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 [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.

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MessageSujet: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mar 22 Déc - 13:07

Il traçait dans la neige un long chemin solitaire; il posait chacun de ses pas sur une neige que personne n’avait jamais foulée, tout en savourant l’intime plaisir d’être sûr de ne jamais être suivi: il tombait encore du ciel des flocons blancs qui recouvraient chacun des légers renfoncements qu’il laissait derrière lui.
L’air était sec, et clair: comme un jour éternel mais sans soleil, de couleur blanc-gris, et constant: rien, aucune infime variation, n’annonçait des adieux à une aube nouvelle, ou un soir qui pourtant arrivait galopant.

Eider s’était fait la malle, malgré le froid, le vent, la neige, et tout autre élément potentiellement décourageant. Il avait fallu sortir pour aller le chercher; et en plus, Jungfrau refusant de sortir, elle n’allait pouvoir aider pour les recherches. Vash avait beau pester contre son sort, rien n’y changeait. Au moins, Eider avait eu la décence d’attendre qu’il soient descendus des hauts avant de jouer les aventuriers polaires. Mönch à ses côtés, le petit Suisse fendait la couverture blanche de la terre, qui par endroits montait jusqu’à ses genoux. Ses pieds étaient congelés, ses mains planquées au fond des poches de son manteau, sa cape sifflait à ses oreilles qui semblaient s’être muées en verre; et malgré tout, le silence, le calme, la majesté du paysage le laissaient apaisé.

Il se retourna quelques instants, le temps pour son visage de retrouver quelques sensations. Le dos tourné au vent qui mordait maintenant son derrière, l’enfant pouvait enfin entendre autre chose que le sifflement du vent… un silence de mort, en fait. Que Mönch troubla d’un bêlement à fendre l’âme.


« Arrête de te plaindre, c’est toi qui l’a laissé sortir après tout. »


Mais Vash ne lui en voulait pas, et pour soulager sa jeune amie, il passa sa cape par-dessus son dos.
Demi tour, maintenant c’étaient ses fesses qui craignaient la brûlure par le froid. Aussitôt, sa morsure le prit à la gorge, et il remonta son écharpe jusque devant son nez.

« Ah! Le voilà! »

Un peu plus loin en contrebas, Eider sautillait en s’éloignant encore d’eux. Mönch bêla encore, et s’élança à sa poursuite plus rapidement que pouvait le faire Vash, bien en peine sur ses deux petites jambes. Mais plus ils allaient, et plus les bêlement de Mönch, joints à ceux d’Eider, se faisaient insistants, et il apparut que les sabots de ce dernier ne les menaient pas au gré de sa fantaisie. L’aventurier marchait droit vers une petite forme sombre, et Mönch s’était arrêté, grognant. Arrivé à son niveau, Vash leva les yeux. Aucun doute possible, il y avait bien là quelqu’un.

« Eh! Toi! Qu’est ce que tu fais là? » l’appela-t-il, avec un poil de violence. Il avait tendance à devenir chèvre quand il rencontrait un inconnu sur ses terres.

Mais l’autre semblait bien, en peine, et malgré toute sa jeunesse et sa faiblesse, l’instinct protecteur était déjà bien développé chez le garçonnet. Et le pauvre, ce devait être un gamin du village, perdu, errant par un froid insupportable…

« Eh, ça va? » demanda-t-il, inquiet.
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Roderich / Autriche



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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mer 23 Déc - 22:07

Comme il est facile de se perdre sous la neige ! Roderich étouffa un gémissement de chiot apeuré, il n’avait pas prévu cela, en sortant, il n’avait pas prévu toutes ces bourrasques, ces flocons, le monde qui semble s’effacer devant lui, l’univers blanc, entièrement blanc….

Alors le petit garçon avait marché, encore et encore, espérant au moins trouver un abri. Peine perdue. Parce que sa taille était celle d’un enfant, la nation avait de la neige jusqu’aux genoux. Et les flocons n’arrêtaient pas de tomber, de tomber… Est-ce que là haut, un dieu capricieux et hivernal avait décidé de l’ensevelir vivant ?

Impossible de voir quoi que ce soit, l’enfant avait beau frotter ses yeux, poser une main sur son front pour s’essayer de s’en faire une visière, tout restait blanc, immensément blanc. Comme si au lieu de s’être égaré dans un lieu, Roderich s’était perdu dans le temps, un temps infini, un temps intemporel, avant que Dieu n’ait accompli ses merveilles de création. Le néant, s’était-il perdu dans le néant ? Cette perspective avait quelque chose d’effrayant et de sublime à la fois.

Mais cela ne l’aiderait pas à retrouver le chemin de sa maison, ce serait trop beau

-Dieu Tout Puissant…..euh pitié ? Envoyez moi un signe de l’aide dans les euhhh…. Trois secondes ? S’il vous plait ? Je rangerai beaucoup mieux ma chambre, promis ![
/b]

Une seconde, le vent qui lui souffle dans les oreilles, deux secondes, les flocons qui lui écorchent les joues, trois secondes…[b]

- Mêêêêêêêêêêêê ?

- hein ? Mais…mais…mais….


-Mêêêêêêêêêêê !


Oui, le monde était beau, le monde était grand ! La preuve ? Le garçonnet venait de se retrouver nez à mufle avec une chèvre placide et puante. La bonne blague ouais, Dieu devait sans doute être aussi bourré que le jour où il avait créé l’ornithorynque, là haut. Quel exemple pour eux tous, je sais, je sais….mais au moins il avait le sens de l’humour ?

- Bon, ça compte que comme une demie aide donc je rangerai qu’à moitié mieux ma chambre, c’est compris ?

- Mêêêê ?

- Mais non, je parlais pas à vous, Madame…

- Mê ?

- Euh oui… monsieur….


Parler avec une chèvre avait au moins le mérite d’occuper. En attendant, Roderich était en train de geler sur place, et l’immonde quadrupède ne semblait pas avoir dans l’idée de le conduire jusqu’à un endroit chaud. Peut-être l’animal était-il un agent du Malin ? Après tout, il avait les pieds fourchus…

Lentement, l’enfant leva la main vers la tête de ce père biquet, qui renifla les petits doigts gourds. Au moment où Roderich allait caresser le bestiau, une voix retentie. Effrayée, la nation sursauta et se retourna. Là, un peu plus loin, il y avait une silhouette dans la neige. La chèvre à ses côtés bêla de joie, semblant bien connaître l’inconnu.

- Je…euh…je…en fait…je….

Un enfant, tout comme lui. Un enfant blond à l’air revêche, qui pourtant lui demandait si tout allait bien. Aussitôt, le petit brun courut à sa rencontre, terrorisé et frigorifié. Sans prendre garde au fait que l’inconnu pouvait lui être hostile, Roderich s’accrocha à lui en lui prenant la main, pour pleurer tout son saoul

- J’suis perdu…. J’retrouve pas mes terres !
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Sam 26 Déc - 11:26

Vash fit une grimace quand l’autre pauvre biquet prit sa main, pour se moucher dedans. Comme si toute la tranquillité de sa petite promenade venait de s’envoler. Après, Jungfrau lui reprochait de n'inviter personne à la maison, à part quelques souris attirées par les quelques bout de fromages qui trainaient un peu partout.

« Oui, bon, ça va, arrête de pleurer. » bougonna-t-il en regardant ailleurs, et en tapotant sur la tête du brun pendu à ses basques.

C’était un geste d’une extrême efficacité. Qui, dans un moment de tristesse, n’a pas rêvé de se faire aplatir le haut du crane par un gamin haut comme trois pommes? Vash pouvait être fier de sa performance, qui, plutôt que d'apaiser ce petit tas de morve gelé en devenir, aurait pu lui donner tellement pitié du tact suisse qu'il aurait finalement arrêté de se lamenter sur son propre sort.

« Mais arrête de pleurer, verdammen! »


Aaah, bon sang, pourquoi faut il que ça pleure comme ça, un gosse? S’il continuait, il allait finir par lui donner sa… sa quoi? sa maladie de l’œil? Déjà que le froid lui arrachait des larmes, si en plus, il devait faire preuve de solidarité enfantine… Et Mönch qui continuait à grogner, mais qu’est ce qu’elle avait, elle aussi? Et Eider qui bêlait à la mort, ne pouvait-il pas se taire? Vash avait juste envie de se rouler par terre, pour que tous arrêtent, mais si la technique était aussi efficace que sa façon de remonter le moral, il préférait s’abstenir; surtout quand il pensait à la température de la neige qui risquait alors d’entrer par son col sous ses vêtements.
Il redressa donc le brun, le remit sur ses pieds, si au moins le petit en avait la force.


« C’est dans le village en bas que t’habites? Où? »

Le vent commençait à se lever et à emporter leurs paroles. Eider sautillait nerveusement, et venait de mordre dans les vêtements de l’inconnu pour le tirer, causant leur chute à tous les deux. Vash, dont le nez venait de se planter dans la neige, se releva d’un coup en s’essuyant avec des gants de toute façon gelés.

« Buono, de toute façon, c’est plus près chez moi, alors viens! » dit-il encore, sans aucune amabilité.

Il reprit sa main, et partit en avant, le trainant derrière lui, pendant qu’Eider le poussait.



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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Lun 28 Déc - 23:49

L’enfant le releva après lui avoir pat paté le haut du crâne, boudeur. Roderich ne put s’empêcher d’ouvrir d’énormes yeux étonnés, peu habitué à avoir une réaction tendre en réponse à ses pleurnicheries. Une réaction tendre et rapide. L’autre lui tenait la main, alors, pour lui faire plaisir, l’enfant s’essuya les yeux et respira un grand coup. Oui, il allait arrêter de pleurer. Il fallait qu’il soit fort, n’est-ce pas ? Même si le brun était mort de peur, au moins il n’était plus tout seul et Vash semblait savoir ce qu’il y avait à faire….

Néanmoins, le petit brun secoua la tête. Non, il n’habitait pas dans le village d’en bas, mais comment expliquer à son camarade qu’il était un pays ? Penaud, le garçonnet baissa la tête, traçant un cercle dans la neige du bout de ses chausses, certain de se faire hurler dessus ou pire, taper.

- Baaah …..


Heureusement, Vash prit l’initiative de l’emmener directement chez lui, tout en continuant de lui tenir la main. Roderich n’eut donc plus à réfléchir et suivit les enjambées du suisse, avec ses propres jambes minuscules. Lâcher la main de son « ami », ce serait le perdre à nouveau, aussi le brun l’étreignait presque avec désespoir, la neige et le froid était dangereux, même un enfant comme lui pouvait le sentir et s’en inquiéter.
Derrière lui, une chèvre fermait la marche, les encourageant de temps à autre par ses bêlements, curieux cortège en vérité, presque comme dans un conte….

Malgré le vent, Roderich se décida à parler afin de dissiper tout malentendu. Vash allait l’emmener chez lui, bien sûr le brun ne savait pas que l’autre garçon était un pays également, aussi s’imaginait-il devoir aller dans une maison où le blond retrouverait ses parents.

- En fait je…. Je suis pas du village… je…


Triste chose que l’embarras, pour un enfant, parce qu’il ne sait pas du tout comment s’en dépêtrer. Le garçonnet trotta un peu plus vite pour se retrouver à la hauteur du Suisse, celui-ci gardait son air peu affable à son égard mais cela ne dérangeait pas Roderich. En effet, élevé par Germania, pour lui il était presque dans la logique des choses que les sourires n’étaient pas une mimique pour autrui. Enfin, selon l’enfant…

- Je suis des Marches de l’Est je….


Ca y est, le petit garçon sentait la peur revenir : et s’il n’était pas compris, si jamais l’autre refusait finalement de l’aider ? Désespéré, il sentit à nouveau des larmes lui piquer le coin des yeux. Non, l’autre enfant lui avait dit d’arrêter de pleurer, alors de sa main libre, il se frotta les paupières jusque à s’en faire mal.

- Ich…. Ich…. Ich bin Österreich


Inconsciemment, Roderich s’était réfugié dans la langue germanique. Sa langue. En fait, là, il ne voulait qu’une chose : fondre en larme encore une fois, un bon coup. Parce que pour lui, les choses ne pouvaient pas s’arranger, il n’y avait personne pour l’aider.
Vash, c’était une aide ? En fait, il ne connaissait même pas le nom de cet autre petit garçon. Lui-même, devait-il se présenter ? Il n’était pas un enfant normal, peut-être n’avait-il pas le droit de faire cela ?

Il est bien dure de répondre aux questions des petits, n’est-ce pas ? Mais il est encore plus dur pour un enfant de n’avoir personne pour vous répondre.

- J’sais pas quoi faire j’suis perdu….et il y a personne pour me ramener…
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Sam 2 Jan - 11:39

Quoi?

Vash s’arrêta tout net, surpris. Le vent qui hurlait à ses oreilles le faisait douter de ce qu’il avait entendu.


« Sie sagten, Sie kamen nach Österreich? »


Il lâcha la main qu’il tenait, suspicieux. On parlait allemand aussi, en Autriche? Bah, peut-être; mais on pouvait bien raconter ce qu’on voulait. Comme l’écureuil taquin à la trop petite vessie qui venait visiter les petits dans leur lit pendant leur sommeil. Comment un petit garçon comme lui pouvait venir d’Autriche? Où étaient ses parents, comment avait-il pu ne serait-ce qu’arriver jusque là?
Croyait-il que venir d’Autriche le rendrait intéressant, et que Vash s’en occuperait mieux? Le Suisse n’aimait pas qu’on le prenne pour un débile.


« Arrête de raconter des bêtises. »


Peut-être venait-il de comprendre pourquoi Mönch continuait de grogner. Le humage, où quelque chose comme ça. Le petit brun devait pas être très net, alors sa chèvre voulait le prévenir. Ouais, ça devait être ça.

Vexé par sa malhonnêteté, Vash aurait pu le planter là.

Mais la neige.

Et ses petits yeux tout mouillés.

Le froid.

Les yeux mouillés…

C’était pas qu’il trouvait ça irrésistible, non; c’était juste qu’il était peut probable que ce petit garçon soit un si bon comédien pour de si obscures raisons, alors qu’il était si perdu, si menu…
Vash rougit un peu, boudant en même temps. Il était finalement peu fier de sa réaction. Il se tordit les doigts, gêné, en baragouinant quelques excuses, sans oser regarder dans les yeux du petit. Trop sûr qu’il allait craquer s’il voyait son air tout triste et apeuré.

« Euuuh… Enfin… C’est plus très loin, dépêche toi… Mais Mönch, lâche moi! »

C’était tout de même plus facile de crier sur une chèvre que de sauver la vie d’un petit garçon, ouais. Comme ils ne bougeaient toujours pas, Vash ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, pour qu’il finissent quand même par s’abriter avant de se changer en petites statues de glace; mais il avait à peine tournée la tête vers le petit garçon qu’il préféra faire le poisson rouge. Avant de pousser un grognement. Et de prendre rageusement la main du brun, encore une fois.
Il donna un coup de pied dans une congère, pour évacuer la boule nerveuse qui se formait dans son ventre. Evidemment, le seul bien qu’il en tira, se fut de se geler un peu plus les pieds, et de se reprendre en maugréant toute la neige qu’il avait ainsi soulevée. Heureusement que la maison se profilait à travers le rideau blanc. Il tira avec un peu plus de forces la main du petit qui le suivait, et courut presque sur les derniers mètres.

La maison était vide, et fraîche. Le feu s’était éteint pendant son absence, et cette imbécile de Jungfrau n’avait rien pu y faire. Tant pis, il ne faisait pas si froid, cela ne lui ferait pas de mal d’économiser un peu de bois… Vash se secoua avant de retirer son manteau et ses bottes.

« Rentre pas avec tes bottes. Y a des chaussures là. »
fit-il, bougon. Il le regarda finalement, avec un peu plus de courage. « Je m’appelle Vash... T’as… t’as faim? »

Son propre estomac venait de couiner, et il ne pouvait décidément pas manger quelque chose sous son nez… Il allait falloir se rationner après ça…
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Sam 9 Jan - 13:19

L’allemand du petit blond avait quelque chose de rugueux. Néanmoins sa manière de s’exprimer était d’une grande courtoisie, Vash utilisant un vouvoiement on ne peut plus poli pour s’adresser à lui. Mais il ne le croyait pas. Encore une fois, les larmes lui montèrent aux yeux

- je..je ..je…je mens pas d’abord ! Le Bon Dieu, il dit de toujours dire la vérité, alors je la dis. Comme ça j’irai pas en Enfer. C’est toi qui m’as pas compris


Comment s’expliquer, cependant ? Roderich n’était qu’un enfant et lui-même avait bien du mal à saisir toutes les subtilités que sous entendait sa nature. Chose rassurante, le Suisse n’avait pas lâché sa main. Aussi, s’y cramponnait-il avec le désespoir d’un naufragé. En plus il faisait si froid…

- Je suis plus vieux que ce que j’en ai l’air… mais pour quelqu’un comme moi, ça reste très jeune…. Avant, j’avais un père, tu sais ? Avec une grosse voix… Il venait me chercher lorsque j’étais perdu. Il me grondait aussi… Mais il est parti. Maintenant j’ai des tuteurs, des ducs, des rois, des empereurs… Ils peuvent pas venir me chercher, eux… Parce qu’on est pas pareil.


Terrifié à l’idée de quelques mots tranchant de la part de l’autre garçon, il pressa un peu plus fort les doigts dans les siens. A côté d’eux, les chèvres bêlaient, est-ce qu’elles se moquaient ? Mais, c’était pas juste ! En plus c’était vrai de vrai….

- Tu me crois, hein ? Dis moi que tu me crois… sinon je m’en vais…


Non, ce n’était pas un chantage d’enfant gâté, malgré les apparences, mais Roderich ne voulait pas mettre l’autre en colère. Il le dérangeait déjà bien assez comme ça. Bien que jeune, l’enfant commençait à posséder un sens aigu de la politesse.

Lorsque Vash se mit à courir, il ne put que le suivre, manquant de tomber dans la neige un peu trop poudreuse. Mais cette précipitation avec une raison. La meilleure qui soit : la possibilité d’enfin pouvoir s’abriter. A eux deux ils refermèrent la lourde porte en bois. Bien que d’aspect sommaire, cette porte les protégeait des flocons. En fait, elle était tel un vieux magicien, planté bras écartés et un bâton à la main, à beugler à Herr Winter « Vouuuuus ne passereeeeez paaaaas ! ». Autrement dit, elle était assez efficace.
Mais le feu dans la cheminée était éteint. Roderich hésita, devait-il lever ses bras malingres vers le petit blond pour qu’ils puissent tous deux se blottir contre les chèvres ?

- Vash ? Moi, parfois on m’appelle Roderich. Enchanté ?


Avec une simplicité toute enfantine, il tendit la main vers celui qu’il considérait déjà comme un ami. Il y avait encore des traces de larmes, sur ses joues, mais le garçonnet souriait. C’était ça le plus important, non ?

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Dim 7 Mar - 21:08

Spoiler:
 

La petite main tendue attendait une réponse que le petit blond hésitait à donner. De toute évidence, Roderich n’était pas un enfant du village. Il n’était surement même pas un enfant à proprement parler. Il parlait de vieillesse, d’empereurs, de différence… Il était même certainement ce qu’il prétendait être : alors, Vash avait-il le droit de la prendre, cette main ?
Peut-être hésita-t-il deux secondes, mais il avança sa main, il accepta la rencontre, naïf enfant qui n’aurait de toute façon pas pu résister.

« Ouais… Enchanté… »

Il camoufla un petit sourire quand il prit enfin cette petite main gelée.

***

Encore!
Pourquoi la pensée de l’Autrichien venait elle le déranger à cet instant particulier?

Il fallut encore quelques secondes à Vash pour oublier la fraicheur de ces doigts centenaires, et accepter la chaleur de ceux qu’il avait là, entre les mains. D’un hochement rageur de la tête, il chassa le souvenir importun, et ôta de son visage toute expression déplacée.

Ce qu’il avait à faire ne valait pas le la peine de se laisser polluer par Edelstein.

Autour de lui, des hommes, qui semblaient regarder à travers lui sans vraiment le voir. Albert de Mechtal, qui avait fui sa maison. Werner Stauffacher, qui avait fui sa maison. Walter Früst, qui avait fui sa maison. Celui dont on avait voulu voler les bœufs. Celui à qui on refusait la possession d’une belle demeure. Celui qui dans sa main tenait celle de Vash, et qui venait par là de réaliser un acte dont la portée dépassait de loin le cadre de cette colline du Grütli, du lac qui l’entourait, des cantons de Schwytz, Uri et Nidwald. Un acte qui parviendrait facilement jusqu’aux oreilles de ce « On » que tous souhaitaient ardemment bouter hors de chez eux, et dont Vash voulait maintenant quitter la maison. L’Autriche.

Dans son esprit éveillé tournaient les mots qui étaient plus vieux que la résolution des trois hommes, mais que par leur rencontre, ils avaient su ranimer.

« … se prêter les uns aux autres n’importe quel secours, appui et résistance, de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans ménager ni leurs vies ni leurs biens, dans les vallées et au dehors, contre celui ou contre tous ceux qui, par n’importe quel acte hostile, attenteraient à leur vie ou à leurs biens (ou à un seul d’entre eux), les attaquerait ou leur causerait quelque dommage. Quoi qu’il arrive, chacune des communautés promet à l’autre d’accourir à son secours en cas de nécessité, à ses propres frais, et de l’aider autant qu’il le faudra pour résister à l’agression des méchants… »

Vash resta avec eux tout au long de la rencontre, partageant les opinions, écoutant les idées, admirant silencieusement ces hommes. Si jeunes, et qui pourtant avaient tant fait. Il aurait bien aimé que dure encore ce moment, qu’il puisse continuer à crier ses opinions librement, mais l’événement entrainait aussi tout un tas de complications, le concernant. Et de toute façon, les trois hommes ne semblaient même pas avoir remarqué ce gamin blond monté sur ressort, à qui ils venaient pourtant de donner un nom.

La Fédération des III Cantons.

***

Après cette nuit mouvementée, qu’il avait passée Dieu savait où, dans l’herbe, au bord d’un chemin, n’importe où sur ses terres, Vash… rentrait-il? Après tout, à part des chèvres, il n’y avait personne pour s’inquiéter pour lui, là bas. Du moins, il y croyait. Et il espérait aussi très fort que ce soit le cas. Il ne voulait pas retomber dans le piège de la moue triste de celui dont il comptait maintenant s’éloigner définitivement.
Arrivé devant l’imposante porte, il s’arrêta, fit la grimace. Il n’avait pas envie d’entrer, puisqu’il ne désirait que s’en aller. Mais pour rien au monde il ne laisserait Edelstein mettre la main sur ses affaires. Il ne lui ferait pas ce cadeau.
La bonne excuse.
Il entra aussi discrètement qu’à l’accoutumée, claquant la porte derrière lui, grommelant tout seul les choses qu’il voulait impérativement penser à dire.

« Edelsteeeeeeeeeeein! » hurla-t-il à travers la maisonnée, pris d’une soudaine envie de hurler.

Il n’y avait pas de technique efficace pour trouver l’Autrichien, qui pouvait être tellement perdu que le retrouver était impossible, mais qui était aussi capable de se perdre en suivant un simple beuglement dans son salon. Mais au moins, crier lui passait les nerfs. Et il en avait besoin pour espérer pouvoir lui aligner deux mots - Je pars.
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Roderich / Autriche



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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mer 10 Mar - 15:55

Spoiler:
 

Bien sûr que Roderich était chez le Suisse, ainsi en avait-il été décidé. Par qui ? Au début par un semblant d’amitié, après ce fut par de riches seigneurs. Les enfants sont trop jeunes pour faire des choix et avoir des avis. De toute manière une Nation n’avait pas à se préoccuper de telles choses…
L’Autrichien releva la tête de son livre. Son nom résonna contre les murs pareil à celui d’une bête fauve. Est-ce qu’une seule fois Vash l’avait appelé juste par son prénom ? Non, cela avait toujours été « l’idiot », « hé toi » ou bien là dans les derniers jours « Edelstein ». Roderich essaya de se rappeler la dernière fois que son nom avait été prononcé. Ses chefs l’appelaient Autriche, alors il ne lui restait rien que le souvenir lointain d’une voix grave et effrayante. Cela remontait à temps de temps… Un enfant humain serait déjà fondu en larmes à cette constatation, mais le garçon n’était pas humain.
Il resta calme et droit dans son fauteuil, les yeux vagues et tristes et un sourire au coin de la bouche. Le brun avait prit cette habitude de toujours tout cacher derrière un sourire qui se voulait innocent et amusé, fantôme de ce rictus tellement hautain et méprisant qui ne le quitterait plus, une fois adulte. Cela n’empêchait pas les larmes mais le cœur était un petit peu moins gros après ça, comme la boule dans sa gorge.

Il en avait des choses à dire à Vash. Des choses de garçonnet, d’ami. Il ne les dirait pas, évidemment. Roderich ne disait jamais rien, le gouffre était trop grand entre lui et les autes. Il ne ferait que se creuser davantage au cours des années.
Ses doigts se crispèrent sur la reliure de cuir du livre. La Bible. Devait-il prier Dieu pour avoir un peu plus de courage ? Le blond avait toujours réussi à le faire pleurer, parfois sans le savoir. L’Autrichien était faible et ne pouvait rien y faire.

L’autre garçon était devant lui à présent comme prêt à le frapper. Il leva son regard calme et triste, sur l’ombre de ses lèvres, le sourire avait disparut. Où étaient-ils les deux petits garçons qui se chamaillaient et couraient dans la neige sous les bêlements des chèvres ? Oh Seigneur juste le vent de la tristesse, le vent de l’hiver… Il n’y avait plus que cela, la solitude.

Mit dir bin ich auch allein*


- J’en ai marre de t’entendre crier… Tu ne sais faire que ça


Tristes les deux yeux, tellement tristes. Roderich se forçait à le regarder, était-ce inhumain ? Qu’y avait-il à se faire pardonner. Brusquement comme un coup dans son cœur, une flèche que l’on retire de l’organe palpitant afin que le poison puisse s’y déverser. Oh toute l’affection qu’il avait pour le garçon devant lui… Et toute cette brutalité qu’il y avait toujours eu entre eux… Le brun avait espéré de la tendresse, il n’avait eu que des non dits.

- Tu veux partir, Vash. Je ne suis ni sourd ni aveugle… Et tu me blâmes. Ca ne change pas de d’habitude, toujours à grogner et à m’accuser pour tout ce que je fais. Mais là, je ne fais rien… Je ne suis pas les Habsbourg, je suis l’Autriche. Les pays ne peuvent se révolter contre leurs dirigeants…


Ca y est, il souriait à nouveau. Et les larmes roulaient le long de ses joues. Comme d’habitude. Mais aujourd’hui Vash ne viendrait pas le consoler de sa manière bourrue. Roderich le comprenait. Il ne savait pas encore s’il l’acceptait, la fin de leur amitié, mais il savait. Il savait que oui, ils auraient à se battre.

- Je sais que tu t’en fiches, que tu n’écoutes peut-être même pas ce que je te dis mais je te le dis quand même : je les ai supplié.


Enfin les grands yeux se détournèrent de leur vis-à-vis, de toute manière il ne pouvait plus rien voir à travers l’épais rideau de larmes.

- Je mens pas, c’est contre la loi de Dieu. Je me suis traîné à leurs pieds, j’ai pleuré… mais c’est pas à moi de décider. Je leur ai dit que je voulais pas…. Ils m’écoutaient pas. Personne m’écoute jamais.


Ca y est, il n’avait plus de mots. Alors il attendait les insultes, il attendait les coups, prostré dans le fauteuil serrant le livre contre lui comme d’autres auraient pu serrer une peluche. Les yeux fermés, il attendait. Vash allait-il le jeter de force hors de la maison ? Probable. On lui avait dit que c’était nécessaire, que cela faisait valoir sa puissance d’être méchant. Roderich n’en savait rien, il s’en fichait. Il était trop jeune pour cela, bien trop jeune. La Haine, il lui faut beaucoup plus d’années pour grandir et éclater…

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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Lun 5 Avr - 17:54

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A chaque nouvelle porte qu'il ouvrait, c'était comme si le sang bouillait un peu plus dans ses veines. La frustration de voir tous ces obstacles repousser un peu plus le moment après lequel il courrait sans courage depuis des années rendait ses gestes nerveux, son souffle court. Et pourtant, ce n'était pas différent d'une des nombreuses parties de cache cache auxquelles il avait plus ou moins été forcé de jouer, et pourtant, le chemin parcouru dans des sens opposés se resentait fortement, quand il arriva enfin devant Roderich.
Il savait.
Et Vash savait qu'il savait. Ce qui rendait son discours plus difficile encore à entamer.

« J’en ai marre de t’entendre crier… Tu ne sais faire que ça
- Peut-être que si je ne passait pas mon temps à te chercher - »


Vash se mordit la langue. Ce n'était évidemment pas ce qu'il avait prévu de dire. De façon si naturelle, il avait rallumé tant de petits souvenirs : comme dans des boules à neige, de petits morceaux de rires, des bouts de joie et de complicité enfouies brillaient dans des tourbillons de neige. Autrefois chéris, maintenant si faux. Après cette nuit, Vash avait tué Roderich dans son coeur. Il n'y restait qu'un macchabée sanglant, suffisamment hideux pour inspirer la haine, et aussi malheureusement la pitié qui allait avec.
Tout était une histoire de conviction. Du rationnel, des sentiments justifiés à la pelle, de quoi le nourrir. Qu'on lui arrache le coeur qui faisait tant de faiblesse. Pourquoi restait-il muet alors que la situation lui imposait un discours furieux? Devait-il en venir aux mains? Oui! oui! criait son cerveau, qui n'était pas contre faire subir à cette prétentieuse Autriche le sort qu'elle avait réservé à son peuple, même si le moyen n'était pas le même. Non, non. Cette voix là était de plus en plus faible.

Vash tremblait, son regard brûlait, voulait consumer Roderich toujours assis dans son fauteuil. Il voulut commencer à parler; et comme s'il lisait dans son esprit, sachant décrypter sous les montagnes de borborygmes et de jurons qui voulaient s'écouler de ses lèvres, Autriche parlait à sa place. Roderich avait toujours parlé pour deux. Il avait toujours su se défendre par les mots au moins aussi bien que Vash ne le faisait avec sa hallebarde; et Vash, s'il était tenté d'écouter, venait de fermer ses écoutilles, se refermant face à cette voix, qu'il avait dorénavant plus de mal à attribuer à un ami qu'à un oppresseur. Les seuls mots qui résonnaient, c'étaient des « Tais toi » prononcés comme des prières au début, et de plus en plus comme un ordre à un chien.

« Je sais que tu t’en fiches, que tu n’écoutes peut-être même pas ce que je te dis mais je te le dis quand même : je les ai supplié. Je mens pas, c’est contre la loi de Dieu. Je me suis traîné à leurs pieds, j’ai pleuré… mais c’est pas à moi de décider. Je leur ai dit que je voulais pas…. Ils m’écoutaient pas. Personne m’écoute jamais. »

Les larmes coulaient sur ses joues. Les larmes... elles ne lui faisaient plus rien. Lui même pleurait, sans s'en rendre compte, des larmes de rage qui refusaient pour l'instant de déborder.

« J'en ai rien à faire! Je veux pas de ta pitié! Je veux... je veux que tu me laisses tranquille, toi ou tes dirigeants, peu importe, j'en ai marre de servir de laquais. »


Il avait hurlé, pour couvrir la voix de Roderich, parce que ça lui faisait du bien, aussi. Il avait levé les bras comme s'il s'apprêtait à le frapper, et se retint difficilement de le faire; à la place, il pointa un doigt accusateur, plus ridicule que menaçant.

« Je peux aussi me débrouiller tout seul. Je veux le faire. J'ai pas besoin de toi. J'en ai marre de croire qu'il y a la moindre chance pour qu'on continue à grandir comme ça; je grandis pas, comme ça, moi. Au début, je croyais que j'étais le plus fort. »

Etait-ce cela, se tourner vers le futur? Il avait entrevu un instant des champs de bataille; ceux desquels il avait tiré un Roderich défait. Il était à ses côtés, encore, et pourtant, son corps était de l'autre côté, la hallebarde à la main, l'air défiant.

« Tu sais que je vais le faire. »


Arnold, Walter et Werner hochaient la tête. Ils étaient forts, et beaux, et Vash ne pouvait plus que les suivre maintenant.
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mar 6 Avr - 12:49

Roderich rouvrit les yeux, le livre toujours serré contre lui. Il y avait des races de larmes sur ses joues. Pitoyable, pas vrai ? Le petit garçon avait les yeux dans le vague après tout Vash détestait lorsqu’il le regardait pas vrai ? Parce qu’il ne faisait que pleurer encore et toujours… Il y en avait de l’agitation dans cette petite tête, tout plein de réflexions qui amenaient aux remords.
Finalement, l’Autrichien se leva. Oui, c’est vrai il avait un peu grandi… un peu plus que le Suisse. Pourtant ce n’était pas assez selon ses dirigeants. Ils l’avaient traité d’incapable, ne voyaient-ils pas que l’enfant faisaient tout ce qu’il pouvait ? Non, évidemment…
Oui c’est vrai que Roderich rentrait souvent couvert de bleus et que ça, ça n’était pas bon pour l’image du pays mais… ça pouvait pas être si grave que cela, pas vrai ? Et puis si Vash avait envie de l’aider, c’est qu’il était capable de se trouver des alliés, non ?
Non, on lui avait fait changer la donne. Plus de violence, plus d’injustices… Des mots qu’on ne trouvait que pour désigner les méchants dans la Bible, des mots qu’on lui demandait de mettre en pratique.

Ce n’était pas que Roderich était un enfant peureux ou trouillard, juste qu’il y avait déjà un peu trop de mélancolie dans ce petit cœur pour lui donner envie de se battre. Chaque battement de l’organe dans son corps déversait un peu plus de tristesse dans ses veines. Il avait tout supporté : le silence de son père, la différence qu’il pouvait sentir entre lui et les autres, lui et ses frères, les coups de la Prusse et de la Hongrie, les cris de Vash… Oui les cris de Vash, incapable de s’exprimer correctement, incapable de dire des mots gentils… Roderich avait choisi de taire son mal être, d’accepter le petit blond ainsi. Il avait été tellement dur de se retenir de pleurer !

- T’es qu’un idiot têtu, ça te mènera jamais nulle part. Te’s incapable d’écouter les autres et rien que pour ça, tu seras jamais un grand pays. Même tes chèvres ne te supportent pas, leur lait tourne au moindre de tes hurlements


Cette idée qui lui trottait dans la tête depuis tant de temps peut-être devait-il la formuler ? Le brun soupira, ça ferait moins mal une fois que ça serait dit, peut être ? Non, évidemment que non, mais cela cesserait au moins de lui manger le cerveau.

- T’aurais du me laisser mourir dans la neige. Tu peux t’en prendre qu’à toi-même… Ce n’est pas moi qui prends les décisions, ça ne l’a jamais été. C’est pas mon rôle, je suis la terre, c’est tout. C’est pas la terre qui demande aux hommes de se battre pour elle, c’est eux qui choisissent… C’est ainsi que Dieu a fait les choses… Ouais t’aurais du m’ignorer. Si Dieu me laisse me perdre ainsi à chaque instant, c’est peut-être parce que j’dois en mourir, que j’ai pas le droit de vivre ?


C’est facile de sourire lorsqu’on est triste. La douleur anesthésie tellement de choses, ne reste que la résignation. Cette idée qu’on devait le laisser mourir, elle avait germé depuis bien longtemps dans son esprit. Craintif, désireux de vivre il avait essayé de la faire taire…

Plus maintenant.

Ce n’était pas qu’il voulait mourir, juste que l’incompréhension le noyait trop, beaucoup trop. Il savait toutes les douleurs qu’il lui restait à vivre, il ne voulait pas. Il ne voulait pas de la solitude également mais ça, impossible de l’éviter.

- Tu es fier, Vash… tu as trois paysans pouilleux derrière toi. Peut-être que plus tard, bien plus tard, on dira d’eux qu’ils étaient des guerriers… Tes héros, tu seras toujours obligé de les inventer, t’en auras jamais des vraiment à toi… ils auront jamais envie de se battre pour toi. Pour leur argent peut-être, pour toi non.


Ca fait quel bruit un cœur qui s’arrête de battre ? Roderich ne savait pas. Il n’avait pas écouté le sien cesser de fonctionner, il s’était juste rendu compte que ça y est, il ne marchait plus. Plus aucune émotion dedans brisé, cassé comme…comme quoi ? Comme quelque chose qu’on peut pas réparer.
C’était plus un enfant, plus vraiment… Toujours trop différent, toujours trop Lui]. Très bien, prendre des coups, en rendre… voilà ce qu’il allait faire à présent. Sans gloire, sans cœur, sans rien…

Le livre tomba à terre alors qu’il passait devant Vash. Il le dépassait d’un ou deux centimètre à présent… Plus de larmes, plus de tristesse. Juste un grand vide pour combler son incompréhension. Cela ne changerait rien à sa solitude, aux visages qui se voulaient amicaux, à tout…

- Tu n’es pas le plus fort, tu ne le seras jamais… Juste un roquet qui aboie. Oui je sais que tu vas partir, je l’ai toujours su. Tu sais pourquoi ? Parce que je te connais… Toi, tu me connais pas. Tu n’as jamais fait aucun effort…


La rage est une chose délicieusement fraîche qui coule en vous pour mieux brûler et dévaster absolument tout sur son passage. Il y a quelques jours, il y a quelques heures, Roderich aurait hoqueté de détresse si on lui avait dit qu’il porterait la main sur son ami. Plus maintenant. Il le saisissait au col, froid et inhumain, tellement triste au fond… mais quelle importance ? Il était trop tard pour s’en rendre compte..

- Tu vis dans ton monde, tu l’imposes aux autres tout comme tu imposes ta mauvaise humeur… Bientôt tu n’auras même plus tes yeux pour pleurer


Il n’avait plus qu’une seule envie à présent : être méchant. Parce qu’il était quand même encore un enfant, il ne put que le repousser sans force vers les adultes. Qu’ils aillent au Diable, tous… Qu’ils le laissent en paix.
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mer 7 Avr - 18:40

Vash écumait presque de tous ses mots qu'il n'arrivait pas à dire, les rares phrases qu'il bredouillaient faisant peu de sens. Toujours, on l'avait accusé de brailler plus qu'autre chose, et toujours, sa réponse ne faisait que le confirmer. Il avait l'impression de se noyer, lorsqu'on lui parlait de lui même, noyé sous les étiquettes qu'on lui collait, souvent à juste titre; et le seul moyen qu'il trouvait pour en réchapper, c'était de se débattre, prendre un bon bol d'air et hurler de maigres excuses, prétextes, inepties, comme si la quantité de son qui sortait trouvait un équivalent en qualité. Roderich lui mettait la tête sous l'eau, encore et encore, il le prenait par le col; Vash ripostait en grimaces, en repoussant sa main, serrant les poings à faire blanchir les jointures. Ses dents grinçaient.
Où est-ce que tout cela avait commencé? Le Suisse ne se trouvait pas de raison d'être un ronchon chronique, il n'en avait pas besoin. Toute son histoire était une lutte, une lutte contre sa propre terre, un étrange amour non réciproque qu'elle lui faisait sentir par le froid, la neige, l'inhospitalité... Le déchirement ne lui laissait plus assez d'espace pour les autres; et avec le rare être auquel il était lié, l'amitié et la haine, l'attente et la crainte étaient si étroitement mêlés que le moindre souffle les détruisaient.
Et la bourrasque était arrivée.

« J'ai peut-être qu'une bande de bouseux, mais oui, je suis fier, j'aime ma terre et les gens dessus, parce que je veux pas être comme toi! Toi, tu détestes... Je sais même pas dire ce que tu détestes, je sais même pas si t'es capable de détester . Je sais même pas comment tu fais pour tenir sur tes jambes, j'suis sûr que même elles tu les aime pas. J'sais même rien, ouais. Tout ce que tu fais c'est te plaindre que la vie est injuste, parce que t'arrives à rien... »

Quels proverbes oseraient leur dire qu'ils auraient pu vivre ensemble longtemps, ou qu'ils auraient pu ne jamais le faire? Ils s'étaient bien trouvés, deux chérubins solitaires, et maintenant, deux jeunes hommes seuls, de solitudes différentes, se disaient au revoir de la plus cruelle des manières. Vash n'était même plus certain de souffrir de cette séparation, dans son élan il laissait derrière lui tout ce qu'il avait pu penser, tout ce qu'il avait pu avoir d'affection pour son voisin. Il n'avait plus aucune idée sur Roderich, il ne le connaissait plus, il ne l'avait jamais connu, ne le connaitrait jamais. Sa langue comme une vipère disait ce qu'il y avait de plus facile à dire à un inconnu. Des phrases pour blesser, pour détruire le peu qu'ils avaient jamais construit, le peu qu'il avait jamais construit.

« Ouais, je dois vraiment être comme tu dis pour avoir été condamné à te supporter comme ça. Qui aurait envie de se battre pour toi... Je sais pas pourquoi je suis pas parti avant. Ouais, j'aurais peut-être du te laisser dans le froid, finalement, personne s'en serait rendu compte. »

Il disait cela avec dégoût, maintenant, et si ses crocs semblaient toujours sur le point de mordre, il crachait, maintenant. Il devenait fou. L'avait-il toujours été? Pourquoi préférait-il ses hommes, mortels, éphémères, faillibles, à l'amitié qui lui avait été offerte...
Une amertume glaciale lui remplit les veines. Etait-ce d'autant plus insupportable qu'il avait d'ordinaire le sang chaud? Renverser la table basse, jeter un vase sur le sol lui aurait plus ressemblé. Mais la seule chose dont il avait envie, c'était de torde le cou de d'Edelstein. Lentement. Une part de lui qu'il ne soupçonnait pas en voulait à l'Autrichien, pourquoi? pour des années perdues, pour un manque de patience, peut-être. Lui aurait-il prit la main, lui aurait-il montré ce qu'il attendait de lui, lui aurait-il laissé entrevoir qui il était, peut-être Vash se serait radoucit...
Quel égoïsme était-ce là, quelle faiblesse dans ce coeur qui se voulait roc et ne voulait laisser deviner qu'il était poreux.
Il est encore temps, il est encore temps, criait il, ce morceau de tristesse, dis moi ce que je veux entendre, arrêtons le massacre. Mais Roderich continuait, et Vash n'écoutait pas plus ses réponses.

« C'est tout ce que j'ai été pour toi, hein, celui qui t'a tiré de la neige quand tu mourais de froid, celui qui t'a tiré des pattes de la Hongrie et de la Prusse quand t'étais à moitié mort... Je t'ai rien demandé pour ça, moi, alors maintenant, je veux que tu partes. Je veux plus jamais te voir, reviens pas pleurnicher! »

Son petit instant de faiblesse était plâtré, son coeur emmuré, et le sang battait plus vite à ses tempes alors qu'il semblait avoir quitté le corps d'Edelstein, glacial.
Vash ramassa la Bible. Fit quelques pas, et la jeta par la fenêtre ouverte.

« Pars! Ne reviens jamais! Tu m'entends?! T'es plus le bienvenu, tu le seras plus jamais, t'avise même pas de remettre un pied chez moi! Et si tu comptais pas le faire, c'est tant mieux. »

Jamais Vash n'en aurait fini avec lui. Dès qu'il serait dehors, il lui jetterait ses chèvres aux trousses. Ou il l'expédierait lui même de l'autre côté de la dorénavant frontière.
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MessageSujet: Re: [Suisse, il y a fort fort longtemps] La lumière des premiers flocons.   Mer 21 Avr - 9:40

Lentement, Roderich secoua la tête. Les mots de Vash faisaient moins mal qu’il ne l’aurait cru, juste un pincement au cœur et une envie de hurler. A présent, ses yeux étaient secs, pourquoi pleurer ? Ils auraient pu se construire ensemble, ils auraient pu essayer de discuter mais leur nature propre les en empêchait… Et aucun des deux ne semblait le regretter. Lentement, le jeune garçon croisa les bras. Son attitude semblait plus mature qu’il y a quelques instants, après tout il faut bien commencer à grandir…

- Ne me confonds pas avec toi, tu hurles sur tout le monde à commencer par toi-même. Tu ne peux pas être fort comme ça, tu le seras jamais… parce que t’es trop buté pour changer. Tu sais ce qui se passera ? Tu seras un objet pour nous tous… parce que t’as pas d’honneur. Sans vrai honneur on ne peut avoir de vrais héros… tu crois même pas en eux, tu les utilises…


La force contre la rage, il n’y avait rien d’autre à dire de plus. Une porte venait de se fermer définitivement dans l’esprit de l’Autrichien. En lui une petite voix soufflait des mots qui à présent prenaient tout leur sens : tu es né pour la guerre. Il n’était pas le seul pays à être dans ce cas là, bien sûr mais… Pourquoi ne serait-il pas le plus fort ? Au fond, rien ne l’en empêchait vraiment. Pensif, le jeune garçon considéra Suisse. Manipuler, hein ? Cela demanderait beaucoup de travail mais rien n’était infaisable, surtout lorsque l’éternité s’offrait à nous. Haïr de rester, haïr de partir…

- Si Dieu a à pardonner tes offenses comme toi tu pardonnes à ceux qui t’ont offensé, alors ta place est en enfer


Un rire, il est encore capable de ça. Non, en fait il est encore capable de tout. Le pire est à venir les conquêtes, les massacres, les trahisons, les jeux de pouvoir… Et les mains encore enfantines grandiront, les doigts se couvriront de poudre à canon, les yeux se fermeront. Aveugle et sourd à un monde qu’il méprisera, Roderich posera sa poigne de fer sur une Europe en construction…

Jusqu’au coup de poignard dans le dos par un frère ennemi…

Le brun s’avança, prêt à claquer la porte. Au dernier moment seulement, il se ravisa.

- N’oublie pas que malgré tout, nous partageons une chose : l’edelweiss… Il faut y faire attention, c’est tellement fragile.


Au dehors il y avait le froid, le froid sans âme pour un enfant sans cœur. Roderich claqua la porte, silhouette solitaire méditant sur la puissance. Sur sa puissance. Quel plus beau destin que celui promettant force et gloire ? Il allait cesser de s’apitoyer sur soi même et devenir le conquérant qu’il fallait qu’il soit. Après tout, il n’avait plus de compte à rendre à personne et puis… Et puis les Habsbourg, ceux qui prenaient tant soin de lui, ils avaient choisi d’abandonner la Suisse, de devenir Autrichiens… Il sourit.

Thank you Satan, pour la solitude des rois, pour ces moyens de détourner la loi… Oui la loi divine donnant une place à chaque chose… Mais tout se dérangeait. La croix autour de son cou… Il la porta à ses lèvres et l’embrassa. Fils parjure, fils prodigue, il saurait s’élever au plus haut.
Un dernier regard vers la maison de Vash… Il décida d’y laisser là ses heureux souvenirs. Il allait s’en construire d’autres. Des bien mieux….
Entendez donc l’histoire du prince solitaire et sans couronne, il avait un royaume mais son sang le pousserait à combattre et manipuler encore et toujours pour l’agrandir. Pour l’agrandir encore plus. Entendez l’histoire du roi solitaire, lorsque le livre se refermera, son seul bien le plus précieux ne sera que ses larmes.
Et Dieu, comme il les chérira….
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