vieux et plus jeune qu’eux. Ils l’avaient accueilli parmi eux, l’appelant tour à tour Netsah et Ashkénaze. Rarement Israël. Cela ne dérangeait pas Netsah, puisque tout ce qu’il voulait était de profiter du spectacle, de jouer encore et encore.

Sauf que maintenant lorsqu’il voyait le couple danser, rejoint par les autres… Il s’aperçut qu’il voulait aussi les rejoindre. Enfant voyant des proches, nourrissant le désir de les retrouver, de leur sourire, de parler avec eux. Pourtant, il ne pouvait pas quitter ainsi le groupe, il ne le voulait pas, conscient de l’irrespect d’un geste qu’il ne commettrait pas. Alors, il ne s’arrêta pas, ne contempla pas les danseurs, se concentra, se concentra… les notes prochaines, les dernières qu’il joua, il voulu les magnifiés, les faire plus belles, plus harmonieuses que les autres. Pour ceux qu’il quitterait plus tôt que prévu, pour ceux qui ne l’avaient pas vu, ni reconnus. Pour lui, cet adolescent revenant de ses images d’enfant du voyage, désirant conclure son retour par une musique moins sombre, plus colorée, plein des douceurs orangées des tournesols, des rires d’ancienne amourette, d’une Nation servant de grande sœur à tous.

La musique finie, il profita de sa petite taille, se glissant entre les musiciens, prévenant dans un yiddish quelque peu pressé qu’il avait aperçue des connaissances, qu’il reviendrait sans doute vite. Il espérait ne froisser personne et lorsque la jeune fille lui accorda une lueur mauvaise dans son regard brun, il lui offrit un sourire, des mots d’excuses, et du coin de sa main, l’adolescent sorti une poupée russe achetée plus tôt. Cadeau en guise d’affection, donné plus vite qu’il ne l’aurait cru. Il parti ainsi, vague silhouette se glissant à travers les gens, les accents, les langues, les musiques. Adolescent à la recherche d’un musicien autrichien sévère et paternel et d’une danseuse ukrainienne au sourire aussi chaleureux que naïf.

Il les trouva rapidement, mais n’osa pas les aborder ainsi. Pas les mains vides, si ce n’était son étui à violon qu’il ne voulait pas laisser à l’abandon, morceau de bois aux parties éraflés, mais ayant toujours sa teinte orangée de jadis. Alors, l’israélien parti, non pas pour faire demi tour ou pour rejoindre les deux connaissances. Il parti et lorsqu’il revient, ce fut avec une rose à la main droite, son étui à la main gauche. L’adolescent les aborda gauchement, les joues rougissant d’avoir couru, d’être gêné.

« Excusez-moi de vous interrompre mais… je vous ai vu danser pendant que je jouais. Alors, euh… je voulais dire bonjour ? »

L’autrichien s’était énervé pour moins que cela, Netsah en était conscient. Ce qu’il faisait était sans doute impoli, mais ayant agi sur un coup de tête, il n’était plus question de revenir en arrière. D’un geste, il tendit la rose blanche à la jeune femme, les joues encore plus rouges que jamais.

« Ceci est pour vous… »

Il se tourna vers Roderich, conscient du regard sans doute froid et énervé que devait lui lancer cette nation qu’il connaissait depuis des siècles. Il décida de ne pas le croiser, voulant attendre un peu. S’il s’avérait que les paroles de fiel viennent, alors, Netsah partirait, s’excusant d’avoir sans doute gâché un moment entre deux Nations. Sans s’en rendre compte, il abaissa son dos, levant ses épaules à la hauteur de ses oreilles cachées par un chapeau noir, comme un enfant boudeur, comme un enfant malheureux.

« Je suis désolé… je n’ai trouvé que ça pour vous, herr Österreich… »

Il dit sa phrase dans un allemand sans lourdeur, preuve de son anxiété, de son stress, rappelant ce terrible jour où il demanda de l’aide à l’autrichien pour sauver son peuple d’un fléau inéluctable, où il demanda de l’aide pour ressusciter un monstre mythique, un golem fait de boue, de glaise et sans doute aussi de haine. A ce souvenir de défaite cuisante, il frissonna, sans s’y attendre. Tendant d’un air sans doute trop sérieux la boite en bois laqué acheté à la va-vite, parce que simple et jolie.

« Je… je peux me… je sais que cela n’est pas poli, mais puis-je me joindre à vous un moment… ? »

Hésitation et timidité dans les mots de l’enfant, puis, il se reprit. Relevant la tête, il regarda ses aînés avec politesse, avec respect. Sa demande reformulée sans hésitation, sans tremblement dans la voix, avec juste une pointe de gêne.

« S’il vous plait… ? » Fut son dernier mot, son dernier message avant le silence. Sans doute aurait-il aimé jouer, mais il était conscient que ce serait de l’irrespect, de l’amusement mal placé. Alors, ce fut dans un silence un peu forcé qu’il attendit les paroles de ses interlocuteurs. Sa tête encore emplie de musique et de danse, de violon et de klezmer.
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Dim 27 Juin - 18:30


    Les lueurs déclinaient, amenant avec elle les ombres fraiches du soir. Les musiciens rangeaient leurs instruments, les spectateurs se repliaient là où résidaient encore un peu de chaleur, les femmes replaçaient leurs châles ou foulards sur leurs épaules. Les rues se vidaient tandis que les bars et cafés accueillaient ce flot d'âmes qui se rassemblaient autour de la lumière tels les papillons de nuit.

    Et eux d'eux allaient se quitter, autour d'un dernier verre, retournant dans leurs demeures respectives où les attendaient des proches. (Ou le souvenir de leurs présences, silhouettes d'éther qu'ils ne pourraient pas toucher, odeur d'un passé révolu). Katioucha annoncerait son entrée dans sa maison, même si personne d'autre qu'elle n'y résidait. Elle croirait voir les silhouettes de Russie et Biélorussie quand ils étaient encore enfants, venir courir vers elle et s'agripper à ses jupes. Et si jamais, par un grand miracle, la Russie l'attendait, assis à son ordinaire dans son sofa, Katioucha feindrait de prendre cela pour une visite de courtoisie. Et tâcherait d'ignorer les menaces au sujet de ce gaz qu'elle n'avait toujours pas payé.

    Les verres se désemplissaient peu à peu : la danse donnait soif. Les deux nations arrivaient au moment où la discussion doit prendre fin, quand un de leurs semblables vint les rejoindre, attiré comme un aimant.

    « Excusez-moi de vous interrompre mais… je vous ai vu danser pendant que je jouais. Alors, euh… je voulais dire bonjour ? »

    La même tenue – en meilleure état - , le même regard craintif. Le seul changement notable étaient les quelques centimètres qu'avait pris l'individu avec le temps, passant du stade d'enfant à celui d'adolescent. Etant assise, le regard de l'Ukraine était au niveau du visage de l'arrivant et elle put aisément le reconnaître. La jeune femme accueillit son cadeau avec le sourire, se demandant tout de même ce que Netsah venait faire ici. Spectateur de la fête qui venait de prendre fin ?

    « Je… je peux me… je sais que cela n’est pas poli, mais puis-je me joindre à vous un moment… ? »

    - Mais bien entendu ! Tiens, il y a une chaise de libre à notre table. Tu veux que je te commande quelque chose ?

    Elle était gentille Katya, mais son envie d'aider Netsah à se mettre mal à l'aise pouvait avoir l'effet inverse. Tandis que l'adolescent prenait sa place, le regard de la jeune femme se posa sur l'étui, patiné par l'usage, que Netsah avait déposé sur ses genoux comme la plus précieuse des reliques. Il était donc venu avec son instrument, ce violon avec lequel elle l'avait surpris jouer quand il était passé sur ses terres. Avait-il donc rejoint les musiciens pour apporter sa propre voix au choeur ?

    - Tu es venu participer à la fête, alors ? Est-ce que cela t'a plu ? Tu as amené d'autres musiciens avec toi ?

    Le flot de questions stoppa avec l'arrivée du serveur amenant la boisson commandée par Netsah. Katioucha croisa les mains sous son menton, tout simplement heureuse de retrouver une connaissance. La jeune femme se tourna vers son interlocuteur autrichien, ne voulant pas que celui-ci en profite pour filer à l'anglaise.

    - Netsah est excellent avec un violon dans les mains. Je ne l'ai entendu qu'une fois, mais c'était déjà très prometteur à l'époque. Enfin, vous devez connaître le klezmer mieux que moi.


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Sam 3 Juil - 14:31

Une voix ne tarda pas à se faire entendre, les coupant dans leur conversation. Roderich soupira, les gens savaient très bien que venir saluer quelqu’un, c’était l’obliger implicitement à l’inviter à sa table. Enfin, sauf certains idiots polis et exubérants de nature, comme Feliciano.
L’homme se cala un peu mieux contre son siège, choisissant délibérément de s’exclure de la conversation. Katioucha était leur hôte à tous, à elle de décider pour Netsah. L’Autrichien n’avait eu qu’un salut poli à l’égard de l’Israël. A ses yeux, sa compagnie n’était pas la bienvenue. Il était venu à ce festival pour se changer les idées, hors le jeune homme dégageait une aura putride et pourrissante qui empêchait que l’on se détende en sa présence. Comment oublier en effet ? Seconde Guerre Mondiale. Encore elle, toujours elle.
Parfois, Roderich avait envie de le gifler. Oui, comment oublier ? Mais comme tu le fais, mon enfant. Oublier que tu n’étais pas la seule victime. A l’égard des juifs, Roderich avait toujours été ambigu, parfois ils pouvaient s’entendre et parfois non. Comme pour tout émigrant dans un pays étranger, à bien y réfléchir. Même si cela pouvait être différent. L’Autriche avait connu une forte population Tziganes, mais qui les pleurait ces enfants de couleurs et de liberté ? Personne…

L’adolescent offrit une rose à l’Ukrainienne. Un cadeau naïf. Quant à son présent, Roderich le repoussa. Le regard qu’il posa sur Netsah était froid et dur. Réprobateur. Et l’autre se tassait sur lui comme un enfant battu. Il ne l’avait jamais frappé directement, même si parfois l’envie ne lui en manquait pas. Comme lorsqu’il le voyait réagir ainsi.

- Sommes nous en visite diplomatique ? J’aurai pensé vous avoir mieux élevé que cela, à Katioucha vous pouvez offrir quelque chose, pas à moi. On offre à l’hôte, pas à l’invité sauf si vous souhaitez qu’il soit votre débiteur. Ce qui serait très inconvenant… Reprenez ça.


Katioucha reprit la parole, parlant des talents de musicien du plus jeune. L’Autrichien n’eut qu’un haussement d’épaules. Certes le petit se débrouillait bien, mais ils ne jouaient pas la même chose. Les musiciens de ce type apprenaient en autodidacte se fichant bien des règles du solfège. Parfois, la position même des doigts sur leurs instruments était fausse. Ils n’en arrivaient pas moins à produire des mélodies et autres sons harmonieux. Grand bien leur en fasse.

A une époque, ils s’étaient essayés à l’opéra, tous les deux. Oui, ensemble. De jeunes compositeurs juifs voulaient offrir à Vienne des œuvres en symbiose avec leur culture. Cela avait eu son petit succès, même si le climat antisémite de l’époque commençait déjà à bouillir. Encore une fois, l’homme se détacha de la conversation.
Il n’avait rien à dire à Netsah, alors qu’il discute donc avec Katioucha. La terrasse du café était assez bien remplie, cela papotait de partout. De quoi devenir fou. Les serveurs couraient entre les tables pour prendre et apporter les commandes, le patron allait être heureux, avec cette journée il allait doubler son chiffre d’affaire de la semaine.

Brusquement, un sentiment indescriptible se mit à lui tordre le cœur. Il y avait eu ce festival de musiques traditionnelles, comme pour soigner un pays. Et, partout dans le reste du monde, du jazz, du rock et autres musiques violentes. Certes, cela avait son charme, il ne le niait pas, mais…

Mais…

Qui donc se souvenait encore des valses de Vienne, qui avait envie de s’y essayer à présent que la danse se voulait contemporaine, obscène et osée ? Comme un sentiment de fin du monde, et s’il était amené à ne plus jamais les danser ?
Les choses changent, peu importe le temps que cela prend, tout est toujours irrémédiable.

L’homme termina son café. Il n’avait rien à dire. Toujours pas. Lorsque les lumières du soleil se mettent à décliner, alors les dragons de l’Apocalypse viennent vous souffler dans le cou, voilà tout.
A une table voisine, une mère murmurait une berceuse pour son nourrisson. Il ne l’entendait pas mais voyait les lèvres remuer avec tendresse. Avec lassitude aussi.

Et ainsi est le monde…
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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Lun 30 Aoû - 9:24

Malgré son violon silencieux dans son étui, les souffles éteints des autres instruments, des échos de musiques et de chansons trainaient encore dans sa tête, s’entremêlant sans peine à la réalité des voix présentes près de lui, à la rumeur de la ville.

Doucement les lumières déclinaient, murmurant que l’heure de retourner chez soi était proche, bien que quelques personnes erraient encore dehors, ombres, vagues esquisses de silhouettes lointaines qui disparaîtront de sa mémoire. Comme parfois une chanson s’en allait de sa mémoire pour mieux revenir quelque temps plus tard en fragment délié, en refrain vague à chantonner à voix haute pour ne pas de nouveau oublier. Cependant, là pas de chanson à chantonner, mais quelques petites choses à dire lorsque Katioucha lui offrit une place, le laissant s’asseoir avec un sourire qui le réconforta tout en le faisant rougir. Un sourire vient orner ses lèvres, l’adolescent parfois trop boudeur, trop sec, oubliant la politesse pour lancer des boutades qui ne faisaient rire que lui.

Pourtant là, pas de blague, pas de provocation ni de regards noirs ou de sous-entendu douteux, rien qu’un sourire et quelques mots adressées à l’ukrainienne :

« Je vous remercie Katioucha, c’est très gentil à vous. »

Dit-il avec sincérité, tout en réfléchissant à la boisson. Il n’avait pas vraiment soif et l’idée de faire dépenser de l’argent à quelqu’un pour rien le gêner plus qu’autre chose (dépenser de l’argent pour rien en général le gênait en fait. Cela n’avait rien à voir avec une certaine radinerie de sa part, non, non… quoique…). D’un autre côté, il lui fallait bien répondre quelque chose à Katioucha et commander de l’eau était trop simple. Il lui fallait donc une boisson pas trop chère et qu’il pourrait boire plus par gourmandise que par soif véritable.

Soudainement, l’idée lui vient en se remémorant un liquide doux et sucrée, avec une odeur de fruits secs caractéristiques, une couleur variant entre le rouge, le jaune et l’orangé.

« Pourrais-je avoir du kompot s’il vous plait ? »

Pourquoi faire compliqué lorsqu’on pouvait faire simple ? Et puis, personne ne pouvait résister à la tentation d’une boisson sucrée. Enfin, selon Netsah. Bientôt, le serveur arriva avec sa commande qu’il dégusta un tout petit peu, histoire de ne pas paraitre plus gourmand qu’il ne l’était déjà, avant de répondre aux questions de son aînée :

« Oui, j’ai participé à la fête et j’en suis heureux, cela faisait longtemps que je n’avais pas joué ainsi. Cela m’a rappelé de bons souvenirs. Vous avez vraiment réussi à faire de ce festival une merveille. Je suppose que Monsieur Autriche vous a aidé à le préparer ? »

Peut-être était-ce son attitude trop désinvolte alors qu’il venait juste d’arriver, coupant brusquement leur discussion et leur au revoir, ses paroles quelques peu puériles ou encore quelque autre raison, le fait était que Roderich attendit la fin de sa phrase pour lui assener des paroles sèches qui lui firent presque l’effet d’une douche froide. Presque parce qu’il s’y était attendu, parce que quelque part, il s’y était habitué à force de le voir, de le rencontrer, de savoir son regard presque noir braqué sur lui, de toujours hésiter avant de parler, comme si le moindre mot de travers pouvait envenimer davantage la situation. Ce qui n’était pas tout à fait le cas. Netsah n’était pas le dernier à dire que l’autrichien était sévère et parfois très sec, il n’en demeurait pas moins qu’il était poli et très gentil lorsqu’on faisait un effort et qu’on ne l’énervait pas. Oui, au fond de lui, Netsah l’aimait bien. Tout au fond. Cela ne l’empêchait pas de se sentir un peu vexé, presque blessé par les paroles et d’en ressentir de l’agacement. Sentiments qu’il essaya de ne pas montrer lorsqu’il renchérit après une courte pause, laps de temps durant lequel il fixa les yeux clairs de l’autrichien sans sourciller.

« Pourrais-je savoir depuis quand nous sommes devenus des étrangers l’un envers l’autre ? Excusez-moi si mon cadeau ne vous plait pas, j’avoue l’avoir choisi bien trop rapidement. Je m’excuse si je vous ai paru impoli ou vous le parait encore. C’est que… on m’a toujours dit qu’il était anormal de ne pas offrir de cadeaux à des proches, qu’ils fassent partis de la famille ou des amis, surtout lorsqu’on les voit peu. »

Même si vous, je n’ai jamais su où vous mettre.

Ambiguë. Tel avait toujours été Roderich à son égard, comme à celui de son peuple, le méprisant parfois, laissant des pogroms se faire, surtout lorsque la peste sévissait dans toute l’Europe, faisant d’eux les premiers suspects selon les chrétiens (bouc-émissaires, pensait toujours Netsah en se souvenant de cette époque), les protégeant lui et son peuple du temps de Fritz et de ses pogroms. Et ainsi de suite. Il n’était vraiment pas clair l’autrichien, ni complètement sombre, d’après lui. Et il aimait les arts, la musique. Lorsqu’il eut compris cela, Netsah se mit à l’aimer davantage, essayant de jouer de la musique avec lui, à l’image de ses petits composant et jouant des opéras à Vienne, malgré l’antisémitisme ambiant, malgré le mépris de certains.

Il y avait toujours quelqu’un pour les applaudir, alors pourquoi s’acharner à penser à ceux qui ne les regardaient que pour mieux les maudire davantage ?

Roderich était sévère, la critique facile, mais ce n’était rien de plus qu’un moyen de faire grandir l’autre (Netsah le comprenait ainsi) et si parfois, des mots trop durs étaient prononcés, pas une seule fois l’autrichien n’avait levé la main sur lui

« Et si débiteur il y a, je pense que c’est moi vis-à-vis de vous. Après tout, n’est-ce pas vous qui m’avez aidé autrefois tout m’inculpant un peu de votre savoir ? De cela, je vous en suis reconnaissant, croyez-moi…»

Il s’était bien gardé de parler en allemand, pensant que cela aurait été peu délicat de le faire en présence de Katioucha qui peut-être ne le parlait pas. De plus, il essaya tant bien que mal de ne pas faire dans le sentimentalisme, de ne pas trop exagéré quelque chose qui était compliquée. Loin de faire dérider l’autrichien, ses paroles lui firent l’impression d’avoir refroidie l’atmosphère, lorsque soudainement, Katioucha reparla, vantant des talents de musiciens qu’il jugeait fragmentaire, rabaissant sa connaissance du klezmer, elle qui l’avait pourtant autrefois inspiré, comme tant d’autres, comme tant d’autres…

Et Roderich qui restait de marbre, comme perdu dans ses pensées ou alors le sujet ne l’intéressait pas. A moins qu’il ne fasse cela pour… que Netsah puisse s’exprimer sur quelque chose qui (en quelque sorte) lui appartenait autrefois, sans être vraiment à lui. Quelque chose qui lui tenait à cœur, comme autrefois, il tenait à cœur à certains compositeurs et musiciens de son peuple de prouver à l’Autriche leur véritable valeur, de faire pour elle des opéras grandioses dans la belle Vienne.

Comment oublier les valses d’autrefois, les musiques, les chants, alors que le festival venait à peine de finir, pour mieux oublier les soucis et les peines.

« Merci beaucoup du compliment Katioucha, mais je ne me suis jamais considéré comme un bon musicien, j’ai mis un certain temps à apprendre le violon et plusieurs personnes m’ont aidé pour que je puisse produire quelques notes. »

Commença-il avec modestie, celle-ci était non feinte et sincère, loin de l’orgueil presque insupportable qu’il mettait dans ses compositeurs, ses musiciens, dont un certain Perlman auquel il était très attaché. Perlman qui s’intéressait aussi au klezmer, qui une fois en avait joué sous ses yeux, laissant les notes tristes et lancinantes au départ, devenir de plus en plus joyeuses et belles. Perlman et son violon dans les mains, capable des plus belles mélodies.

« D’ailleurs, vous avez aussi influencé mon klezmer, vous et votre peuple. Si le klezmer existe, c’est un peu grâce à mes voyages, un peu grâce à vous. Il n’y a que peu de personnes qui peuvent se dire seuls auteurs de leur musique et je n’en faits pas partis. Pourtant, j’aime cela, parce qu’ainsi, j’ai l’impression qu’elle appartient autant à moi qu’aux autres, que c’est plus facile de partager de cette façon. Maintenant, Alfred commence à s’y intéresser, même si j’ai quelques inquiétudes tant aux mélanges qu’il pourrait faire. »

Le klezmer renaissait. Il l’avait cru mort, enterré sous une bonne couche de mauvais souvenir. Quelques notes dans sa tête, voilà ce qu’il croyait qu’il en resterait, pourtant, ce n’était pas le cas, des gens s’amusaient composer de nouveau des refrains de son enfance, même si la saveur et la sensation n’était plus la même. Le klezmer renaissait de ses cendres, comme le phénix, comme Pologne qui de nouveau lui parlait. Pourtant, rien n’était exactement comme avant ; lui plus de tout autre. Pourtant, il s’en souvenait encore, de ses voyages des caravanes, du violon qui chantait, comme dans la pièce de théâtre le violon sur le toit…

« Est-ce que vous vous en souvenez ? De moi qui parcourais l’Europe pour entendre de tout, pour mieux voir, pour jouer encore et encore ? Est-ce que vous vous souvenez de ça ? Des tsiganes avec qui je voyageais parfois, des paroles que je ne chantais jamais, mais que j’accompagnais ? Des danses qui survenaient ? Parce que le klezmer est une musique comme une autre et parfois, pour mieux se matérialiser, elle a besoin de la danse. Même si elles n’étaient pas aussi belles que celles de V-Vienne. »

Peut-être avait il failli dire Versailles, Venice, Varsovie, ou une autre ville encore. Non, c’était bien Vienne auquel il avait pensé en premier, comme si la musique et la danse y avaient une saveur particulière. Ou alors, c’était qu’il l’aimait cette ville et l’autrichien au fond. C’’était vrai que l’autrichien avait composé de bien belles mélodies, tout en ayant su dompté le plus compliqué et talentueux des compositeurs allemands.

« Même si après réflexion, j’avoue que ce n’est pas la même chose : si je jouais, c’était à la fois pour m’amuser et pour vivre, monsieur Autriche, lorsqu’il joue, c’est parce qu’il a quelque chose à dire, quelque chose à faire sentir. Peut-être est-ce lui qui a raison ou non. Je ne sais pas. Juste que le violon, il peut se retrouver au placard lorsqu’on n’a plus besoin de lui, lorsqu’on voyage, lorsqu’on oublie ou veut oublier. Autrefois, c'était l’un des instruments les moins estimés, même au klezmer et c’est pourtant lui que j’ai choisi. Le piano, il ne bouge pas ou si peu, il reste de là, beau et harmonieux, les cordes que l’on pourrait casser, on les cache, on les protège. Le violon, presque un rien pourra le briser, presque un rien. Le piano, c’était considéré, à tort ou à raison, comme l’instrument des élites. Le violon, celui des vagabonds. »

Petit sourire en coin, petite phrase dans la tête. On fuit plus facilement avec un violon entre les mains qu’avec un piano sur le dos (à moins de le jeter sur ses adversaires, mais là n’était pas la question). Pourtant, il ne le dit pas, se contentant de lâcher encore une fois :

«Je dois vous embêter à force de parler sans cesse. Cela doit être à cause de la musique... »

C’était une excuse sous-entendue, mais il n’était pas vraiment gêné, pas vraiment. Sans savoir pourquoi, il se sentait bien. Pourvu que cela dure, pourvu que cela se passe de mieux en mieux.
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Vlad' Ionescu / Roumanie

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MessageSujet: Re: La ballerine et le musicien {PV Roderich}   Ven 3 Sep - 21:14

    Avec cette grande discrétion qui la distinguait, Katioucha n’écouta rien de ce qui s’échangeait entre l’Autriche et l’Israël. Leurs paroles ne regardaient qu’eux d’eux, elle n’avait aucune raison d’écouter, et encore moins d’interroger. Elle n’intervedriait que si on lui demandait son avis, et encore elle répondrait quelle était lamoins placée pour répondre à la question, et se contenterait de quelques conseils évasifs.

    Cela ne l’empêchait d’hocher la tête de façon affirmative quand Netsah s’adressait à elle. Oui, Roderich l’avait aidé pour mener le festival. La remarque l’avait d’abord fait tiquer. Comme si cela sous-entendait que, sans aide extérieur, le festival n’aurait pas été «une merveille», en reprenant les propos de son interlocuteur. Que si elle avait seule maître à bord, tout ceci aurait été un échec, à coup sûr. La jeune femme se reprit, en se disant que ce n’était là qu’une remarque sans critique derrière. Netsah avait du simplement sentir l’influence autrichienne dans le choix des invités et l’ambiance même du festival.

    En fait la discussion tournait maintenant autour de l’Autriche, pays demeuré prestigieux à la mémoire de certains même si avec le temps il avait péréclité. Un tout autre pays se serait formalisé d’une telle évolution de la discussion, et aurait veillé à rappeler que c’était lui l’hôte et que toute l’attention devait être portée sur sa personne, et non sur un tiers. Mais nous parlons de Katioucha, de l’Ukraine, pays qui n’avait jamais cessé d’exister dans l’ombre des autres. Même maintenant on la nommait «l’ex-membre de l’URSS» et si on se rappelait d’elle autrement, c’était en rapport avec un certain incident nucléaire. Jamais pour ses qualités, toujours sous la forme d’une tragédie, d’une négligence typiquement russe.

    Est-ce que quelqu’un parlait des plaines de l’Ukraine, des champs de tournesols, de la chaleur de ses habitants pourtant pauvres ? Non. On venait jeter des yeux avides sur ses plaies béantes, regarder la terre calcinée et à jamais détruite. On chuchotait des histoires terrifiantes au sujet d’enfants nés avec trois têtes, des chiens devenus des loups à la Resident Evil, des champignons aussi gros que des maisons, des survivants qui continuaient à vivre sur les lieux du drame, plus bêtes qu’hommes.

    Voilà ce qu’était l’Ukraine pour le monde. L’exemple de l’incompétence humaine face à certaines forces. La preuve d’une erreur.

    Et çà, ce festival c’était aussi la preuve d’une erreur ? La preuve que l’Ukraine n’égalerait jamais aucun pays, et encore moins l’Autriche dans la musique. Sous la table, les mains de la jeune femme se détendirent, entrouvrant les doigts. Ces mains... que savaient-elles faire ? Semer, récolter, fouiller la terre comme on fouillerait le ventre d’une mère pour en arracher ses enfants. Voilà, c’étaient des mains qui tuaient pour se nourrir. La musique. Jamais elle n’en avait fait naitre sous ses doigts. Elle ne savait pas créer.

    Voilà, c’était dit.

    Et si elle créait quelque chose, cette chose devenait un poids pour les autres.

    D’une certaine façon elle avait créée la Russie en poussant son frère à devenir plus puissant, à apprendre à trouver sa place. ... Et pour quoi ? Pour voir une nation se mutiler, détruire les autres pour cacher cette première souffrance, sombrer dans la folie.

    Elle créait des monstres.

    Qui eux-mêmes se vengeaient sur elle.

    Ses mains se reposèrent sur la table, posant quelques pièces pour payer les commandes. Rien sur son visage ne laissait transparaitre quoi que ce soit, et aucune éraflure ne faisait trembler son sourire, ni ne le rendait discordant. Elle savait si bien cacher ses émotions.

    - Veuillez m’excuser messieurs... Je dois me rendre dans un endroit où vous ne pourrez me suivre.

    Avec le sourire contrit de la femme qui s’excuse d’avoir des besoins humains, Katioucha se glissa dans le café. La porte des toilettes refermée derrière elle, elle avisa le miroir le plus proche. La longue fissure qui le lézardait en deux ne l’empêcha pas de voir que les larmes montaient à ses yeux. A temps. Elle avait réussi à tenir jusqu’à temps. Et elle ne pouvait même pas évoquer la pluie pour cacher ce fleuve.

    Trop sensible Katioucha, preuve que même les monstres peuvent éprouver quelque chose. Passant un mouchoir sous l’eau, elle s’en tamponna les yeux pour stopper le fleuve. Dire que cette journée commençait si bien, et elle allait la gâcher à cause de ses sautes d’humeur typiquement féminines.

    Sa main libre se posa sur le miroir, indifférente à l’idée qu’il se brise sous son poids.

    Prouvez-moi que je ne suis pas un monstre.


Spoiler:
 
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La ballerine et le musicien {PV Roderich}

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