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 [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]

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Feliciano Vargas/Italie N

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MessageSujet: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 13 Mar - 18:16

« L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, et où il n'a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise. »
Réflexions ou Sentences et Maximes morales (1664), 77
Citations de François, duc de La Rochefoucauld



Voici l'une des plus importantes fêtes vénitiennes. Le carnaval de Venise ne ressemblait pas aux autres, rien à voir avec le carnaval de Rio. Cet événement particulier qui avait pour maître mot raffinement et beauté débutait comme chaque année par le vol de l'ange au campanile.

Que serait Venise sans son carnaval ? C'était certainement la question que se sont posés les vénitiens comme Feliciano lorsque que le gouvernement décida de le supprimer suite à de trop nombreux «dérapages». Ce n'est que dans les années 1970 qu'il fut réellement "réhabilité". Mais malgré cette situation passée, le retour du carnaval redevint un lieu de débauche bien que plus discret, surtout pour la jeunesse actuelle, toujours plus libertine.

Autrefois il pouvait durer jusqu'à six mois ! Vêtu du Tabarro (longue cape noire) et de la Bauta (masque du carnaval de Venise), l'un devenait l'égal de l'autre et tout était permis. Les vénitiens pouvaient se laisser aller à toutes les fantaisies. En tout anonymat et impunité ; chacun faisait ce qu'il voulait. Un bon prétexte donc, aux joutes amoureuses qui finissaient souvent dans un lit d'une chambre d'hôtel à proximité.

Les cérémonies du carnaval suivaient des règles bien précises. Mais progressivement l'ambiance glissait vers des fêtes moins encadrées, dérivant facilement dans un délire plein d'exubérance.
Venise se transformait en théâtre baroque géant où tout le monde jouait son rôle...

L'essentiel pour cette fête était de se procurer un costume et un masque. Mais Feliciano, en bon vénitien pur souche, avait son propre costume parfois retouché dans un magasin spécialisé. Une fois caché derrière son loup, le «must» était d'assister à une fête privée. Un bal dans un palais vénitien qui demandait de mettre la main au portefeuille.

Mais le jeune italien n'avait pas l'intention de participer au bal privé, du moins pour l'instant. Sa préoccupation du moment était de se fondre dans la foule, la jeunesse souvent fauchée était plus souvent dehors qu'enfermée dans un palais occupé le plus souvent par de riches familles. Mais Feliciano n'était pas n'importe qui, c'était une nation, la nation vénitienne et toute l'Italie du Nord ! Il pouvait entrer dans ces palais et y inviter n'importe qui sans débourser le moindre centime.

Fondu dans ce monde festif et bruyant sous fond de musique classique italienne, le vénitien n'avait pas un costume plus impressionnant que les autres, son but n'était pas d'impressionner la foule. Son déguisement orange et jaune assortit de plumes et d'un masque lui couvrant la moitié du visage était ce qui lui permettait de garder son anonymat. Le plus dur pour lui était de ne pas sourire, garder un visage stoïque pour donner l'illusion que le bas de son visage maquillé de blanc était un autre masque.





Le masque de son visage... tout un symbole. Feliciano était passé maître dans l'art de cacher ses émotions depuis la venue au pouvoir de Mussolini en 1922. Ce qui ne l'empêchait pas d'afficher un grand sourire assez souvent, mais la sincérité de celui-ci s'était peut-être détérioré avec le temps. Le temps et les mensonges qu'il avait été obligé d'utiliser pour sauver sa peau et celle d'un peuple martyrisé depuis des siècles.

Le représentant de ce peuple, Netsah, allait justement venir à son carnaval. Il l'avait su grâce à un bouche à oreille de sa population enjouée. Mais l'israélien ne savait surement pas que l'italien l'attendait avec une impatience mal retenue qui le caractérisait si bien.
Immobile dans la foule dansant au rythme de la musique vénitienne, Feliciano balayait les lieux du regard, à la recherche d'un frêle jeune homme aux grands yeux bleus.

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Dernière édition par Feliciano Vargas/Italie N le Mer 21 Avr - 11:36, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 27 Mar - 14:40

Quelque part dans Venise, on riait au son des musiques italiennes, au son d’une valse, d’une danse d’un carnaval vieux de plusieurs siècles. Une flagrance de parfum, un arrière-goût iodé, la mer et le soleil qui brillait. Les parures multicolores, les sourire qui n’en étaient pas, cachés sous les masques d’ivoire, les couches de maquillage. Venise avait tout d’un petit théâtre. Et lui, il se faufilait parmi la foule, masque d’or au milieu d’une rivière d’inconnu, avançant lentement, scrutant chaque visage, espérant y déceler un sourire plus familier que les autres, l’éclat d’un regard brun joyeux, plus vieux encore que la ville elle-même.

Il y avait de l’impatience mal contenue dans ce pantin grandeur nature, comme secoué par l’agitation frénétique, la joie ambiante. Ou était-ce d’autres images qui le secouaient ainsi, l’invitant à une douce nostalgie ? Celle qui faisait moins mal que les autres, qui ne comportait pas de regret. Autrefois, un enfant courait dans Venise, se perdant dans les rues, se terrant du mieux qu’il pût, s’abritant de la pluie. Jusqu’à ce que son frère le trouve, tendant la main en souriant, malgré que l’enfant fût loin du ghetto. Et le petit qui lentement, très lentement levait la main. Lentement. Comme si la peur se battait encore avec la confiance. Pourtant, il voyait toujours son vis-à-vis lui tendre la main alors que d’autres ne le faisaient pas, ne le faisait plus, comme ce protecteur des plaines, cet enfant blond aux yeux verts qui lui manquait à l’époque, qui lui manquait toujours aujourd’hui.

Netsah chassa ce souvenir (ce visage trop souriant, ces yeux trop verts, le soleil brillant de la plaine où mangeaient les poneys, les pans d’une robe…) et continua de marcher, les sens en alerte, que se soit pour trouver la Nation qu’il cherchait ou pour repérer les éventuels ennemis, ceux qui lui voulaient du mal. Personne n’était jamais assez prudent, c’était ce qu’il avait retenu de l’Histoire, de ces nuits trop longues à revoir les souvenirs qu’il fallait mieux laisser de côté. Surtout un jour de fête. Celle qu’il attendait depuis des mois, peaufinant son masque, son costume, imaginant son frère au milieu des autres fêtards, suppliant ceux qui s’occupaient de lui de le laisser s’en aller. Car on ne voulait pas le laisser partir, certains par inquiétude pour lui, d’autres par crainte de se faire de nouveau attaquer par les autres, ces voisins qui agaçaient Netsah (la moindre des politesses lorsqu’on attaquait quelqu’un était de ne pas le faire pendant une de ses fêtes, non mais !)

Pourtant, il avait réussi à y aller, à retourner à Venise, cette cité qui vous captive et vous rendait captif. Beau jeu de mot lorsqu’il se rappelait le lieu du premier ghetto, mais cela, ce genre de souvenir et les autres, n’avait aucune place maintenant. Pas de haine en ce jour, pas de colère, pas de regret, il se l’était promis, se l’était juré.

Ce n’était pas Israël qui se cachait derrière un masque jaune, derrière des grelots rouges et or, qui venait vêtu de noir, portant bandeau rouge au front et sourire impatient au visage. Ce n’était pas Israël à Venise, mais Netsah, l’ancien Italik, celui qui venait d’Italie, le Bené Roma, l’enfant de Rome. Celui-là même qu’il allait retrouver Feliciano.

Le garçon qui dansait, trottinait au lieu de marcher, adressant des compliments aux filles vêtues comme des princesses d’un temps qu’elles n’avaient pas connus, taquinant les autres, ceux qui lui adressaient des regards étonnés, d’autres outrés de se faire pousser par une espèce de pauvre diable en rouge noir et or aux boucles étincelantes au soleil.


Et de ce spectacle, de cette comédie masquée où tous étaient égaux sans vouloir jamais dominer, il en riait, cette jeune Nation dans un corps d’adolescent. Il en riait si bien qu’il ne s’aperçut pas que ses pas prenaient les devants, qu’en marchant en arrière, sous les rires bienveillant des uns, moqueurs des autres, il ne pouvait pas voir ce que lui réservait la suite. Ce fut ainsi qu’il trébucha, se cognant l’épaule contre celle d’un étranger habillé de plumes, d’orange et de jaune. Celui-ci (ou celle-ci, après tout, qui était qui dans ce théâtre à ciel ouvert rempli d’anonyme ?) se retourna, le fixant avec curiosité. L’inconnu aux deux visages, deux masques, l’un couvrant la moitié de son visage, l’autre aussi blanc que du marbre.

« Je suis désolé, je suis désolé. » S’excusa-il dans un anglais maîtrisé, avant de faire de même en italien, on ne savait jamais. Son italien était plus naturel, plus familier, presque enfantin. Il recula mais l’inconnu le fixait toujours.

« Je ne voulais pas, c’est un acci… »

Cette sensation… ce pincement dans la nuque… le sentiment de déjà-vu…

« Serait-ce possible que vous soyez … »

Il vit les yeux bruns, le sourire et alors, Netsah sourie avant de se réfugier dans les bras de son frère, l’enserrant de toutes ses forces, les plumes lui caressant le nez, le masque, son sourire que son frère ne pouvait voir. S’apercevant de son impolitesse, Netsah se détacha de lui, gêné. Il n’était pas dans les habitudes de faire ça pourtant, pas aussi vite. Quoique… peut-être que petit gamin, il avait dû… non, il l’avait fait. Cependant, il n’était plus petit depuis des années. Alors, pourquoi ?

« Hem.., bonjour, pardon grand-fr… Feliciano, je suis content de te voir, tellement que je n’ai pas pu me retenir de… » Essaya d’expliquer l’israélien tout en bégayant, se félicitant de ne pas avoir choisi de demi-masque, ceux qui auraient offert ses joues rougies à son aîné. En vain, il tâchait de dissimuler son embarras dans des paroles censées être moins familières, plus courantes. Voilà pourquoi, il n’avait pas appelé Feliciano « frère », ce mot qu’il aimait pourtant associer à Feliciano (ainsi qu’à un autre, mais il ne voulait pas s’en souvenir, pas aujourd’hui, pas maintenant. Pas avant que Netsah puisse le voir en sachant qu’il n’aura pas de larme à retenir).

Netsah se demanda s’il n’aurait pas mieux fait de l’appeler Italie du Nord, mais il savait qu’il n’en aurait pas capable. Car pour lui, Feliciano était avant tout Feliciano. Ce vénitien si peureux, si adorable, si gentil, si énervant parfois (surtout lorsqu’il prenait exemple sur des individus peu recommandables). Oui, ainsi était (et resterait qui savait ?) Feliciano pour lui.

« … Ton carnaval est magnifique, comme toujours. »

Des mots un peu désuets, presque risibles. Netsah se morigéna d’avoir prononcé ces mots si vides que l’italien avait certainement entendu des millions, voire des milliards de fois. N’avait-il pour conversation qu’un registre d’insultes, d’ironie acide à verser aux autres ? Ne pouvait-il pas se conduire comme un jeune frère allant s’amuser à un spectacle grandeur nature avec son frère ? Il se souvenait des mots d’amitié fraternelle, ceux qu’il disait lorsque sous ses yeux, son frère finissait de peintre, lorsqu’il préparait des pâtes ou racontait les histoires que lui avait transmis l’Empire Romain et parfois aussi, son tuteur, cet aristocrate autrichien strict qui avait de si grandes connaissances. Alors, pourquoi ces mots ne venaient-ils pas maintenant Pourquoi cette peur d’être maladroit devant son frère ? Cette sensation désagréable d’avoir le trac, de ne pas savoir quoi dire ?

Réprimant ses pensées négatives, Netsah enlevant précautionneusement son masque, révélant son sourire, ses grands yeux bleus qui mangeaient un visage rougie par la chaleur, la sueur, la timidité, la gêne.

« Pardon de ne pas t’avoir prévenu, je voulais te faire une surprise… »

Et partir si jamais tu étais accompagné, si lui aussi venait, mais cela, je ne dois pas le dire.

Le cacher, comme il cachait le fait d’avoir frappé l’autre blond ce jour-là, d’avoir arrêté de déverser sa haine à l’instant où il se souvenait du sourire de son frère. Le dissimuler sous un masque d’intense satisfaction à l’idée d’avoir réussi sa mission, enduire sa honte sous le manteau de l’ironie, du vacarme, du sarcasme. Honte de quoi d’ailleurs ? D’avoir arrêté de se venger pour un frère qui parfois s’était fait parjure ? Ou d’avoir frappé la personne à laquelle le frère en question tenait le plus ? Il ne le savait pas, ne voulait pas le savoir.

Car maintenant, à cet instant, seuls le rire et la joie devaient compter. La mélancolie, le regret, la colère et la haine contre une Nation de l’est, un peuple de chez lui, les explosions et les cris, eux, devaient faire comme les cauchemars. Attendre la fin de la fête, la fin du jour et le silence. Netsah en avait décidé ainsi et il ferait tout pour que cela se passe comme il le souhaitait.

Jamais plus il ne voulait revoir Feliciano triste, assis en train de pleurer. Jamais.

« J’ai des cadeaux pour toi, mais cela peut attendre… »

Oh, ce n’était presque rien, des choses faites mains. Les présents d’un enfant offre, ne se souciant pas de leurs éventuelles laideurs, de leurs imperfections. En disant cela, Netsah se sentait comme l’enfant qui offre des fleurs fanées à sa mère en pensant avoir réussi le plus merveilleux des bouquets. Il déglutit sous l’effet du stress, peu certain d’apprécier l’image. Espérant que l’italien aimerait ce qu’il allait lui offrir.

« J’espère que je ne te dérange pas au moins ? Tout se passe bien ? Fabrizio ne te cause pas de soucis, Romano non plus ? »

Ce n’était pas par méchanceté qu’il disait cela, mais pour se tenir informé. Ces temps-ci, il avait tendance à recevoir moins de nouvelle d’Italie, se concentrant davantage sur les liens qu’il pouvait resserrer auprès d’un Alfred qu’il considérait comme une sorte de modèle exubérant et chaleureux (égocentrique et bizarre sur les bords, mais cela était à taire bien entendu), sans compter les tensions auprès des autres, les guerres qui s’en suivaient. Et la dernière en date, celle qu’il a failli perdre, la guerre du Kippour comme il l’appelait déjà.

Comme il avait perdu des gens, Feliks et comme, autrefois, il avait cru perdre Feliciano.

« Est-ce que cela ne te dérange que… je sois là ? »

Il se souvenait de l’entre-deux guerres, lorsque Feliciano habillé de rouge se préparait pour un voyage, pour aller chercher du travail dans un pays que quelques années après, Netsah apprendrait à haïr. D’abord, il avait posé cette question, puis, peu après, une autre, celle qu’il voulait poser entant que frère : « tu feras attention, promis hein ? »

L’italien lui avait d’abord jeté un œil interrogateur, avant de le lui promettre, avant de faire une promesse à un autre. Alors, Netsah s’était avancé, prenant son frère dans les bras. Pour mieux lui dire au revoir ou le retenir ? Il ne s’en rappelait plus.

‘Tu me jures que tu fuiras si un danger arrive, même si quelqu’un t’ordonne le contraire ? Même si t’adores cette personne plus de tout, fuis et fais attention à toi. ‘

Jamais sa voix n’avait parut aussi incertaine, aussi inquiète.

Son frère si naïf, son frère si faible, encore affaibli par la « victoire volée » comme certains l’appelaient. Affaibli par la Der des Ders. Ce frère qu’il ne voudra jamais oublier ni renier. Jamais. Bien entendu, il fuira si la peur le prend, mais Netsah voulait être sûr et certain que son frère ne prendrait aucun risque inutile.

‘Tu nous enverras des lettres, n’est-ce pas ? Sinon, je viens et je te tire par les oreilles !’

Une menace d’enfant, une parade pour cacher la crainte. Et Feliciano qui vint vers lui et Netsah qui le prit, l’enserrant de ses bras encore un peu maigres. Non, aucune larme n’avait coulée, jamais de larmes devant quiconque. Et aucune raison de pleurer, pour l’instant du moins.

‘Tu me manqueras… tu as intérêt à vite revenir, hein Feliciano… vite revenir…’

« Tu m’as manqué, beaucoup manqué… »

Des mots sincères, se noyant dans le bruit environnant, dans l’ambiance festive. Pourtant, jamais il n’avait eu autant envie que quelqu’un entende ce style de paroles de sa bouche, paroles qu’il considérait comme risqués maintenant. Qui savait quand l’ami retirerait son masque pour devenir ennemi ? Lorsqu’il se fondrait dans le noir pour mieux vous abattre, tirant un couteau vers la gorge que vous lui avez offerte en ouvrant votre cœur, en prononçant ce genre d’ineptie.

Pourtant, il ne regrettait pas ces mots. Parce que c’était à Feliciano qu’ils étaient offerts, présentés sobrement comme le sourire sur le visage de leur propriétaire. Parce que Netsah lui faisait confiance. Toujours.

Et c’est en souriant, qu’il remit le masque d’or en place.
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Dim 4 Avr - 11:13

Des drapés multicolores virevoltaient sous ses yeux, empêchant le jeune italien de repérer son invité qu'il pensait non costumé. Les parfums mêlés à l'air salé de la mer lui donnaient presque le vertige, à moins que ce soit ces valses incessantes qui tournaient autour de lui. Feliciano essayait tant bien que mal de se faufiler dans cette foule aux sourires figés, pour trouver un endroit plus à l'écart et avoir une bonne vue sur le monde qui était venu aujourd'hui.

Alors qu'il reculait dans l'espoir d'entrevoir son invité, un choc le percuta à l'épaule. Surpris, il n'en doutait pas moins qu'il s'agissait d'un accident, personne n'avait tenté une seule fois de perturber l'ordre quoique étrange de son carnaval qui existait depuis des siècles. Mise à part son interdiction par ce français un peu coincé de Napoléon 1er durant presque deux siècles. A sa grande surprise, c'est Roderich qui avait pris l'initiative de réinstaller ce festival, peut-être parce qu'il trouvait les costumes de sa ville magnifique. Mais s'était-il rendu compte de l'esprit libertin qui y avait régné et qui y régnait toujours? Sans doute le jeune vénitien ne trouvera jamais de réponse à cette question.

Se tournant finalement vers celui qui l'avait percuté, ses yeux ambre croisèrent ceux bruns de la personne qu'il devina plus jeune que lui. Au son de sa voix, un léger courant électrique lui parcourra le dos. Il le connaissait... Il ne parvenait pas encore à savoir à qui il avait affaire, mais il savait qu'il l'avait déjà rencontré par le passé.



« Serait-ce possible que vous soyez ... » Mais bien sûr ! Il se souvenait maintenant de cette petite voix encore fluette qu'était celle de son invité qu'il cherchait depuis un moment: Netsah, le représentant de la nation Israélienne. A ce moment-là, le regard d'ambre du vénitien se fit plus brillant, plus chaleureux alors qu'un fin sourire s'afficha sur son visage. Ce n'était pas l'envie qui l'empêchait de sourire jusqu'aux oreilles, mais il devait faire attention de ne pas écailler son maquillage. Ah ! Si seulement il avait un masque complet comme celui de l'adolescent, cela lui faciliterait grandement la tâche. Avant même qu'il ne put dire un mot, Netsah s'était jeté dans ses bras. Un bref souvenir lui revint alors en mémoire, celui de la seule autre personne qui lui avait procuré ce geste sans aucune gêne le jour de leur alliance, un jeune homme blond du nom de Feliks.

Mais ceci n'était pas le sujet du jour, il devait se concentrer sur le jeune homme qui le prenait en affection. Celui-ci se détacha de lui avec un air gêné, compréhensif, rare étaient ceux qui faisaient ce genre de choses sans se poser de questions quant à la réaction de la personne qui recevait ce cadeau. Feliciano faisait d'ailleurs parti de ces quelques personnes insolites. Sa retenue de ne pas l'appelé grand-frère n'avait pas échappé au vénitien. Amusé, il posa une de ses mains sur sa tête, lui affichant un regard radieux.


"Je suis content de te revoir enfin Netsah."


Avoir voulu l'appeler « grand-frère » lui avait permis de se libérer d'un poids qu'il avait sur le cœur. Pourquoi ? Parce que bien qu'il ne le montrait pas, sa venue inopinée dans Venise l'avait stressé au plus haut point, pour plusieurs raisons.

La première était le premier ghetto juif, celui de Venise. En 1527, un décret avait ordonné aux Juifs de déménager dans la zone du Cannaregio, où se trouvaient les anciennes fonderies à canons. Même le mot "Ghetto" était une déformation du vénitien "getto" qui signifiait "fonderie". Feliciano avaient peur que les Juifs représentés par Netsah puissent, à l'époque, empoisonner ses puits et la Sérénissime avait décrété qu'ils n'avaient pas le droit d'utiliser les puits publics de la ville. Mais c'était une époque où tout le monde avait peur des Juifs après tout, ils étaient le souffre-douleur des autres religions, l'origine de leurs maux. Excuse minable. Combien de siècles lui avait-il fallu pour comprendre que sa différence ne pouvait pas lui porter préjudice ? Trop de temps, beaucoup trop de temps... Bien assez pour que Netsah puisse lui planter un poignard dans le coeur sans regret.
Mais bizarrement, ce ghetto avait sauvé la vie de pas mal de personnes de cette religion. Avec l'afflux des Juifs du monde entier, chassés d'un peu partout, et qui venaient de plus en plus nombreux se réfugier dans Venise, la tolérante, la population n'avait cessé d'augmenter.

La deuxième raison de son malaise était son amitié avec Ludwig, le représentant de l'Allemagne et ennemi de son compagnon du jour. Durant la seconde guerre mondiale, Feliciano avait envoyé quelques huit-mille juifs à l'abattoir, tout ça pour ne pas perdre l'amitié nouvelle avec ce descendant de Germania, pour finalement la perdre à la fin de la guerre. Enfin, le sang de ce peuple qu'il avait versé pouvait tenir dans un verre à vin contrairement à toutes les baignoires qu'avait pu remplir l'allemand à l'époque. Mais cela avait suffit amplement pour que le jeune vénitien éprouve un grand remord qu'il cachait tant bien que mal. D'un côté, il voulait garder ce mal, car il pensait ne pas mériter le pardon.


"Grazie, j'essaie toujours de faire en sorte que ce carnaval soit un grand événement mondial. Les fêtes sont ces moments où seule la joie de vivre doit régner."


L'italien avait ri lorsqu'il entendu ces compliments, lui tapant doucement l'épaule de sa main qui était placée peu de temps auparavant sur sa tête. Lui qui venait de le prendre dans ses bras d'une façon si familière lui donna le genre de phrase qu'un ministre en visite politique donnait au représentant du pouvoir d'un pays étranger.
Il s'excusa tout en retirant le masque qui cachait son joli minois. S'excuser ? Mais pourquoi ? Ce n'était pas lui qui devait se faire pardonner, mais bien Feliciano.

Entendant le mot « cadeau », le jeune homme avait commencé à sautiller sur place au sens propre du terme faisant tomber des petites plumes de son heaume tout en battant des mains et en agrandissant son sourire sur la moitié de son visage. Qui pouvait croire alors qu'il était le plus âgé des deux.


"Des cadeaux ? Ve ? J'ai vraiment hâte de les voir !"


Son grand sourire eut alors raison de son maquillage. Au coin des lèvres, le blanc avait commencé à disparaitre. Se rappelant de ce détail, l'italien sortit rapidement un petit miroir de sa poche et remarqua alors l'étendue massacre.


"Heraherahera... Dannazione."


Le voilà faisant des frivolités devant son invité qu'il considérait pourtant de marque, car il s'agissait pour lui bien d'un frère, bien qu'un peu plus éloigné que Lovino ou Fabrizio. En parlant d'eux, l'israélien lui demanda l'état de sa relation avec ses frères les plus proches. Sortant de la contemplation de sa personne, Feliciano le regarda avec étonnement.


"Fabrizio et Lovino ? Ve ? Et bien... Lovino commence à rattraper son retard au niveau économique et Fabrizio vit toujours en ermite dans ses cathédrales."


L'italien soupira sur sa situation actuelle. En fait, l'écart Nord-Sud avait commencé à se réduire grâce à certaines politiques conduites au cours des décennies 1960 et 1970 ; bien que des tensions persévèrent toujours entre eux. Quant à Fabrizio... le vénitien avait toujours du mal à reconnaitre son indépendance et passait plus son temps à le charrier qu'autre chose. Au moins, il n'y avait pas de guerre entre eux.

« Est-ce que cela ne te dérange que... je sois là ? » En entendant cette phrase, Feliciano faillit sursauter. Secouant les mains dans tous les sens, il bafouilla quelques instants avant de reprendre, un peu, son calme. Le regard levé vers le ciel, ses mains s'écarta présentant la ville en effervescence.


"Me déranger ? En voilà une idée ! Tu es mon invité et par conséquent, tu es le bienvenue ici. Bienvenue à Venise la tolérante !"


Leur dernière entrevue avait été un match de football en 1970. Match qui s'était terminé sur un match nul zéro à zéro. Une rencontre malgré tout amusante, d'autant plus que l'italien adorait le football.
Mais avant ça... Bien que l'italien avait réussi à envoyer un bon nombre de sa population juive en Espagne pour partir en direction des Etats-Unis pour les sauver, il avait dû en sacrifier aux mains de Ludwig pour qu'il ne se doute pas de ce qu'il tramait derrière son dos. Une amitié trahie que le vénitien avait tout de même essayé de préserver au prix de la vie de ces gens qui faisaient maintenant parti de son propre peuple.
Feliciano se secoua la tête, essayant de sortir ses noires pensées qu'il ne devait surtout pas remonter en ce jour de carnaval.

« Tu m'as manqué, beaucoup manqué... » Lui avait dit Netsah en remettant son masque doré, cachant son beau sourire. Trop tôt... Ses souvenirs de sang ne l'avaient pas quitté et ne le quitteront surement jamais ; tels des remords éternels.


"Je ne le mérite pas... Pas plus que ton pardon."


Le ton de sa voix s'était fait un instant plus grave, un de ses rares moments où le sérieux le prenait en grippe, surprenant souvent son interlocuteur. Mais représentant une grande nation, s'il n'y avait pas parfois des jours où la gravité marquait les traits de son visage, voilà longtemps que son pays aurait disparu.

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Dim 2 Mai - 17:04


Quelques mots, quelques phrases, des gestes qui pourraient être familiers, presque banals entre frère, la voix de Feliciano, sa main sur sa tête, son épaule. L’ambiance festive, le bruit de la mer couvert par les rires, les musiques, les danses. Et ce quelque chose de presque nostalgique qui amenait d’autres sourires, d’autres chants d’un temps lointain, ou presque. Là où enfant, il courait dans Venise, ne faisant attention ni aux remontrances des uns, ni aux conseils des autres. Non, il n’y avait que ce costume, ce grand-frère qui l’intéressait, qu’il suivait plus ou moins discrètement. Lorsqu’il n’essayait pas de faire des blagues aux autres en général et à une personne en particulier. Jeux d’enfants, jeux de vilains. Ennuis, tempête de rage, de colère, remontrances sévère. Et l’envie, celle de recommencer, celle de dire qu’il existait. D’aller chercher son frère, même s’il avait construit ce quartier qui le protégeait et le rendait captif. Même si parfois, il ne recevait aucun sourire. Parfois. Cette envie qui ne voulait pas partir, lui collant la peau comme l’odeur salée l’air de Venise Stoppant le flux d’image, il leva les yeux, bougeant un peu son corps d’adolescent (car l’enfance était finie pour lui, ne restait que les souvenirs), au fil des danses, de la musique, des paroles de Feliciano.

"Me déranger ? En voilà une idée ! Tu es mon invité et par conséquent, tu es le bienvenue ici. Bienvenue à Venise la tolérante !"

L’envie, l’envie de sourire, de s’amuser, de se rappeler les bons souvenirs, de rire doucement, de serrer Feliciano, fort, très fort. Comme lorsqu’il était petit, avant, qu’il le suivait et qu’il se jetait ensuite sur lui, mettaient sa tête trop lourde d’images et de bruits contre le corps de l’italien, ne lâchant pas la prise qu’il avait sur son frère, profitant de la chaleur, de l’affection qu’il pouvait avoir. Oui, tout n’avait jamais été rose en Italie, oui, parfois, il avait lu de la peur et des idées noires dans les grands yeux bruns assombris. Pourtant, pourtant, Feliciano était son frère, l’Italie, une sorte de refuge, lorsque tout allait bien là-bas. Et cette ville Venise qu’était-elle ? Venise la captivante qui l’avait maintenu captif ? Venise qui emprisonne, Venise qui protège. Cité magnifique aux airs de riche princesse ensorceleuse et mystérieuse, lieu de prestige, lieu d’intrigue. Venise aux quais, aux dogues, aux saveurs de mer, relents d’aventure et de voyage, lieu-prison, lieu-maison. Partie de son histoire, de ses blessures, de ses espoirs (les portes du ghetto qui brûlaient… Feliciano et Francis près de lui… plus proches que jamais), porteuse de rêve et de théâtre. De masque et de mensonge aussi, mais cela, ce n’était pas si important (ou Netsah faisait comme si).

Lentement, il se baissa, ramassant quelques plumes d’un orange jaunis, comme celles d’un oiseau rare, évitant de se faire marcher dessus par les pieds des passants, de paraitre se désintéresser de son frère alors que ce n’était pas le cas. Non, il aimait juste jouer, jouer un peu. Faire tournoyer la plume dans la main alors que les autres retombaient en une petite voltige courte et discrète. Le contact était doux, léger et Netsah appréciait la couleur chaude des plumes, du costume de Feliciano, loin de la teinte bleuté de l’uniforme du jeune italien.

Pousser par un maladroit, l’enfant se rapprocha brusquement de Feliciano, évitant pour autant de se raccrocher à lui. Pudeur, timidité ou politesse ? Il ne savait pas, ne s’en souciant guère. Il n’y avait que la fête, que les battements de joie de son cœur, que les paroles et les gestes de son frère qui comptaient véritablement.

"Je ne le mérite pas... Pas plus que ton pardon

Les yeux bleus sous le masque d’or s’agrandirent, la bouche format des mots qui moururent avant de naitre, faible esquisse d’une parole disparue. Il recula, choisit de s’avancer, avant de stagner, petite marionnette, pauvre diable qui ne savait pas quoi faire, quoi dire. C’était quoi d’ailleurs, ce pincement au cœur ? Une pointe d’amertume, quelques images du passé, l’odeur d’une cachette, les jours de gris dans un monde de palette plus ou moins sombres, perles de joie à saisir et à ne pas lâcher. Et ces deux sentiments qui le tiraillaient, ces deux sentiments, deux envies… celle de faire confiance à un frère et l’autre qui avait à la lèvre le mot traitre, les mauvais souvenirs dans ses paroles. Comme si… comme s’il n’y avait que cela entre lui et les autres. Ce n’était pas vrai, cela ne pouvait pas être vrai. L’enfant inspira, expira, sa main serrant la plume orangée. Juste assez pour ne pas l’abimer, juste assez pour pouvoir se tenir à quelque chose, aussi petit soit-il.

« Je suis… désolé de toujours rappeler de mauvais souvenirs. »

Il avait parfois cette impression, horrible et oppressante, que le regard de certains le ramenait inévitablement à ceux-ci à un moment, ou à un autre. Comme si sa seule présence suffisait à remettre en mémoire la douleur, la crainte, l’espoir de lendemain meilleur. Et si ce n’était pas le passé, c’était le présent. Le présent où il combattait, où il était accusé de semer le trouble, la guerre, de faire du mal, beaucoup de mal sur un peuple qui ne lui avait rien fait (il rétorquait les bombes, les assassinats, ses joueurs lors des jeux olympiques de 1972 et tant d’autre chose. Avec toujours un regard fuyant, comme gêné, comme honteux, pris dans un engrenage de souvenirs pénibles).

Netsah n’aimait pas cette situation, il ne l’aimait. Surtout lorsque sa route croisait celle d’un certain germanique aux yeux bleus, yeux qui devenaient soudainement plus vides, ou plus troubles, gênés par les souvenirs, engoncés qu’ils étaient par le silence parfois pesant, par ces mots qui encore aujourd’hui n’osaient pas sortir. Enfin, c’était le cas de Netsah, l’autre, l’adolescent avait depuis longtemps renoncé à lire en lui depuis que… enfin, depuis que… que le monstre dans son esprit n’avait plus son visage, depuis que ses cris ne lui faisaient plus aussi peur qu’autrefois, depuis qu’un jour, il s’était agenouillé. Signe d’humilité, signe de honte, signe de repentance. Et Netsah qui n’avait pas su les mots. Y en avaient-ils seulement d’ailleurs ? Peut être pas. En fait si, mais ils étaient durs, presque imprononçable, longs, si longs qu’ils devenaient phrase, qu’ils devenaient discours, babillage. Et puis silence, car le malaise le gagnait avant qu’il puisse achever sa pensée.

Je te pardonne. Je t’ai déjà pardonné. Faisons comme avant que cela arrive, profitons des moments ensemble. Je veux passer de bons moments avec toi. Je veux… je veux savoir pourquoi tu as fait ça, mais en même temps, je n’ai pas envie de savoir, de comprendre, de savoir comment justifier ce que tu as fait. Je veux qu’on ne soit pas… destiné à être lié par une dette aussi lourde à un pays. Je veux… je veux…qu’on soit lié…mais d’une… autre façon. Dis, tu comprends, hein, tu comprends ? Je veux qu’on soit comme… pas des alliés, enfin pas seulement, mais aussi… mais aussi des am…is…

L’israélien ne savait pas si ces mots étaient vraiment sincères ou non, s’ils étaient tout à fait dans l’air du temps, dans le changement des relations ou si la plaie était encore trop vivace, trop vive, s’il ne risquait pas de choquer en présentant cela ainsi, s’il ne risquait pas de manquer de respect aux disparus. Netsah n’en savait rien. Tandis que ses idées s’enchaînaient les unes aux autres, il baissa la tête, ses yeux bleus teintés de tristesse, d’envie d’oubli, de se laisser aller et de serrer son frère dans les bras. Pour mieux se perdre dans un moment d’affection, pour mieux se retrouver ensuite, du moins, il l’espérait.

Toutefois, il y avait encore des gens pour dire que rien ne s’effacera, des relents de haine partout ailleurs. Et parfois même dans son propre cœur. Cœur qui battait à la chamade, cœur qui se rouvrait trop facilement parfois. Cœur qui voulait de l’affection, mais se battait contre lui-même pour permettre à certaines personnes de tuer en toute impunité des femmes et des enfants dans le pays de son propriétaire. Dans le pays de Netsah, dans le pays de Filastīn (l’adolescent, le rival, la victime l’ennemi de Netsah appelait ainsi sa terre. Netsah l’appelait dans sa propre langue : Palestina ) . Dans cette terre qui ne connaitrait peut-être jamais la paix.

Feliciano lui demandait son pardon. Lui aussi devait-il demander le pardon aux autres ? Pour ce qu’il avait commis, pour ce qu’il va commettre ? Pour ne pas prendre au sérieux ce qu’un jour Ludwig lui avait dit, au détour d’un couloir, après une réunion mondiale : « Ne faîtes pas la même erreur que moi. ».

Devait-il demander pardon ?

Oui, mais pas tout de suite. Pas tout de suite. Pensait Netsah, l’ancien enfant qui courait dans Venise, faisait des blagues aux autres, poussait pour rire son frère dans l’eau avant de s’enfuir en riant devant un Fabrizio fulminant de rage.

Jamais songeait Israël. Jamais.

Et Feliciano… ?

« Je… »

Il baissa la tête, la relava, regardant la ville, les costumes colorés (si loin de ses idées noires), son frère et sans doute aussi un coin de ciel bleu au hasard, avant de regarder de nouveau le jeune italien. Il se souvenait des portes du ghetto en flammes, flammes rouges et jaunes, comme le signe qu’il devait autrefois porter. Jaune comme l’étoile qu’il porterait, après sa libération, après un instant où il était toléré, où il pouvait faire ce que bon lui semblait. Où il était semblable aux autres. Et les lois contre lui à la demande de l’autre, le germanique, le sentiment de trahison amer après les années passées ensemble. Et la cachette, les cachettes et le besoin de cesser de parler le temps d’une marche, le temps d’une attende. Celle de la fin d’une marche, du départ de l’un pour que l’autre revienne le voir, revienne lui sourire. Nuance bleutée dans un univers devenu, à ses yeux du moins, gris. Petite lumière brillante, brillante. Avant la chute, avant l’autre trahison. Avant la république socialiste italienne.

Et les années d’après, à essayer de savoir s’il fallait faire comme avant, ne pas essayer de comprendre, pardonner, pardonner encore et encore. Pour ne pas être seul, illusion consolatrice de l’enfant qui se sentait orphelin depuis le début, depuis d’un jour, sa mère l’avait déposé devant la porte de Rome, illusion de celui qui se sentait parfois seul. Fallait-il pardonner, faire comme avant… ou le contraire, nourrir de la rancœur, de la…

« Je… ne te hais pas Feliciano, il faut que tu le saches. C’est vrai que parfois… les mauvais moments ont été là. Mais… j’essaie de ne pas y penser. Euh… pas pour oublier, hein, juste pas y penser. Parce que, j’ai d’autres souvenirs que ceux-là bon sang ! »

Un accent de colère, un accent de peine. L’amertume, l’envie. Quelques souffles tout bas, le temps d’un silence qui n’existait pas. Comment le silence pouvait exister lorsqu’autour d’eux tout n’était que bruit et lumière ?

Et pourtant, il existait, ce silence qu’il fallait remplir, pour combler le vide laissé par le trac, la timidité, ce fossé qui semblait le séparer de son frère. Ce fossé-là, ce mur, il ne voulait pas simplement le franchir pour après venir s’y retrancher. Il voulait… non, il fallait qu’il le détruise. Une bonne fois pour toute.

« A chaque fois, ils me parlent de ça, ils pensent à ça à chaque fois qu’ils me voient. Et si ce n’est pas ça, c’est autre chose, d’autres massacres, d’autres souffrances et même… mes problèmes, mes trucs… ce que mes patrons veulent laisser faire. Ils… les autres, ils ne me parlent que de souffrance, alors que bon sang, mon peuple ne se résume pas à ça ! Notre histoire ne se résume pas à ça, je ne me résume pas à ça. Je me souviens avoir été heureux, je me souviens avoir ris, m’être gavé de sucreries et de pâtes peu après la réunification jusqu’à en tomber malade. J’entends encore Romano grogner derrière la porte tandis que tu m’amènes de la soupe absolument infecte ! D’avoir fait des blagues sans arrêt, surtout lorsque Fabrizio daignait sortir de son ermitage pour aller ici. Et… lorsque nous nous sommes vus à la coupe du monde, même si j’ai totalement foiré mon jeu, j’était vraiment content de pouvoir jouer contre toi. Cela a été un bon moment, vraiment. »

Il se calma, son souffle reprenant une certaine régularité. Autour d’eux, les gens lui jetaient quelques regards étonnés qu’il ignora complètement. Ses grands yeux bleus toujours sur Feliciano. Il était content, une fois encore, que Feliciano ne voit pas ses joues complètement rouges. D’ordinaire, Netsah ne se comportait pas ainsi. Certes, il était affectueux et parfois un poil trop démonstratif (la faute à Francis, supposait-il), cependant de là à montrer ses pensées, exhiber son affection, dévoiler ses souvenirs en public. Non. Non. Et non. Et cela n’avait rien à voir avec une petite pointe de timidité qui le traversait de temps à autre. Non, non et non.

« Hem… désolé de m’être emporté, euh… je … »

Il se souvient de la plume. S’avançant vers l’italien, l’adolescent prit appui sur son bras et après s’être hissé sur la pointe des pieds, il remit en place le bout d’orange tant bien que mal. Plus par amusement et manque d’idée que par nécessité absolue, Netsah ne savait même plus où était la plume et si elle ne s’était pas envolée. Profitant de son rapprochement physique avec son aîné, il lui prit la manche de son costume, l’amenant vers des lieux un peu moins peuplés (non, mais être regardé par certains comme un malade, jour de fête ou pas, cela allait un moment, juste un moment)

« Là on va pouvoir être tranquille, enfin, je crois. »

La rue était un peu moins peuplée, moins large. Les bruits de la foule se faisaient moins forts et s’il y avait certaines personnes, certains masques, mais au moins Netsah était sûr de ne pas être pris pour un malade s’il en venait à parler d’un passé révolu depuis des siècles avec autant de… disons, vigueur ?

Un enfant jaloux et timide qui voulait hurler au monde qu’il aimait son frère, mais n’osant au fond pas vraiment le dire parce qu’il ne savait trop comment faire. Un enfant qui ne savait pas comment gérer certaines choses, certains sentiments et qui avait besoin d’intimité pour pouvoir dire ce qu’il avait sur le cœur. Parfois, Netsah se demandait s’il n’était pas un peu pitoyable par moment.

« Ce que j’essaie de dire, c’est que, si on doit se rappeler aujourd’hui des souvenirs, autant que cela soit les bons. Tu sais, ceux où on n’essaie pas de me tuer, où on ne m’enferme pas comme un animal dans un zoo, ou alors ceux où on ne me hurle pas « c’est ta faute, c’est ta faute » et où j’ai envie de répondre « mais qu’est-ce que j’ai fait encore ? » »

La dernière phrase était une boutade, quelque chose que faisait souvent Netsah, un moyen pour lui d’évacuer par l’humour ce qui aurait pu s’évacuer par des moyens autrement plus… disons, énergiques (pour plus d’information, demandez Ludwig, Bonn et dîtes-lui les mots « réparations allemandes, 10 septembre 1952 ». Il vous expliquera. Ou pas.). Cependant, Feliciano ne ria pas et Netsah s’en voulu. Il cherchait ses mots et n’arrivait qu’à blesser (vexer ?) Feliciano.

« Heu… pardon, je dis n’importe quoi. Je ne voulais pas te blesser, si jamais c’est le cas. Juste pour dire que pour moi, tu resteras avant tout un ah'e, un frère quoi. Peut importe le passé, tes alliances, les miennes et les autres. Et si je ne pardonne pas à un frère, ce qu’il a commis, à qui donc pourrais-je pardonner ? »

Il revoie Feliciano sourire. Sourire à tous, aux amis comme aux ennemis. Tendant la main à tout le monde dans l’espoir d’avoir de l’affection et une protection en retour. Conscient d’être faible, il faisait en sorte d’aider les autres, ses proches autrement. Détestant la violence, il préférait se faire dominer, se laisser faire plutôt que de faire mal à autrui. Pourtant, il ne cessait jamais de rire, de voir le bon côté des choses alors que Netsah n’avait pas cet état d’esprit. Ou tout du moins, pas complètement, pas avec n’importe pas, ni n’importe quand. Il était plus timide, moins démonstratif, parfois plus amer et sérieux et lorsqu’il faisait des blagues, il y avait toujours un ou deux sous-entendus, une ou deux remarques pas si innocentes que ça. Non, Netsah n’était pas aussi gentil et optimiste que Feliciano, ni aussi bien disposé à l’égard des autres. Ces qualités-là… il les enviait parfois à l’italien, celui que tous trouvaient exaspérant, certes, mais attachant au fond. Alors que l’israélien… bah, disons que certaines personnes n’étaient pas très bien disposés à son égard et ne parlons pas du passé. Quoique…

« Tu souries quoiqu’on te fasse, tu trouves toujours matière à prendre la vie du bon côté, sans jamais détester personne. Tu veux devenir ami avec tout le monde alors que certains t’ont fait du mal dans le passé, t’ont dominé alors que tu n’avais rien fait de mal. Pourtant, tu ne hais personne, ne te met jamais en colère. Toi… tu ne frapperais pas quelqu’un alors qu’il se laisse faire, alors qu’il a été manipulé par un fou et séparé de son frère, alors que tu veux lui demander de l’argent. Toi… tout le monde te trouve adorable, lourd, idiot et naïf, mais plein de bonne volonté, plein de joie. Moi, bah… comme dirais Feliks, « c’est totalement différent, mais genre trop quoi. ». Je… t’admire pour ça, voilà. C’est comme ce festival »

Regard qui engloba les environs, la rue, la ville. Le monde, il pouvait s’en aller avec ses guerres à répétitions, ses insultes, ses conflits.

« Il est beau, tout le monde s’amuse, on parcourt le monde pour le voir. Et même lorsqu’on ne le voit pas, on en parle avec beaucoup de bien, les étoiles dans les yeux. On a envie de le voir, on a envie de l’aimer. C’est vrai que le carnaval a ses défauts : il coûte cher, il fait trop chaud et tout bien de truc de ce genre… mais au fond, on y tient. »

L’israélien marqua une pause, abaissa sa tête, ses yeux, son visage rougis par ses révélations, son impudeur. Autrefois, on l’aurait grondé pour cela, pour confier tant de choses à quelqu’un qui n’était pas de son peuple. Oh, certes, tous n’auraient pas eu cette attitude, mais il serait toujours resté quelqu’un pour le rabrouer de se rapprocher d’un goy, un de ceux qui les massacraient, les persécutaient. Ou de ceux qui ordonnaient les massacres. Mais Netsah n’aurait pas écouté, n’aurait pas réagi. Même si la gêne était (toujours ?) là. Comme un serpent venimeux.

« Dis, tu te souviens des moments passés ensemble ? Lorsque j’étais petit, lorsque je voulais toujours te voir ? Lorsque je poussais Fabrizio dans les eaux de Venise pour me venger et rigolant de ce qu’il me faisait subir ? Lorsqu’à la réunification, j’ai été tellement intenable et insupportable que Romano a râlé une heure entière ? »

Il sourit à la mention de ses souvenirs. Surtout celui d’un Fabrizio trempé, grelottant de froid et fulminant de rage, lui courant après en l’insultant en latin (il était dommage que l’appareil photo n’ait pas été inventé à cette époque, cela en fallait le coup d’œil). Heureusement, il avait pu se cacher et n’avait eu droit qu’à des sermons (et quelques paires de claques) pour avoir commis un tel acte (en raison de son « jeune » âge, il n’avait pas été jugé utile d’aller plus loin. D’ailleurs, l’enfant n’avait jamais refait la blague : Fabrizio s’enfuyant (pendant un temps) à chaque fois qu’il l’apercevait en devait être la raison, probablement). Après, leurs rapports s’étaient bonifiés, permettant ainsi à Fabrizio de ne pas avoir de remords à l’aider pendant que Ludwig jouait les envahisseurs et les… bref, Fabrizio l’avait aidé, l’avait protégé, lui et une partie de son peuple. Sans parler de son peuple qui avait aidé le sien (bien que certains avaient… non, ne pas y penser)

« Mais je dois t’ennuyer en te parlant de ça. Non ? Si oui, euh… on peut parler qu’autre chose ou bien…Tiens, pourquoi ne pas en profiter pour aller te donner tes cadeaux ? »

Comment changer de sujet façon Netsah Blumenfeld, ou alors, mille et une façon de passer du coq à l’âne sans faire exprès. Volume deux. Avec dédicace et photographie en couleurs pour les quatre premiers acheteurs. Et une réduction de trente pour cent pour les deux premiers.

« Tu viens avec moi ? »

Une main tendue, des souvenirs qui repassent encore, Netsah qui les bloqua sans remords. Fini le passé, fini l’enfance, maintenant, maintenant… il y avait le présent. Et c’était de lui qu’il devait profiter en ce jour et de rien d’autre. Il attendait que l’italien lui rendît son geste.

Un sourire aux lèvres, caché derrière son masque.
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Feliciano Vargas/Italie N

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Carnaval de Venise - Netsah

La voix est un second visage - Roderich

Dieu existe pour que je puisse te haïr - Kiku

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent - Elizaveta

Tends-moi la main, que j'y plante mes griffes - Natalya

Brotherhood is war - Matteo et Lovino

Des loukoums et une shisha ; y'a que ça d'vrai! - Sadıq

Rédemption - Italie du Sud

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Relations Internationales:
Many Faces of A Nation:

MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 22 Mai - 21:42

Des souvenirs… Bien plus lointains que ceux si noirs que cette période de trahison et de mort ; encore plus enfouis que son asservissement par l’Autriche, refirent surface dans l’esprit du vénitien. Cette époque si lointaine où Feliciano, Lovino, Fabrizio et Netsah s’amusaient de disputes futiles et de blagues d’enfant dans les rues de Rome. Fabrizio souvent victimes de leurs plaisanteries en bon martyr, Lovino criant et courant après eux lorsqu’il subissait leurs jeux, Feliciano riant alors qu’il venait de tomber dans une fontaine et Netsah qui se faisait courir après par un représentant du Vatican plus rouge que les tomates de l’ainé des Vargas. Une légèreté et une innocence pleinement vécu alors qu’une ombre protectrice, celle d’un soldat antique à la cape rouge et aux mèches rebelles, veillait encore sur la ville et ses descendants comme un fantôme. Le souvenir le plus heureux qui lui revint de cette période fut une étreinte des quatre nations, l’italien du nord souriant, la future Israël riant, l’italien du sud boudant et le représentant de l’Eglise rougissant. Si l’appareil photo avait existé à ce moment-là, peut-être aurait-il pu éviter des conflits futurs. Sur les quatre, Netsah avait surement été le plus affectueux, le plus demandeur d’espoir et de moments heureux. Pourtant, c’est lui que l’on rejetait le plus, quelle ironie du sort.

Mais aujourd'hui, ils n'étaient pas à Rome et ils n'étaient pas tous présent. Ce genre de réunion de famille n'aurait surement plus lieu désormais. Trop de bonheurs, trop de malheurs, trop d'années passées... Non, aujourd'hui, on essayait de réparer ses erreurs, depuis près de trente-cinq ans. Mais le seul qui avait encore des problèmes, le seul qui n'était toujours pas accepté, c'était Netsah. Sa nation, il n'avait pas su où l'installer. La terre promise n'existait plus, elle était alors la propriété d'un peuple, d'une nation appelée Palestine. Mais pour la première fois de sa vie, la nation Israélienne s'était imposée, surement stimulé par une haine trop longtemps subite en silence. Mais parler de ça ne ferait que raviver une flamme déjà trop vive, il fallait plutôt sur une situation plus positive du peuple juif, la place qu'ils avaient dans la ville de Venise.

Netsah ramassa les quelques plumes tombées de son costume orangé avec un air peu intéressé. Ses paroles n'avaient pas eu effet sur lui ? Lui pourtant si sensible à l'émotion qui le submergeait ? Soudain, le jeune garçon se fit bousculer par la foule, pour se retrouver coller à l'italien qui aurait voulu le prendre dans ses bras à l'instant. Mais pourquoi n'y parvenait-il pas ? Trop de remords lui rongeait le cœur à son égard, ses mains tremblaient pour se rapprocher de son dos... Qu'il frôla finalement à peine. Il recula sous les mots que le jeune Vargas avait dit avec une grande difficulté.


« Je suis... désolé de toujours rappeler de mauvais souvenirs. »


Mince, il avait gaffé. Encore une fois, une fois de trop. Feliciano restait un moment interdit, lui qui pensait être le seul vraiment mal à l'aise, il se rendit compte que ses mots n'avaient fait que disparaitre le sourire de son petit-frère de cœur. Il se mordit la langue jusqu'au sang, une autopunition qu'il ne pensait que mériter, puisque Netsah ne semblait pas vouloir le gifler. Pourtant, si l'italien n'avait plus vraiment de problème au jour d'aujourd'hui, ce n'était pas le cas d'Israël. Ce pays et sa culture subissait encore et toujours des conflits qui semblaient ne pas avoir de fin. Pour une fois, le jeune garçon voulait oublier tout ça, mais Feliciano venait tout juste de le comprendre.


"Ah... Pardon, pardon ! Je n'aurais pas dû dire ça, j'ai plombé l'ambiance. Prenons part à la fête, ve ?"


Le vénitien était tant bien que mal en train de rattraper le coup, secouant ses bras tellement vite qu'il donnait l'impression d'en avoir plus que deux. L'italien n'était pas souvent d'humeur noire, dû moins, il le cachait toujours à ses proches, se plaçant dans l'ombre pour se faire oublier quelques instants. En fait, plus que lui-même, il voulait obtenir le pardon pour cet homme qu'il n'avait jamais réussi à détester, Ludwig. Il voulait aider l'allemand, mais celui-ci répugnait souvent à avoir une aide extérieure. Il se débrouillait toujours seul et surement voulait-il se faire pardonner par ses propres moyens. Quelle situation douloureuse que de se retrouver entre deux êtres aimés qui se détestaient et qui se déteste peut-être encore aujourd'hui. En fait, Feliciano n'en savait trop rien car il ne se mêlait pas souvent dans les affaires des autres, même si ceux-ci venait à habiter sur son territoire, comme se fut le cas de Netsah.

A partir de 1589, avec l'afflux des juifs du monde entier, chassés d'un peu partout, et qui venaient, de plus en plus nombreux, se réfugier dans Venise, la population n'avait cessé d'augmenter, mais pas l'espace disponible..La ville de Feliciano, tout en étant devenue terre d'accueil n'était pas pour autant "extensible" et la priorité en matière de logement était alors réservée aux Vénitiens. Mais Netsah voulait alors rester à ses côtés, même dans un minimum d'espace disponible. La seule solution pour ce peuple qui ne cessait de croître, fut alors de construire en hauteur et donc d'optimiser la zone dite du Ghetto. Cette idée transforma rapidement le ghetto en une petite ville intégrée elle-même dans Venise, avec des maisons qui atteignaient les sept étages. Au XVIIIe siècle, la situation économique se dégrada, mais Feliciano s'était alors montré tolérants, comme il avait toujours été. On vint consulter les médecins du Ghetto et la culture juive était tenue en grande considération. Puis en 1797, Francis sema la discorde en compagnie de Napoléon, qui décida la suppression du Ghetto. Roderich vint fourrer alors son nez dans les affaires de l'italien du nord, comme il avait toujours eu l'habitude de le faire, et fit rétablir ce ghetto. Il ne fut définitivement aboli qu'en 1866. Aujourd'hui, les familles juives étaient disséminées dans toute la ville, mais dans le quartier de Cannaregio se trouvaient encore des boutiques casher, des librairies hébraïques et les lieux de culte.

Feliciano pouvait parfois paraitre égoïste, s'enfuyant au moindre conflit, laissant ses alliés sur le carreau. Mais s'était tout le contraire, en fait, l'italien pensait plus aux autres qu'à lui-même. Il voulait éviter les litiges pour que ses amis comme ses adversaires les fuient aussi. Ne pouvaient-ils donc pas vivre en harmonie ? Non, il fallait toujours qu'une nation prouve sa puissance en n'en battant une autre. Les humains avaient parfois cet instinct animal, cette loi du plus fort que le vénitien n'avait jamais réussi à comprendre. Il était déjà arrivé que l'italien trahisse alors ses amis, dans ces moments où il était conscient que ceux-ci étaient en train de faire une énorme erreur. Dans ce cas, il les laissait faire, pour ne pas s'opposer à leurs projets. Cependant, il essayait alors de minimiser les dégâts, quitte parfois à participer à leur erreur et à se salir les mains lui aussi. Ce fut le cas du peuple de Netsah durant la seconde guerre mondiale.


Netsah baissa la tête, le mettant dans l'impossibilité de voir son visage, en plus du masque qu'il portait. Toujours cette même hésitation mouvait ses bras de façon hésitante, devait-il le prendre dans ses bras ou pas ? Etait-ce bien le moment pour un geste d'affection alors qu'il venait de faire revenir des souvenirs douloureux à son petit frère de coeur. Le jeune garçon aux yeux bleus semblait hésiter à s'exprimer, admirant la ville qui l'avait accepté et hébergé pour finalement tourner le regard vers la personnification de ces lieux. Impossible pour Feliciano de savoir ce qui traversait l'esprit de son invité, mais des mots franchis enfin ses lèvres. Par la colère qui l'avait alors traversé, Netsah avait haussé la voix, faisant sursauter l'italien du nord. Il ne voulait pas se souvenir de tout ça, oui il l'avait compris, mais un peu tard, au moment où il avait essayé de se rattraper. Mais il ne fallait pas pleurer cette fois, il fallait supporter, endurer. Pour une fois, l'adolescent passa sa rage sur le vénitien plutôt que sur Ludwig ou la Palestine. Tant mieux, il fallait qu'il se décharge un peu sur les autres, ainsi, le plus jeune des Vargas venait en aide à trois nations, l'Allemagne, la Palestine... Et Israël.

Il tendait mentalement la joue pareil au Christ pour recevoir une gifle plus psychologique que physique. Assez de reproches, assez de souffrance, il voulait pour une fois voir un peu de joie dans sa vie, cette joie qui avait fait son enfance avec les nations italiennes. Feliciano n'avait pas dit un mot et n'avait pas bougé d'un sourcil ; avec son costume et son masque, il aurait pu se faire passer pour une statue. Rien ne trahissait son état, dû moins pour le moment. Le moindre courant d'air pouvait maintenant provoquer les larmes à flots de l'italien.


"Pardon... Pardon... Pardon..."


Il était formaté à s'excuser à tout va, et s'il n'avait pas eu un minimum de retenue à ce moment, il aurait sauté dans ses bras en pleurant plus que de raison au point que cela aurait été plus comique que tragique. Cherchant à lutter contre lui-même et ses émotions à fleur de peau, le vénitien fut surpris par le jeune garçon s'appuyant sur son bras et replaçant les plumes tombées de son costume. Profitant de ce moment, il le tira par la manche pour l'emmener à l'abri des regards indiscrets des touristes et habitants de la ville. Feliciano ne comprit pas vraiment la raison de cet éloignement n'étant pas d'un naturel pudique et timide, mais respecta le choix de son jeune invité. Le jeune Vargas n'avait toujours rien dit que Netsah reprit la parole. L'israélien donnait l'impression de faire la morale au vénitien quant aux sujets à utiliser ou non. Difficile d'imaginer alors que le juif était le plus jeune des deux.


"Qu'est-ce que tu as fait encore... ? Mais c'est moi qui suis en tort, tu n'as rien à te reprocher."


Feliciano n'avait pas compris la boutade, surement parce qu'il n'avait pas l'habitude de les utiliser, trop honnête avec lui-même et avec les autres. Pourtant, faire parfois preuve d'un certain sarcasme pouvait le rendre plus sérieux, plus... intelligent aux yeux des autres, mais ça ne lui plaisait pas. Le jeune garçon s'excusa alors, persuadé d'avoir gaffé à son tour, ce qui n'était pas du tout le cas. Il le pardonnait car il le considérait comme son frère, cela suffisait amplement à l'italien, pour le moment. Un jour, peut-être défendra-t-il la cause des autres auprès de lui, mais pas aujourd'hui. Netsah lui faisait ses louanges maintenant, passant d'un visage à l'autre, petit lunatique qu'il était. Ça, Feliciano pouvait bien le voir, le caractère des gens au-delà du physique, une chose qui lui permettait d'aimer des gens qui semblaient effrayant aux yeux des autres.

L'israélien comparait l'italien à son carnaval, quoi de plus normal que d'être représentatif de cette fête, il était tout de même l'emblème du peuple qui l'organisait. Néanmoins, la comparaison était très flatteuse, au point que ses joues, bien que cachées par du maquillage, se mirent à rougir. Il n'avait vraiment pas l'habitude qu'on lui lance des fleurs ainsi, plutôt accoutumé aux critiques. Il lui rappela alors ses moments heureux passés, ces moments qui n'auront certainement plus lieu, mais qui leur permit de garder des souvenirs de bonheur à jamais gravé dans leur mémoire.


"Bien sûr que je me souviens. Mais tu sais, même si ces moments n'auront plus lieu, nous restons ce que nous étions à l'époque malgré tous les malheurs que l'on a traversés. Romano râle toujours pour un rien, Fabrizio reste toujours aussi solitaire et je suis toujours d'une bêtise désespérante, ve."


Feliciano se gratta l'arrière du crâne, légèrement gêné par les mots qu'il venait de sortir. Parfois adepte de l'autocritique, il ne faisait pas sur les autres, trouvant toujours ne pas être la bonne personne pour juger les faits et gestes des autres nations. De plus, certaines personnes pouvaient faire parfois des choses que personne n'aurait imaginées de leur part. De belles choses... comme les actes les plus vils. L'exemple de Fabrizio lui vint en tête, aussi bien avait-il aidé et protégé Netsah durant la seconde guerre mondiale, il avait pourtant massacré des Juifs avec ses croisés pendant la première croisade quelques siècles plus tôt. Oui, on faisait tous des erreurs ou des actes héroïques, mais au fond, on restait toujours la même personne. L'italien passa une de ses mains sur la tête de son invité, la caressant légèrement avec un sourire qui déforma son maquillage.


"Toi non plus tu n'as pas changé."


Netsah changea de conversation et s'intéressa aux cadeaux qu'il voulait offrir au vénitien. Feliciano était bien heureux, mais n'avait prévu aucun présent pour l'israélien. Alors que l'italien réfléchit à toute vitesse, il attrapa la main qui lui était tendue sans la moindre hésitation et se mit à suivre son petit frère de cœur. Son autre main posée sur son menton, l'italien se mit à penser à haute voix.


"Veeee... Son poids en pâtes ? Non, ça ne ferait pas grand-chose... Et je ne pense pas qu'une jolie fille de chez moi soit un cadeau idéal pour lui..."


Feliciano ne pensait pas que Netsah était très prude mais... En fait si, ce genre de cadeau ne faisait plaisir qu'à Francis de toute façon... Et Lovino, mais ça, peu de personnes le savais. Aussi bien son grand-frère pouvait être désagréable avec les hommes, autant il devenait étonnamment gentil avec les femmes. Mais qu'importe, il fallait trouver quelque chose pour son invité, et rapidement.

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 29 Mai - 17:48

Il n’arrêtait pas de serrer la main de l’italien, sentant sa chaleur, faisant attention à ne pas perdre le contact, ne pas perdre son chemin. Il s’était éloigné de son hôtel, il s’en rendait compte que maintenant. Trop prompt à chercher Feliciano parmi les danseurs, la musique, la fête, il en avait oublié son chemin, ses repères. Heureusement qu’il avait un certain sens de l’orientation, contrairement à certaines nations (aucun autrichien ou américaine n’est visé, non, aucunement). Pendant qu’il recherchait son chemin, son frère semblait lui parler… ou réfléchir à poix haute, il ne savait pas trop.

"Veeee... Son poids en pâtes ? Non, ça ne ferait pas grand-chose...

Réfléchir à voix haute, donc. Tiens… il ne cherchait pas quelque chose pour quelqu’un ? Quelqu’un de maigre apparemment… soudainement, la main libre de Netsah passa sur rapidement sur son ventre. Certes, il n’était pas gros, mais il n’était pas si maigre que cela, non ? Son poids en pâte… c’était vrai que cela ne ferait pas beaucoup, même s’il aimait de temps à autre grignoter de bonnes pâtisseries, de bons gâteaux, surtout en lisant un bon livre (comment ça, il ne faisait que ça justement ? Oh, que non, il faisait aussi… plein de choses… diverses et variées, voilà)

Et je ne pense pas qu'une jolie fille de chez moi soit un cadeau idéal pour lui..."

A ces mots, l’israélien rougit, rougit jusqu’à la racine des cheveux. Tout d’abord, son frère réfléchissait bel et bien à un cadeau pour lui, ensuite, s’il était relativement à l’aise avec les gens en général, exception faite de quelqu’un, il était évident que s’il devait sortir avec une fille, l’inviter à dîner, l’embrasser…

Il risquerait de mourir de honte, de bafouiller plus qu’autre chose et de finalement, ne pas cesser de rougir d’une timide trop grande. Heureusement, son frère semblait du même avis. Sinon, l’adolescent n’aurais pas su quoi faire. Cependant, au son de sa voix, Feliciano semblait bien embêter de ne pas savoir quel cadeau choisir. Pourtant, son cadeau, cela fait des siècles qu’il le lui avait donné, des années qu’il le donnait encore. L’affection, la sécurité, un havre de paix, de tolérance, un endroit où aller lorsque rien n’allait plus, une sorte de maison aux faux airs de prison. L’italien savait il que lui et sa ville représentaient tout cela pour Netsah, qu’il était l’une des personnes les plus gentilles que l’adolescent connaissait ? Certainement pas, voilà pourquoi il semblait tant troublé.

Et Netsah qui ne savait exactement comment dire ce qu’il ressentait pour son frère. Netsah qui soupira, qui se lassa de sa propre hésitation, de son propre malaise. Ce fut pourquoi il se retourna, s’arrêtant brusquement de marcher, enlevant son masque, révélant sa face encore rougie, comme trop chauffée au soleil. Il sourit, l’air de dire « tu vas voir ce que tu vas voir », avant de se jeter dans les bras de son frère.

« Je t’adore, tu es adorable »

Dit-il simplement pour expliquer son geste. Comme un enfant, comme un frère. Dénué de passé lourd, de rancœur, d’hésitation, de haine. Il convia son masque à Feliciano, courant le long des rues, soudainement réceptif au chemin, au plan que le temps avait gravé dans sa tête, dans son cœur. Il demeurait un enfant de Venise au fond de lui. Enfant volé, enfant adopté certes. Prisonnier parfois, mais enfant de la Sérénissime malgré tout. L’italien avait raison, bien que le temps ait passé, il restait le même.

L’enfant qui riait, l’enfant qui pleurait. Celui qui pendant des mois avait travaillé pour se payer un voyage à Venise, refusant d’emprunter de l’argent, refusant l’aide et les dons. Il était même allé en France, le temps d’une semaine, travaillant du mieux qu’il le pouvait à aider un Francis un brin moqueur à son égard. Francis était parfois taquin, c’était là l’un de ses moindres défauts (si on le comparait à d’autres défauts, celui-ci n’était rien de plus qu’un banal trait de caractère de grand-frère un poil trop lourd). Finalement, il n’avait pu se payer d’une chambre de bas prix en comparaison à d’autre, mais cela lui allait très bien ainsi. Après tout, il n’avait pas trop d’affaire et ne comptait pas rester très longtemps ici, à quoi bon se payer une luxueuse chambre pour quelques misérables petits jours ?

Il rentra rapidement dans la chambre, essayant de ne pas prendre garde aux affaires encore posées sur son lit, ramassant prestement les quelques livres trainant sur le sol, histoire de ne pas paraitre comme l’enfant trop indiscipliné et brouillant d’autrefois. Celui qui en une nuit à sorti presque tout les livres de la bibliothèque des Vargas, qui pouvait passer l’après-midi à lire alors que ses grands-frères pratiquaient la siesta. Une fois, il s’était blotti contre Feliciano encore endormi, sa tête contre son torse, faisant attention à ne pas réveiller le jeune garçon rêvant sans doute de pasta et autres gnocchis. Finalement, avec l’air ambiant, calme et doux, la lecture qui le détendait peu à peu, la chaleur contre lui… il s’endormit, son livre encore dans les mains. A son réveil, le livre était posé sur la table, Feliciano partie. Et une couverture le couvrait, rendant son sommeil plus doux.

Une fois son bref « ménage » fait, il invita son frère à entrer d’un signe de la main, impatient et inquiet à la fois. Partant de nouveau, il déballa l’un de ses sacs, deux cadeaux pour un seul frère. L’un était un masque complet, blanc comme les plumes des colombes, le drapeau de Feliciano, la couleur commune aux drapeaux italien et israélien. Masque blanc agrémentés de dessins, vagues bleutés, signe de mer, signe de liberté. Il lui en avait fallu des jours, des mois pour parfaire son maigre présent, le rendre agréable à l’œil, lisse au toucher.

« J’espère que le masque te plait, je… je l’ai fait moi-même. Peut-être est ce pour cela… qu’il n’est pas vraiment réussi. Mais j’espère vraiment qu’il te plaît. Ne serais ce d’un peu. »

Petit enfant timide, petit enfant rougissant.

Baissant la tête, hésitant à donner l’autre cadeau, celui qui l’avait donné du fil à retordre. Ou à coudre, reliant les plis arrachés, les coupures faites, les zones abimées, froissées par un maniement quotidien de lancer de fléchette. Petit monticule, petite poupée de rien, qui représentait jadis un ennemi, jadis un bourreau. Petite chose à l’abandon auquel Netsah avait redonné vie, redonné utilité. Et pourtant, l’adolescent hésitait. Et si Feliciano le prenait mal ? Et si l’objet n’avait pas l’effet escompté, que faire alors ?

Foncer, donner. S’excuser s’il décevait. Tout, plutôt que de rester planté là alors que Feliciano regardait tranquillement son nouveau masque.

« Attends, j’ai une autre chose à te donner … » Se jeta à l’eau le jeune israélien, encore rouge, les mains tremblotantes. D’un geste, il sortit la petite marionnette, autrefois cible favorite des fléchettes israéliennes. Celle qu’il prenait lorsqu’il s’éveillait encore des cauchemars d’un autre temps, d’une autre époque, fruit d’un enfantillage que certains avaient trouvés étrange, voire inquiétant, malsain. Poupée de chiffon devenant de plus en plus réaliste avec le temps, gardant pourtant les proportions d’une petite peluche d’enfant. Comme si Netsah voulait rapetisser avant de détruire l’objet de ses peurs. Il lui avait même donné, en secret, un nom : Goludonosor ou Germabylone. Il s’en servait lorsque, lassé de « simplement » le tuer, il l’écrasait sous sa botte, le présentant dans son esprit comme un monstre définitivement vaincu par les forces du Bien (autrement dit, lui). Bien évidemment, avec le temps, les choses changeant, il délaissa peu à peu la peluche au profit d’autres activités lorsqu’il s’échappait d’un mauvais rêve (et ce n’était pas à cause d’un éventuel coup du sort qui lui aurait, comme par hasard, fait monter Ludwig dans son estime et plus encore dans son affection et sa confiance. Absolument pas, non, non et non.)

Le reste était entièrement de la faute de Francis, absolument mes amis. Car lorsque Francis accueillait avec gaieté les célébrations franco-allemandes, qui n’avait pas son germanique préféré à ses côtés ? La petite Italie, exactement. Et Netsah avait beau cherché, nulle trace de fête italiano-allemande. ‘Pour célébrer quoi ?’ avait demandé d’un air extrêmement surpris l’un des principaux concernés, celui qu’hier encore, Netsah haïssait de toute son âme.

‘Votre amitié ?’ Avait répondu d’un air incertain l’enfant.

‘Feliciano la fête toutes les fois où il me saute dessus. Autrement dit, tout le temps.’

‘Vous n’avez pas peur de lui manquer ?’

Pas de réponse, discussion interrompue par des joues rougies, par un « Louis » strident que suivie un « Ich bin Ludwig, Franz ! » une nouvelle fois hurlé. Et l’idée de là, vague idée brouillonne jetée sur le papier. Recycler l’ancien symbole de la terreur et de la peur et un autre, symbole de pardon, symbole d’amitié. La poupée fut sortie de la poussière de l’oubli, recousue de fil en aiguille, raccommodée peu à peu, jour après jour. Il chercha d’autres matières, d’autres tissus pour faire les vêtements lorsque des bouts étaient trop usés, trop longtemps laissés abimés. Et en guise d’yeux, deux billes d’un éclat bleu, comme l’ancien uniforme de Feliciano, comme l’océan.

Il lui en avait fallu du temps et de la patience pour faire ces deux cadeaux, pour masquer les faiblesses de l’un, les anciennes cicatrices et inscriptions de l’autre (Feliciano ne savait pas lire hébreu, mais il était hors de question de laisser une trace de son ancienne haine vis-à-vis de Ludwig). Tout comme il lui en avait fallu du temps, avant de revenir visiter Venise, avant de retourner vers ses frères avec ses sourires d’autrefois, sa confiance renouvelée, son amour intact. Et l’impossibilité de pouvoir l’exprimer dans son entièreté, sa profondeur.

« Voici le second cadeau… eh, c’est censé représenter Monsieur Ludwig… »

Fit-il en tendant l’ancien Germabylone, la tête maintenant plus volumineuse, les « cheveux » en poil de chameau peints en jaune et tirés en arrière, les vêtements en tissu clairs, imitant le vêtement militaire gris-clair de la République Fédérale Allemande (le béret rouge ayant été impossible à faire, il l’avait oublié. Sciemment. Hors de question de s’en procurer en France d’ailleurs. Cela aurait fait rire Francis qui l’aurait traité de légume, de chou. Qui se serait certainement amusé de son rougissement, de son entrain à faire plaisir à Feliciano. Comme l’enfant cueillant des fleurs pour sa mère). Il n’avait pas non plus oublié les gants noirs et la petite saucisse brune à la main gauche de la peluche (à moins que ce fût une pomme de terre ?). Et encore moins les petites marques rouges sur les joues de l’allemand de son, celles qui marquaient le rougissement inattendu d’un germanique moins dur que l’on le croit.

« J’espère qu’il lui ressemble au moins un peu. »

Mince murmure dans la chambre, suivis d’explication.

« En fait, avant, je m’en servais pour… me défouler sur Monsieur Ludwig après avoir fait des cauchemars de… ce qu’il a fait à mon peuple, on va dire. J’en faisais … beaucoup. Puis, je… après l’avoir rencontré avec l’accord sur les réparations allemandes, mon patron a voulu que je… fasse de plus en plus d’accord avec lui et ce malgré mon avis sur la question. Plus le temps passait, plus je me rendais compte… qu’il était moins pire que ce que j’avais cru. Ce qui ne m’empêcha pas de rêver de lui en train de… me tuer. Il en a fallu du temps, avant que finalement il quitte cette image d’ancien bourreau. Encore aujourd’hui, cela me fait… bizarre lorsqu’on se voit. Pas qu’il est désagréable, mais… parfois j’ai du mal à me dire que le gars avec qui je parle de livres a le même visage que celui qui hantait autrefois mes cauchemars. Et pourtant, je… ne le déteste pas, voila. »

Par timidité, l’enfant avait pris un visage boudeur, presque semblable à celui qu’abordé d’ordinaire le plus vieux des frères Vargas.

« Faut dire, à une époque, l’était pas vraiment sympa avec moi. Bon, cela a changé, maintenant, nous sommes alliés depuis 1965, malgré le fait qu’il mange toujours autant de porcs et boive toujours autant de bière. D’ailleurs, peut-être devrais-tu le surveiller. Cela n’en a pas l’air, mais ces bêtes-là, c’est comme les grands chiens, cela peut tomber malade, c’est au maitre de le soigner ensuite et c’est très énervant. Et puis, d’ailleurs, tu ne devrais pas te laisser marcher sur les pieds par Francis. Tu veux voir Monsieur Ludwig pendant les commémorations franco-allemandes ou alors, les semaines franco-allemandes, vas-y ! Et si Francis dit quelque chose, je viens et je lui explique ma façon de penser ! »

Une pause, un silence et ensuite, un rire. Feliciano riait joyeusement. Tandis que Netsah n’en finissait pas de sourire. Et d’abaisser sa tête, ses yeux bleus rivés sur le sol.

« Pardon, je dois encore une fois me mêler de ce qu’il ne me regarde pas. Je voudrais juste t’aider… juste que tu sois heureux, c’est tout. Rien que cela, ce serait génial pour moi, en fait. »

Parole sincère d’un enfant un peu perdu, désireux d’aider, mais ne sachant comment faire exactement, ni comment faire plaisir, faire sourire.

« Je veux juste que tu sois heureux, que tu sois toujours heureux, c’est tout. »

Plus jamais Feliciano en larme, plus jamais Feliciano triste ou soucieux, jamais.

« Parce que tu es le grand-frère le plus génial que je connaisse, voilà pourquoi ! »

S’exclama en souriant l’enfant, les yeux bleus grands ouverts, brillants, sans fard, sans masque, sans reflets noirs dans les prunelles bleutés.

« Alors, si je peux faire quelque chose pour toi, dis le moi et je le ferais ! Ou alors, je ferais le maximum possible ! Promis juré !

Puis, voix timide pour finir, éclat d’innocente inquiétude dans la voix, reflet d’une pensée vive et alerte, soucieuse de bien faire.

« Est-ce que, au moins, mes cadeaux te plaisent ? »

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Mer 30 Juin - 1:12

Feliciano sortit de ses pensées lorsqu’il remarqua le visage de son invité, plus rouge qu’une tomate des cultures d’Antonio. L’italien mit quelques secondes avant de mettre une explication à sa gêne, il avait encore réfléchi à haute voix. Ah ! Les descendants de la Rome Antique n’avaient aucun problème pour parler de femmes, mise à part Fabrizio, mais le petit Netsah avait été… adopté par son grand-père et ses enfants pour ainsi dire. Enfin, le jeune garçon représentait bien un monde à part dont les coutumes et les mœurs étaient parfois bien différentes de ses frères. C’était d’ailleurs les raisons pour lesquels il faisait peur à ses voisins, à défaut de le comprendre, ils avaient préféré le détruire. Faire disparaitre ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre, occulter, de la même manière que l’on ne parlait pas de la mort. Si la mort était représentée par quelqu’un, par la peur de la promesse qu’elle nous offrait à tous, tout le monde aurait voulu l’anéantir. Enfin, il ne fallait pas comparer la mort à Israël tout de même, cette nation ne promettait pas le chaos. Mais de savoir si peu de choses sur cette jeune nation avait fait naitre cette inquiétude : pouvait-il semer la destruction ?

Netsah s'arrêta soudainement, retirant son masque et se tournant vers le vénitien. En voyant son visage d'adolescent, Feliciano se dit à nouveau qu'il ne comprenait pas, comment pouvait-on avoir peur de lui ? Comment pouvait-on lui vouloir du mal ? Pourquoi personne n'avait cherché à le comprendre ? Était-il donc le seul à savoir qui était cette jeune nation ? Peut être aurait-il dû crier qui il était à la face du monde à la manière d'Alfred, combattre et obtenir quelques conquêtes, quelques tutelles qui auraient enfin pu le comprendre et faire passer sa culture au-delà de ses frontières. Mais Netsah n'était pas un conquérant, alors que même l'italien du nord pouvait se vanter de quelques conquêtes comme la Chypre ou l'Éthiopie, bien qu'à présent perdues, le jeune juif restait dans le cercle de sa famille sans se faire remarquer.

Un léger rictus sur le visage, comme un visage défiant ce qu'il avait pu être jusqu'à présent, Netsah entreprit de prendre son grand-frère dans ses bras. Il l'adorait... Voilà des mots qu'il n'entendait pas souvent, voir jamais. Le peu de personnes qui l'appréciaient n'était vraiment pas doué pour exprimer leurs sentiments. Sur tous les frères que l'israélien avait pu avoir, le seul qui lui avait toujours sourit et tendu la main avait été celui qui l'avait emmené au bûcher alors que ses autres frères habitués à le torturer à moindre échelle s'étaient rebellés pour le sauver. N'était-ce pas ironique ? Avec Elizaveta, Netsah faisant maintenant parti de ses rares proches qui n'avaient aucune honte à dire à haute et intelligible voix qu'il aimait le vénitien malgré ses défauts, malgré ses erreurs, malgré les blessures qu'il avait pu lui faire pour plaire à un autre représenté par le descendant direct de Germania. Restant un moment béat face à ce geste tout sauf attendu, il le serra à son tour dans ses bras, son visage enfouit dans ses cheveux. Finalement, sa place de grand-frère, il ne l'aurait échangé pour rien au monde.

Cette étreinte passée, les deux nations continuèrent leur course à travers les ruelles de Venise. Mais où le menait-il donc ? A quoi bon une fête grandiose si c'était pour s'en éloigner avait pensé un moment le jeune italien. Mais Netsah avait ses raisons, il n'avait pas prit ses cadeaux avec lui, plus par gêne en public que par oubli surement. Feliciano n’avait même pas songé à quel prix la nation israélienne avait pu venir jusqu’ici, sachant pourtant que son économie était moins florissante que la sienne, sans compter son conflit avec la Palestine.
Ils entrèrent finalement dans la chambre du jeune israélien, des livres et des affaires un peu éparpillés. Netsah essaya tant bien que mal un rangement express de la pièce, cela n’échappa pas aux yeux du vénitien. Feliciano laissa échapper un léger rire amusé, son petit frère n’avait jamais été doué pour le rangement et le ménage, une cure au service de Roderich lui aurait fait le plus grand bien. Car grâce à son père adoptif, l’italien du nord était maintenant une vraie petite fée du logis. Pas sûr d’ailleurs que l’autrichien aurait voulu qu’il devienne ainsi s’il avait su plus tôt qu’il s’agissait d’un garçon et non d’une fille.

Feliciano luttait contre l’envie de ranger quelques ouvrages dans un coin, comme à l’époque où le petit israélien vidait la bibliothèque des Vargas. Lovino pas vraiment littéraire, ce fut surtout Feliciano et Fabrizio qui s’occupaient de cette pièce ; la poussière pour le vénitien et les rangements par ordre alphabétique pour le représentant du Vatican. Un épisode de son histoire s'était en partie effacé de sa mémoire, un moment où en se réveillant de sa siesta, il avait retrouvé le petit israélien blotti contre lui. Lui retirant son livre des mains pour le poser sur une table, il l'avait laissé dormir tranquillement, le couvrant d'une couverture pour revenir à ses tâches journalières. Car une nation ne pouvait pas se permettre de dormir toute la journée, et plus elle prenait de l'importance, plus ses heures de sommeil devenaient moindre. Le meilleur exemple était le représentant de la Grèce. A force de dormir, il avait fini par perdre toute la grandeur de son pays de l'époque de sa mère.

Netsah l'invita finalement à entrer, sortant deux cadeaux de ses sacs. Le jeune garçon semblait essayer de ne pas piétiner sur place, dans l'impatience de connaitre la réaction de l'italien. Le premier cadeau fut un masque d'un blanc immaculé, quelques vagues bleues dessinées par-dessus. La signification ? Tout en saisissant le cadeau, le vénitien se posa une rapide réflexion. Les eaux de Venise ? Le bleu et le blanc du drapeau d'Israël ? En tout cas, cela ne devait certainement pas être un rapprochement de la couleur de son costume durant la seconde guerre mondiale.


"Magnifique... Je le mettrai demain, au deuxième jour du carnaval, ve."


Non pas que l'italien n'avait pas envie de le porter, mais celui-ci avait un costume d'orange et de jaune, donc impossible à marier avec ce masque. Il ne lui restait plus qu'à trouver un costume bleu et blanc... Mais Feliciano ne s'inquiétait pas plus de ça, son marchand favori avait surement quelque chose dans cette gamme de couleurs à lui prêter. De toute façon, il n'aurait pas gardé le même costume durant toute la période des festivités. Netsah pensait-il vraiment que son cadeau ne lui plairait pas ? Une simple fleur aurait pu lui plaire, plus que la beauté des choses, le vénitien aimait surtout les sentiments qui accompagnaient le présent.

Pas le temps de le rassurer davantage, son petit frère lui présenta alors son deuxième cadeau. Enfin, lui annonça son deuxième présent, car avec ses bras tremblants par le stress, l'israélien mit quelques longues secondes à sortir cet autre mystérieux objet. Une hésitation ? Oui, mais Feliciano le comprit seulement en voyait la poupée de chiffon, une marionnette que Netsah venait de sortir. Le jeune Vargas reconnu sans mal celui qui fut l'ennemi de son petit frère et l'aimé du plus grand, Ludwig. Vérifié tout de même par la confirmation de Netsah, Feliciano saisit la réplique qui lui était tendue pour l'admirer de plus près. Ces raccommodages, ces tissus ajoutés les uns après les autres pour former à présent le costume de la République fédérale allemande... Pour sûr que cette poupée devait avoir un certain âge, et vu celui qui était représenté, cette marionnette avait dû se prendre de nombreux coups. Le cœur serré, il serra la poupée de chiffon contre lui. Feliciano se mordit alors légèrement la lèvre inférieure, retenant ses larmes qui lui brûlaient atrocement la gorge.


"Tu sais, je ne l'ai pas approché depuis des années. Pas une étreinte, pas une poignée de main, rien. Je me contente de poser mon regard sur lui durant les quelques réunions européennes et internationales. Je sais qu'il souffre de sa séparation avec Gilbert, je sais qu'il veut remonter la pente. Et j'ai l'impression que si je m'approche de lui, tout va à nouveau s'effondrer, ve. Mais il me manque pourtant..."


Oh mon Dieu, il parlait encore de choses déprimantes. Et qui plus est à une personne qui ne partageait pas les mêmes sentiments pour le germanique, bien au contraire. Décidément, Feliciano était bien mélancolique aujourd’hui, à force, l’israélien risquait de croire qu’il était la cause de ses maux. Mais l’adolescent conta lui aussi sa douleur, confirmant que cette réplique avait été utilisée comme défouloir. Cependant, Netsah avait appris à avoir du recul, à éloigner sa rancune. Un visage boudeur, une apparence plus jeune, mais qui parvenait à faire des choses que l’italien pensait irréalisable pour sa personne. Pardonner sans oublier, cette tâche n’avait pas dû être facile.


"Pardon, je… Même si tu le détestais toujours, même si tu lui souhaitais encore les pires malheurs, mes sentiments pour lui n’auraient pas changés, ve. Je tenais à ce que tu le saches."


Il n’allait pas jouer les hypocrites, l’italien du nord se connaissait et ne voulait pas jouer la comédie avec son jeune frère de cœur comme on cache son visage, la vérité, derrière un masque comme celui qu’il venait de lui offrir. Au moins, ce nouveau masque aura le mérite de cacher enfin son visage trop expressif.
Netsah lui proposa de se mettre entre Francis et Ludwig ; histoire de voir le germanique si cher à son cœur. Malgré un léger sourire, il soupira. Feliciano avait peur de la réaction qu'il pourrait avoir, il ne pouvait tout de même pas se présenter devant lui tout sourire en lui disant : « Ciao, ça fait des années qu'on ne s'est pas parlé. Depuis quand déjà ? Ah oui, depuis 1945, quelle belle date n'est-ce pas ? ». Mais le vénitien n'allait pas dire cela à l'israélien, avec les problèmes qu'il avait déjà, le jeune Vargas ne devait pas l'ennuyer avec ses problèmes.


"Un jour, je rétablirai les relations italo-allemande, un jour... Mais ne t'inquiète pas, Francis est loin d'être le pire obstacle à franchir, ve. Mais je ne peux rien faire pour le moment, c'est trop tôt, les blessures de Ludwig sont encore trop vives. Laisse-moi gérer cette affaire seul, je trouverai bien une solution, ve."


Francis ne l'empêcherait pas de revoir Ludwig. En fait, Ludwig lui-même était un obstacle, comme si chaque pas en avant de l'italien pour s'approcher de lui faisait que le germanique reculait d'un pas en arrière. Il était trop tôt pour espérer un rapprochement, il fallait d'abord qu'il récupère la totalité de son pays, que la République fédérale allemande et la République démocratique allemande soient enfin réunies.
Puis un rire vint à nouveau résonner entre les murs de la pièce, comme si tous ces soucis n'avaient pas la moindre importance. Une illusion bien sûre, mais qui montrait que Feliciano ne voulait pas s'enfoncer dans la déprime. L'optimisme était, après tout, l'un de ses atouts principaux. L'italien posa alors sa main sur la tête de son petit frère et se baissa à nouveau ; retirant son masque pour que ses yeux ambre brillants alors comme de l'or ne lui soient pas cachés.


"Je ne suis pas aussi formidable que ça, mais je suis tout de même plus sympa que Ivan, c'est déjà ça ! *rire* Tes cadeaux m'ont vraiment plu, mais moi je n'ai pas grand-chose à t'offrir à part le carnaval, heraherahera..."


Feliciano semblait être à nouveau plongé dans ses pensées d'une profondeur abyssale lorsqu'il en ressortit brusquement, claquant des doigts de sa main, auparavant posée sur la tête de Netsah. Il avait enfin une petite idée, pas grand-chose, mais tout de même. Il retira alors deux plumes de son costume, une orange et une jaune. Prenant le poignet de l'israélien, le vénitien déposa les plumes dans le creux de sa main.


"Mi dispiace*, c’est la seule idée que j’ai trouvée pour le moment. Mais promis, je t’enverrai autre chose en Israël… Des livres par exemple ! Des livres ! Plein de livres ! Veee !"


Le jeune Vargas secouait ses bras d’excitation, comme s’il souhaitait s’envoler tel un oiseau. Il était enfin heureux d’avoir trouvé quelque chose qui pouvait lui plaire. Qui sait, avec toutes les plumes qui le recouvraient, il allait peut-être s’envoler ?


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4.Le carnaval de Venise. Italie.
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Dim 1 Aoû - 10:39

« Bien sûr que tu es plus sympa qu’Ivan, tout le monde l’est d’ailleurs. Cela ne m’empêche pas de penser que tu es formidable, parfaitement ! »

Il était des tons qu’on n’osait pas contredire tant l’interlocuteur avait mis de fougue et d’énergie. Les paroles que Netsah avait prononcé en faisaient parties, comme si à force de le répéter, personne n’oserait dire le contraire sur son grand-frère, ce qui était bien évidemment faux. Lâche, excité, trouillard, faible, idiot… tant de mots que le jeune adolescent avait entendu de la bouche de ceux qui ne supportaient pas son frère ou même ceux qui l’aimaient tout en étant agacés par son comportement. D’ailleurs, il ne comprenait pas, ne comprendrait jamais pourquoi on se plaignait si souvent de son frère alors que des personnes plus désagréables et insupportables déambulaient dans les rues sans craindre la critique. Au moins, Feliciano n’était ni pervers, ni dominateur, dogmatique, fourbe, sadique, sombre ou d’autres qualificatifs de cette sorte.

Tout à ses réflexions, il remarqua à peine la main de Feliciano qui s’avança, prenant doucement son poignet, laissant sa main s’ouvrir pour y déposer deux brins d’or et d’orange. Maintenant, les deux plumes orange et jaune reposaient sur sa paume. Netsah les touchait de sa main libre, tout en regardant son frère parlait encore, lui promettant des livres, des mots à lire et à relire sans fin. Il l’observa bouger, le plumes tombaient une à une comme les feuilles à l’automne. Voulait donc se transformer en arbre perdant ses feuilles pour couvrir le parquet en bois ce frère ? Ou comme Icare voulait-il défier les dieux et la gravité, s’envolait dans les airs… pour mieux retomber, se briser les ailes, partir de nouveau en le laissant seul.

De sa main libre, il s’accrocha solidement à son frère. Geste de l’enfant heureux, de l’enfant peureux. Celui qui sommeillait encore dans le cœur de l’Israël dont on disait et dirait encore tant de mal. Celui qui préférait la compagnie d’un protecteur lointain à la plupart de ses voisins, à la plupart des pays de cette Europe qui avait voulu plus d’une fois le tuer. Qui avait failli réussir il y a très longtemps. Cet enfant qui pensait avoir perdu ses frères alors qu’il en restait toujours, dont un italien qui le regardait maintenant droit dans les yeux tandis que Netsah esquissait un sourire.

« Tu n’as pas à t’excuser, rien que le fait d’être ici avec toi me rends très heureux. Surtout que… j’ai cru un moment que tu ne tenais plus vraiment à moi, alors rien que le fait de te voir, enfin voilà… »

Netsah Blumenfeld ou comment, une fois de plus, tenter en vain d’exprimer toute son affection tout en rougissant de nouveau. Il n’y arriverait sans doute pas, tant pis. Cela n’empêchait pas Feliciano de sourire alors c’était bon, pas la peine d’en rajouter. A bien y réfléchir, il préférait de loin se souvenir des paroles que Feliciano avait prononcé à son égard, lorsqu’il lui avait tendu les cadeaux ou des gestes d’affections que d’avoir ou pas dit des choses qui tombaient sous le sens.

« Je trouve qu’avoir un frère, c’est génial. Surtout lorsqu’on peut rire avec lui. »

Lorsqu’on n’est pas séparé de lui par un mur et un géant de Sibérie au cœur de glace.

Il déglutit, resserrant sa prise sur Feliciano sans même s’en rendre compte. Nul besoin de murmurer son nom, nul besoin de réfléchir lorsque déjà l’image d’un Feliks emmené par la Russie s’imposait à lui. Feliks, les yeux verts éteints, incapable de parler, éteint, ployant sous le poids d’une dictature qu’il n’avait jamais désiré. Pologne, le frère qui lui manquait tant, celui qu’il ne reverrait certainement jamais à moins qu’Alfred finisse enfin cette guerre qui ne disait pas son nom. Et même si le mur de fer tombe, si le bloc de l’est s’effrite, peut-être que rien ne sera comme avant, peut-être.

Lorsqu’on n’est pas séparé de lui pendant des années et des années.

Son regard erra du visage de Feliciano à ses vêtements, à la peluche que tenait encore l’italien. Il esquissa des mots du bout des lèvres, mais ils disparurent dans sa gorge, laissant ses lèvres effectuer des mouvements sans son, tandis que des ombres s’installaient dans ses yeux clairs. Il repensait à Pologne, à Russie, à l’Allemagne, Feliciano mais aussi… l’autre frère emporté par le russe, le démon albinos aux yeux rouge que Netsah n’avait jamais aimé, à peine admiré puisqu’il pouvait être considéré à raison comme le rival de l’autrichien. Le frère qu’avait perdu Ludwig et qui manquait à ce dernier.

On a préféré que ce soit mon frère qui paye ma faute.*

Depuis ce jour, il devait se sentir bien seul. Est-ce qu’il regardait de temps à autre vers l’est dans l’espoir de voir s’effondrer le mur ou préférait-il se noyer dans les bons souvenirs, dans l’image vieillie d’un regard rouge et d’un sourire franc ? Lisait-il des livres concernant la Prusse, geste pour ne pas oublier, pour se rappeler chaque partie d’un frère disparu ?

Pendant que l’israélien y pensait, jamais il n’avait essayé de consoler Ludwig, pas depuis le jour il avait déclaré qu’ils reverraient leurs frères respectifs. Bien entendu, il était aimable avec lui, il pouvait même se montrer affectueux pour prouver qu’il lui avait pardonné (comprenez : lui sauter dessus lorsque les mots ne venaient pas et qu’il voulait le réconforter), qu’ils pouvaient maintenant se considérer comme… quelque chose d’autre que de simples connaissances, peut-être même des amis.

Pourtant, cela ne suffisait pas, non, cela ne suffisait pas…

Sinon, pourquoi certains l’accusaient d’utiliser la culpabilité allemande pour arriver à ses fins ? Pourquoi certains doutaient-ils de son affection pour Ludwig (clairement non voulue à la base, qu’il avait appris à accepter avant de montrer) de sa sincérité alors que les israéliens étaient connus pour leur sincérité presque trop brusque, dénuée de notion de tact, parfois aussi de politesse.

Même son frère ne semblait pas croire qu’il pouvait avoir tourné la page au point d’apprécier la présence de Ludwig. Certes, il restait des moments parfois où un malaise se crée ou une petite tension naissait, moment de silence inopportun. Cependant, ces moments étaient courts à défaut d’être rare et Netsah devait parfois se rappeler que Ludwig était l’Allemagne pour expliquer les regards que ses patrons s’échangeaient entre eux lorsqu’il parlait familièrement de l’allemand (sans même l’insulter une seule fois).

Pourquoi était-il si dur pour les autres de le croire pour quelque chose d’aussi simple que ça ?

Pour lui, le Reich avait été le bourreau, le Reich était mort et Ludwig vivant. Même un enfant saurait déduire que si Ludwig avait représenté le Reich, il ne l’était plus, qu’il était l’une des parties d’une Allemagne coupée en deux mais pas seulement… Netsah le savaient maintenant, même si comme dans certains pays, comme parmi les autres, quelques grappes pourries de haines subsistaient encore. Il lui avait fallu treize ans pour s’en rendre compte, pour l’accepter et le montrer. Etait-ce pour cela que personne ne le croyait ?
Je vais leur prouver, je vais leur prouver… un jour…

… Pourquoi ne pas commencer aujourd’hui, avec ce frère qui cherchait tant à lui faire plaisir ?

« Je… tu sais… »

A la fin de la guerre, je m’étais sentis seul parce que je croyais que tu m’avais abandonné, que les autres ne voulaient plus de moi et que Feliks n’était plus là.

Non, ce n’était pas des choses à dire. La guerre était loin, plus qu’ici d’ailleurs. Jamais elle ne devait être mentionné devant Feliciano et encore moins pour lui rappeler qu’il s’était senti trahi par son frère. Encore moins pour enfoncer un couteau dans une plaie qui n’avait pas l’air d’être complètement cicatrisée ou pour faire comme s’il préférait la compagnie de Feliks à Feliciano. Ce qui était loin d’être le cas : il aimait pareillement les deux Nations, les considérants comme des proches très précieux.

« … Ludwig et moi avons perdu un frère après la guerre. Encore, moi, cela va, j’ai des frères, comme toi par exemple. Pas que cela remplace Feliks, que j’aime autant que toi, je te rassure, mais je… être avec toi, cela me permet de me dire que je ne suis pas tout seul, que j’ai un endroit où aller lorsque tout va mal. Etre avec toi, cela me fait vraiment du bien grand-frère… »

Il braqua ses yeux bleus sur ceux couleur ambre de Feliciano, un sourire un peu timide sur le visage, sa main relâchant sa prise. Il s’excusa s’il avait fait mal à l’italien avant de reprendre, l’air un peu plus assuré. Comme si l’idée qu’il ne pouvait plus faire machine arrière lui donnait la force de continuer, encore et toujours.

« Je suis beaucoup attaché à toi. Je n’ai pas envie que tu sois seul et encore moins malheureux. Je me suis aussi attaché à Ludwig, même si je ne sais pas si c’est réciproque… » (Pause, hésitation. Etait-ce une lueur de surprise dans les yeux bruns ou un effet de la lumière qui voulait ça ?) « … c’est vrai, je te jure que c’est vrai, je m’y suis attaché. Même s’il est chiant, même s’il râle, si on ne sait jamais ce qu’il pense vraiment, s’il ne sait pas communiquer, qu’il est pessimiste, un peu trop militaire, qu’il mange trop de saucisse et de bière ou alors qu’il faut le forcer un peu pour ne pas avoir un mur en face de soi lorsqu’on parle… il est gentil, adorable parfois. D’une certaine manière, il est courageux, plus que n’importe qui. Il ne m’a pas une seule fois insulté ou frapper et on parle de livres. On parle beaucoup de livres et même si certaine fois, on ne parle plus pendant un moment, eh ben c’est court, ce n’est pas pesant. Il m’a fait des pâtisseries quelquefois, c’était super bon ! En plus, il a un chiot, Aster, il est… bah, il est mignon quoi… »

Les mots coulaient plus naturellement qu’il ne l’aurais cru, rendus plus vivants par des gestes de mains que petit, l’ancien Italik avait copié sur son frère sans s’en rendre vraiment compte, symbole gestuel d’une vie passée sous l’égide italienne. Symbole d’amour aussi, parce que lorsqu’il s’acharne à vouloir copié geste, tic et autre caractéristique personnelle d’une Nation, ce n’était pour lui qu’une façon comme une autre de lui démontrer son attachement (d’où sa manie de revêtir des robes lorsqu’il le pouvait et de collectionner des figurines d’équidés de toutes les couleurs possibles et inimaginables, mais c’était une autre histoire…).

« … J’aimerais beaucoup qu’on soit réunis tous les trois : toi, monsieur Ludwig, moi. J-je comprends ce qui te pousse à avoir peur de le revoir, même si je n’y adhère pas du tout, mais j’aimerais vraiment qu’on fasse quelque chose tous ensemble, comme ça… Monsieur Ludwig verrait qu’il n’est pas seul, ce qu’il doit ressentir parfois avec la perte de son frère, parce que lui, il n’a pas grand-chose comparé à moi j’ai l’impression… parfois. J’adorerais ça. Alors, qu’est-ce que tu en penses, tu crois que c’est possible ? Tu crois qu’il voudra ? Et toi, est-ce que tu le veux ? Tu sais, je ne lui ai jamais dit que tu étais mon frère, donc tu n’auras pas à supporter son côté drama qu… je veux dire, le fait que parfois il exagère dans l’auto flagellation. Pas de malaise de ce côté-là. Et je promets d’être sage et de ne pas faire de bêtise. Alors, tu veux bien, dis ? »

Dit l’enfant de divorcés tout en regardant sa « mère italienne » avec un regard larmoyant, que certains affublerons à un certain chat dans un dessin animé contant les déboires d’un ogre vert. Netsah savait parfaitement qu’il ne devait pas se mêler des affaires des autres et encore moins de celles des goyim (certains chez lui n’auraient pas vu ça d’un bon œil), mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Comme quoi, l’influence d’Alfred n’avait pas que des bons côtés. Comment ça, elle n’en avait aucun ? Mais, c’était complètement faux, il y avait plein d’avantages comme par exemple la protection, des armes, de l’argent, une amitié solide…
Euh…
…le coca-cola ?

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Jeu 19 Aoû - 0:17

Il n'était pas sûr que personne ne puisse être plus désagréable qu'Ivan. Prenez par exemple sa petite sœur, Natalia. Un corps de rêve, un visage angélique et la gentillesse d'une lionne affamée. Toutes les nations masculines évitaient soigneusement de lui faire la cour ou même avoir une conversation autre qu'une alliance politique, par peur de dire un mot de travers qui se conclura par un joli couteau bien aiguisé sous votre gorge. Ivan, lui, se contentera de vous mettre « gentiment » en garde, à condition que vous ne reproduisiez pas vos erreurs.

Enfin, il est vrai qu'il n'était pas comparable à ses deux là et Netsah se chargea bien de lui confirmer avec une fougue qui était parfois effrayante. Mais il n'était pas parfait, et même si son petit frère lui hurlait le contraire, il n'aurait pas le pouvoir de changer les choses. Personne n'est parfait, personne. Ni lui, ni les autres. Chacun avait ses tares et vivait avec. Certains plus honteux que d'autres, essayant de les corriger ou non. Mais en général, même avec la volonté de s'en débarrasser, nos défauts restaient les mêmes. Francis avait un proverbe bien approprié qui disait : « Chassez le naturel, il revient au galop. » .

Alors que l'italien gesticulait sans raison valable, le petit israélien s'accrocha à celui-ci. Mais il n'était pas Peter Pan, il n'allait pas s'envoler vers le pays imaginaire ou les enfants et les nations ne grandissent jamais. De toute façon, les pirates auront été leur nouvelle source de problème... Enfin, la vie de nation demandait d'être adulte dès la naissance, chose impossible du point de vue des mortels. Cependant, certains d'entre eux gardaient un cœur d'enfant comme le représentant de l'Italie du nord et celui d'Israël. Une qualité bien rare aux yeux du jeune Vargas, surtout avec toutes les horreurs qu'ils avaient pu voir et subir durant leur longue vie. Un sourire, Netsah affirmait bien sa joie de l'avoir à ses côtés, malgré tous les défauts qu'il pouvait avoir.


"Ne plus tenir à toi ? Quelle idée. Une partie de ton peuple vit encore ici et personne ne se plaint de la présence de l'autre. Je tiens à toi comme je tiens à mes autres frères et mes amis."


Feliciano pouvait difficilement être plus clair. Netsah avait ses problèmes, ses erreurs de jugements et bien sûr ses qualités ; comme toute autre nation. Alors qu'est-ce qui faisait la différence entre lui et un représentant plus éloigné sentimentalement du vénitien ? Parce qu'il s'agissait de sa famille, bien qu'adopté par son grand-père, il en restait son petit-fils et donc le frère de l'italien. Il ne savait pas d'où il venait, Netsah mit de longues années à trouver une terre et se dire enfin nation à part entière. Mais pendant tout ce temps, il avait été un enfant perdu dont la croissance ne démarrait pas. Immortel mais pas représentant d'un pays, mais d'un peuple toujours nomade, éparpillé dans le monde. L'israélien avait eu un début de vie peu commun et sa croissance tardive le faisait paraitre encore un jeune adolescent aujourd'hui comparé au jeune adulte qu'était devenu Feliciano. L'écart « d'âge apparent » était bien moins creusé entre eux lorsqu'ils vivaient ensemble.

Il l'eut une nouvelle fois dans ses bras. Le jeune Vargas ne pouvait pas s'en plaindre, trop peu de personnes lui faisaient ce genre de geste. Il les comptait un à un dans son esprit pour que jamais ces souvenirs de douceur ne quitte sa mémoire. Si celle-ci était sélective, autant ne garder que les bons moments non ? Même si certaines mauvaises choses vous marquaient à vie, que vous le veuillez ou non.
Quelques mots, l'israélien resserra sa prise, quelque chose de mauvais venait de lui passer par la tête. Mais quoi ? Feliciano grimaça légèrement, il hésita à lui demander la cause de cette réaction, peut-être que cela pouvait remuer le couteau dans la plaie. Pensait-il à un autre de ses frères dont la relation était moins tendre qu'avec lui ? Dans ce cas, Feliciano pouvait aussi en être sujet.

Le fossé qu'il existait avec Lovino par exemple. Voilà qui était tout de même ironique, Lovino était son frère le plus proche et pourtant un fossé se creusait entre eux, une image économique et sociale certes, pas vraiment comparable au véritable mur qui séparait Ludwig et Gilbert. L'écart Nord-Sud commençait cependant à se réduire. Ce fut la conséquence de certaines politiques conduites au cours des décennies 1960 et 1970. Mais il y avait toujours un problème entre les deux Vargas. Feliciano était méfiant et Lovino violent l'un envers l'autre. Ces deux frères avaient une économie duale depuis trente ans et rien ne semblait pouvoir réellement combler ce fossé. En un sens, ils auront beaucoup en commun lorsque l'Allemagne sera réunifiée. Car l'écart entre la RFA et la RDA ne se fera que trop bien sentir, laissant alors de nombreuses années des différences entre l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est, même sans le mur qui les séparaient.

Pour ce qui était de ses relations avec Ludwig... La chute du mur était plus que nécessaire pour recoudre les relations qui n'existaient plus entre eux. Si encore Ludwig voulait de lui. Cette année-là, un groupe nommé « Scorpions » avait écrit une chanson appelée « Still loving you » qui exprimait plutôt bien ce qu'il ressentait...





Love, only love
Can break down the walls someday.
I will be there, I will be there.

If we'd go again
All the way from the start,
I would try to change
The things that killed our love.
(...)
You should give me a chance
This can't be the end.

I'm still loving you.


... Il évitait de l'écouter, au risque de sombrer dans une déprime profonde qui ne lui ressemblait pas. Il ne pouvait se montrer en public que le sourire aux lèvres (ou les larmes étaient exclusivement réservées à la peur), seule sa famille, ses frères, avaient le pouvoir de le voir dans des états plus sérieux. Il n'aimait pas inquiéter les autres, et surtout, l'italien ne voulait pas préoccuper l'allemand. Ludwig semblait toujours avoir plus d'ennuis que lui, comme Netsah en ce moment. Il ne devait pas être à plaindre. En tant que membre fondateur du conseil de l'Europe, son avenir s'annonçait maintenant toujours plus radieux. Seulement voilà, le malheur des autres provoquait son propre chagrin.

Une hésitation, puis une prise de parole plus assurée. Netsah parla d'un frère perdu pendant la guerre, Feliks. Oui... Le polonais était un ami de longue date de l'italien qui se connaissait depuis le XIVe siècle. Travaillant tout deux dans la maison des Habsbourg, ils avaient formé une alliance ensemble pour se libérer du joug de l'Autrichien et ainsi devenir indépendant. Mais alors que Roderich essaya plusieurs fois de le récupérer, Feliks s'était retrouvé contre un russe sentant la vodka à plein nez. Depuis, l'Italie et la Pologne n'eurent pas l'occasion de vraiment discuter ensemble. Sous le pouvoir des communistes, il avait entendu ici et là que sa condition de vie était des plus difficiles. Mais tant qu'Ivan ne fut pas décidé à relâcher sa prise, il était impossible de l'aider, tout comme le Prussien.


"Peut-être que Gilbert, Elizaveta et Feliks se soutiennent derrière le rideau de fer... De toute façon, cette « chose » ne durera pas, Elizaveta ne supportera bientôt plus d'être ainsi séparée de Roderich. C'est la plus forte nation à l'Est de ce mur, elle saura plus que quiconque le détruire ! Ve ! "


Un rire réconfortant résonna. Bien vu, la Hongrie commencera le démantèlement du rideau de fer le 2 mai 1989. Cela étonnera d'ailleurs le vénitien qui avait jusqu'alors pensé qu'elle aurait mis beaucoup moins de temps à se rebeller. Enfin, tout cela pour dire que Feliks n'était pas seul et que ces nations prisonnières devaient s'encourager mutuellement... Du moins, il l'espérait.
Netsah l'expliqua plus clairement. Il aimait Ludwig, vraiment. Les yeux ambre de l'italien s'écarquillèrent légèrement, était-ce du masochisme ou une incapacité totale d'éprouver de la rancune ? Mais enfin, même Feliciano n'aurait pas pu renouer des relations amicales avec quelqu'un qui avait failli le tuer, et bien consciemment en plus. A vrai dire, à la place de l'israélien, il n'aurait jamais pardonné à ceux qui aurait participé à sa disparition : l'allemand, le polonais, le français, l'italien... Lui-même en fait. Il parlait de livres... Quelqu'un à la réplique cinglante comme Lovino aurait sorti : « C'est quand même ironique de la part d'une nation qui est allée jusqu'à bruler tous les livres de ton peuple qui passait entre ses mains. » Certes, cette pensée avait traversé l'esprit du vénitien, mais jamais, oh grand Dieu, jamais il ne lui aurait dit. Mais avoir ce genre de réplique vexante dans la tête montrait bien qu'il était le frère de l'italien du sud.


"Si tout va bien entre Ludwig et toi à présent, alors... Il te fait même des pâtisseries ? Il doit être bon à marier alors ! Ve ! "


Un nouveau rire plein d'éclat résonna dans la pièce, voir Ludwig en tablier rose bonbon, une cuillère en bois dans la bouche était un événement à ne pas manquer. Rien qu'à cette pensée peu viril de son ancien allié, Feliciano se retint de trépigner sur place.


"Il doit vraiment être trop mignon comme ça... Sì, adorabile... La prochaine fois qu'il fait des sucreries, je t'en supplie, appelle-moi je veux vraiment voir ça. "


Netsah lui demanda alors une faveur. Qu'un jour, Ludwig, l'israélien et lui-même fassent quelque chose ensemble. Un sourire et quelques secondes de silence, voilà ce que lui donna l'italien avant de lui répondre. Fixant la poupée que son petit-frère lui avait offerte, le jeune Vargas cherchait les mots pour lui répondre. Possible ? Impossible ? Et que pourraient-ils donc faire ensemble ?


"Netsah... Tu sembles bien connaitre Ludwig, mais tant qu'il souffrira de sa séparation avec son frère, on ne pourra rien tirer de lui. Il ne sait pas profiter de la vie si tous ses problèmes ne sont pas réglés au préalable. Encore un peu de patience, lorsque tout ça sera fini, j'essaierai de lui parler seul à seul. Ensuite seulement on pourra faire quelque chose tout les trois. "


Feliciano essayait d'être le plus optimiste possible vu le caractère et la situation de l'allemand. Non, il ne pouvait pas lui dire : « Oui bien sûr, je lui en parlerai demain, je suis sûr qu'il acceptera, ve ! » sans créer un énorme mensonge qui lui vaudra alors peut-être les pleurs de son petit-frère. Son regard suppliant n'y changea rien, il n'y était pas particulière sensible sachant que c'était plutôt lui qui utilisait ce regard sur les autres, et non l'inverse.
Un bruit s'approcha alors de la pièce. Curieux de savoir ce qu'il se passait, le vénitien se dirigea à la fenêtre pour apercevoir une troupe de gens costumés et de musiciens qui allaient traverser les nombreuses ruelles de la ville. Un groupe de trois personnes devançant le cortège s'aperçurent de sa présence.


"Veneziano! Sei obbligato a partecipare alla festa, fretta e scendi!* "

Spoiler:
 

"Sì sì, arrivo!* "

Spoiler:
 



Attrapant son petit-frère par le poignet, il sortit de la pièce à une si vive allure que l’israélien aurait pu se prendre pour un cerf-volant. Pas d’explication, mais peut-être que Netsah avait retenu quelques leçons d’italien que ses frères avaient essayé de lui apprendre. Mais ils n’allaient pas ressasser le passé et déprimer toute la journée ! Aujourd’hui était un jour de fête dont Feliciano était le symbole à travers les frontières de son monde.


"Il est hors de question qu’on reste une seconde de plus enfermé ici ! Le carnaval nous tend les bras, ne le faisons pas attendre ! "


« Aucun coin de la terre n'a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l'enthousiasme. »
La Vie errante (1890)
Citation de Guy de Maupassant

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Jeu 9 Sep - 18:30

D’une certaine façon, il était content que Feliciano se soit montré réservé à propos de sa demande et ce pour une chose très simple à comprendre : il voulait rester avec lui, sans le partager avec un grand nombre de personne. Fabrizio et Romano, c’était presque trop pour lui, même s’il les aimait beaucoup plus qu’il ne le montrait. Non, non, Feliciano était son frère à lui pour un moment, pour quelques heures, il n’était pas à partager.

C’était là son côté enfant qui ressortait d’un coup, brusquement, comme un coup de feu d’artifice, une explosion d’étincelle. Il aurait voulu s’approcher un peu plus de Feliciano, lui dire que cela n’était pas grave, qu’il était même (un peu) content de sa réponse, mais déjà en bas, on les appelait, pas pour un devoir, mais pour une fête, un carnaval. Même si Netsah n’aurait pas parlé un mot d’italien, il aurait compris les mots (cela faisait combien de temps qu’ils étaient de cette pièce au fait ?), la situation, pourquoi soudainement Feliciano lui pris par la main, l’emmenant dehors. Sa voix qui ressemblait à une chanson, encore un appel. Avait-il une fois hurlé, dit des choses tranchantes ou amères ce frère ? Parfois, Netsah se le demandait, supposant que oui, mais sans s’en rendre compte. Après tout, il était parfois si maladroit (sans aller jusqu’à dire qu’il était idiot). Comme lui, comme lui…

« Le carnaval nous tend les bras, ne le faisons pas attendre ! »

Quelque chose retentit, autour d’eux, en lui. Une sensation de jamais vu, l’odeur de la mer, les parfums, les danses, la musique, les gens. Les gens qui les pressaient de venir, leur collant aux basques avec des masques que n’auraient pas reniés des dramaturges grecs, des costumes brodés d’or et de noir. Finalement, le rire retenti, vidant sa poitrine de ce trop plein, de ce sentiment qui prenait de la place, de plus en plus de place.

Pourtant, il se sentait bien, comme il ne s’était jamais autant sentit bien depuis des années et des années. Tout aussi soudainement de son rire, ses jambes tremblèrent un peu avant de se mettre à courir, ne semblant pas se soucier des gens devant lui qui marchaient, les contournant avec une certaine souplesse, presque facilité. Il se tourna vers Feliciano, l’air d’un diablotin peigné sur son visage encore masqué.

« Je vais arriver avant toi, fratello »

Taquina amicalement et gaminement l’adolescent, faisant des gestes de la main pour son frère, l’invitant à le rejoindre, à courir à ses côtés. A jouer ensemble comme lorsqu’ils n’étaient encore que des enfants.

« Le dernier qui arrive fait des pasta à l’autre, d’accord ? »

Ne lui laissant pas le temps de répondre, il reprit sa course, riant aux éclats, petits bouts de bonheur, course maitrisée (il jetait des coups d’œil derrière pour que son frère puisse le suivre, pour qu’il en le perde pas de vue, regardant aussi devant pour ne blesser ou percuter personne, non personne).

Les grelots volaient sur sa tête, petites étincelles vives contrastant avec son bandeau rouge, son masque fixe, son tenu noir qui semblait flotter maintenant qu’il se faufilait rapidement entre les différentes personnes, le long des rues de Venise. Sa Venise qui ne lui appartenait pas, ne lui appartiendrait jamais, mais qu’il sentait pourtant sienne tout comme il revendiquait Feliciano comme étant son frère. Cela dépassait raison et logique, cela dépassait les rêves. C’était juste le présent, c’était juste la fête.

Le carnaval de Venise.

Très vite, il arriva près des canaux de Venise, apercevant les pirogues sur l’eau, les gens qui faisaient des signes de la main, d’éventails, riant, chantant. Et cette musique permanente qui s’alliaient avec les couleurs claires vives et sombres, pleines de vie et de chaleurs pour lui faire tourner la tête, sans lui faire perdre l’esprit, sans le rendre triste, amer ou nostalgique.

Feliciano le rattrapa facilement. Comment cela aurait pu en être autrement, n’était-il pas réputé pour courir vite à cause de la peur ou de sa passion pour les belles femmes ? On ne disait pas les italiens coureurs de jupons pour rien, à peine une femme rencontré, quitté, ils en avaient déjà trouvé une autre, encore une et ainsi de suite. Pour dire que Netsah n’avait aucune chance de gagner, aucune. Cela ne lui importait pas, ne l’importait jamais. Il avait juste entendu le rire de Feliciano résonnant en même temps que le sien, deux rires qui s’entrechoquaient comme des battements de main, des battements d’ailes.

« J’ai… pas gagné alors… »

Remarqua faussement boudeur l’adolescent, croisant les bras devant son frère encore souriant, quelques touches de maquillage ayant disparu de son visage pour venir se perdre dans les plumes orangées et ocres.

Voilà un bel et drôle oiseau mesdames et messieurs, de ceux qui ne se trouvent que rarement. Soyez donc honoré de le voir et ne pensez même pas à lui vouloir du mal. Le volatile sans aile est vraiment apprécié de ses frères. Le toucher serait pour eux pioche du sacrilège, de l’offense ultime qui déclencherait sans nul doute un conflit mondial sans précédant. Pour l’heure, la catastrophe était loin d’être arrivée et le volatile perdait des plumes, ici et là, tandis que la tenue de Netsah lui tenait (certes) chaud, mais ne se perdait pas en route. Saisissant une plume emportée par le vent, il riait encore, des mèches brunes s’échappant de sa capuche noire, se mêlant au jeune des grelots, se détachant du rouge du bandeau.

« Tu devrais coller tes plumes, sinon tu vas les perdre avant de t’envoler. Ce serait dommage, il fait si beau aujourd’hui, le ciel est si bleu. »

C’était une blague entre eux, depuis que l’enfant avait demandé une fois si un jour, ils pourront voler dans les airs. Feliciano, dans un moment de rêverie un peu en décalage lui avait dit que grâce à Roderich, il avait volé une fois. Depuis, la blague traversait les siècles, sans avoir de connotation négative ou blessante, juste une plaisanterie d’enfant.

« Je suis heureux que tu aies gagné, après tout, même si tu m’as appris à les faire, c’est toi qui fais les meilleurs pâtes. »

Peut-être était-ce la faute de l’ambiance, Feliciano, les mots autour d’eux, ceux dont il comprenait le sens pour avoir grandi avec eux, mais l’adolescent parlait naturellement et sans s’en rendre compte en italien. Cela lui arrivait parfois, de s’acclimater tellement bien à son interlocuteur au point de parler sa langue sans vraiment le vouloir, réminiscence d’un temps où pour survivre dans un pays, il devait perdre et obtenir plusieurs choses, renier une partie de sa personnalité pour mieux en construire une autre, oublier peu à peu une langue pour mieux apprendre une autre. Cela avait commencé dès l’apprentissage du latin, chose dont il se souvenait avec la pointe de soulagement des anciens élèves qui s’apercevaient que oui, ils n’auraient plus à apprendre la matière qui les avait tant fait souffrir. Le latin, il n’aimait pas ça, parce que c’était dur, c’était froid, il n’arrivait pas très bien à le prononcer, tout le contraire de l’italien qui était chantant, beau. Il n’avait pas eu trop de mal à apprendre l’italien, mais de là à remercier le latin pour ça, mieux valait ne pas y penser.

Indécis, il hésita sur la marche à suivre, avant de prendre la main de Feliciano, laissant la plume s’envoler. Puis, il entraîna son frère, commençant à danser à ses côtés, ne menant pas la danse, se laissant emporter par le tourbillon de couleurs, flagrance de parfum, de joie. Feliciano dans son costume semblait être à la fois le plus heureux et le plus brillant d’entre tous, l’oiseau de paradis gouvernants les autres volatiles. De tous, Netsah n’avait guère la malice fourbe et la noirceur d’un petit corbeau, mais on pouvait voir dans ses gestes l’imitation du petit frère qui voulait tant ressembler au grand. Quelques mots arrachés au silence qui n’existait pas, quelques mots que peut-être Feliciano n’entendit pas. Que même Netsah n’entendit pas, trop souriant pour cela.

« Ton festival… si beau… je suis vraiment heureux d’être ici, avec toi… »

Et le reste ne fut pas silence, le reste ne fut pas souvenir et déprime, réflexion ou attende.

Il s’appelait danse et couleur, vie, tout simplement.
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Mar 14 Sep - 23:28

Toutes les nations possédaient un petit défaut particulier, ce petit rien qui leur permettait de survivre. Gilbert, en manquait cruellement en ces années difficiles, alors qu'il avait été connu jusqu'alors comme celui ayant ce vice le plus développé parmi toutes les nations. Feliciano pensait évidemment à ce qui les maintenait tous en vie : l'égoïsme. Certes, le prussien donnait l'impression de ne penser qu'à lui, mais ce n'était qu'une façade. Ce type aux yeux rouges aurait donné sa vie pour son frère allemand et c'est cela qui pouvait bien le tuer. Toutes les nations devaient être égoïstes pour survivre, toutes, sans exception. Feliciano l'était, Netsah l'était, à moindre mesure certes. Mais il le fallait s'il ne voulait pas être poignardé dans le dos par un voisin qui prendrait alors vos terres sans un mot d'explication, voir même avec le sourire.

Aujourd'hui, Netsah était particulièrement égoïste. Mais pas pour une raison de survie, juste par cet autre défaut qu'était la jalousie. Mais ce n'était pas une jalousie maladive comme aurait pu avoir le coréen du sud par rapport au savoir japonais. Non, cette jalousie était plus... saine. Un manque d'amour qui n'empiétera pourtant pas sur la propre vie et les sentiments de l'italien.
Pourtant, le jeune Vargas ne méritait pas tant d'égards. Il était passé par toutes les émotions, il avait vexé, il avait fait pleurer, il avait fait souffrir, il avait mis en colère un bon nombre de nations. Non, Feliciano était peut-être le grand-frère du Vatican, il n'était pas un sain, loin de là. Certes, il avait le don d'illuminer vos journées sans que le soleil ne soit présent, de sourire, d'être optimiste, il en restait une nation qui s'était battu et enfuit ; tout en essuyant le sang qui lui tachait les mains. Aujourd'hui encore, il faisait des cauchemars. Saint Empire Romain Germanique agonisant, son grand-père achevé par un guerrier germanique, le sang des blessures de Netsah qu'il avait reçu en sacrifiant certains des siens, les prisonniers fusillés et par la même occasion torturée...

Mais les angoisses étaient réservées à la nuit sombre, lorsque son peuple fermait les yeux tout comme les nations qui l'entouraient. Seuls ses frères, trop proches de sa porte, pouvaient entendre ses pleurs. Mais il n'était certainement pas le seul torturé par le remord, comment Ludwig et Ivan pouvaient-ils trouver le sommeil ? En oubliant ? En commémorant ? Oui, on se donnait bonne figure, on s'excusait. Même les nations n’avaient pas le pouvoir de retourner dans le passé, la seule chose à faire était donc de se mettre à genoux et à lancer des liasses de billets en espérant obtenir le pardon des nations martyres. Mais si cette solution ne marchait pas, il ne restait plus qu’à faire la sourde oreille et à attendre une éventuelle Jeanne d’Arc.

En attendant, ils ne leur restaient plus que les petits plaisirs de la vie : manger, boire, faire la fête… Et en matière de festivité, Feliciano était un meneur. Il devait à présent suivre son cortège, tout comme tout bon représentant qui devait symboliser de grands événements, c’était son devoir, il ne pouvait pas y échapper.


"Pardon si tu souhaitais encore rester dans la chambre, ve. Mais j’ai quelques obligations tu comprends."


Il n’allait pas lui mentir, pourquoi l’aurait-il fait de toute manière ? Les choses étaient ainsi faites, en échange de leur immortalité, les nations avaient des devoirs et leurs exécutions étaient obligatoires. Enfin, il ne fallait pas s’en plaindre, le vénitien devait suivre une fête, pas un bataillon partant en guerre.
Les couleurs, les odeurs, la musique et les cris de joie contaminèrent l'israélien. Son rire résonna et celui de l'italien fini par le rejoindre comme la chute d'un domino en entrainant un autre. Voilà longtemps qu'il ne l'avait pas entendu rire ainsi, le seul souvenir de ce son si enchanteur venait de leur enfance à Rome. Netsah reprit un de leur jeu favori de l'époque justement : la course. Partant à vive allure, sa grâce naturelle lui permit de se faufiler dans la foule sans bousculer qui que ce soit. Feliciano n'était pas un bourrin, mais il était sûr qu'il renverserait quelqu'un s'il devait en faire de même. Mais le jeune Vargas était obligé de gagner, il était chez lui après tout. Les pastas, c'était son petit-frère qui allait les faire, il en mettait ses mains à couper.


"Tu n'as aucune chance de gagner contre moi à ce jeu-là Netsah !"


Un brin de moquerie et ses jambes partirent à vivent allure derrière le petit israélien. Un italien était entrainé à fuir rapidement, alors à la course, ce n'était certainement pas un petit gars aux jambes plus courtes que les siennes qui allait le doubler. Et en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, le vénitien rattrapa son petit-frère et l’attrapa même dans ses bras. Gagné ! Pour une fois d’ailleurs qu’il réussissait à gagner quelque chose…
Enfin, il finit par le lâcher, ce n’était pas son captif. Une nation aussi éprise de liberté ne pouvait pas vivre en cage, même s’il ne s’agissait que de ses bras. Des cages, Netsah en avait surement trop vu durant toute sa vie. Et le reste de celle qu’il avait dans cette ville était encore visible, à la différence que les portes étaient ouvertes pour ne plus jamais se refermer à nouveau.

Le maquillage de Feliciano s’était à moitié effacé et son costume avait perdu quelques plumes. Qu’importe, il ne sera pas le plus beau aujourd’hui, mais lui aura bien profité de la fête à l’inverse de ceux qui vérifiaient leur tenue toutes les cinq secondes dans un miroir de poche. Se saisissant d’une de ses plumes en manque de liberté, le jeune juif reprit la parole avec un sourire qui ressemblait étrangement à celui du plus jeune des frères Vargas.


"Qu’importe, les plumes sont vendus à foison ici, je pourrais en faire des piscines. Helahelahela… Soit doit-être bien confortable pour faire la siesta d’ailleurs…"


Et le voilà encore parti dans ses rêves de bien-être éternels, sans prendre attention aux quelques réflexion sur ses fameuses pastas. Il était à présent plongé dans ses fantasmes d’orgies de conforts, de nourritures… et de femmes bien-sûr.
Ce fut un contact sur sa main qui le fit revenir à la réalité. La situation s’inversa, à son tour de faire le cerf-volant, Netsah l’emmena au cœur des danses de ce festival de couleurs et d’extravagances qui vous faisait perdre la tête. Un instant mêlé à la foule, Feliciano eut même un moment pour faire la cour à trois jeunes femmes qui gloussaient de contentement.

Le carnaval ne permettait pas de juger sur la véritable apparence des gens, tout n’était que fantasme, tout n’était que mensonge… Cette fête éphémère donnait toujours naissance à quelques aventures qui ne donnaient jamais suite, comme bien des siècles auparavant. Oui, le carnaval de Venise avait un peu perdu de sa superbe avec le temps, mais il perdurait encore et toujours et était le précurseur de la liberté des mœurs.

La nuit tombait et les gens commençaient à rejoindre les soirées privées de nombreux théâtres implantés dans la ville. Quittant sa population qui se dispersait, l’italien se saisit de la main de son petit-frère pour prendre la direction des embarquements de gondoles. Que serait Venise sans ses bateaux? N'importe quel étranger était obligé d'y monter une fois durant son séjour, que ce soit dans le but de séduire sa compagne ou par simple curiosité.


"Suis-moi."


Le grand canal illuminé, Feliciano invita l’israélien à monter dans la gondole par une gracieuse révérence. Au bout du petit bateau, l’italien prit le rôle du gondolier, ramant et contrôlant la direction de leur barque sans qu’aucun coup brusque ne soit ressentit. Le calme, juste le bruit des mouvements dans l’eau devenue noire… Mais le vénitien cassa rapidement ce silence qu’il avait toujours tendance à meubler, quitte à agacer ses camarades.


"J’ai beaucoup aimé passer cette journée en ta compagnie, je suis vraiment heureux d’être ici, avec toi…"


Tiens, c’était bizarre. Feliciano avait eu l’espace d’un instant l’impression d’avoir déjà entendu cette phrase quelque part. Mais qu’importe… En parcourant son chemin à travers les ruelles, la gondole traversa le canal et passa par le ghetto des Juifs. Prouvant ainsi sans mot que les frères et même toutes les nations étaient reliées entre elles par des mers et des terres que l’on était toujours capable de franchir.

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6.La ballerine et le musicien. Autriche et Ukraine
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Lun 27 Déc - 8:13



Qu’est-ce qu’on est bête, se disait-il parfois aujourd’hui, se disait-il souvent autrefois.

Il y a les gens qui se plaignent du temps, d’autres qui le supplient de s’arrêter. Il y a ceux qui regardent toujours en arrière, d’autre à l’horizon sans jamais un regard sur les côtés. Il y a ceux qui marchent vite, trop vite pour souffler, d’autres encore qui marchent à reculons, la peur dans chacun de leurs gestes, le désespoir dans leurs yeux, comme si tout n’était que ténèbres.

Qu’est-ce qu’on est bête, qu’est-ce qu’on est con, se disait le petit garçon, la tête penchée pour mieux regarder les gondoles, le petit corps épousant les formes un peu rondes d’un pont sans doute ancien, un pont gris-blanc comme il l’imaginait dans la presque chanson, dans le poème, un pont où coule la Seine, le pont des amoureux désunis, le pont où vient la nuit, où sonne l’heure.

Les jours s’en vont, je demeure…

Il y a des poèmes comme des chansons, des paroles comme des gestes. On supplie, on s’égare, on court, on se presse. Vite, vite, disent les amants, vite, vite, disent les frères, profitons-en, profitons-en avant que la nuit ne vienne, que le temps coule trop brusquement et finalement coupe un lien que l’on croyait éternel.

Qu’est-ce qu’on est bête, qu’est-ce qu’on est con, lorsqu’on est un homme, lorsqu’on est une Nation. Le temps n’a pas de règles, juste des promesses qui ne tiendront pas, juste des mots qui se brisent, mais aussi, mais surtout, ce que tous oublie, dans son empressement ou sa marche à reculons. Il y a des temps avec des sourires, des pleurs. Toi, tu le savais hein, petit garçon ? Tu le savais et tu essayais de mettre cela à profit, de profiter du temps, de le supporter lorsque la marche devenait lourde, lorsque sous tes pieds la terre était sèche ou pleine de gravats, épées maculées de sang et tournées vers toi. Cela servait lors des périodes sombres, lorsque sourire n’allait plus. Courage, courage te disais- tu. Il y a un temps pour les pleurs, mais il y aura toujours un temps pour les rires.

Un temps pour les ennemis, un temps pour les frères. Pourquoi ralentir ou accélérer le temps lorsqu’au final, tout venait et revenait finalement ?

Comme l’eau sous le pont, comme l’eau sous la gondole. Celle-là, Netsah la regarda, la trouvant belle, les lumières vives et chaudes se reflétant dans l’eau sombre, comme des couleurs fauves s’entremêlant avec l’encre précieuse d’un asiatique. Venise la Sérénissime, on la disait belle de jour, elle était sublime la nuit, joyaux d’Italie sans être songe d’une nuit d’été, d’ailleurs, l’été n’était pas encore là, donc, inutile de le nommer. Netsah n’y pensait même pas, préférant observer les gens restant encore dehors, ceux partant, acteurs et actrices quittant la scène publique pour mieux jouer dans une scène privée, là où jamais la fête ne finirait.

C’était le temps de la fête, le temps des masques, mensonges trompeurs et souriants, mais sans danger, ni piège. Une blague, une farce et un théâtre, pas de conspiration, pas de massacre ni d’outrage. Juste le temps de la joie et des sourires, celui qui plisse les lèvres, qui amène l’étincelle dans les yeux clairs.

« Grand-frère, je t’aime. »

Grand-frère, c’était le nom, c’était lui, l’homme-Nation, l’homme-enfant qui conduisait la barque, aussi doucement qu’il s’était incliné, qu’il avait enjoint Netsah à le suivre. Pas de violence aujourd’hui, pas d’insulte. C’était reposant, doux, quelque chose de meilleur qu’un rêve car les rêves, on peut toujours chercher la chaleur, elle n’y est pas, on peut toujours rire, danser et sourire, on est seul. Aussi seul que dans les pires souvenirs qu’on puisse avoir. Les rêves, un rien pouvait les briser, petites bulles illusoires et fragiles. Netsah lui, touchait, palpait et souriait. Il sentait le bois l’air iodé et les coups dans l’eau. Pas de place pour les songes, juste assez pour quelques paroles, sans heurt comme les mouvements de Feliciano.

« J’ai aussi aimé cette journée, comme je pense que j’aimerais l’autre que je passerais avec toi, si tu me le permets. »

Un coup et encore un autre. Des masques sont-ils déjà tombés là-bas, dévoilant les visages et les yeux fatigués ? Peut-être que oui, peut-être que non. Comment le savoir, il faisait si noir, comment le savoir, il y avait encore des lumières, encore sans doute des danses ? Autrefois, on faisait la fête en prévision du carême, pour passer de l’un à l’autre, pour mieux supporter ou prévenir, Netsah ne l’avait jamais vraiment comprit. Ce n’était pas sa religion, pas son Dieu, il essayait de s’adapter, évitant de regarder Feliciano entrant dans une église (même si au fond, il était jaloux, petit enfant ne supportant pas qu’on l’ignore au profit d’un frère autrefois presque détesté). Maintenant, plus vraiment ça, plus vraiment de religion, de Dieu, juste des masques, la fiction avant de revenir à la réalité. Pourtant, rien ne serait plus mensonger que de dire que tout n’était que mensonge pendant le carnaval de Venise. Les sentiments sous les masques, les sourires sous le maquillage n’étaient pas des leurres et Netsah était bien placé pour le savoir.

Qu’est-ce qu’on est bête, qu’est-ce qu’on est bête disait le petit garçon du pont, chantant presque dans sa tête, qu’est-ce qu’on est bête quand on aime, à avoir peur du temps qui est perdu, du temps qui vient et qui passe. Qu’est-ce qu’on est bête quand on aime, de ne pas souvent le montrer, de ne pas souvent en profiter.

Pourtant, dire et faire ce n’était pas plus compliqué que d’enlever un masque pour sourire, si ?

« Il y a des choses qui changent, d’autres qui ne changent pas. Je suis heureux que ton carnaval et ton sourire soient toujours là, toujours pareils. »

Un regard que l’on jette aux autres gondoles, un autre aux couleurs, à la lumière restante, vivant avec le noir, comme on s’accoutume des deux dans la vie : les moments où l’on rit, les moments où l’on pleure, les moments où l’on crie, les moments où on sourit. Un cercle infini de sentiments, parfois simples, parfois complexes. Et jusqu’au dernier souffle, cette envie de vivre, du moins pour lui. L’enfant qui avait foulé le sol de Venise, l’ancien paria, celui qui avait parcouru bien des terres sans qu’aucune ne lui appartienne. Celui qui essayait de survivre, alors qu’un autre soi tentait de prendre sa place, puant la haine et la vengeance. Mais cela, c’était la réalité, ce qui l’attendait une fois le rideau tombé.

« Sinon, que fais-je faire maintenant ? Vais-je rentrer à l’hôtel ou… »

Simple parole dans la nuit, simple proposition. Feliciano pouvait toujours refuser, Feliciano pouvait toujours acquiescer, rien ne changerait, rien ne bougerait. Netsah avait toujours beau partir le plus loin ou le plus près possible, il avait beau s’éloigner ou se rapprocher, il y avait en lui des sentiments qui restaient à peu près les mêmes, malgré les trahisons, les coups, les combats. C’était ainsi, il fallait faire avec, taire au besoin cette drôle de faiblesse. Feliciano ne faisait bien entendu pas exception à la règle.

« Accepterais-tu de me supporter encore un peu ? »
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Mer 12 Jan - 19:28

L'air froid de la nuit tombée sur sa ville tant aimée lui parcourra tout le corps, provoquant des frissons impossibles à retenir. Mais les températures en baisse n'étaient pas assez pour lui donner l'envie de rentrer. Il était là, sur sa gondole, à parcourir l'eau devenue encre noire qui envahissait une grande partie de sa ville. Il parait d'ailleurs que Venise sera un jour complètement sous les eaux qui avaient fait ironiquement une partie de sa fortune. Ce jour-là, Feliciano l'appréhendait. Plus que toute l'Italie du Nord, il était Veneziano, l'homme de Venise. Bien sûr, il n'en mourra pas. Mais il aura peut-être une sorte de malaise, de vide... en fait, il ne savait pas vraiment s'il en aurait des blessures physique, mais sa profonde tristesse sera bien présente.

Les mains fines de l'italien maniaient avec grâce et précision la rame qui les dirigeait lui et son frère de cœur. Son embarcation noire pouvait sembler sinistre, surtout chez le jeune Vargas pourtant plein de vie, mais il n'avait évidemment pas pour but de déprimer les touristes amoureux. Son aspect actuel remontait au XVIe siècle. Un décret de 1562, avait imposé la couleur noire afin de mettre un terme à la compétition ruineuse qui opposait les riches vénitiens, ambitieux de posséder l'embarcation la plus richement décorée. La légende attribuant le choix de cette couleur à la commémoration des pestes était donc sans fondement. Avant cette réglementation, la gondole était menée par deux rameurs et ne se distinguait pas des autres embarcations vénitiennes hormis le fait qu'elle était utilisée comme moyen de transport privé de personnes. Ainsi, jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, les patriciens et les riches commerçants de la ville, engageaient des gondoliers pour leur service personnel.
A présent, la gondole n'était plus utilisée que par les touristes. Si aujourd'hui, 400 gondoliers avaient un permis de navigation, on avait estimé à 10 000 le nombre de gondoles au XVIe siècle. Les gondoliers constituaient autrefois une caste à part, qui voulait qu'un père transmette les secrets de son savoir à l'un de ses fils. Ce système venait de disparaitre en cette année 1980 et le gondolier était désormais sélectionné sur concours. Mais ce métier restait exclusivement masculin (jusqu'en 2009).

Cette magnifique gondole traversait maintenant le ghetto juif que l'italien aurait aussi bien pu peindre en noir pour des raisons plus sinistres. Il en avait honte, il avait hésité à le détruire. Mais le jeune Vargas n'aimait pas démolir les lieux et les monuments qui avaient pu faire son histoire ; qu'ils soient bons ou mauvais. Ce quartier faisait partie de ces choses qu'il ne parvenait pas à se débarrasser, par nostalgie et pour se rappeler ses erreurs passées. Un petit flashback remonta dans sa tête, à l'époque où partout en Europe, on enfermait les Juifs dans leurs quartiers réservés la nuit. Ses petites mains posées sur ces lourdes portes infranchissables, Feliciano avait regardé avec un beau sourire le petit Netsah qui lui, lui avait offert alors un regard plein d'incompréhension. Le soleil se couchait, le couvre-feu allait commencer, les fêtes et les joies de la nuit lui étaient interdites. A lui, et à tous les gens de son peuple. Pourquoi ? Parce que les Juifs étaient le peuple des souffre-douleurs, ceux qu'on accusait de tous les maux pour ne pas justifier nos crimes. Pire, qu'on accusait de nos propres fautes.


« Buona notte Netsah... »


Le vénitien avait suivi le mouvement de foule, de racisme, comme un mouton pouvait suivre son troupeau. L'humanité était cruelle, les nations devaient en être son reflet. Mais que ce passait-il si l'un d'entre eux refusait le mal silencieux qui s'immisçait dans son pays ? Cela ne pouvait pas être possible, cela aurait été comparable à une guerre civile provoquant le suicide de la nation. A-t-on déjà vu une nation mettre fin à ses jours ? Non. Ils avaient bien trop peur de la mort pour l'avoir vu emporter un nombre incalculable d'enfants de son peuple. Ils les voyaient naitre, ils les voyaient mourir... Et ces pleurs et ces douleurs ; les immortels ne voulaient pas les vivres.

A présent, le peuple israélien se vengeait de leur misère passée. Pour exorciser tous leurs cauchemars de tortures et de douleurs insoutenables, les palestiniens étaient devenus les victimes de leur vengeance. L'antisémitisme subit depuis des siècles avait fait naitre le sionisme chez Netsah. Tels des traumatismes d'enfants battus qui frappent leurs propres enfants, la nation juive attaquait ses voisins comme il avait été attaqué par les siens dans le passé.


"Netsah... Tu sais, je t'aime aussi. Alors... Ne me blâme pas pour ce que je vais te dire, s'il te plait, mais... Non, rien, laisse tomber. Fais seulement très attention à toi et à ce que tu pourrais provoquer autour de toi."


« Ne fais pas les mêmes erreurs que nous. Je m’excuse, au nom de tous. Mais ne reproduit pas le mal que nous avons pu te faire. » … voilà ce qu’il aurait dû lui dire, mais il n’y parvint pas. Encore un geste égoïste pour protéger sa population. S’il venait à donner son avis, il aurait pu être mêlé au conflit israélo-palestinien et provoquer des problèmes au niveau de ses relations internationales. Ne plus prendre parti, vivre pour soi, son dernier choix d’alliance avec l’axe lui avait déjà fait payer assez cher. Il faisait déjà tout pour que l’antisémitisme ne revienne plus dans son pays, surtout par respect pour son petit-frère qui avait tant souffert.
Peut-être qu’il n’aurait pas dû l’emmener sur sa gondole, peut-être qu’il aurait mieux fait de l’intégrer à l’une de ces fameuses soirées pour se sentir un peu privilégié. Mais telle une mauvaise habitude revenue, l’italien l’avait encore éloigné de tout pour le mener sur le chemin si mal éclairé de son quartier fermé. Il n’avait pourtant pas pensé à mal, vraiment.


"Je n’aurais peut-être pas dû te ramener ici…"


La ville de la tromperie ne lui offrait plus ses dons ce soir. Il ne parvenait plus à maintenir son masque d’imposture en place, préférant faire silence plutôt que de mentir à l’israélien. A lui plus qu’à quiconque, il n’avait utilisé que trop de mensonges. Fini cette guerre de religion, les enfants de Judas n’avaient plus à subir les accusations de leur aïeul. Il ne s’excusera jamais assez, ses péchés étaient impardonnables. Mais Feliciano ne craignait pas l’Enfer car il n’était même pas sûr que les nations puissent avoir une âme qui leur est propre. Il craignait juste la mort, capable de vous faire disparaitre des yeux de ceux que vous aimez.
Mais il était de nouveau injuste avec lui, ses erreurs et les sombres pensées qui ne faisaient que rarement surface remontaient rien qu'à la vue du jeune Netsah souriant. Il l'aimait sans l'ombre d'un doute, sinon pourquoi ses remords seraient-ils en train de lui contracter la gorge ?


"Hela... Bien sûr que tu peux rester ! On continuera à faire la fête ! On mangera ensemble, on jouera ensemble, on dormira ensemble..."


Le masque se désagrège...

Le grand sourire qui faisait le charme de l'italien, était présent, rayonnant. Cependant, il fut accompagné d'un flot de larmes qu'il ne parvint pas à arrêter. Comment montrer autrement des sentiments aussi contradictoires ? Heureux de sa présence, mais affligé d'avoir été si affreux avec lui durant trop de temps, trop de siècles.


"Partons d'ici tu veux bien ? Ve ? On va rentrer chez moi et on va faire des pastas!"


La gondole prit alors la route vers la sortie du quartier, sans finalement attendre la réponse de l'israélien. Plus pour lui que pour Netsah, il voulait quitter cet endroit qui le rendait bien trop mal à l'aise. Les habitants vénitiens d'aujourd'hui ne pouvaient évidemment pas le comprendre, trop de choses qu'ils n'avaient pas eu la possibilité de vivre. L'immortalité avait ses avantages et ses inconvénients comme la mortalité avait les siens. Feliciano essuya ses larmes d'un vif coup de manche sur la figure, il ne pouvait pas pleurer, pas aujourd'hui, pas avec lui. Mais obliger l'italien à arrêter de pleurer lorsqu'il était lancé était comme retenir Roderich de jouer du piano.

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Ven 29 Juil - 8:19

Fais attention à toi, fais attention à toi. Les paroles étaient là, prononcées d’un ton que Netsah jugea plus inquiet que moralisateur. Fais attention à toi et à ce que tu pourrais provoquer. Des paroles de pays, des paroles de frère adoptif. Ce n’était pas exactement ce qu’il fallait pour réchauffer l’ambiance. Netsah nota la recommandation, même s’il savait que c’était difficile ou c’était lui qui rendait les choses compliquées pour se justifier. Ce n’était pas vraiment clair. Ce qui était normal, il faisait si sombre aujourd’hui.

Il y a des siècles de cela, il aurait été renvoyé dans sa chambre, sa prison, son ghetto. Mais là, non. A la place, il pouvait encore voir les lumières. A son frère, il ne pouvait pas promettre. Parce qu’il était Nation et non homme. Une Nation ne peut tenir les promesses qu’elle veut. Non, au peuple de décider, aux dirigeants. Sa volonté n’avait pas de place, pas de force. Netsah ne voulait pas être un menteur, donc, il répondit un faible : « J’essayerai. »

Pas de oui, pas de non, désolé. Je sais ce que tu veux dire, mais je n’ai pas le choix et je ne l’ai jamais eu. Pardonne-moi.

Ses paroles étaient bien amères, il s’en rendait compte, mais l’évocation ne l’était-elle pas aussi ? Tous savaient maintenant, tous en parlaient et lui aussi, pour mieux se justifier. Pour prétendre avoir raison et ne pas être un monstre.

Il se cala un peu plus contre le bois de la gondole, ne se lassant pas de voir les reflets dans l’eau, les lumières. Miroir, miroir, mon beau miroir dis-moi que je n’ai pas tort, que j’ai raison, que mon peuple mérite d’avoir une terre et que ceux qui lui refusent cela sont mauvais. Que défendre mon peuple à n’importe quel prix peut tout justifier.

Et pas de réponse, ni de Dieu, ni des étoiles ou de l'eau noire. Juste les vestiges d’un ancien ghetto, les souvenirs d’une ancienne vie, lointaine, très lointaine.

Il avait le chic pour revenir dans ses prisons et ses mauvais souvenirs, c’était le cas de le dire, quand ce n’était pas quelque chose de vingt ans, c’était d’une autre époque.

« Laisse, tu n’y es pour rien. »

Il disait ça pour Feliciano, mais cela aurait pu aussi être pour lui-même.

"Hela... Bien sûr que tu peux rester ! On continuera à faire la fête ! On mangera ensemble, on jouera ensemble, on dormira ensemble..."

C’était fou comme certaines phrases changeaient votre humeur, chassaient certaines idées. Comme ça. D’un coup. Mais c’était toujours les mêmes choses au final, toujours les mêmes promesses, le même ordre. Reste. Tu peux rester. Reste. Je veux bien de toi.

L’italien souriait, l’italien pleurait et Netsah ne comprenaient pas, comme d’habitude. Pourquoi pleurait-il ? Pas de réponse, ni de l’un, ni de l’autre. Netsah n’osait rien dire, seulement un regard perplexe (et un peu ému) restait fixé sur Feliciano.

Il ne comprenait toujours pas.

"Partons d'ici tu veux bien ? Ve ? On va rentrer chez moi et on va faire des pastas!"

A la gondole de prendre un autre chemin, de s’acheminer vers la lumière, à Netsah de ne pas toujours très bien comprendre.

« Pourquoi pleures-tu ? »

La main touchant le tissu du costume, la voix interrogeant encore dans la nuit :

‘Pourquoi pleures-tu ?’

Pourquoi surtout posais-tu cette question, idiot ? Tu le savais, le sentait. Le sourire, les pleurs, les souvenirs, les rêves, les cauchemars, les masques et la vérité, les lumières et le noir. Le Ghetto. Certains souvenirs ne devaient pas être oubliés, ce n'était pas pour autant qu’on voulait s’en souvenir, loin de là.

Il avala sa salive et parla.

« Rien ne sert de ressasser ce genre de souvenir, grand-frère. Tu as fait beaucoup de mal, mais s’il faut que tu culpabilises pour des actes, ne choisis pas ceux datant d’un autre siècle. Nous sommes des Nations, pêcher et faire mal est une partie de notre nature, puisque ce sont les hommes qui nous font agir chaque jour. C’est notre faute, mais pas vraiment, pas totalement. Ce que nous devons faire, c’est ce qui nous semble juste. »

Y compris lutter contre un peuple pour une terre.

Car son peuple devait être protégé et avoir sa terre, il en était persuadé. Même si au fond de lui, quelques fois monsieur Doute venait lui rendre visite. Mais là, c’était Feliciano qui avait fait la leçon, Feliciano qui pleurait. Netsah n’osait même pas penser à se justifier ou l’insulter. S’ils ne risquaient pas de finir dans l’eau, le garçon l’aurait bien serré dans les bras, en fait.

« Après tout, ce ne sont pas les Nations qui fabriquent les monstres, mais les Hommes… Nous devons leur obéir. Alors, se créer des souvenirs, des joies, des peines, des rêves, c’est sans doute notre seule liberté. Nous devons en profiter, quant que nous existons encore… enfin, c’est ce que j’ai pensé après. Après quoi ? Je sais plus. Une de mes guerres, une de mes catastrophes, un de mes exils ou cauchemars. Je n’en sais foutrement rien. Ce que je sais, par contre, c’est que je ne vais pas laisser mes bourreaux pourrir ma vie, jusqu’à en oublier comment aimer et sourire. »

Et dans un autre souffle.

« Oh, sinon, je meurs d’envie de manger des tagliatelles au saumon. Et tu ne m’avais pas parlé d’une voisine aussi… jolie que mademoiselle Ukraine ? »

Il rougit en prononçant les derniers mots. Les siècles avaient passé, mais il restait toujours aussi timide sur ce genre de sujet. Même pas sa faute, d’abord.
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Mer 17 Aoû - 12:32

L’inquiétude était palpable et Feliciano ne pouvait pas attendre d’être devant l’autel pour prier pour le petit israélien. « Dieu, pardonnez-lui, il ne sait pas ce qu’il fait… » priait-il en silence, quel grand naïf il pouvait faire lui aussi. Il avait par le passé prié pour le retour du Saint Empire Romain Germanique, la victoire de l’Allemagne, que son frère le rejoigne, devenir plus fort… Et aucun de ses souhaits ne fut réalisé. Lui, son plus fervent serviteur après le Vatican, n’avait pas mérité ses miracles. Beaucoup d’autres nations à sa place auraient jeté le crucifix qui aurait trôné au centre de leur plus grande église et l’aurait piétiné de rage. Et à vrai dire, l’italien avait par un moment hésité sérieusement à le faire. La peur d’être alors maudit était peut-être ce qui l’avait freiné.

Essayer n’était pas assez. N’avait-il pas appris des erreurs des autres ? De Ludwig ? De lui-même ? A se comporter comme un dictateur en prétextant avoir toujours été la victime durant des siècles, il n’allait certes pas s’attirer les armes de l’organisation du traité de l’atlantique nord, plus connu sous l’acronyme OTAN, mais la sympathie des pays membres ne se posera pas sur lui non plus. L’histoire lui avait appris, tout au long de sa longue vie, qu’on n’apprenait jamais des fautes des autres, il fallait toujours les faire soi-même pour bien comprendre à quel point nous étions dans l’erreur.


"Prend mon avertissement au sérieux, n’agit pas sur le coup de la colère de tes dirigeants. On a tous fait cette erreur une fois dans notre vie de nation et certains d’entre nous ont disparu en agissant ainsi… Ve."


Feliciano n’aimait vraiment pas faire la morale, mais il avait l’impression de ne pas avoir assez d’impact. Il se savait pourtant trop gentil, maladroit et était bien trop laissé-allé pour faire une quelconque réflexion à autrui à ce sujet, mais c’était un devoir. Son devoir d’ainé.
Le vénitien remuait sa rame habillement pour les faire partir le plus vite possible du ghetto comme si les fantômes de ce passé honteux le poursuivaient pour le hanter. Et durant son énième fuite, ses larmes n’avaient de cesse de couler sur ses joues. Netsah lui demanda la raison pour laquelle il pleurait. Etait-ce une question qui méritait une réponse claire à haute et intelligible voix ?


"… Ma bêtise… mes regrets."


Pas envie de s’expliquer davantage, il voulait clore le débat, rapidement. Chacun avait ses petits secrets, même le jeune italien au sourire si charmeur. Une nation ouverte aux autres pouvait garder sa part de mystères. Enfin, peut-être que le petit israélien pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert, avec ou sans masque ? Cela n’aurait pas été étonnant finalement.

« Tu as fait beaucoup de mal »

Cette phrase cognait dans sa tête comme les coups qu’aurait pu lui porter son grand-frère. C’était atrocement douloureux, mais il devait supporter. C’était sa punition, un remord éternel que Dieu tout puissant lui-même avait décidé de lui affliger. Oh oui, Dieu ne récompensait que très peu, mais il savait punir pour la moindre faute. Il savait se faire détester.


"Justement, ce n’était pas juste."


Il n’était certes pas le seul coupable dans cette histoire de discrimination. Mouvement de foule, dirigeants, peuple qu’il représentait, tous était pour parquer ou chasser les Juifs. Dans ce cas, la nation était obligée de suivre, il était après tout la représentation de leurs désirs et de leurs haines. En échange de sa liberté, il obtenait l’immortalité. Il ne lui restait plus son corps, ses sentiments et ses souvenirs.
La gondole finit par toucher un petit pont de débarquement près de chez lui. Feliciano attrapa la main de son invité et d’un bon, revint sur la terre ferme. A la dernière phrase qui lui offrit, l’italien fit rayonner à nouveau son sourire, absent depuis de trop longues minutes.


"Helahela… j’ai tout ce qu’il faut pour te cuisiner ça ! Et effectivement, je ne pensais pas que tu t’en souviendrais, mais ma voisine n’a rien à envier à la sœur d’Ivan. Tu peux voir des tas de choses depuis chez moi… Veveve…"


Feliciano posa nonchalamment une main sur l’épaule de son petit frère adoptif pour l’accompagner jusque chez lui. Durant cette marche, le vénitien en profita pour décrire cette fameuse voisine avec la main libre qui lui restait. Des courbes à damner n’importe quel homme, une poitrine avantageuse, un visage rayonnant… Tout pour plaire aux hormones d’un homme comme d’une nation masculine. Les descriptions parfois un peu crue aurait pu faire rougir jusqu’aux oreilles son jeune invité. Mais Netsah devenait grand et recevoir ce genre de leçon bien plus futile que la précédente, tout en se rinçant l’œil gratuitement au passage, était une étape obligatoire pour devenir un homme… du point de vue de l’italien en tout cas.

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Lun 19 Sep - 15:38

Comme ce qu’il avait dit à Feliciano ne cessait de le tourmenter, une petite pique allait et venait dans sa tête. Un écho, une parole, un appel.

"Justement, ce n’était pas juste."

Il se souvenait des regards qui se baissaient, des insultes jamais dites, toujours pensées. Parce qu’on ne provoquait pas davantage les bourreaux qui posaient seulement leurs pieds sur vos têtes, au risque d’avoir encore plus mal. Il pensa à ses gens, à ceux des autres, à différentes époques. A sa mère et à celui qui ne sera jamais un frère, même si peu de personne lui ressemblait autant que lui. L’ancienne Israël, l’actuelle Palestine, la Diaspora et cette phrase qui courrait le long de sa vie, époque après époque.

Ce n’était pas juste.

Ce n’est pas juste.

Il toussa, chassant ses pensées.

Il savait, oui, il savait au fond qu’il faisait des choses injustes, nécessaires, mais terribles. Cependant, toujours une phrase l’empêchait de réfléchir, de repousser chemin, de tout simplement se haïr lui-même.

Je dois protéger les miens.

Cela n’empêchait pas de douter, seulement de ne pas vraiment hésiter. Parfois.

Netsah enleva son masque. La nuit était là, il n’en avait plus besoin. Venise la Masquée laissait maintenant place à jumelle, Venise la Nocturne. Nul besoin de mentir, de se cacher cette nuit. L’ombre est une bonne protectrice, Netsah le savait que trop bien.

Mettant un pied à terre, il suivit Feliciano jusqu’à chez lui, sentant sa main sur son épaule. Le contact lui faisait du bien. Cependant, les paroles de l’italien eurent un tout autre effet. Il parla de corps de femme, de ses yeux si beaux, des lèvres rouges, d’une peau douce et d’une voix d’ange, ainsi d’un autre détail qui captiva l’attention de l’adolescent.

Etait-il anatomiquement possible qu’une humaine dispose des mêmes formes d’Ukraine ?

« Son père doit être sur le qui-vif en permanence ! » commenta en premier lieu le jeune garçon.

Chez lui en tout cas, un père devrait agir ainsi, protégeant sa fille des garçons qui la convoiteraient pour de mauvaises raisons. Surtout dans un pays comme l’Italie où les séducteurs naissent par milliers.

« Hum, cela veux dire qu’on ne sera pas les seuls à la regarder par la fenêtre, pas vrai ? »

Oui, il n’était plus si innocent depuis longtemps et poser ce genre de question lui venait plus ou moins naturellement, même si la gêne et joues rouges étaient toujours là.

« Au fait, on pourra la rencontrer ? Je veux dire demain. J’aimerais bien l’inviter à danser… »

Quelque chose gronda dans la nuit. Il porta sa main à son ventre, se disant qu’avant de satisfaire ses yeux, son estomac passerait en premier.

++

D’une manière générale, il aimait bien manger chez les autres Pays, surtout ceux ayant compris ce qu’il pouvait manger ou pas. Embarrassé son hôte pour une simple question de nourriture ne lui était aucunement agréable. Heureusement, ce n’était pas le cas du jeune italien qui était justement en train de cuisiner, tandis que lui mettait la table. Une odeur chaude s’échappait de la cuisine. Netsah y pénétra sans hésitation :

« Tu en es où ? Je peux t’aider ? »
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 1 Oct - 23:07

Feliciano devait mesurer ses mots avec le petit israélien, il n’en avait pas l’air comme ça, mais la jeune nation était assez rancunière. Pour la moindre crasse, un mot de travers, une prise de partie avec la Palestine, celui qui semblait encore un adolescent haussait alors la voix pour crier à l’injustice et se venger au plus tôt sur sa voisine. C’est en tout cas ce que les pays extérieurs pensaient. Et en y réfléchissant bien, l’italien ne connaissait peut-être pas si bien son petit-frère de cœur. Il avait toujours un peu peur de lui et ne parvenait pas à savoir ce qu’il pensait… Enfin, il ne faisait pas totalement confiance à ses paroles.

Était-ce de la méchanceté ? Le jeune Vargas ne pensait pas cela, il était juste d’une nature un peu trop méfiante qui s’effrayait alors du moindre rapprochement avec une nation masculine. Car oui les femmes faisaient exception à la règle, il pouvait leur donner son corps et son âme alors que Dieu seul savait qu’il n’y avait pas plus mesquin que la gente féminine. Mais finalement, en étant ainsi, il en devenait mesquin lui aussi, cachant ses doutes derrière un sourire doucereux à la manière d’un russe cachant la misère de son pays dans son épais manteau.

C’était finalement le passé de chacun qui construisait leur personnalité, comme tout être vivants. L’israélien montait sur de grands chevaux et se rebellait à la moindre protestation pour protéger les siens martyrs depuis trop de siècles ; Feliciano quant à lui évitait les conflits après avoir été un pushing-ball vivant pour les nations voisines suite à la mort de son grand-père qui n’eut pas la sagesse de l’entrainer à gérer un conflit.

Mais au Diable tout cela en cette nuit festive. Il était en route pour une bonne plâtrée de pastas et les courbes d’une femme toujours présente à la fenêtre de l’italien à en croire qu’elle appréciait grandement son voyeurisme. Les détails de leurs histoires respectives et la perplexité qui aurait pu s’installer entre eux étaient à présent à mille lieux de là.


"Je ne sais pas si je suis le seul à la regarder, mais j’ai toujours eu l’impression qu’elle regardait dans ma direction… Hela… Mais peut-être que je rêve aussi, je suis plutôt doué pour ça, veveve…"


Un sourire rêveur accroché à son visage, Feliciano n’oublia pas pour autant qu’il était plus que temps de faire bouillir de l’eau pour le repas de ce soir. Aaaah, les pastas de minuit étaient toujours les meilleures. Tous les étudiants adeptes de la nuit blanche de révisions intensifs pouvaient vous le dire.
Pour ce qui était de ses traditions, l’italien savait en quoi s’en tenir. Le fait d’avoir longtemps vécu à ses côtés sans doute. Aussi allait-il préparer le plat qu’il semblait le plus apprécier ici : les tagliatelles au saumon.

Retirant son costume au préalable, l’italien s’installa dans sa cuisine, maniant les ustensiles avec une grande habilité, ses préparations fumaient d’une douce odeur.


"Helahela… Et bien tu peux mettre les couverts, c’est prêt. Après, on pourra voir si la jolie demoiselle est présente, ve."


Installé à côté de sa fenêtre, une lunette astronomique était installée sur ses pieds. Bien que ce genre d’appareil était pour soi-disant voir les étoiles, il était bien sûr facile d’imaginer que les hommes qui achetaient ce genre d’appareil devant surtout l’utiliser pour espionner les fenêtres de ses voisins.
Bref, il installa son plat sur la table, attendant l’avis de son invité.

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Dim 25 Déc - 21:54

Je n’ai pas de problème avec les autres, ce sont les autres qui ont un problème avec moi. Tous les autres.

Affirmation tranchante qu’il se répétait siècle après siècle, venant rejoindre la pensée de Feliciano sur lui. Netsah non plus n’aura jamais totalement foi à ses paroles, pas les siennes, celles des autres. Il pardonnait, évidement, comment pourrait-il vivre sinon, plein de rancœur pour autrui, incapable de se mêler aux autres ? Autant prendre une fusée et aller s’expédier sur mars ou l’astéroïde M pendant qu’il y était, au moins, comme ça, il ne verrait plus la majorité de ses anciens et nouveaux « ennemis » qui, s’ils n’étaient pas le monde entier, en constituaient une très bonne part.

Certes, il restait toujours un brin d’amertume avec certains pays, de mots et des actes qu’il revoyait encore, des actions qu’il faisait en conséquence. Il n’avait jamais pensé en ces terme, mais l’analyse de Feliciano pouvait sembler fine quelque part, certaines douleurs n’étaient pas pleinement parties, comme des membres fantômes dont on sent parfois la trace. Cela n’empêchait pas Netsah de faire des efforts, parfois, d’essayer de sourire à ceux qui l’insultaient (en les traitant ensuite d’idiots derrière leur dos, évidement).

Loin de penser à sa propre psychanalyse, Netsah en était plutôt à siffloter un air en attendant que le repas arrive, quelques traces de yiddish pour un air hébraïque. Lorsque son « frère » lui parla, il réagit qu’au bout de quelques secondes :

"Helahela… Et bien tu peux mettre les couverts, c’est prêt. Après, on pourra voir si la jolie demoiselle est présente, ve."

« Les couverts sont déjà mis, Feliciano. » remarqua Netsah sans aucune taquinerie, ni lassitude. Pendant qu’il terminait la prière des débuts du repas, le plat arriva, fumant et délicieux, mélangeant le jaune des pâtes et le rose du saumon. Un futur régal, Netsah n’avait aucun doute là-dessus, rien que la vue et l’odeur lui mettaient l’eau à la bouche.

Près d’eux, la fenêtre et un objet qui permettait de regarder autant les étoiles que les courbes d’une innocente. Intérêt purement scientifique dirait Netsah, après tout, il fallait bien qu’il perce le mystère des formes semblable à celles d’Ukraine, du moins, qu’il voit si l’information donnée était vraie ou pas. Du reste, il pourrait toujours s’arrêter si le jeu virait trop au malsain.

Cependant, l’heure n’était pas encore à l’observation de jeune femme sous les yeux courroucés des étoiles, mais au repas. L’odeur de pâtes et de saumon taquinant ses narines, Netsah regardait Feliciano servir le plat, avant d’enrouler une bonne poignée de pâtes sur sa fourchette et de rapidement l’avaler. C’était chaud, bon. Cela faisait combien de temps qu’il n’avait pas mangé chez son frère d’ailleurs ? Longtemps, à n’en pas douter.

« C’est excellent, merci beaucoup Feliciano. »

Plus de festival, plus de masque pour le moment, à part dans quelques recoins de lui-même. Il existait toujours des choses qu’on gardera secrètement, car les révéler serait tendre un sabre pour se faire trancher la gorge. Même à un frère bien aimé. Surtout à un frère qui avait blessé. Ça n’avait jamais empêché Netsah de sourire encore et encore, de rire en laissant à part les idées noires. Là, il voulait seulement parler un peu, écouter des blagues, les faire. Des commérages sur les étrangers, ceux qu’on n’aimait pas vraiment et qu’il fallait faire sembler d’aimer ou de respecter. Il racontait le petit chaperon rouge qui avait laissé de côté son panier, préférant se repaitre du repas fait par l’italien du Nord.

Dans sa ligne de mire, il y avait certains pays du Moyen-Orient, Arabie Saoudite et son opulence arrogante, Iran qui le regardait maintenant d’un air mauvais, quelques élans de sympathies pour quelques pays, des éclats de rire entendus chez Palestine qu’il n’avait pas voulu déranger à ce moment-là, pour mieux revenir le lendemain. Mais sans vraiment de violence. C’était un ordre, il n’avait pas le choix. Il parla du muet Egypte et de la beauté du Liban, des révoltes et des rages, des espoirs profondément enracinés et éphémères. Comme ça, sans faire exprès. Bien entendu, il y avait aussi ceux qu’il aimait, les américains, quelques européens, la belle Taiwan, les histoires que les uns et les autres avaient rapportés, ce qu’il avait entendu dire, les danses d’Inde, les parfums et musiques d’autres pays, tout cela se mêlait et lui-même aurait dû mal à s’y retrouver s’il prenait garde à ses paroles.

Au bout d’un moment, Netsah s’épuisa un peu, repensa à l’enfance qui n’a jamais vraiment eu lieu, trouble millénaire à voguer entre le croissant et la croix, entre la liberté aride, la solitude austère et le confort précaire d’une vie dure. Même si cela l’avait enfermé dans des réactions brusques et un peu violentes, il reparlait avec plaisir de ses voyages, de comment il avait berné des ennemis, déjoués des pièges pour mieux jouer quelques notes auprès des tsiganes. Il jouait encore, évidement, la musique faisait partie de lui, comme les disputes, la technologie, les prières, sa religion, l’espoir, le cynisme ou l’air blasé qu’il aborde parfois.

Et Feliciano, est-ce qu’il chantait encore ? Ou est-ce Romano, il ne s’en souvenait plus. Il n’avait pas une guitare par hasard ? Il n’y aurait pas son vieil violon qui trainerait dans les parages, ainsi, ils pourraient chanter et jouer des airs charmeurs à la belle demoiselle. Il disait ça en rigolant l’idiot, évidement. Quoique, cela ne lui déplairait pas d’essayer, seulement pour savoir ce que ça faisait. Que la jeune fille lui oppose un refus ou autre ne le dérangerait pas plus que ça, en fait. Après tout, l’essentiel était toujours d’essayer, non ?
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Jeu 16 Fév - 18:31

Ils avaient un problème avec lui, l’avaient-ils encore aujourd’hui ? Ne s’était-il jamais demandé si ce n’était pas de sa faute ? Car bien si l’on défendait la condition juive, leurs familles avaient toujours tendance à se refermer sur elles-mêmes. Un juif garde bien sa fortune car ils excellent dans des domaines bien payés de père en fils, et s’arrange pour que leurs enfants épouses à leur tour un juif. N’était-ce pas ce comportement de dénigrement des autres peuples qui avait attiré la haine des concernés ?

Bien sûr, Feliciano croyait en l’innocence de Netsah, mais il ne devait pas être aveuglé par ses sentiments comme il avait pu le faire autrefois avec Ludwig. Ils avaient leurs torts, mais le petit israélien également. Personne, et surtout pas une nation, n’était blanc comme neige. Jusqu’à savoir où est la limite de la légalité toujours transformée avec les siècles. Israël faisait sa victime et sa sourde oreille ; prétextant la faute des autres. C’était un comportement puéril pour les autres, mais il n’était encore qu’un enfant pour eux. Comment devaient-ils se comporter ? Ils l’ignoraient, c’était pourquoi l’italien comme tous les autres fermaient les yeux sur ses conflits.

Mais le jeune Vargas ne pouvait se vanter d’être l’égal de Freud et se refusait à une étude et une thérapie pour son frère de cœur. D’ailleurs, le moment était beaucoup trop frivole pour ce genre de choses. En train de cuire ses pâtes dans l’eau bouillante et sautant légèrement ses morceaux de saumon coupés à la main pour les faire griller dans sa poêle, la table était apparemment mise depuis un moment par une nation qu’il devinait affamée.

Se posant donc à table avec les plats posés tel le meilleur serveur de toute l’Italie, le vénitien regarda son petit frère dévorer son assiette non sans passer un coup d’œil sur la lunette astronomique qui avait trouvé d’autres intérêts que les étoiles. Netsah avait-il un appétit aussi grand sous une toute autre forme ? A son âge, on pouvait tout de même se dire qu’il était temps que cela l’intéresse un minimum… Même si c’était plus souvent un maximum chez les descendants latins.

Inutile d’en dévoiler plus sur les états d’âmes des deux êtres ici présents plus que la nudité de sa voisine. Les masques, bien qu’en partie désagrégés, devaient rester pour cacher ce qui ne sera jamais dévoilé. Le monde du plus jeune se verra chambouler dans un peu plus de vingt ans, en attendant ces évènements qu’ils ne pouvaient pas deviner, il devait profiter du semblant de paix qui régnait.

A présent, Feliciano se dirigea vers son objectif sans prendre la peine de débarrasser la table. Il regarda un instant sa montre, oui, sa jolie voisine était réglée comme une pendule et voir ses jolies formes par la fenêtre n’allait pas tarder à venir. Regardant dans sa lunette avec un air concentré et sérieux, tel un scientifique en plein milieu de ses recherches, il fit un mouvement rapide de la main destiné à son petit invité.


"Hela… Viens voir ça, ve."


Lui laissant sa place, il le laissa voir une jolie brune aux cheveux longs et ondulés retirant son-t-shirt pour dévoiler une abondante poitrine merveilleusement remonter par un soutien-gorge rouge comme la passion qui pouvait les enflammer. La jeune femme en train d’attaquer son jean qui dévoilait parfaitement les formes de ses fesses parfaitement galbées, l’italien déplaça quelques mèches près de l’oreille du jeune israélien et souffla doucement.


"Alors ? Ça te plairais de lui chanter la sérénade ?"

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Netsah / Israël

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Mar 17 Avr - 8:09

Si Netsah avait pu lire les pensées de l’italien, il aurait eu le choix entre deux réactions : laisser couler tout en levant les yeux au ciel d’un air las (attitude réservée aux cas les plus bêtes ou bouchés, voire pire) ou répliquer joyeusement avec une ironie qui n’appartenait qu’à lui. Après tout, son humour était connu pour être un brin auto-dépréciateur. Une forme de protection, diraient certains.

Netsah leur répondrait aussitôt que ce n’était pas pour rien qu’il avait bien aimé Freud, outre le fait que cela lui permettait de faire des blagues bien salaces sur les pays, les canons et leurs complexes.

Pour en revenir aux pensées de Feliciano, il aurait sans doute répondu que c’était sans doute pour cette raison-là qu’ils avaient été tous mis au coin dans des ghettos, après tout, à force de voir des Juifs pendant des siècles, les siens auraient dû en avoir plus qu’assez.
De toute façon, tout le monde savait que parmi les Juifs, il y avait des individus fort déplaisants, chez les israéliens encore plus. Sans parler des Juifs israéliens !

Non, Netsah n’avait jamais eu l’impression d’être renfermer sur lui-même, pas quand il n’avait pas le choix, pas quand on ne l’obligeait pas à s’entourer de tour et de mur pour avoir ne serait-ce que quelques années de paix et de répits et même là encore, le pire pouvait arriver. Il arrivait toujours, tôt ou tard, alors, quitte à choisir, il fallait fuir, car sans armes, on ne valait pas mieux que des insectes.

Son pire cauchemar restera toujours les cosaques, ces guerriers à cheval d’Europe de l’est.
Il entendait encore leurs cris de fureur, sentait la douleur, un massacre en 1905 dont il ne parlait plus parce qu’il savait pertinemment qu’on le regarderait avec de grands yeux s’il s’avisait d’en parler. Ce n’était pas le seul.

Autant rire, cela irait mieux après.

Ainsi va le monde.

Ce soir-là, Netsah mangea avec plaisir, peut-être un peu trop rapidement. Il avait l’habitude de manger vite et beaucoup, une question d’habitude, peut-être. Le repas fini, il suivi son frère, s’installa près de la montre pour pouvoir jouer son rôle d’apprenti voyeur.
Si les remords devaient apparaitre, ce serait sans doute un peu plus tard, tout occupé qu’il était à essayer de ne pas rire à l’expression sérieuse de Feliciano, lequel semblait jouer au scientifique.

Le dit scientifique lui fit un signe de la main et l’adolescent s’approcha de quelques pas, un peu lentement. Il prit la lunette dans les mains, rendues un peu tremblantes par des sentiments de curiosité, sans doute d’appréhension. Il vit d’abord une masse de cheveux noirs, comme les siens, contrastant avec la pâleur d’un t-shirt. Elle était bronzée la jeune femme, pas comme les nobles d’autrefois, à la pâleur de perle. Son haut enlevé, il vit des formes rondes, parfaitement rondes, maintenues par un soutien-gorge rouge comme les joues de Netsah. Ce fut lorsqu’elle commença à enlever le jean que l’adolescent pria pour qu’elle ne regarde pas par la fenêtre. Le spectacle était fascinant, certes, gênant aussi.

Il savait qu’étant d’être prétendument civil, il aurait dû s’écarter de cette image, autant par pudeur que par politesse.

Il ne voulait pas qu’elle arrête.

Ce fut précisément à ce moment-là qu’une voix lui chuchota à l’oreille, tentatrice comme le serpent qui, jadis, dit à Eve que la pomme en haut de l’arbre ne demandait qu’à être dévoré.

"Alors ? Ça te plairais de lui chanter la sérénade ?"

Sa gorge était sèche, serrée.
Cela ne l’empêcha pas d’essayer de répondre, d’abord par des mots incohérents, puis, après un moment de silence, sur un ton bas de comploteur.

« Allons, grand-frère, nous savons bien qui de nous deux chante comme un ange. Je pourrais bien jouer quelques morceaux, si tu as un instrument ici. Cependant, mieux faudrait attendre qu’elle s’habille. A sa place, je n’aimerais pas l’idée d’avoir été vu nue, qu’on me chante mes louanges, sans doute, mais vêtue ! »

On notera que les joues étaient toujours aussi rouges, voire plus.

« A moins qu’elle soit habituée à tes tentatives de séduction en tenue d’Eve ? Sinon, tu penses qu’elle voudra bien nous accompagner demain ? Cela me plairait de danser avec elle ! Ou alors, de jouer un morceau tandis que vous danserez ensemble ! Je me suis amélioré au violon, tu sais. »

Puis, il se rappela encore une fois du visage entre-aperçu dans la lumière jaune d’une chambre, aux formes rondes et fermes, il imagina une robe aussi rouge que le soutien-gorge, le son des cordes et le crissement des accords.
Sans effort, il imagina deux yeux noirs et doux, loin des yeux durs d’un pays lointain, une voix douce comme le miel, des mots jamais durs, jamais haineux.

« À propos quel est son nom ? »

Je crois que je suis amoureux…


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Dim 13 Mai - 10:30

Plus aucun bruit de la vie festive qu’il y avait pu avoir dehors ne parvenait désormais à ses oreilles. Les fêtes privées faisant résonner certains murs de la ville permettaient à présent aux voisins plus éloignés de dormir, bien que le sommeil aurait été dur à trouver après un tel jour de folie. Netsah ne semblait pas faire partie de la catégorie de ces êtres qui font la fête jusqu’au bout de la nuit, ne pas être latin en était surement pour quelque chose. Cependant, Feliciano lui avait trouvé une activité toute aussi passionnante pour lui comme pour l’italien.

Le voyeurisme, la drague, l’expression de ses désirs et de ses sentiments. Du temps qu’il avait pu cohabiter avec l’israélien, il n’avait jamais eu l’occasion de découvrir ces choses à cause de leur jeunesse physique. C’était le moment à présent le moment idéal pour redécouvrir son frère de cœur et peut-être même lui faire connaître certaines choses de l’amour. Des choses bien plus plaisantes que les malheurs qui l’avaient accompagné toute sa vie.

La peur et la haine du juif n’était plus, en tout cas beaucoup plus restreintes dans ses frontières. Cependant, l’Israël était un pays qui inspirait la méfiance aux humains comme à certaines nations. Malgré ses airs d’enfant, Netsah pouvait être dangereux. Car si l’italien savait bien gérer ses finances, son jeune ami se débrouillait aussi bien si ce n’était mieux que lui. Un prodige qui pouvait faire régner la terreur, menacer ses voisins et s’armer jusqu’aux dents. Feliciano le savait, mais se refusait pourtant de le voir ainsi, comme un obstacle à la paix mondiale.

Loin de lui cette pensée qu’il pourrait s’en faire un ennemi à la moindre parole déplacée, le vénitien fut surpris de voir un tel manque de gêne de la part de ce jeune garçon. Enfin… Si ce n’était ses mains rendues tremblantes par un mélange de peur et d’excitation. Le jeune Vargas essaya de suivre la direction de sa lunette avec une certaine difficulté pour suivre le regard de son jeune invité, mais en jetant un coup d’œil au visage du jeune garçon, Feliciano comprit bien vite qu’elle n’était pas en train de faire la vaisselle… ou alors dans une tenue indécente.

Face à ce spectacle, le jeune Vargas se mit à rire le plus discrètement possible. Il avait bien compris que bien qu’il soit honteux de s’adonner au voyeurisme et de regarder de telles formes ; Netsah ne voulait pas perdre une miette d’un tel spectacle. Etait-ce finalement dû l’influence de ses frères latins ? Impossible de pouvoir répondre à cette question, chaque homme était différent, mais la plupart appréciaient les belles courbes d’une femme sans forcément être un descendant de la Rome Antique.


"Tu te dénigres trop, ve. Et puis, tu n’es pas censé savoir qu’elle n’est que trop légèrement vêtue en ce moment… Tu peux donc venir à son balcon quand tu veux, ça n’éveillera pas les soupçons, ve."


Balcon, Venise, amoureux… Tout cela lui rappelait un grand auteur venu du pays représenté par Arthur qui avait écrit quelque chose avec ces similitudes… «Romeo and Juliet». Enfin, cette histoire lui avait fait un peu grincer des dents puisqu’il y avait reconnu le conte italien plus ancien «Romeus e Giulietta» de Matteo Bandello. Il fallait à présent prier que cela ne finisse pas de la même façon. De plus, Feliciano n’avait pas vraiment envie de jouer le rôle de Mercutio pour mourir par les mains de Tybalt.


"Helahela… Je sais qu’elle te plait, je ne vais pas la draguer à ta place, veveve. J’ai encore le violon que m’a offert Roderich du temps où il voulait m’apprendre à en jouer lorsque j’étais encore à son service."


Partit chercher le précieux instrument qui avait sûrement pris la poussière depuis qu’il l’avait délaissé pour la guitare, le vénitien écouta le reste de ses paroles d’une oreille attentive. Décidément, cet enfant… Enfin, ce jeune homme était beaucoup trop timide et trop introverti. Sans prévenir, il lui lança la boite joliment sculptée qui contenait l’instrument autrichien.


"Joues, demandes lui son nom et proposes lui de t’accompagner demain, ve ! Il est temps pour toi de te comporter en homme face à une femme."


Ses paroles dites d’un air aussi sérieux qu’un lieutenant instructeur face à ses nouvelles recrues, celles-ci furent rapidement suivi par un grand sourire enfantin. Oh oui, il voulait vraiment voir le petit israélien à l’œuvre !

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MessageSujet: Re: [Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]   Sam 18 Aoû - 17:52

Certaines Nations avaient comme don de le faire tourner en bourrique ou de déclencher diverses réactions de sa part et pas des plus agréables. L’idée qu’il puisse trop se dénigrer, de manière intentionnelle ou non parce que le nombre de personne à aimer les vantards devait être relativement faible, mine de rien, bref, l’auto dénigrement, il n’avait pas attendu une discussion fort intéressante avec Freud pour le savoir. Cependant, qu’on le lui dise était une autre paire de manche et il y avait une autre raison à son rougissement persistant, comme quoi, il suffisait de peu pour être heureux ou satisfait ou ému, bref, bien.

Mis à part qu’il avait accepté de jouer les voyeurs, mais comme on le disait « tu le penses, donc, tu l’as déjà fait », autant aller jusqu’au bout. Quitte à s’excuser platement et verser des sommes honorables pour que ça ne s’ébruite pas, ensuite.

Et même sans penser aux côtés négatives et autres « si ça se terminait mal ? », il songea que ça pourrait aussi bien tourner, ainsi, il aurait une jeune personne avec qui danser et des choses à raconter à ses (rares) amis Nations. Il s’imagina un instant danser ainsi avec une parfaite inconnue. Avec son masque, son costume et la peau hâlée de la jeune fille, il s’imagina comme un jeune prince avec sa fiancée, comme dans certains contes.

N’importe quoi, certes, on était loin des pensées sur Roméo et Juliette de Feliciano. Du reste, à propos de Venise, Netsah penserait à une tout autre pièce, très éloignée de l’histoire d’amour tragique des deux amants maudits et très ambiguë, pour laquelle il ne saurait dire exactement ses sentiments. Puis, des autres, il préférait presque, à la limite, les histoires qui finissaient bien. Quant aux similitudes avec la scène du balcon, les effets étaient amoindrie sur le fait qu’il soit lui aussi en hauteur, d’ailleurs, son but n’était pas de se cacher dans l’ombre ou derrière une fenêtre maintenant.

Cassant ses pensées, il tendit l’oreille pour écouter son frère adoptif.

"Helahela… Je sais qu’elle te plait, je ne vais pas la draguer à ta place, veveve. J’ai encore le violon que m’a offert Roderich du temps où il voulait m’apprendre à en jouer lorsque j’étais encore à son service."

« Merci de ta considération. » dit-il d’un air un peu perplexe. C’était donc ainsi avec les séducteurs ? Toutes les femmes sont des cibles, sauf celles réservées ? Cela semblait correct. Puis, quelque chose lui fit tiquer.

« Je penserais que Roderich t’aurait plutôt appris le piano ou le chant. Quoiqu’il aurait valu qu’il arrête de jouer. Mais d’un autre côté, l’instrument peut bien venir de toi en premier et que tu sois trop petit pour en jouer…»
songea il.

Aimant la musique, certains instruments étaient reliés à certaines Nations, le plus évident était bien entendu l’autrichien et son piano. Feliciano, Netsah le lierait plus au chant, sa voix était magnifique. Le violon, c’était lui, enfin en partie. C’était l’instrument du voyage, celui qu’il jouait quand il était triste, joyeux, voulait se détendre, rêver, penser un moment ou simplement s’ennuyer. L’instrument d’une enfance, d’une errance, celui qui ne le quittait jamais autrefois, qu’il conservait chez lui avec soin, qu’il sortait parfois, pour s’amuser, consoler, lâcher un peu de pression, simplement faire quelque chose qu’il aimer et qui ne causer de tort à personne.

Puis, Feliciano lança une boite à sa grande surprise, marquée par des yeux ronds. Par réflexe, il la rattrapa. Au bout de quelques siècles, on apprenait certains trucs, comme ne rien laisser d’important tomber, ou presque.

« Felicano ! J’ai failli la faire tomber, tu aurais pu me prévenir. » se plaignit-il un peu. Il serait presque tenter de dire que ça doute de l’argent, mais bon, dans son manuel ‘je veux pas me faire détester puisque je ne le suis déjà’ il y a un gros titre ‘ne pas se faire passer pour l’avare cupide de service en dix secondes’. « C’est un instrument plein de souvenirs pour toi, non ? Et connaissant Roderich, il doit être magnifique. »

Et oui, c’était ça de fréquenter un amoureux de la musique, des instruments à cordes, spécialisé violon. Cependant, son ton était le plus calme et le plus doux possible. Il n’avait pas l’intention d’être moralisateur, seulement, ce genre de chose était presque sacrée à ses yeux. Il n’était pas loin d’être un peu choqué, en fait.

Effectivement, en l’ouvrant, il su qu’il avait raison, le violon était encore plus beau que son contenant, déjà bien ouvragé. Il le sortit délicatement de la boite, qu’il posa sur la table. Il détailla l’instrument sur toutes ses coutures. Il était en très bon état malgré son âge, Netsah frôla les cordes des doigts, essaya de jouer quelques notes avec le archet. C’était bon, les notes sonnaient justes. L’instrument n’était pas sale, pas un gramme de poussière, tout était prêt.

"Joues, demandes lui son nom et proposes lui de t’accompagner demain, ve ! Il est temps pour toi de te comporter en homme face à une femme."

Ne pas mentionner à Feliciano que chez lui, l’âge d’homme est fixé à treize, donc que cela fait une pair de siècle qu’il était un homme. L’italien serait capable de surenchérir sur le nombre de demoiselles (ou pire damoiseaux) embrassées, séduites, adorées. Le nombre n’était pas nul, mais pas très élevé non plus.

(Eh ! Essayez de séduire quelqu’un avec son histoire, son caractère et sa timidité. Non, n’essayez pas, ce serait un désastre.)

Il avala difficilement sa salive, un peu plus stressé qu’auparavant. Séduire, il l’avait essayé, jamais devant un de ses frères. C’était le moment où jamais.

« Bien, mais alors recule s’il te plait. Qu’elle ne croit pas à une blague stupide ou qu’elle ne se rend pas compte qu’elle est le centre de certaines attentions. »

Feliciano continuait de sourire, on aurait dit tout à coup une mère oiseau en train d’attendre patiemment que son fils daigne comprendre que oui, c’était le jour du grand envol, qu’il ne risquait rien, qu’il avait des ailes et ce n’était pas pour rien. Ça ne lui arrivait plus si souvent, mais encore une fois, Netsah se demanda ce qu’aurait pensé sa mère de telles actions, de ce qu’il avait fait, accompli. Pas grand-chose de bien, sans doute. Il n’était pas bien grand, n’avait pas une très bonne réputation et… oh, il avait pas mal d’argent, mais c’était facile avec certains alliés de poids d’en trouver. Mouais, autant ne pas penser à ça, surtout si c’était pour avoir un certain regard mélancolique.

Pourvu que Feliciano ne le voie pas ou qu’il le mette sur le compte d’autres choses.

Il se mit près de la fenêtre, sans savoir pourquoi, il jeta un œil tout en bas, puis se dit qu’une chute serait malvenue pour une première rencontre. Repensant à la comparaison entre un oiseau et Feliciano, il voulu faire un trait d’esprit, bien à sa manière.

« Hum, si l’histoire comporte une mauvaise chute en guise de fin, est-ce que je peux compter sur toi pour tout rattraper, enfin me rattraper en l’occurrence ? »

Le temps de formuler cette phrase et t’entendre la réponse fut mis à contribution pour savoir ce qu’il allait jouer, violoniste solitaire dans le silence de Venise. Pour un peu, ce serait presque romantique ou poétique cette affaire. Tout ça pour les beaux yeux d’une fille. Et il n’avait même pas l’intention d’aller trop loin avec elle (enfin, si elle insistait, il ne dirait pas non…). Ironie dans une ville avec un passé comme celui de Venise. Bah, on pouvait être curieux sans être (trop) pervers.

Il inspira, expira. Fini de diverger.

D’abord, ce fut des accords vifs et aigues, une petite tarentelle (« hé, oh regarde mo, je suis là, j’existe. »), un peu de Vivaldi, une pause, une musique douce, le début d’une chanson d’amour, il regarda du coin de l’œil, semblant plonger dans ses pensées alors qu’en fait, il n’en était rien), il l’a vit regarder par la fenêtre, yeux se levant vers lui. Il devait être joli à jouer les troubadours de minuit ainsi, mais elle était à moitié nue, ceci compensait cela.

Accords dans le noir, à la fenêtre, adossé, il respirait, pensait, jouant les accords sans vraiment y réfléchir, c’était quelque chose qu’il savait et aimait faire, un peu comme marcher ou respirer. En plus agréable, en plus appréciable. Et il y avait deux personnes qui le regardaient, un frère qu’il connaissait depuis des siècles au sens propre du terme, deux immortels avec leurs propres problèmes, rêves, chansons dans la tête. Puis, une fille qu’il ne connaissait ni d’Adam, ni d’Eve, deux inconnus complètement différents.

Encore un coup d’œil et il s’aperçu qu’elle s’était rhabillée pour mieux s’approcher, c’était le moment d’arrêter et de feindre. Léger sursaut, l’instrument qui s’abaisse.

« Hey. »

Coupure en pleine élan, il sentit une sensation de vertige. La voix n’était pas laide, c’était encore pire.

« Ah, bonsoir… j’espère ne pas avoir dérangé»

Fabuleux Christian de mes deux, tu attends peut-être que le Cyrano plus âgé prenne la relève ? Mais non, ta Roxanne vaut mieux que ça, mieux qu’un mensonge de plus.

« Non. C’était beau. Mais moins fort, des gens dorment ici. »

« Je n’ai pas pu m’en empêcher, dès que je heureux j’ai envie de jouer. Surtout quand je vois une belle fille. »

Elle avait les yeux noirs, brillants, autant que son haut était bien, autant que les yeux que Netsah étaient bleus. Les sourcils se foncent un instant, les belles lèvres forment un sourire.

« Tu dois avoir toujours envie de jouer ici alors. »

Le tutoiement interpella un instant Netsah, puis, il se dit que ce n’était pas grave. Chez lui aussi, on avait l’habitude d’être très direct, assez familier aussi, sans vraiment de tact ou de délicatesse. Sauf que là, il était chez un frère qu’il devait impressionner, avec une fille à charmer et, on pouvait le dire, il avait reçu des cours de politesse il y a des siècles que personne ne pouvait lui faire oublier.

« Jusqu’à ce que je vous vois, ce n’était que des petites mélodies sans importance. » répondit Netsah avec un grand sourire.

« Tu dis ça à toutes les filles, beau parleur ? »

« J’avoue, non. »

« Et le violon ? »

« La musique adoucit les mœurs, dit-on ? »

« Si tu veux aller dans les proverbes, le silence est d’or. »

« Donc, vous n’aimez pas la musique ? » demanda Netsah d’un air faussement déçu.

« Si. Surtout quand on joue bien. J’aimerai être aussi douée que toi pour mon instrument. »

« Qu’est-ce vous faites ? »

« La flûte. »

Et cela continua, une petite discussion dans le noir, les paroles allaient et venaient, Netsah n’en était pas à chanter le Cantique des Cantiques, mais l’air était là, plein de « que tu es belle, mon amie, tu me ravis le cœur. ». Et qu’ils fassent connaissance, les airs qu’ils aiment, une petite performance de Netsah, les yeux noirs de Django pour une Rosa bien belle. Si on devait faire le lien avec la pièce de Shakespeare, on citerait bel et bien cette fichue et magnifique scène du balcon. Qu’est-ce qu’un nom, en effet ?

Pour les Nations, c’était une part de leur identité, de leur histoire, de ce qu’ils sont, mais peut-être était ce différent pour les humains, peut-être qu’ils étaient plus capables de se détacher, Netsah ne sait pas. Il ne lui était jamais venu à l’esprit de changer son nom, de ne plus s’appeler Blumenfled, même après la rupture avec la figure qui lui avait donné ce nom. Pourtant, dans certains endroits, c’était possible. De même, jamais il ne lui viendra à l’esprit de se convertir. Il aurait pu le faire, il y a de ça très longtemps, mais dans ce cas, qu’est-ce qu’il aurait été ? Rien.

On pouvait retirer une Rose d’un champ, le mettre dans un pot ou quoique ce soit d’autre, on se souviendra de son parfum, de sa couleur, ça restera une fleur magnifique.
Un champ de fleur qui décide de renoncer aux roses, que ce soit pour la liberté ou autre n’est plus rien.

Quelque part, Netsah était peut-être amoureux de cette forme de liberté-là, mais aussi de la fille, sans aucun doute. Parce qu’il faisait l’idiot à un moment donné, grimpant sur le bord de la fenêtre en faisant de grands gestes, attention à ne pas tomber, c’était un peu facile quand on aimait grimper et marcher sur le haut des murs, comme pour narguer certaines personnes (ou regarder un instant le ciel en se prenant pour un oiseau capable de se tirer à toute volée, sans y laisser de plume). Il allait peut-être aller plus haut, toujours plus haut, jusqu’au toit, comme dans la pièce, un violoniste sur le toit racontant une belle histoire d’amour.

Cependant, la fille avait raison, il était tard et demain était un autre jour. Romeo et Juliette, ils n’étaient point, ne voulaient pas l’être, pas de soirée à deux dans un lit, mais pas de tragédie, chaque bon moment à un prix.
Et demain était un autre jour de carnaval, ils se donnèrent rendez-vous à la place, ils danseraient, certainement, pour l’heure, il faudrait mieux que le rideau tombe.

Et la fenêtre fut tirée. Comme s’il revenait d’une bataille périlleuse, Netsah souffla, le cœur battant un peu à la chamade. Un moment, il avait cru que tout tournerait mal et c’était fini. Il avait gagné, plus ou moins.

Les joues un peu rouges, il releva la tête vers Feliciano, les pieds bien sur le sol stable de la maison.

« Elle s’appelle Rosa, je lui ai donné rendez vous à un endroit de la place Saint Marc et bon sang, j’y crois pas, elle a dit oui ! Et elle joue de la flûte, est très belle et… intelligente… elle a dit oui, elle a dit oui, tu te rends compte ? Et je la verrais demain et on dansera, ce sera formidable et… c’était fabuleux ! »

Captain Obivious dans toute son entrain et sa splendeur, à raconter une scène que son frère avait bel et bien vu. Cela n’empêchait pas de sourire, de dire hasardement.

« Sinon, tu as vu, je me suis bien amélioré au violon, hein, dis ? »

En parlant de violon.

« Merci encore pour me l’avoir prêté au fait ! »

Et il le rangea en le caressant un peu, un reste de sourire aux lèvres, redonnant la boite à son propriétaire.

« Et sinon, on va dormir ou tu as une idée de chose à faire ? Je peux dormir avec toi, ça ne te dérange pas ? »

Puis, sans aucune autre forme de procès, il alla faire un bref câlin à son frère, une autre façon de remercier. Plus de pensées mélancoliques, plus d’arrière-pensées, d’amertume, seulement un sourire, un vrai, sans masque.


Citation :
Petite indication :

Blumenfeld veut dire « champ de fleurs » en allemand.
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[Venise, Italie N, années 1980] Le carnaval de Venise [PV Netsah]

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