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 [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]

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Wang Yao / Chine



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MessageSujet: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Ven 25 Déc - 17:26

暗无天日 - pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel

    My fingers scratch at my hair
    Before my mind can get too reckless.
    The idea of seeing you here
    Is enough to make the sweat go cold.


    Le traité avait été signé.

    Même s’il n’avait pas été invité à se joindre à la fête (tout comme Yong Soo ou Mei), il savait très bien que Kiku avait signé ce fichu traité de paix à San Francisco indiquant pleinement et en toute lettre qu’il avait perdu la guerre.

    Quand les dirigeants du japonais avaient rendu les armes, Yao s’était détourné d’eux. Il avait laissé ces histoires politiques à ses dirigeants à lui…enfin ces supposés dirigeants qui se battaient à présent pour le pouvoir. Il s’était éloigné des lieux de l’évènement, seul. A présent, il jouait à la technique de l’autruche. Je me détourne de toi, je ne veux plus te voir, je ne veux plus t’entendre…

    Tu n’es plus mon frère.

    Yao était amère. Il avait été du bon côté…celui des gagnants mais même en récupérant Mei, il n’était pas bien sûr d’avoir réellement gagné. Plutôt d’avoir été floué. Même parmi ses alliés, il avait bien vu les intérêts et les arrière-pensées derrière chacun d’entre eux et le fait qu’il n’avait pas été invité à ce fichu traité en était bien la preuve, du moins d’après lui! Arthur lui avait donné des excuses idiotes comme « Ah, on a bien vu que t’étais mal au point avec tes guerres intérieures, on te fiche la paix, profites-en. » Si la Chine n’avait pas été effectivement aussi affaibli, il aurait sûrement fait une crise et aurait envoyé l’objet le plus proche- une table, une chaise, n’importe quoi- sur ces occidentaux de pacotilles qui croyaient savoir mieux que lui ce qu’il lui fallait.

    Mais il devait l’avouer, il avait vu de meilleurs jours. Malgré que quelques années se soient déjà écoulées depuis la fin de la guerre, il avait encore du mal à s’en remettre. La guerre avec Kiku avait duré longtemps, l’affrontement avait commencé dans les années 30 et il avait fallu qu’Alfred blesse le japonais pour que celui rende les armes. Il avait toujours été si obstiné ce garçon.

    Et le fait que son peuple se divisait en deux n’aidait sûrement pas à son rétablissement. Après la fin de la guerre mondiale et celle sino-japonaise, son peuple avait repris l’affrontement, après une alliance à courte échéance, mais cette fois-ci intérieure.

    Il poussa un long soupire et se laissa aller à s’appuyer contre le dossier du fauteuil. Le thé entre ses mains refroidissait sans qu’il n’y touche une seule fois. Le petit salon était peu meublé, et avait subit les affres de la guerre ; une peinture abimée au tableau, des objets gisant par terre, un manque de soin apparent qui n’était pas habituel. Et le chinois assis dans un fauteuil un peu trop grand qu’il avait poussé jusqu’à la fenêtre pour pouvoir observer le jardin en contrebas sans avoir à se lever.

    Ce dernier temps, il se sentait réellement vieux. Sa cicatrice au dos l’élançait, il se sentait en permanence fatigué et il préférait éviter les miroirs pour ne pas voir les cernes sous ses yeux. Il ne manquait plus que la canne pour se déplacer. Mais ce n’était pas à l’ordre du jour, il n’en avait pas besoin car il n’avait pas envie de faire grand-chose d’autre que de ruminer, caché chez lui. Il n’avait plus son bras en écharpe et c’était une bonne chose mais il évitait les gestes brusques malgré tout.

    Il ferma les yeux et c’est à ce moment-là qu’il entendit la porte s’ouvrir. Il n’avait réellement pas envie de discuter avec quelqu’un que ce soit un ami ou non. (Lui restait-il des amis d'ailleurs?) Il hésitait à faire semblant de dormir. Ce n’était pas très mature de sa part mais il avait bien le droit à un caprice.
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Kiku Honda / Japon

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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Sam 26 Déc - 15:23

    C’était devenu un cauchemar récurrent.
    Il y avait deux sortes de cauchemars, uniquement deux. Il y avait le cauchemar sans queue ni tête, celui où l'expression des phobies et des angoisses humaines ressurgissent sous la forme de sons, de couleurs et d’événements tous plus effrayant, aberrant et illogique les uns que les autres. Et par jeu de contraire, il y avait forcement le cauchemar moins ambiguë, plus terre-à-terre. Celui-là même qui fait remonter de force les souvenirs les plus pénibles, obligeant le dormeur à revivre des pans détestés d’un passé qu’il voulait enterrer. C’était le genre de sombres songes dont on s’éveillait subitement, en sueur et dans un état proche de la panique. Et à présent, comme depuis plusieurs semaines, plusieurs mois même, Kiku était la victime d’un de ces cauchemars.

    Rien n’allait plus pour le Japon. Kiku avait tout perdu. Il avait perdue Mei, il avait perdu la guerre. Quelques années s’étaient déjà écoulées depuis mais comment oublier ?

    Régulièrement donc, il était comme happé de force de son sommeil, comme un instinct de survie, un réflexe de son corps qui ne souhaitait pas voir mourir l’intellect. Ces nuits-là, il revoyait inlassablement ces images tant haït. Lui, à terre, incapable de bouger, incapable de penser, meurtri de part en part, le sang s’écoulant de ses plaies teintant sa vision d’un masque carmin. Et en face de lui ? Oh, guère difficile de deviner… En face de lui, Alfred, triomphant. Alfred déclarant sa victoire. Alfred le trainant dans la boue. Lui et ses alliés l’observant comme une pauvre chose à plaindre. L’asiatique se réveillait toujours à ce moment-là, seul, incapable de formuler la moindre pensée cohérente. Il n’arrivait pas à se calmer avant un long moment en général. Kiku était toujours blessé. Non pas seulement physiquement, mais mentalement aussi. Les afflictions resteraient gravées à vie dans ses chairs. La douleur l’accompagnerait partout. Le remord aussi. La culpabilité. Quoique depuis quelque temps, il n’arrivait plus à se focaliser assez bien sur ses pensées, l’empêchant ainsi de ressentir la réalité.

    Car pour couronner le tout, comme pour asséner le coup de grâce, lui planter une lame dans le cœur, il s’était retrouvé à signer ce traité… Le Traité de Paix avec le Japon, comme disait certains. Mais plus qu’un traité, il s’agissait surtout là d’un simple bloc de papier, de chartes, de beaux discours enrubannées et servies façon langue de bois. Juste une feuille. Un peu d’encre. Et voila sa défaite officialisée sous les yeux et les regards torves de tant d’autres nations. Rarement le Japon avait dû essuyer défaite et honte aussi cuisante. L’asiatique se retrouvait depuis dans un état amorphe, incapable de faire quoi que ce soit de constructif. Il allait et venait, déambulait comme si peu de chose avait de l’importance. Il s’était mit à penser qu’à San Francisco, il n’avait noté la présence d’aucuns membre de sa famille asiatique, si l’on n’excluait Ly qui n’avait eu que peu d’influence dans les affrontements à présent terminés. D’un coté il pouvait aisément le comprendre. Que ce soit le Chine, la Corée, Taiwan voire même Hong-Kong, chacun d’eux avaient leurs propres problèmes de leurs cotés. Et puis, avec tout ce qu’il leurs avait fait subir…

    Le pas lent, la démarche conditionnée, il entra dans l’habitation. Il était chez Yao. Pourquoi diable s’était-il décidé à venir ici ? Impossible de le dire. Ses pas l’avaient mené ici un peu automatiquement en fait. Comme si c’était naturel d’aller le voir lui. Lui qu’il avait trahit dans un élan d’indépendance, une envie de se construire lui-même. La maison semblait complètement abandonnée à elle-même. Un silence pesant régnait et pas une seule présence n’avait l’air de souiller les lieux. Ce calme lui semblait être mal avenu. C’était un peu comme s’il était juste inconcevable pour lui qu’un endroit où Yao se trouvait puisse être si vide de bruit, de joie, si vide de vie tout simplement. Le bois craquait sous ses pas. La fatigue et le désemparement suintait des murs. La nostalgie de douces journées oubliées planait dans l’air, à la manière d’un brouillard invisible et trompeur. Cette sensation était la même partout, même dans le salon principal du bâtiment. Objets éparses, tombés, brisés, ou juste abandonnés au sol, mobiliers disparate, décorations oubliées… Comme si le lieu lui-même souhaitait dénoncer l’état de son propriétaire. Le regard du Japonais balaya brièvement l'endroit à la recherche de quelque chose, de quelqu’un. Il s’avança au beau milieu du fatras. Devant une des fenêtre, tourné vers l’extérieur, un large et grand fauteuil. Impossible de voir distinctement qui s’y tenait. Pourtant, il y avait peu de doute possible.

    Un craquement. En se dirigeant vers ledit fauteuil, il avait marché sur quelque chose. Un cadre tout brisé. Les débris de verre s’étalaient sur des visages sépia et monochrome. Il s’en détourna rapidement. Encore une ou deux enjambées et le voila légèrement en retrait du fauteuil. Les yeux clos, son frère était là, avec l’expression d’une personne épuisée. Entre ses mains, une tasse dont le breuvage translucide avait cessé de fumer depuis un moment. Chine avait toujours été plus grand que lui. Pourtant en cet instant, jamais il ne lui été apparut si frêle, si exténué, lui qui auparavant souriait toujours en sa présence. Kiku leva la main pour le toucher, comme pour vérifier s’il était bien tangible, s’il ne s’était pas encore changé en esprit. Mais son geste partit se perdre sur sa propre nuque, pas franchement sur de ses actions. Pourquoi était-il venu ? Il s’était déjà posé la question et depuis tout à l’heure, aucunes réponses miracles n’avaient surgit. Il tourna les talons, comme pour partir, et se laissa finalement tomber au sol, dos contre un pied de l’imposant fauteuil. Il ramena ses jambes pour les entourer de ses bras et fixa le plafond. Ah… Il n’avait pas remarqué qu’il y avait autant de fissures… Un peu comme lui à présent. Les blessures que lui avaient infligées Alfred étaient encore nettement visibles. De nombreux bandages lui cerclaient le torse et les bras. Son œil gauche ne supportait plus vraiment les sources de lumières et était bandé également. Son ainé endormi derrière lui n’avait pas fiere allure, mais lui pouvait aisément en dire de même.


    Spoiler:
     


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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Dim 27 Déc - 23:01


    Fermer les yeux, il lui sembla qu’il s’écoulait des années. Il sentit l’intrus entrer dans la pièce, il sentit l’air se déplacer, il le sentit s’approcher de lui, il entendit le craquement que fit un objet quand on marcha dessus mais il ne bougea pas, il resta simplement immobile. L’autruche, il la faisait très bien. Il n’avait pas envie d’ouvrir les yeux, de devoir faire face à quelqu’un, s’expliquer était difficile, subir la pitié et les regards pleins de compassions l’étaient tout autant.

    Fermer les yeux, s’endormir et passer une nuit sans rêve, c’était les seules choses à laquelle il aspirait pour le moment. Il se réveillerait en ayant tout oublié, à l’intérieur de lui on ne se déchirerait pas pour un gouvernement, pour des idéologies qui pour lui revenaient au même. Les rescapés de la guerre faisaient tous des cauchemars et il le savait. Il avait vécu suffisamment longtemps pour l’expérimenter de nombreuse fois. C’est pour ça qu’il détestait la guerre, c’était simplement trop douloureux. D'autant plus quand c'était avec des personnes que vous aimiez. Il fallait en plus des blessures physiques, subir les autres qui mettaient souvent bien plus de temps à cicatriser.

    Il sentit la présence s’affaisser, il la sentit tout près et il savait déjà qui c’était. Il n’avait pas besoin d’ouvrir les yeux. En vérité, il avait su dès qu’il l’avait entendu entrer dans la pièce. Comment ? Il n’aurait pu le dire. La respiration, la démarche qu’il ressentait à travers le craquement du plancher et le déplacement de l’air, le fait que pendant tout ce temps, il n’eut pas un seul mot de prononcé…

    « Je ne pensais pas que tu oserais venir ici… » dit-il en ouvrant lentement les yeux sans pour autant les baisser vers la présence. « …Kiku. »

    Ou simplement parce qu’ils avaient vécu tellement longtemps ensemble qu’ils se connaissaient par cœur…Presque par cœur. Yao aurait-il pu prédire que son petit frère, son plus proche, celui dont il était le plus fier puisse un jour partir, lui échapper des doigts mais surtout se retourner contre lui et lui faire goûter de son sabre? Pour tout ça, il avait de la rancune, et en posant les yeux sur le japonais, il le fit transparaître par le ton le plus neutre possible. Un ton vide et dépossédé loin du caractère jovial du chinois.

    « Te voilà dans un bel état aru. »

    Pourtant, quand il avait appris l’inévitable, que Alfred avait attaqué violemment son frère, qu’il l’avait gravement blessé. Malgré tout ce qui s’était passé, malgré les morts et les affrontements, son cœur avait loupé un battement. Il lui avait fallut un moment pour réussir à nier que malgré tout, la vie de son frère lui semblait bien plus importante qu’il ne l’aurait voulu. Il n’était pas aller le voir à l’hôpital, il n’avait entendu de son état que par les alliés qui savouraient leurs victoires. Alors le voir ainsi sur le sol de son salon…Il lui fallut bien plus de travail sur lui même pour ne pas tomber à ses côtés qu’il ne laissa paraître. Kiku semblait si faible. Il y a quelques années, il avait effrayé le chinois mais là, il avait juste l’air misérable avec ses nombreux bandages, la douleur dans ses yeux et ce manque d’assurance qui ressortait. Yao en aurait presque oublié ses propres blessures.

    Qu’il avait l’air misérable le petit frère qui avait voulu se rebeller, qui avait voulu devenir plus fort. Le chinois en aurait presque rit d’amertume.

    Et lui qui était si déchiré entre ses émotions. Il regrettait l’ancienne époque et à la fois sa rancœur était immense. Il aurait aimé se venger et à la fois il se rappelait avec tristesse et nostalgie les fois où il le prenait, ce petit frère, dans ses bras. Est-ce que c’était un effet dû à l’affrontement interne de son peuple ?

    « Que viens-tu faire ici aru ? » demanda Yao en portant le thé froid à ses lèvres. Il grimaça en le goutant et le reposa sur ses genoux. Le goût âcre n’en ressortait que plus vivement.

    Il ne le montrait pas mais cette question lui importait plus qu’il n’aurait voulu l’admettre. Pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce que tu as fait? Pourquoi était la question qui revenait en boucle dans la tête du chinois. Il posa le thé sur le rebord de la fenêtre, il n’en boirait pas plus même si c’était du gâchis, et replia les jambes contre son corps. Il ne se rendit pas compte que sa position devenait le miroir de celle de son petit frère.
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Mar 29 Déc - 1:07

    Un souffle. Puis un craquement. Un craquement léger, si léger. Le seul bruit qui réussit à imprimer l’atmosphère. Ce silence presque palpable était à la fois pesant et appréciable. Pourtant, il semblait laisser comme un vide. Le silence était reposant, mais il n’avait pas sa place dans un lieu où aurait du résonner éclats de rire et joies enfantines et innocentes. Si Kiku avait fait un effort, il aurait pu entendre les lointains échos des rires et des disputes gentillettes d’enfants. Mais voila : Le passé n’était plus et il savait futile d’essayer de le rattraper. De même qu’il savait que son comportement n’était qu’une fuite. Il voulait fuir ces souvenirs tant chérit en se détournant d’eux comme il s’était détourné de la vieille photo racornie et abandonnée au sol.

    Surtout car c’était lui qui avait tout brisé.

    Peut-être était-ce pour ça qu’il tentait désespérément de fuir ce passé en oubliant les jeux, les sourires, les joies et les peines vécus et endurés ensemble. Lâcheté ? Appréhension ? Culpabilité ? Les trois ? Ou autre chose peut-être ? Ah, même lui était bien incapable de le dire… Pitoyable. Ne pas réussir à cerner ses propres ressentis étaient juste pitoyable.

    Jusque là toujours plongé dans la contemplation des fissures du plafond jaunis par le temps, la voix horriblement neutre de Yao retenti doucement. Comme toujours, il n’avait même pas eu besoin de prononcer un seul mot pour que son ainé ne le reconnaisse. Après tout, il s’était occupé de lui tellement longtemps que c’en était devenu logique et naturel. Le japonais ferma les yeux sans rien dire. Bien sur qu’il ne pouvait s’attendre à ce qu’il vienne ici. Comment aurait-il pu penser que son petit frère, ce traitre qui était allé jusqu’à le blesser de la pire des façon en faisant couler le sang de celui dont il était le plus proche à l’époque, viendrait ainsi, sans un mot, sans rien d’autre que ses blessures, son silence et son découragement. Par un déplacement d’air, il ressentit que le chinois se tournait, ne fus-ce qu’un bref instant, pour le regarder, avant de laisser fuser un autre commentaire tout aussi neutre. Silence, toujours. Silence, encore. Effectivement, il était dans un bel état. A vrai dire, le moindre geste un peu trop brusque lui faisait souffrir le martyr. Pourtant, à aucun moment il ne se plaint. Tout d’abord car il n’était pas venu pour ça, et ensuite et surtout car il estimait ne pas en avoir le droit. Pas après la marque indélébile qu’il avait laissé sur le dos de Yao. Il fut d’ailleurs étonné de remarquer que la voix de ce dernier n’était pas plus démonstrative de rancœur ou de colère. Il devait certainement faire de son mieux pour paraitre naturel. Car qu’aurait-il pu ressentir d’autre à son égard mis à par du courroux et de la haine ?

    « Que viens-tu faire ici aru ? »

    Ah… C’était une bonne question ça… Une excellente question même. Qu’était-il venu faire ici ? Que devait-il faire ? Que devait-il dire ? Dans ce genre de situation, jamais il ne réussirait à trouver ce que l’on appelle une « bonne réponse » car il était sur qu’aucune ne conviendrait à Yao. Autant rester le plus honnête possible alors. Au moins pour lui -même, pour sa conscience, pour sa fierté.

    « - …Je ne sais pas… »

    Quatre mots. Quatre petits mots, ridicules, dérisoires, mais qui ne pouvait qu’exprimer son propre désarroi. Il ne savait pas. Il ne savait plus. Ses pas l’avait conduit ici complètement automatiquement, comme si c’était normal de revenir ici et pas chez lui. Comme si c’était normal de vouloir rechercher cette présence si familière plutôt que de s’emmurer dans le silence de sa maison toute vide. Comme si… Comme si… Comme si rien en fait. Après tout, le premier endroit qu’il avait vraiment pu designer de « chez lui » avait été un endroit où il pouvait toujours ressentir la présence de son frère quelques soit l’heure du jour ou de la nuit. On a beau vouloir, on ne peut oublier l’amour reçu, quelque soit les efforts fournis.

    Kiku posa son front sur ses genoux, tournant légèrement le visage de coté pour pouvoir voir de son seul œil encore utilisable le petit rayon de soleil qui faisait briller la poussière dans son passage. Du doigt, il se mit distraitement à former d’imaginaires et invisibles petits dessins et symboles sur le sol en bois. Le silence était revenu. Et à présent il lui faisait peur.

    « - Comment va… Est-ce que ton dos te fait toujours souffrir ? »

    Une question stupide vraiment. Mais il n’avait pas eu peur de la poser. C’était seulement qu’il n’avait rien d’autre à dire. Et puis, même si pas mal d’années s’était déjà écoulée, il n’avait jamais eu l’occasion de vraiment lui poser cette question. Il ne savait pas si la réponse lui importait ou non, il ne savait pas si ce qui lui ferait le plus mal serait que Yao se mette en colère ou reste indifférent. Mais c’était mieux que rien…


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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Jeu 7 Jan - 20:54

    « Je ne sais pas » fut la réponse à sa question.

    Je ne sais pas, je ne sais pas…Yao ne s’attendait pas à cette réponse. Il avait tenté de deviner ses réactions par rapport à toutes les excuses plausibles ; « Je viens m’excuser. », « je viens te narguer. », »je viens soulager ma conscience. », « Je viens pleurer dans tes bras. » Mais pas un simple « je ne sais pas ». Parce que c’était trop honnête, tellement désarmant, tellement déconcertant. Il avait suffisamment fréquenté Kiku, il savait lire les sous-entendus, du moins il pensait savoir le faire, et il était habitué à ce qu’il ne soit pas direct, à ce qu’il tourne autour du pot. Si cette manière de faire était loin de celle de Yao, il avait su s’y adapter. Alors pourquoi être si honnête ? Pourquoi maintenant ?

    Désarçonné, il resta un petit moment silencieux. Que pouvait-il répondre à cela. Il cligna des yeux et finit par laisser échapper un petit soupire avant de passer une main dans ses cheveux emmêlés.

    « Je…je vois. »
    dit-il dans un léger murmure.

    En fait, il ne voyait pas grand-chose. Qu’allaient-ils faire ainsi ? Allaient-ils rester ainsi toute la journée, l’un dans son sofa, l’autre au sol, à se parler à voix basse et avec appréhension. Il tourna légèrement la tête, baissant les yeux vers le japonais prostré au sol qui semblait dessiner des figures invisibles. Il ressemblait à un enfant ainsi. Kiku avait toujours semblé jeune. Yao ne faisait certes pas son âge non plus mais le japonais avait le visage des enfants sages et doux dont les voisins étaient jaloux. Ils auraient presque pu se trouver dans le passé. A ne rien faire que laisser seulement le temps s’écouler…Si la maison avait été en meilleur état, s’ils n’avaient pas eu tous ses bandages.

    Il étira ses jambes et se figea quand le japonais aborda le sujet de son dos. Yao resta muet, une deuxième fois mais ce n’était plus par la surprise, mais par la colère. De toutes les cicatrices, de toutes les blessures, celle qu’il haïssait le plus était celle défigurant son dos. Elle avait signé la fin. La fin de quoi ? D’une époque, d’une relation, d’une fraternité, de tout ce à quoi pouvait croire l’asiatique. Chine n’avait été qu’une écharde dans le pied de Japon qui aspirait à plus grand. Plus que la blessure physique, la blessure morale semblait béante. Se sentir gênant au point qu’on veuille vous effacer, Yao n’arrivait pas à le supporter.

    Et que ce soit Japon qui veuille l’effacer l’avait bien plus blessé qu’il ne l’aurait cru. Aurait-il réagit de la même façon si s’eut été Corée ? Taiwan ou Hong-Kong ? Bien sûr il aurait été blessé, bien sûr il se serait sentit bafoué mais pourtant, il se demandait réellement s’il n’aurait pas réagit différemment. Yao avait toujours considéré Kiku comme différemment par rapport aux autres, il ne le faisait pas exprès, c’était plus fort que lui. Alors quand on lui demandait « Qui est ce petit garçon qui te ressemble ? »(Les occidentaux avaient toujours du mal à différencier les asiatiques. Pour eux, ils étaient tous identiques.), il s’exclamait joyeusement en riant « C’est mon petit frère aru ! Je me charge de son éducation aru! » Finissait-il fièrement. Aurait-il réagit différemment ? Il n’en savait rien et il ne voulait peut-être pas le savoir parce que c’était effrayant.

    C’était loin tout ça. Il se leva, il fallait qu’il réponde. Il tourna le dos à Kiku, que devait-il dire ? Pour le moment, il avait plus envie de lui tordre le cou pour avoir oser ramener ça sur le tapis que de discuter. Parler, il n’en avait pas envie, se disputer oui. Ca ne lui ferait bien que sur le coup et il le savait, après il regretterait sûrement mais si pendant quelques secondes, ça le soulageait un peu…Il en trembla pendant un instant ne sachant pas quoi faire et finalement prit la parole.

    « Ne parle pas de ça. » Il n’avait pas crié, s’était contenu mais sa réponse avait été abrupte.

    Non, qu’il ne parle pas de son dos, pas de Nankin, rien de cela. Bien sûr par moment ça l’élançait par moment, ça le brulait mais ça ne regardait plus Kiku. Il ne voulait plus que ça le regarde.

    « Si tu cherches seulement à me narguer, tu peux partir. » dit-il sans se rendre compte, la voix à présent légèrement tremblante.

    « Je ne comprend pas pourquoi tu es venu ! Je ne comprend pas ce que tu cherches.»


    Il se figea, la tête baissé, se cachant derrière des mèches éparses. Respire Yao, Respire, tu perds le contrôle.

    « Si tu cherches du réconfort ou quelques mots pour effacer ta culpabilité, tu t’es trompé de personne. » finit-il par laisser échapper.

    Il aurait préféré avoir l’air moins ridicule, plus droit, plus froid. Il aurait préféré mieux tenir sa voix, qu’elle parte moins dans les aigues. Alors il aurait aimé que Kiku n’entende pas tout l’effet que pouvait lui faire leur séparation, leur affrontement. A l’instant même, il se sentait ridicule. Il aurait aimé ne pas céder à la panique, ne pas avoir l’air si faible parce que ce n’est pas l’image que doit donner un aîné. Mais c’était décidément un mauvais acteur.



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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Mar 12 Jan - 22:30

    Il attendait la réponse, sans plus. Comme il ne faisait pas attention, il n’aurait pas pu dire si elle se faisait attendre ou non. Il se fichait un peu de la notion du temps après tout. Yao aurait pu rester muet prés d’une heure que le japonais ne s’en serais pas rendu compte.

    Un bruit sourd sembla lui perforer les tympans. Un bruit qui n’était pas très violent ni très fort mais dont l’écho résonnait dans la pièce de manière trop sèche et abrupte. L’asiatique au sol releva la tête. Son ainé s’était relevé d’un bond. Le dos tourné. Les poings serrés. Il semblait réfléchir et hésiter. Kiku le connaissait bien. Très bien. Trop bien. Il savait pourquoi le chinois se faisait violence. Tout comme il sentait les vagues d’hésitations, de colère et de rancunes qui se bousculaient en lui. Il n’y avait pas besoin de mots pour comprendre. Du moins pas pour eux deux. Kiku attendait en silence, le regard un peu vide, comme s’il savait déjà que de toute façon, quoique Yao dise, il ne pourrait rien y faire. A vrai dire, il s’attendait même presque à se recevoir une droite. Oui, ça ne l’aurait franchement pas étonné.

    Quoique.

    Au final, Yao avait toujours été du genre à tout faire pour essayer de se maitriser. Rarement Kiku l’avait vu perdre vraiment son calme au point d’user de la violence physique. C’était en ce sens qu’il avais toujours trouvait son grand frère un peu mystérieux : Il souriait souvent. Il souriait beaucoup. Il souriait tour à tour avec une joie réelle et un sang-froid factice selon la situation. Alors il était rare de voir son visage déformé par la colère, la peur ou le ressentiment.

    « Ne parle pas de ça. »

    …Tiens, ça aussi c’était inhabituel. Entendre un ton aussi dur, aussi grave… Lui qui s’était toujours adressé à lui avec douceur, gentillesse et affection. C’était étrange de sentir ce tremolo dans sa voix. D’un coté, c’était tout à fait normal. Il n’allait pas lui ouvrir grand les bras à coup de « Oh, ça faisait si longtemps aru. Comment vas-tu aru ? ». Non, si c’était le cas, même Kiku se serait sérieusement demandé si son frère n’avait pas était victime d’un sérieux coups sur la tête. Quoi de plus logique en tout cas qu’il ne veuille pas aborder le sujet ? Le japonais se doutait bien en plus qu’il devrait faire face à une telle réaction. Mais il n’avait pas pu se taire. Pas cette fois.

    Les mots de son ainé continuèrent de couler avec autant de véhémence, voire même plus. Ardeur furieuse et hésitations tremblotantes s’y mêlaient tour à tour. Et leur destinataire ne pipait mot. Il n’avait rien à y répondre. Ou plutôt si. Mais ce n’était pas le moment. Et il n’avait aucune envie de l’interrompre malgré le fait que chaque phrase semblait s’amuser à le torturer en lui tordant les entrailles à chaque syllabes entendues.

    « Si tu cherches seulement à me narguer, tu peux partir. »

    « Je ne cherche pas à te narguer… Vraiment pas… »

    Non, non, vraiment pas. S’il y avait bien une personne dont il n’avait aucune envie de se jouer, c’était lui. Et puis, il ne voulait pas partir…

    « Je ne comprend pas pourquoi tu es venu ! Je ne comprend pas ce que tu cherches.»

    « Mais je ne comprends pas non plus. »

    Et il ne savait pas ce qu’il était venu faire là. Il n’avait vraiment pas réfléchit. Peut-être aurait-il du. Peut-être qu’il aurait mieux fallut qu’il parte se livrer à un sommeil bien lourd et sans rêve dans la pénombre de chez lui.

    « Si tu cherches du réconfort ou quelques mots pour effacer ta culpabilité, tu t’es trompé de personne. »

    « Je ne… »

    Bon d’accord… Ce serait sans doute mentir au moins un peu de démentir qu’il ne cherchait que du réconfort et des mots doux capables de soulager un cœur lourd. Même si en fait de culpabilité, il n’en ressentait pas vraiment. Ou plutôt si. C’était en fait des regrets qu’il n’avait pas. Il n’avait le droit d’en avoir. Car ce jour-là, celui où il avait blessé cette personne si chère à vie, il n’avait reculé devant rien et avait été plus déterminé que tout. Ce qu’il avait fait, ce crime qu’il avait commis, c’était en son âme et conscience.

    Kiku déglutit. Son vis-à-vis ne s’était toujours pas retourné. Il restait imperturbablement debout, le dos tourné. Le japonais n’avait aucuns regrets… Et c’était peut-être bien pour cela qu’il pouvait se permettre de soupirer doucement comme il était en train de le faire, résolut à dire ce qu’il souhaitait faire entendre sur un ton triste et terriblement monocorde.

    « - Quand j’étais à l’hôpital… Après l’attaque d’Alfred… »

    Il se tût un bref instant en portant instinctivement la main à son œil bien mal en point. Il hésitait pour la première fois depuis qu’il était entré dans cette maison. Parce qu’il savait que Yao aurait préféré n’importe quoi que de l’écouter.

    « - …Je ne me souviens même plus combien de temps je suis resté dans cette chambre. Je n’avais plus aucuns repères. Je n’arrivais même plus à ressentir quoi que ce soit. Sauf une chose. »

    Un autre silence, plus bref. Il se releva doucement et s’appuya contre l’accoudoir du fauteuil, fixant un point invisible quelque part devant lui.

    « - J’avais mal. Je n’en pouvais vraiment plus. …Et je me demandais si ça avait été le même genre de douleur pour toi.. »

    Point barre. Rien d’autre à dire. Sa voix s’affaiblit. Il était vrai qu’il avait vraiment souffert durant cette période. A tel point qu’il aurait préféré en mourir. Et à chaque fois qu’il avait eu ne serait-ce qu’un peu plus de force ou de lucidité, il s’était toujours surprit à espérer qu’à un moment ou à un autre, le chinois entrerait dans cette chambre vide et blanche. Ça n’avait été qu’un espoir enfantin et complètement stupide, il l’avait toujours su. Et il avait d’ailleurs bien fait de ne pas y croire, cela lui avait évité une désillusion qu’il n’aurait pas supporté.


Dernière édition par Kiku Honda / Japon le Sam 6 Mar - 23:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Ven 15 Jan - 18:29



    Il regrettait avoir perdu son calme. Ô oui, il le regrettait parce que c’était en perdant son calme qu’à chaque fois il perdait tout court. Il n’était pas doué à s’énerver. Il s’embrouillait, paniquait et avait l’impression d’être si ridicule…Et Kiku qui ne réagissait pas. Ca aurait été si simple si lui aussi s’était énervé. Si Kiku s’était aussi mis à hausser la voix, Yao ne se serait pas sentit coupable à lui cracher au visage tout ce qu’il pensait à l’instant même.

    Mais le calme japonais sembla prendre pour lui les remarques blessantes de son aîné. Il ne pipa mot, laissant le chinois s’exprimer et ça lui donnait encore plus envie d’hurler, de lui demander pourquoi il ne s’énervait pas, pourquoi il le laissait faire. En même temps, cela aurait surpris Yao de le voir bondir sur ses pieds, répliquer avec force. Ce petit frère qui préférait s’accorder avec son interlocuteur que de devoir lui opposer un refus.

    Ce dernier prit bientôt la parole. Trop, tellement calme que le début de colère de Yao s’essouffla comme un soufflet ayant pris trop vite. Kiku lui parla d’Alfred, de son séjour à l’hôpital. Et le chinois ne put que retenir son souffle, il ne s’y attendait pas. Pourquoi parler de ça ? Ca n’avait aucun rapport avec lui. Aucun rapport parce qu’il n’avait pas voulu s’y inclure.

    Il savait ce qui s’était passé avec Alfred. Ce jour-là, il eut un frisson, à moins que ce fut comme si le bombardement avait résonné jusqu’à lui. Il ne savait pas bien, il était si mal au point à l’époque. Mais ensuite, il avait demandé des explications, demandé ce qui était arrivé et était resté bouche-bée. Son jeune frère, victime de l’arme la plus destructive au monde, à l’hôpital à l’instant même. On lui avait décrit son état et Yao avait demandé à ne pas en savoir plus. Pendant un moment, il avait été tiraillé. Devait-il aller le voir ? Le petit frère qui était seul, blessé et coupable ? Il avait fait un pas, reculé de deux puis s’était décidé à ne pas agir. A quoi cela aurait-il servit ? Leur fraternité avait éclaté pendant la guerre et aller au chevet de son ancien bourreau lui aurait donné une allure de masochiste, de victime atteinte du syndrome de Stockholm. Ce qu’il n’était pas. Et il avait eu autre chose à faire, il était trop mal au point, il s’en était persuadé du moins.

    Petit à petit, Kiku s’expliqua et Yao vit plus clair. Tu avais du bien souffrir dans ce lit, petit frère ? Seul, laissé à tes pensées et tes cauchemars, tu avais du réfléchir bien longtemps, n’est-ce pas ?

    « Le même genre de douleur… » Répéta-t-il si doucement.

    Il secoua la tête. Non, c’était différent. A vrai dire, la blessure de Yao était douloureuse, bien sûr, mais…pas tant que ça. Sur le moment, bien sûr que la lame tranchant son dos à vif avait blessé, l’avait fait crier de douleurs et puis quand ce fut guérit, par moment, elle l’élançait, il avait eu envie de se gratter ou sentait une gêne. Encore maintenant ça arrivait, mais en étant honnête, en ayant entendu ce qui s’était passé, la blessure de Kiku semblait bien plus profonde et douloureuse. Yao avait eu mal bien sûr et il n’y avait pas de hiérarchie à faire dans la douleur mais en presque 5000 ans, ce genre de chose, on les avait éprouvés mille fois. Alors que Kiku, son œil et sa souffrance, ça avait été une première non ? Tous avait été choqué, ennemis comme amis. Alfred avait-il eu raison ? Il avait du s’expliquer par la suite. Et même Yao qui s’était promis de ne jamais pardonner son frère en avait presque éprouvé de la pitié.

    « Je ne pense pas… » Dit-il doucement d’un ton qui se voulait neutre mais qui sonnait un peu faux. « C’est différent, je pense. »

    Il soupira, se retourna et regarda son cadet, au sol avec son œil bandé et sa tête de malade. On était en 1951 mais la guerre était encore récente pour tous deux.

    « Si tu veux savoir… » Son ton s’était fait plus froid, c’était comme une armure pour se cacher « Bien sûr que j’ai souffert physiquement…mais ce n’est pas ça qui fut le plus douloureux. J’ai suffisamment vécu des attaques et des agressions pour en être presque habitué. »

    Il n’en avait jamais parlé. Enfin, il s’était plaint, avait grommeler auprès des alliés, les avait ennuyé mais ce n’était que superficiel. Il n’avait jamais osé en parler plus, décrire ou quoique ce soit de peur que ce soit douloureux. Alors c’était tellement étrange d’en parler maintenant, comme ça, au hasard et à Kiku.

    Comme il le disait, les attaques, durant plusieurs millénaires, il en avait subit. Il s’était aussi battu, il avait aussi tenté de conquérir et ce n’était que le but du jeu. C’était douloureux mais supportable.

    Il glissa la main dans ses cheveux longs et se heurta aux nœuds. Il ne s’occupait pas beaucoup de son apparence ces dernier temps.

    « C’est plus douloureux de savoir que tous veulent vous abandonner. » finit par dire, d’une voix sèche.

    « Qui plus est quand c’est une des personnes auxquelles vous tenez le plus. » aurait-il pu rajouter mais il savait déjà qu’il accablait Kiku, qu’il se vengeait en quelque sorte et lui laissait comprendre ô combien il lui en voulait.
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Dim 31 Jan - 14:05

Spoiler:
 

    Devait-il regretter d'être venu ici ? Devait-il regretter d'avoir laisser ce minuscule fragment d'amour fraternel le guider jusqu'ici ? Non, malgré les piques, malgré le ton froid et sévère, malgré les reproches dissimulés que Yao lui envoyait, il ne regrettait pas. Il ne regrettait jamais. C'était comme ça. Le Japon était nation d'honneur, de fierté. On regardait le monde la tête haute, quelques soient les regrets, quelques soient les remords.

    Car des remords en revanche, il en avait. Ô certes, il n'y faisait pas attention, il faisait même tout son possible pour les enterrer loin, très loin, quelque part au fond de lui. Sinon ça le freinait, ça l'empêcher d'avancer, ça le brouillait et ses pensées n'étaient jamais très claires. Et s'il y avait bien une chose que Kiku n'aimait pas, c'était de rester dans la tourmente, incapable de régir correctement sa façon de voir les choses. Et pourtant, malgré sa maitrise habituelle de lui-même, il n'avait pu s'empêcher de laisser les mots couler aux travers de ses lèvres. Jamais il n'avait évoqué son passage à l'hôpital à qui que ce soit. Alfred, l'attaque, le séjour entre les murs blancs cassés de la chambre, la douleur, la désillusion... Non, il n'en parlait pas. Il n'en avait jamais parlé à qui que ce soit. De toute façon, à qui donc pouvait-il bien en parler ? La seule personne à qui il aurait accepté de se confier était aujourd'hui dans la même pièce que lui, si proche, tellement proche qu'il lui suffisait de tendre les bras pour l'étreindre, mais l'intéressé ne semblait pas dans les meilleures dispositions et aurait manifestement préféré se retrouvé coincé avec dix Yong Soo surexcités plutôt que de supporter plus longtemps la compagnie du Japonais.

    Alors voila, quand, au hasard d'une discussion, un tiers soucieux s'inquiétait de prendre de ses nouvelles au sujet d'Hiroshima, de Nagasaki, de la fin de la guerre... Kiku éludait la question par un sourire un peu triste et déviait vers un autre sujet. Non, tout ça, il n'avait pas en envie d'en parler au premier venu. Non pas qu'il considérait avoir forcement besoin d'en parler d'ailleurs.

    Ou pas... En fait si, il avait besoin de vider son sac. Pas forcement de se faire réconforter ou se faire plaindre, pas du tout ! Juste pouvoir déverser sa hargne, sa tristesse, sa colère et sa honte, pour enfin pouvoir avancer vers autre chose. Mais voila, ce n'était pas son genre. Lui, toujours si imperturbable, si calme... Il ne pouvait s'abaisser à libérer ainsi ses états d'âmes n'est-ce pas ?

    Yao finit par lui répondre. Sa voix doucereuse répétait les mots du Nippon avant de finalement formuler une réponse qui semblait plus pour lui-même que pour son interlocuteur. Ah bon, c'était donc diffèrent ? Kiku n'avait jamais été autant blessé que par les bombes atomiques, c'était une première pour lui, et il avait toujours pensé que toutes les douleurs se ressemblaient plus ou moins. Les douleurs physiques du moins, s'entend. Lors d'une blessure, le système de réception de la douleur était toujours le même : les nerfs envoyaient un message au cerveau qui retranscrit le tout par une sensation physique, et ce que le mal de base soit grand ou petit. En quoi une douleurs pouvait-elle être différente d'une autre dans ce cas ? L'habitude ? Ce fut effectivement l'alibi invoqué par son frère.

    Yao était habitué oui, c'est vrai. En même temps, avec un âge si grand, une existence si séculaire, il aurait été impossible que la Chine soit préservée des conflits et des combats. Bien sur qu'il était habitué ! Combien de lames, de balles, de plaies, sa peau avait-elle dû endurer ? Sans doute bien plus qu'aucunes autre personne sur cette petite bille fragile qu'était la Terre. Que pouvait-il bien penser de tout ça exactement ? Son ton remplit de distance froide ne collait pas avec sa façon d'être habituelle. Et le voir dans un tel état débraillé, se négligeant à ce point... Lui qui, malgré ses millénaires d'existence, n'avait guère l'air de dépasser les 25 ans, jamais il n'était apparu si brisé, si fatigué, si... Vieux.

    La dernière phrase du Chinois fut une allusion perfide. Pas difficile de comprendre le sous-entendue, et encore moins de deviner à qui il était fait référence. La remarque lui fit l'effet d'une gifle. Alors comme ça, grand frère voulait jouer à ça ? Soit. Kiku ne s'énerverait pas, ou du moins, il essaierait. Il avait bien comprit à force de piques incessantes que Yao cherchait à l'acculer pour lui faire perdre son sang-froid. Le Japonais ne voulait pas lui faire ce plaisir pour le moment, cela équivaudrait à perdre une bataille. Bataille dont il avait déjà à moitié cédé la victoire à son frère par le simple fait d'avoir eu la faiblesse de revenir en ces lieux, dans un désir inconscient de requérir sa présence.

    Kiku serra le poing tandis que sa main libre se crispa sur le haut du dossier du fauteuil. Lui qui avait jusque là laissé son regard observer le dos du Chinois, il baissa les yeux et fixa le sol d'un air paradoxalement vide et rancunier.

    « - Et alors quoi...? »

    Sa voix avait été faible, basse. Ce qu'il disait à présent, il n'arrivait même plus à savoir si c'était inconscient ou véritablement voulu. Il monta le ton.

    « - Tu pensais vraiment tous nous garder dans ta cage dorée ? Tu croyais vraiment que l'on pourrait se contenter de rester éternellement dans ton ombre ?! Tu nous as appris tellement de chose, montré tant d'endroits... Comment aurions-nous pu rester enchainés à toi après tout ça ?! »

    Sa main serrait la chaise de plus en plus fort. Il sentait que malgré sa résolution, son envie de tout lâcher, de tout dire, le submergé petit à petit. Il avait parlé au nom de tout ses frères et sœurs car pas un n'étaient vraiment resté avec Yao, bien que certains restaient plus ou moins proches de lui. Pourtant, à travers ce « nous », il ne désignait qu'une seule personne en particulier. Il ne désignait que lui, appliquant à la lettre le proverbe « Un arbre ne sera jamais mieux caché que dans une forêt ». Après tout, il avait été le tout premier à quitter Yao, symbolisant la plus brusque des ruptures. Il ne pouvait se permettre de parler plus librement de cet évènement, bien que tenter de minimiser son acte en incluant Corée, Taiwan et Hong-Kong lui semblait peu loyal.

    « - Tu craint tellement d'être seul... ? » Il baissa un peu la voix et détourna les yeux en se mordant la lèvre. « Dans ce cas, adopte-en encore un autre et fais attention à ne pas trop lui donner envie d'indépendance. De toute façon, n'importe qui fera l'affaire non ? »

    Après tout, Yao en avait adopté tellement... Oh, Kiku aimait ses frères et sœurs, bien sur. Mais à chaque fois, il avait l'impression qu'on lui volait toujours un peu plus son grand frère, celui qui l'avait recueillie et avait veillé sur lui tant de temps. Il avait dit ça mais il lui était douloureux de penser que le Chinois pouvait à nouveau s'enticher d'une autre nation à adopter et protéger.
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Mer 10 Mar - 9:19

    Toute cette rencontre imprévue, cette altercation même, semblait régit par le seul mot qu’était le Regret. « Je regrette d’être venu et de m’être confessé, je regrette de t’entendre te confesser et de te repousser, je regrette de dire tout ce qui me passe par la tête. Juste, je regrette. »

    Il n’aurait pas du commencer à lui dire ces mots-là. Au moment où ils étaient sortis, Yao s’en était voulu. Une hiérarchie dans la douleur, c’était difficile et presque cruel que d’en créer une. Il ne réfléchissait plus très clairement à présent. S’il s’était assis, avait respiré profondément et avait repensé à ce qu’il venait de dire, peut-être qu’il se serait giflé mentalement de dire de telles choses.

    En y repensant, dans un autre contexte, il n’aurait sans doute pas accablé tant que ça son interlocuteur. Après tout, la plupart des autres nations prenaient Yao pour quelqu’un de toujours souriant, presque insouciant et léger et même parmi sa famille à présent quelque peu décomposée, peu l’avait vu dans un état aussi troublé et aussi fermé. Comme quoi certaines nations n’étaient pas aussi immuables qu’elles semblaient vouloir le montrer.

    D’où il était, il ne vit que discrètement le poing du japonais se crisper, mais il sentit bien à l’atmosphère encore plus sombre, à la crispation de son interlocuteur que les paroles qu’il avait proféré avaient fait leurs chemins. Yao en avait presque de la peine. Peiné de se rendre compte que tous ce que tous deux voulaient, c’était au final se disputer.

    C’était triste alors que leur relation lui avait semblé si tranquille au départ. Il n’y avait eu qu’avec Kiku qu’il avait pu être capable de passer toute une soirée à regarder la lune et ses étoiles. Le calme du japonais avait été reposant par le passé. Alors en venir à ne pouvoir que se disputer, c’était décidément triste.

    « Et alors quoi … ? » furent les premiers mots et le Chinois aurait à ce moment voulu faire taire le Japonais parce qu’il savait qu’il ne voulait pas entendre la suite.

    Et bon sang qu’il avait raison. En vérité, il resta pantois. Si la mention de cage doré sembla pour lui comme un poignard dans le cœur, sans aucun doute que l’expression « enchainé à toi » suffit à l’achever.

    Et la sentence. –« Tu craint tellement d'être seul... ? » résonna mille fois dans sa tête alors que son cerveau semblait buter sur chaque mot. Yao en ria de nervosité, tellement qu’on aurait pu croire que la démence le prenait. Comment Kiku faisait pour toujours être si perspicace ? Même s’il ne s’en rendait pas compte et que sûrement il avait dit telle chose sous le coup de l’action, rien d’autre ? Bien sûr que Yao avait peur d’être seul. C’était sans doute sa plus grande peur. Et sûrement que c’était égoïste mais que pouvait-il y faire ? Il avait besoin de la présence des autres et ce en permanence.

    « Adopte-en un autre ? »

    « Tu crois que c’est si facile ? »


    Finalement, le Japonais n’était qu’un idiot, cruel mais un idiot tout de même. La proposition sournoise lui fit l’effet d’une douche froide, lui montrant quel était l’image qu’il pouvait donner. En adopter un autre ?

    « Je t’interdis de dire ça ! » s’écria-t-il.

    « Si c’est pour devoir encore le perdre, pour qu’il se débarrasse de moi quand il en aura eu assez, ce n’est même pas la peine. » répondit-il énervé. « Si j’ai montré et donné tant de chose, pourquoi alors n’ai-je aucune reconnaissance ? »

    On ne devrait pas éduquer des enfants pour avoir une reconnaissance, des compliments « ô qu’ils sont intelligents vos petits, quel bon boulot vous avez fait. », pour avoir un retour, un remerciement. On devrait le faire pour eux, pour une satisfaction personnelle, par devoir peut-être. Mais tout de même, c’était dur de devoir se plier à une telle abnégation. Après tout ces échecs, Yao n’en était peut-être tout simplement pas capable. Oui, il aurait aimé une reconnaissance ou un moins un retour d’affection peut-être. Il en demandait plus qu’il n’avait eu.

    « Quand ça va mal, tu viens pleurer chez moi mais autrement c’est silence radio, n’est-ce pas ? Je ne t’ai pas vu depuis longtemps et maintenant que tu as des remords, je te vois arriver à l’improviste. Je ne suis pas sûr que ce soit très juste ce que tu me dis ! Tu me parles d’en adopter d’autre. Je ne me suis pas débarrassé de toi à ce que je sache, ce serait plutôt le contraire d’ailleurs…si, ça avait été possible, j’aurais très bien vécu avec toi, avec vous tous pour encore plusieurs millénaires.» avait-il dit à tout vitesse, sans reprendre son souffle. « Je comprend pas, je comprend rien, tu as voulu partir, et j’ai l’impression que tu me reproches de m’être occupé d’autres. »

    Il commença à faire les cent pas dans la pièce dans une tentative de baisser la tension qui le prenait, regarda autour de lui et sembla comme se rendre compte de l’abandon dont lequel baignaient les lieux. Il passa le bout des doigts sur la table basse qui avait été déplacée sur le côté de la pièce avant de s’assoir devant, posant les coudes sur le bord, les mains dans le visage. Histoire de se donner contenance ? Peut-être.

    Il reprit une voix un peu plus calme, ou du moins se persuada qu’elle l’était et continua :

    « Ecoute, je ne sais pas ce que tu veux maintenant. Crois-moi, j’ai bien compris qu’être sous mon aile ne te suffisait plus. Que veux-tu que je rajoute ? Que je te dise que tu n’as plus à t’en faire et que je tenterais plus de te garder sous ma botte ? Qu’est-ce que tu veux Kiku ? »


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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Jeu 1 Avr - 20:09

    lIs n'étaient que des gamins. Des gamins. Des enfants et rien de plus. D'innocents enfants qui s'amusaient à s'arracher mutuellement le cœur. Un acte cruel et irréfléchi. Peut-être inconsciemment désiré. Juste une envie mesquine, dissimulée au fond de leurs être. Une pluie noire que leurs âmes s'amusaient à déverser, mélange de rancœur et d'amour regretté.

    Chacune de leurs paroles, chacun de leurs gestes, étaient comme une lame enfoncée plus profondément dans le dos. Tel un dard noir et menaçant, ou une épine refusant de libérer son étreinte. Ils n'arrêtaient pas. Ils ne le pouvaient. Pitoyable besoin de se faire du mal juste pour masquer un désemparement au final pas si bien caché que ça. Ils n'arrêtaient pas, ils étaient des enfants. Comme ces gosses avec les insectes, se livrant à ce qu'ils ne croyaient être qu'un jeu et qui n'était en fait rien de plus qu'une torture persistante.

    Ils déversaient leurs mots, comme la torture des enfants qu'ils étaient. Ou n'étaient pas. N'étaient plus. Des mots jamais oubliés, toujours regrettés. Le genre de mots qu'il ne fallait pas dire. Mais trop tard, ils les avaient dit. Il n'était plus la peine de s'en vouloir à présent. Mais la culpabilité est le propres des hommes et Kiku en donnait l'exemple. Pour la première fois depuis son arrivée, il n'avait pas ressentit de regrets à ses paroles. Mais la culpabilité lui alourdissait les épaules en un fardeau que le silence des années rendait plus lourd encore. Cette culpabilité lui bouchait les oreilles et lui brouillait la vue. Il ne chercha même pas à suivre des yeux les mouvements de son ainé. Il le laissa assimiler ses paroles. Il le laissa pantois. Et le laissa s'indigner.

    Car pourquoi le reprendre ? Pourquoi le couper dans son élan ? Pour s'expliquer ? Il n'avait rien à expliquer. Autant le laisser parler. Le laisser parler de ces dagues qu'étaient ses paroles, tels les mots de torture d'enfants innocent mais néanmoins à la fois victime et bourreau.

    « Si j’ai montré et donné tant de chose, pourquoi alors n’ai-je aucune reconnaissance ? »

    Tant d'amertume. N'était-ce donc que ça au final ? Lui comme tout les autres n'avaient-ils donc été que des trophée à exposer hypocritement ? Peut-être. En partie. Au moins un peu. Malgré lui, le Japonais leva les yeux vers lui. Yao se rendait-il compte de la portée que pouvait avoir cette question ? Le Japon baissa la tête, désemparé, navré. « Désolé de n'avoir pas pu être une source de fierté suffisante pour toi » se dit-il tout bas, avec un cynisme latent. Il hésita à le dire à haute voix, comme pour confesser l'unique chose qu'il considérait devoir être obligé de se faire excuser. Il ne le fit pas. Un moment d'hésitation et voilà que déjà, il avait perdu son tour de parole, laissant le givre mordant des pensées de son frère s'incruster sur sa peau, lui arrivant en pleine face, comme une gifle. Le flot de paroles semblaient s'amplifier pour ne jamais tarir. Un déversement qui figea l'intéressé sur place, lui coupant le souffle avec mesquinerie.

    Ce fut cette intonation marquée sur son prénom qui lui fit prendre conscience de ce ridicule dont ils faisaient tout les deux preuves depuis le tout début. Pourtant, Kiku aurait bien voulu arrêter. Arrêter de se comporter comme des gamins jaloux et colériques. Mais comment peut-on réussir à sortir le doigt de l'engrenage ? Seul, c'est chose impossible. Et le silence avait beau être en train de s'installer à présent que Yao s'était tut, le bruit de l'engrenage résonnait encore aux tympans du Japonais. Il essayait, avec une difficulté grandissante, d'assimiler ce qu'il avait bien cru comprendre.

    « Quand ça va mal, tu viens pleurer chez moi mais autrement c’est silence radio. »

    C'était une estocade. La première. Celle qui le laissa pantois. La seconde, elle, allait se charger de lui couper les ailes avec cruauté.

    « Je comprend pas, je comprend rien, tu as voulu partir, et j’ai l’impression que tu me reproches de m’être occupé d’autres. »

    Un goût amer lui trainait dans la bouche. Désagréable sensation. Yao touchait souvent juste, sans même s'en rendre compte. Il fixait le dos de son ainé, à présent assit, le visage dans les mains, comme si la lassitude l'épuisait. En cet instant, devant tel spectacle, il n'était pas possible de trouver la force de s'énerver, de hausser la voix. En revanche, il était toujours temps de soulever des évidences nauséeuses.

    « - Silence radio ? C'est une blague ? Bien sur que j'ai fais silence radio. Mais franchement, tu t'attendais à quoi exactement ? Tu pensais vraiment que je pouvais te regarder en face après... »

    Jamais il ne finit sa phrase. Après tout, le Chinois lui-même avait bien spécifié qu'il ne voulait plus jamais en entendre parler. Pas la peine de s'acharner. Et de toute, il avait comprit, donc peu importe au final. D'un geste las, il s'installa dans la fauteuil auparavant utilisé par Yao, préférant ne plus avoir sa vue d'homme épuisé sous les yeux. Il déglutit, essayant de trouver quelque chose à répondre aux interrogations de son ainé. Que voulait-il en fait ? Depuis le début, cette question lui trottait de la tête et il n'avait pu l'éluder. La réponse lui glissait entre les doigts comme de l'eau, laissant la clepsydre de son esprit se vider. Pourtant, une esquisse de réponse se frayait un chemin, doucement, et s'inscrivit au fusain dans sa tête.

    « - Ce que je veux ? Je veux... Juste retrouver mon grand frère je crois. »

    A peine eut-il laisser sortir cette réponse que le fusain devint encre. Une encre suintante et pas encore tout à fait sèche.
    Kiku avait beau ne pas avoir la fibre familiale très développé, il se sentit désemparé de ne pas avoir comprit avant à quel point sa solitude lui était difficile. Il était resté seul trop longtemps. Et l'ancienne alliance avec Ludwig et Feliciano, qui faisait maintenant partie du passé, lui avait rendu le goût de fréquenter le monde. Peut-être était-ce une explication suffisante. Ou peut-être pas. Il ramena ses jambes contre lui et fixa à nouveau le plafond, le regard tranquille et flouté. Un joli contraste avec son bouillonnement intérieur de tantôt. Mais c'était habituel : versatile, il l'avait toujours été. Et il lui fallait être réaliste.

    « - Mais c'est trop demander. »

    Une affirmation d'une simplicité alarmante servit d'une voix d'une terrifiante neutralité. Il s'était résigné.
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Dim 16 Mai - 19:22

    Chaque silences semblaient interminables et étaient aussi durs qu’une torture. Par moment, Yao n’avait envie que de se lever, de tout déranger, faire tomber ce qui ne l’était déjà pas et crier, crier, crier. Parce qu’un peu comme une catharsis, déverser ses plaintes et complaintes lui faisait du bien, en un sens. C’était sans doute temporaire mais même si c’était le cas, le résultat était le même. Ça faisait du bien pendant un court instant et c’était tout ce qui importait.

    Il aurait aimé, encore une fois, que Kiku aussi s’emporte et ne reste pas silencieux comme s’il lui donnait raison. Il aurait aimé qu’on lui dise même si c’était violemment qu’il avait eu tort et qu’il fallait qu’il arrête de jouer sa victime, qu’il y avait un point qu’il n’avait pas compris, qu’il y avait quelque chose d’autre. Au final, après toutes ces années, n’était-il pas masochiste à souhaiter pareille chose ?

    Finalement, son petit frère prit la parole. Lui, il leva lentement les yeux, tournant son regard vers celui-ci. N’avait-il pas raison en fin de compte? Yao serait devenu fou si Kiku était réapparut après leur altercation. Qu’aurait-il fait ? Sûrement qu’il n’aurait pas pardonné et le pouvait-il à présent ? Il n’en était pas encore sûr. Bien sûr, il en avait terriblement envie, bien sûr, il préférerait que tout redevienne avant, à cette époque lointaine qui lui semblait à présent bien vague.

    « Ah, j’ai cru que tu t’amusais mieux en compagnie des Occidentaux. »

    C’était mesquin et Yao le savait.

    Il ne pensait pas être raciste. Du moins pas plus que les autres pays. Après tout, il n’était pas bête et savait les clichés qu’on portait sur lui et sa population mais c’était entendu et lui et son peuple, non plus ne se faisait pas attendre pour critiquer les pays de l’autre côté du globe. C’était ainsi, on a peur de ce qu’on ne connait pas.

    Si Kiku semblait avoir réussit à se faire à la présence des Occidentaux, ce n’était pas le cas forcément de Yao qui malgré toutes ces années était resté méfiants. Il faut dire qu’il avait quelque raison de leur tenir grief. Mais même sans cela, ce n’était pas une rancœur nouvelle. Après tout, c’était bien eux qui l’avaient forcé à s’ouvrir au monde et pour déboucher sur quoi ? L’abandon de son frère, une guerre mondiale et une victoire aux allures de défaite. A l’instant même, il aurait préféré rester en autarcie avec lui-même. Si le Japonais avait goûté à ce que pouvait être l’appartenance à un groupe, et l’ouverture sur le monde, le Chinois semblait à présent se tenir éloigné de toute corruption occidentale. Il avait essayé de s’intégrer et au final, on pouvait dire que ça pouvait aller. Mais son problème avait toujours été le même. S’il semblait pardonner en apparence, il se rappelait toujours et c’était douloureux à ne pas en douter.

    Il soupira et reprit la parole, d’une voix lasse, disant la vérité cette fois-ci :

    « Je n’avais pas envie que tu partes. Je n’ai jamais compris. »

    Il baissa le regard et fixa un point invisible. Il lui semblait bien pourtant que dans son souvenir flou, Japon lui avait donné ses raisons. Pourtant il ne pouvait se rappeler comme s’il y avait posé un drap blanc parce qu’il valait mieux ne pas savoir pour continuer à avancer.

    Finalement, Kiku avoua ce qu’il voulait et cela prit Yao au dépourvut. Il aurait pu s’y attendre peut-être mais l’entendre en vrai ne lui semblait pourtant pas assez réel. A l’instant même, il aurait aimé se lever et le prendre dans ses bras parce qu’au final, dans un coin de sa tête, ça lui faisait de la peine que Kiku puisse sembler à l’instant même si seul. Il lui semblait qu’il n’avait jamais fait signe d’être heureux de faire partie d’une si grande famille et il fallait que ce soit après tout ça, après l’effondrement de cette bulle dans laquelle ils avaient vécu qu’il lui avoue telle chose.

    « C’est difficile à te l’accorder » avoua-t-il.

    Il avait envie mais on ne pouvait pas tout avoir dans la vie, il l’avait expérimenté tant de fois déjà, qu’il ne le savait que trop bien. Il voulait le lui accorder pourtant, mais maintenant, dans l’immédiat c’était impossible.

    « Si je te disais que j’allais tout oublier pour qu’on recommence à zéro, je te mentirais et tout finirait pas s’effondrer de nouveau. »
    constata-il en détournant de nouveau les yeux sachant que ses mots pouvaient sonner comme bien cruels.

    « Mais, tu sais que j’ai mon propre rythme et que ce ne sera pas aujourd’hui ni demain que je pourrais de nouveau te considérer comme tu le souhaites. »

    Après tout, il avait toujours eu l’impression de subir le temps différemment des autres. Quand on disait que le temps était relatif, ce n’était pas qu’une métaphore, pour lui c’était bien réel. Il évoluait avec ce temps, lentement mais sûrement. Peut-être un jour pourrait-il accepter la trahison de Kiku, puis ensuite ses excuses et ainsi de suite. Mais ce n’était pas à l’ordre du jour.

    « En attendant…Prends ça comme une punition, de ton aîné si tu en as envie. »

    On ne choisit pas sa famille disait le proverbe. Apparemment, on ne choisit pas non plus de s’en défaire quoi qu’il advienne.

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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Mer 30 Juin - 16:24

    « Ah, j’ai cru que tu t’amusais mieux en compagnie des Occidentaux. »

    Arrête arrête arrête. Stop, ça suffit. Tes petits commentaires blessants, je ne veux plus les entendre.

    Il serrait les poings, prostré dans son fauteuil, la respiration en suspend. Chaque cellule de son corps lui hurlait de se lever, de perdre son calme une bonne fois pour toute, de laisser libre cours à son ressentiment et sa frustration. Mais la peur le clouait sur place. La peur de se faire encore plus détester, la peur de sentir à nouveau sur lui un regard haineux lui faisant clairement comprendre qu'il n'avait plus sa place parmi la famille asiatique.

    Le pire, c'est qu'il ne pouvait rien répliquer pour réfuter les mots de son frère. Oui, il préférait la présence des Occidentaux. Il n'aimait pas certaines idées que ces Blancs se faisaient de son pays mais il avait largement préféré s'y soumettre plutôt que de garder le rôle du toutou de la Chine. Il voulait grandir, il voulait s'élever. Oh, il ne voulait pas être le meilleur, ni même surpasser toutes les nations existantes. Mais il voulait au moins qu'on reconnaisse ses mérites. Il en avait assez d'être considéré comme le faire-valoir de son grand frère.

    « Je n’avais pas envie que tu partes. Je n’ai jamais compris. »


    Frère qui n'avait jamais eu les yeux en face des trous.
    Qui se noyait dans ses propres illusions.
    Qui n'avait pas envie d'entendre le cri muet de son cadet.

    Mais comment le lui dire ? Si c'était pour lui cracher à la figure une explication qu'il s'acharnerait à ne pas comprendre, autant prendre sur soi et se la fermer. Kiku ne voulait pas se justifier. Il n'avait pas à le faire. Si Yao refusait de voir la réalité en face, tant pis.

    Le japonais laissait les mots de son ainé couler. Sans doute était-ce dû à la fatigue accumulée mais il se retint de rire nerveusement. Se rendait-il compte que ce qu'il lui disait était à la fois ridicule, inutile et dénué de sens ? Tout oublier ? Bien sur que c'est difficile. Bien sur que c'est impossible. Bien sur que ce ne serait que mensonge. Quelle évidence !

    « En attendant…Prends ça comme une punition, de ton aîné si tu en as envie. »


    Ça en devenait pitoyable. Ça commençait à lui faire mal au cœur, ce trop plein de bonnes intentions, cette façon inconsciente de minimiser les choses comme si tout ce qui s'était passé entre eux n'avait été qu'une petite bêtise d'enfant. Et après, c'était lui qui lui rabâchait qu'il serait difficile de pardonner.

    Grand frère, ouvre un peu les yeux. Nous ne sommes pas dans un de ces contes que tu me racontais quand j'étais petit... Pas la peine d'ergoter, pas la peine de sortir de grandes et belles phrases, pas la peine de surjouer. Tu vois cette pièce dévastée ? Tu vois la fatigue et la vieillesse de ton reflet dans le miroir fissuré ? Et bien regarde un peu mieux, c'est ça la vérité. C'est ça le présent. Pas la peine de te borner à te vêtir du masque de la figure fraternelle. Ça marche plus. Ça sert plus à rien.

    Kiku rassembla ses esprits. Sa gorge lui faisait mal à force de ravaler sa colère et ses sanglots. Quand est-ce que cette comédie allait se terminer ?

    « Si tu m'avais dis que tu me pardonnais... Je t'aurais pris pour un naïf... Non, pour un idiot. Un idiot trop stupide pour faire la part des choses. »


    Il espéra avoir réussit à maitriser sa voix.
    Il se tourna pour voir son ainé et le fixa d'un air grave.

    « Tu sais que je ne regrette pas ce que j'ai fais. Tu sais que je ne m'excuserais pas. »

    Ne jamais dire « Fontaine, je ne boirais pas de ton eau »... Pourtant, en cet instant, Kiku était bien déterminé à ne jamais faire acte de remords ou de quoi que ce soit qui s'en rapprochait. Il assumait ses actes, et assumait du même coup devoir passer pour un traitre aux yeux des autres, de sa famille.

    Reviens victorieux ou ne reviens pas.
    Sois fier d'être soldat, sois fier de te battre, sois fier de mourir pour l'Empereur.
    Trahi aujourd'hui pour ne pas être trahis demain.
    Prépare la guerre pour installer la paix.


    Autant de phrases rituelles et traditionnelles qui avaient cours chez lui, qui se murmuraient de soldat en soldat, de père en fils.
    Voilà ce qui dictait sa conduite.
    Et qui l'empêchait d'avoir le droit de regretter et de s'excuser.

    « ...Est-il bien utile de punir un enfant qui ne regrette pas ? »

    Kiku avait retrouvé sa maitrise. Et semblait devenir petit à petit insensible à ce que l'on pouvait à présent lui dire ou lui faire. Tout ça par la faute de la passivité et la lassitude de son frère. Au final, Yao lui avait aujourd'hui prouvé qu'il était futile d'attendre quoi que ce soit. Kiku ne faisait jamais – ou très rarement – le premier pas, que ce soit pour dire ou pour faire quelque chose. Venir ici aujourd'hui lui avait déjà bien trop couté, il n'avait pas envie d'en faire plus. Il n'avait pas envie de comprendre cette nation qui se tenait à quelques centimètres à peine de lui, entretenant le gouffre qui se formait. C'était triste mais c'était comme ça.
    Toute cette histoire, tout leurs enfantillages, ça le fatiguait.

    « Si ma vue est trop dure à supporter pour toi, dis-le clairement. Je m'en irais. »

    Imbécile de frère.
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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Lun 19 Juil - 19:30

    Apparemment ses mots agacèrent Kiku. Sa première réaction lui sembla tranchante, la deuxième acheva le tout.

    Dans un autre contexte, il aurait pu être satisfait de voir le japonais sortir de ses gongs de la sorte. C’était tellement dur de savoir ce qu’il pensait réellement. Il avait presque l’impression d’être un privilégié d’assister à un tel spectacle. Mais sans doute Kiku n’aurait pas apprecié que Yao lui fasse telle remarque et ce dernier pensait bien qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter de l’huile au feu qui se rapprochait plus de l’incendie de forêt que du feu de cheminée.

    Chine haussa les épaules. Cette entrevue l’exténuait et plus qu’il ne l’avait pensé. Il ne savait pas du tout quoi dire ou quoi faire pour que Kiku se calme ou pour répondre à ses attentes…dans les limites du possible. En vérité, il aurait préféré que celui-ci s’en aille et le laisse tranquille, qu’il revienne plus tard…bien plus tard. Quand il aura pensé ses plaies, dormit et oubliait un peu pour ensuite y repensait à tête reposée. Ils s’étaient battus littéralement il n’y a pas si longtemps que ça. Continuer la bataille morale ne l’intéressait pas pour le moment parce qu’il avait l’impression dans tous les cas d’être le perdant.

    « Je n’en sais rien. Je n’en sais rien. Tu viens me voir, tu me dis que tu aimerais retrouver ton grand frère mais tu me dis que j’aurais été idiot de te pardonner. Moi, je n’y comprends rien à ça. »
    Répéta-t-il lentement en hochant négativement la tête. « Peut-être que je le suis mais si tu m’avais dit clairement ce que tu avais en tête…Je ne suis pas devin, je ne sais pas lire dans tes pensées même si je l’ai souvent voulu. »

    Finalement c’était dit. Après toutes ces années…non, ces siècles plutôt ? Leur relation ne datait pas d’hier mais finalement c’était seulement ce jour-là qu’ils se décidaient à être un peu honnête.

    Il leva la tête, son regard rencontrant celui de son petit frère. « Peut-être que la personne punissant l’enfant espère seulement qu’un jour ce dernier comprendra son erreur. Tu ne penses pas être en tort mais moi je pense sincèrement que tu l’es. »

    Le temps seulement pourra dire ce qu’il en est…et encore ?

    Kiku se referma. Ah, Japon restera finalement toujours un mystère. Tellement dur à comprendre, plus insaisissable que les autres. Au final, Yao n’y avait jamais rien compris. Il avait bien essayé mais le jour présent semblait être la preuve même de son échec. Il n’arrivait pas à le comprendre, à savoir ce qu’il voulait. Ça l’avait toujours attristé d’une certaine façon.

    Son petit frère n’avait jamais dit les choses clairement. Même enfant, il lançait des messages codés. Alors que Yao semblait à l’inverse tellement plus impulsif. Sûrement que souvent, il avait du mettre les pieds dans le plat, qu’il avait du comprendre l’inverse qu’avait voulu exprimer son petit frère et ce dernier sûrement n’avait pas cherché à contredire son aîné.

    Là aussi, qu’avait voulu faire comprendre le japonais ? Yao avait il bien comprit ? Apparemment non puisque son attitude semblait avoir gâché tous les efforts qu’avaient pu faire le japonais à déjà venir jusqu’ici. A faire le premier pas. Ce geste, il savait qu’il était important pour quelqu’un comme Kiku qui semblait plutôt être du genre à préférer que l’autre fasse le premier pas. Seulement, pour l’instant, il ne le reconnaissait pas à sa juste valeur.

    Je n’ai pas envie de te dire telle chose, pensa Chine.

    C’était tellement agaçant. Il n’arrivait pas à savoir ce qu’il voulait. Il aurait aimé que Kiku reste à ses côtés mais sa vision même pour le moment était trop difficile. Il aurait aimé lui pardonner, accepter ce qui s’était passé et repartir à zéro mais ça lui semblait impossible à l’instant même. Il n’était peut-être pas totalement humain, mais il l’était suffisamment pour avoir des sentiments égoïstes, pour ne pas oublier.

    Il ne voulait pas le voir partir, il avait peur que cela soit définitif. Mais là, il n’avait plus envie non plus de lui adresser la parole. Il ne savait décidément pas ce qu’il voulait.

    « Tu ne veux pas de mon autorité, non ? Ça je l’ai compris…finalement. »


    Il eut un bref silence repoussant les mèches de ses cheveux derrière une oreille.

    « Fais ce que tu veux, je n’ai plus à te dire quoique ce soit, non ? »


    Il ferma les yeux comme on ferme une porte pour se couper du monde. Il était peut-être le plus vieux, peut-être aurait-il du jouer son rôle de grand frère jusqu’au bout quitte à en être ridicule mais il préférait abandonner, hisser le drapeau blanc et s’enfermer en lui-même. Pour le moment, il ne voulait plus rien entendre.

    Déteste-moi si tu le veux mais cesse de crier. J’ai besoin de repos à présent. Semblait-il dire.

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MessageSujet: Re: [1951] pas un rayon de soleil n'éclaire le ciel [Japon]   Jeu 26 Aoû - 8:35

    Nous n'avons plus rien à nous dire.

    Pourquoi s'acharner ? Ils ne pouvaient plus se comprendre. Peut-être même qu'au fond, ils ne s'étaient jamais vraiment comprit. Depuis le début. Même quand Yao l'avait trouvé, seul et désabusé, dans cette petite forêt de bambous. Ce moment lui semblait si loin aujourd'hui. Quand il essayait de s'en rappeler, ce n'était que des images un peu floues et approximatives. C'était un de ses plus vieux souvenirs et il avait presque tout oublié de sa ridiculement brève existence avant de rencontrer et se faire recueillir par Yao.

    Avant, c'était flou, c'était sombre. Et a l'instant où le chinois l'avait sorti de son simili de prison, tout était devenu soudainement plus lumineux. Peut-être était-ce juste parce qu'il avait enfin pût voir le soleil par ses propres yeux, et non pas via les branches et les feuilles de sa cages végétale, et alors ? Pour ses yeux d'enfant, ça avait surement été la plus belle chose qu'il n'avait eu l'occasion de voir. Mais aujourd'hui, c'était fini. Les belles choses, les douceurs et les malheurs d'une existence, il les découvrait lui-même. Les rencontres, celles avec les autres nations, avec les humains, avec les esprits, il les faisait aux aléas de la vie qu'il menait par lui-même, sans ainé, sans maitre et sans mentor derrière lui pour lui dicter la marche à suivre. Ou juste sans personne pour l'aider, le guider, le conseiller.

    Et en face, le seul qui pouvait vraiment se permettre de le conseiller semblait être aussi perdu que lui pour le moment. Yao y allait de ses tirades. On aurait dit qu'il déblatérait tout ce qu'il avait sur le cœur. Dire clairement ce qu'il avait en tête ? Mais Kiku n'était pas de ce genre-là voyons. Les mots portaient trop à confusion pour lui Avec des mots, des sons, on s'exprimait c'est vrai. Mais en contre-partie, il arrivait souvent que la personne en face ne saisisse pas bien, voire mal, les sentiments de l'autre. Alors pourquoi libérer le fond de ses pensées dans ce cas ? Garder les choses pour soi, c'était éviter les malentendus et les incompréhensions.
    Ou du moins le croyait-il.

    Tout cela aurait-il pût être évité si Kiku avait été un peu plus expansif avec son frère ? La guerre, la trahison, les blessures... Que se serait-il passé si tout cela n'avait jamais été ? Aujourd'hui, le japonais n'arrivait pas visualiser. Il n'arrivait pas à se voir en compagnie de Yao, à rire et parler en observant la lune ou en buvant une tasse de thé. Cette scène qui avait été si courante avant relevait plus aujourd'hui du rêve éveillé. Un peu comme si ce n'était en fait qu'une hallucination et qu'il n'avait jamais vraiment vécu ces instants. Et comme s'il ne pouvait jamais plus en revivre dans le futur.

    - Nous ne pourrons jamais nous comprendre hein ?

    Les questions qui n'attendaient pas de réponses. Pour ça aussi il était fort. Kiku n'avait plus envie de faire d'effort, il n'avait même plus envie de voir cette loque qui lui servait à la fois de frère et d'ennemi. C'était bien trop difficile à supporter. Partir. Partir loin d'ici, loin de cette maison aux meubles défoncés, à l'atmosphère étouffante. Partir et oublier. Rentrer chez lui, s'isoler.

    - C'est vrai. Je ne veux pas de ton autorité, pas plus que je ne veux de ta pitié ou de ta compréhension.

    Oublier la guerre, les batailles, la souffrance et le reste. Oublier ses folles idées d'Empire et d'annexions des pays asiatiques. La minuscule flamme qui lui restait, ce ridicule éclat de combativité qu'il avait réussit à conserver malgré les bombes et l'invasion d'Alfred s'était complètement éteint au cours de cette discussion avec le chinois. C'était fini, il n'avait plus envie de lutter lui non plus.

    Nous étions en 1951 et le Japon avait perdu toute volonté combative en même temps que sa famille et ses amis.

    Pacifisme et neutralité seraient désormais ses mots d'ordres. Bien malgré lui. Parce qu'il n'avait pas le choix.

    Il s'extirpa difficilement du fauteuil. Il avait l'impression de ne plus être qu'une ombre. De ne plus être que sa propre ombre. Ils ne leur restaient plus rien à tout les deux, cette pièce sans dessus dessous en était la preuve. La silhouette décharnée de son frère refusait de le regarder, son visage restait ostensiblement baissé, il ne voulait même pas lever la tête. Tant mieux. Si Kiku avait pût voir ce qui se cachait dans les yeux de Yao, il ne l'aurait pas supporté. Et surement aurait-il craqué, lâché prise.
    Ce qu'il ne devait pas faire.

    Vite, la sortie. Qu'enfin il s'en aille. La porte lui paraissait si loin...

    - Au final, tu as raison tu vois ? Nous n'avons vraiment plus rien à nous dire. Je me demande si tu as vraiment cherché à me comprendre pendant toutes ces années.

    En passant derrière lui, il avait voulu poser une main sur l'épaule de son frère, ou dans ses cheveux, pour lui faire comprendre que rien n'était vraiment perdu. Mais à la place, il n'avait pût que lui sortir ces mots cinglants. Et à présent, il avait atteint l'embrasure de la porte, il ne pouvait plus faire marche arrière.

    - Adieu. Puisque c'est ce que tu veux, je vais oublier que j'ai un frère.

    Jusqu'à la prochaine fois.



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