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 They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]

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MessageSujet: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Mer 26 Mai - 22:44

    I want to reconciale, the violence in your heart,
    I want to recognize your beauty is not just a mask,
    I want to exorcise the demons from your past,
    I want to satisfy the undisclosed desires in your heart.

    Le froid. L'Ecosse le connaissait, comme un tendre ami d'enfance. Il l'appréciait même, parfois. Il pouvait se surprendre à marcher à sa rencontre en hiver, les mains découvertes, bientôt plongées dans la neige. Un froid réconfortant, un froid doux. Mais ce jour-là, et comme les dizaines, les centaines qui avaient précédés, le froid était un ennemi. Au même titre que celui de l'autre côté de la barrière. De l'autre côté des mètres de barbelés, des dizaines de mines. Il brûlait les visages, rongeait les lèvres, comme un amant passioné jusqu'à la mort. Un amant qui décidait de qui allait rester, qui allait venir dans ses bras, et y rester à jamais.

    Lysander couvrait son visage d'un tissu récupéré au hasard. Mieux ne valait pas savoir d'où il venait. Un tissu rugueux, dont le moindre frottement contre ses joues provoquait une brûlure cinglante, l'électrisant comme jamais. Qu'est-ce qui vous fait tenir debout, messieurs ? Qu'est-ce qui vous fait respirer? Qu'est-ce qui vous fait frapper l'ennemi sans relâche ? Ce n'est ni le goût de la victoire, ni le goût du sang qui coule dans leurs veines, ce sont les vertes prairies de votre pays, la beauté de vos femmes, le parfum de vos fleurs.

    Les yeux de l'Ecosse se relevèrent vers le ciel, cherchant la force. La force d'ignorer l'homme étrange qui lui tendait les bras, là, sur le champ de bataille. Des lèvres noires, un sourire ensanglanté, il ne pouvait qu'attendre un baiser. Nombreux étaient ceux qui avaient succombé à son charme, de gré ou de force. Mais Scotland ne comptait pas mourir ce jour-là, pas plus qu'hier, pas plus que demain. Il avait repris les armes, inlassable. Il les serait dans son poing, pour ne penser à rien d'autre. Il voulait retourner chez lui. Et si le seul ticket de retour possible se trouvait dans le ventre de ses propres frères, alors il éventrerait. Le roux crevait la dalle. Il avait décidé d'être là, s'était vendu à Arthur. Ce n'était pas le moment de flancher, d'abandonner le mince espoir qu'il lui restait de soutenir d'Ecosse.

    Encore une dernière bataille. Cette fois on les aura.

    Combien de fois ces deux phrases avaient vrillé ses oreilles, tirant de ses muscles fatigués les forces nécessaires pour se maintenir, pour tuer, pour se défendre. Combien de fois avait-il songé à ses lochs, recroquevillé pour la nuit dans une tranchée puante, boueuse. Ce qu'on proclamait être la beauté du Royaume-Uni était bien loin de l'image qu'il s'était plu à renvoyer. En guerre, ils étaient tous laids.

    Et même pour Noël, il n'y avait pas de tenue. Juste habillés de quelques maigres sourires aux dents jaunies, les soldats attendaient. L'inhumanité rôdait en fantôme et se glissait partout, accompagnée de son ami le froid, et de leur fidèle suiveur, le vent. Ce soir là, il n'y avait rien d'autre que ces compagnons d'infortune pour les deux camps. Ennemis. Que cela voulait-il dire lorsque l'on entendait les mêmes hurlements de douleur, les mêmes soupirs, les mêmes claquements de dents, les mêmes ordres aboyés? Pas grand chose.

    Mais l'Ecosse continuait. Encore, et encore. L'absurde était la philosophie de l'aveugle. Il s'accrochait comme jadis, face à Rome. Comme toujours face à Arthur. Toujours affamé, il ne pouvait se permettre de flancher: aucun moyen de récupérer plus tard.

    Et c'était toujours la même chose.

    Un coup vrilla ses tympans, il détourna les yeux, le visage encore caché sous la toile kaki, cherchant parmi les hommes, parmi les autres.
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Roderich / Autriche



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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Lun 7 Juin - 11:48

strong is my steel
dark is my mind
carmine the ground that I tread
faith in my godkeeps me alive
but when does my faith turn to doubt


Rien d’autre n’existait si ce n’est le froid. Roderich referma un peu mieux les pans de son manteau. Tout autour de lui, les hommes grelottaient. La nuit se voulait calme aujourd’hui, peut être même un peu trop. Certains hommes, le visage émacié et les yeux caves, tendaient désespérément l’oreille pour entendre les sifflements d’obus. Ces bruits de cauchemar leur avaient été trop familiers pour qu’à présent, ils puissent s’en passer.
La terre gelée les encerclait, ventre stérile d’une femme incapable de concevoir, mais qui pourtant les accueillait quand même.

Si Roderich se trouvait ici, c’était sur demande de Ludwig. L’homme ne pouvait se trouver sur tous les fronts à la fois et craignait de se retrouver encerclé par les Français ainsi que leurs troupes de soutien.
Ils venaient de tous les pays pour les combattre, et les balles leurs enlevaient tout espoir de revoir leur terre natale. Il y avait les Ecossais, les Français et même des Chinois… Sans compter ces tirailleurs sénégalais que Francis avait envoyé à la mort ici dans la Somme. Sans laine ni rien pour se protéger du froid, ces hommes avaient vu leurs doigts geler et s’étaient retrouvés incapables de tirer. On les avait fauché comme des lapins….

Les hommes étaient sur les nerfs, l’Autrichien était ici pour les diriger, les calmer. Il n’avait aucun compatriote parmi eux juste des allemands, des allemands qui voulaient garder pour eux des territoires jugés germaniques. L’Alsace et la Lorraine évidemment, et tous se battaient ainsi pour une cause que l’on jugeait juste.

Ainsi en avait-il toujours été des guerres….

silently watching the rain
carving the earth on my grave
lord you know that I prayed
one for the glory
and one for the souls that I've slain

- Capitaine, vous allez nous forcer à passer Noël ici ? J’aurai bien voulu aller embrasser mes enfants, vous comprenez ? S’il vous plait…

Un homme lui avait saisit le bras, les poils de sa barbe se clairsemaient de blanc, pourtant il n’avait pas l’air bien vieux. Roderich secoua la tête dans un geste d’impuissance. Il ne savait rien, c’était Ludwig qui s’occupait de tous ces soucis là, et le blond ne pensait qu’à une chose : défaire Francis. Comme en 1870.

- Oui je comprends, mais ce n’est pas moi qui décide. Faites votre devoir, soldat.

Mais les yeux des soldats l’accusaient du contraire. Non, non il ne pouvait pas comprendre. Alors l’Autrichien s’enfonça un peu plus dans la tranchée, espérant pouvoir trouver le calme dont il manquait.
Un Noël glacé, un Noël de mort, voilà ce qu’ils auraient à célébrer cette année. Une fête grandiose en perspective non ? Il ricana. Personne ne l’entendit on choisissait de l’oublier. C’était mieux ainsi, une migraine menaçait de lui vriller les temps. Evidemment, il n’y avait pas de médicaments, il n’y avait plus rien.

Pas même de l’espoir…

Les soldats pensaient à leurs soeurs, à leurs mères, à leurs femmes, à leurs fiancées…Ils pensaient à leurs enfants, ils pensaient à leurs frères, à leurs pères, peut être sur d’autres fronts. Et pour eux, Roderich ne pensait à rien, telle était leur vérité. Parce qu’aussi respectable soit-il, il était inhumain. Evidemment, personne ne pouvait lire tout au fond de lui, son envie violente de retourner à Vienne. Il imaginait Elizaveta, seule dans le grand palais des Habsbourg, alors qu’allait tomber tout autour d’elle le soir de Noël. Ils ne trinqueraient pas de vin ensemble, ils ne s’offriraient rien. Telle était la vérité. Il s’inquiétait également pour d’autres personnes sur le front, il s’inquiétait mais ça ne le savait pas lui-même. On ne change pas ainsi les vieilles habitudes d’un cœur insensible. A trop saigner, on devient de pierre…

how will I know
how could I tell
where would I find some serenity
sowing the seed
unwounded I bleed
lord won't you show me the way

Brusquement des cris, un coup de feu. Aussitôt le brun se redresse et foule à grandes enjambées la terre boueuse. Quelqu’un a tiré, il exige des explications, sa voix est sèche, les hommes tremblent. Trop de stress, trop de fatigue et trop de morts…

Et le vent décida de se réveiller lui aussi pour faire encore un peu plus geler leurs os. Tous tremblaient de froid tous mouraient de faim…Le soldat en tord claquait des dents si fort que l’on se demandait comment il parvenait à ne pas les briser. Une ombre l’avait effrayé, il avait tiré…

Pourtant, au XXème siècle, ce ne sont pas les ombres qui sont à craindre, mais bien les hommes. Roderich leva la tête vers la tranchée ennemie. C’était là une nuit de cessez le feu, voilà ce qu’on avait dit…

Juste une nuit…. Et il n’y avait que de la boue autour d’eux, comme un sarcophagi. Brusquement, ce fut assez. Roderich s’élença sur l’une des échelles permettant de sortir de la tranchée, et alla au dehors. Certains hommes lui hurlaient de descendre, on voulait attraper les pans de son manteau mais trop tard. L’homme s’était extirpé de la gangue de terre, véritable antichambre de l’enfer. Autour de lui, la nuit. La nuit et les fous, voilà tout

Alors, un cri

- Bist du hier, Brüder?!

Il y avait tant de corps dans le No man’s land…Impassible, Roderich traversait le champ de morts. Qu’on le déchiquette donc sous les balles des fusils, il avait besoin de marcher, il avait besoin de liberté…

Et la croix à son cou ne brillait pas sous les rayons de lune.

Car Dieu était mort
christ is the cross that I bear
god is the will of my war
faint are the voices I hear
whispers of glory...

christ is the cry of despair
cursing the day I was born
this is the faith that we share
left with the glory
and suffering of souls that we've torn
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Ven 11 Juin - 19:18


    It's a new day,
    it's a new life
    for me.
    And I'm feeling good.



    Il aurait aimé encore sentir la caresse des rayons du soleil sur son visage. Sentir l'odeur de l'air après la pluie. Sentir. Ressentir. Ce choses qui semblaient peu à peu disparaître, salies par la boue qui s'insinuait partout. Son visage se tendit légèrement lorsqu'il constata que même le souvenir s'étiolait. Mais que restait-il de ses hommes ? Que restait-il de ces jeunes qui mourraient jour après jour ou une guerre qu'on avait pensé juste, qu'on croyait déjà gagnée dans tout les camps. Depuis maintenant des années.

    Le roux se redressa completement. A quoi bon après tout ? Il regarda le terrain absurbe qui prétendait avec arrogance être une frontière, la limite fixée entre un monde et un autre. Mais ils étaient tous égaux, tous prêts à tuer autant que les autres. L'Ecosse se sentait un peu mieux. Le froid paralysait ses doigts mais pas ses pour voir, il lui arrachait la peau mais pas le coeur pour battre, il brûlait son nez mais pas ses pieds pour avancer. Parcequ'au fond, il était vivant.

    Vivant dans la merde, vivant dans la boue, vivant dans la haine. Il leva lentement les mains, son arme, comme un prolongement de son corps, suivi tout naturellement. Il y avait un homme. Surprenante conclusion qui lui vrilla l'esprit. Il l'avait vu, certes, mais le temps de comprendre que c'était bien quelqu'un, il avait bien fallu quelques secondes, comme si le mecanisme même de la reflexion était engourdi par le froid.


    Bon sang. Voulait-il mourir? Que cherchait-il, parmi ces cadavres. Lysander grimpa sur une caisse pour mieux observer le phénomène. Ses yeux, qui autrefois étaient décrits comme intenses, lumineux, n'avaient pour seule fonction que de scruter. Il reconnaissait ces cheveux, cette peau diaphane. C'était Roderich. Jamais il ne s'était résolu à l'appeller Austria. Les liens du sang, ou les liens du coeur, qu'en savait-il ? Sa mémoire était elle aussi dans un autre univers, que seuls le soleil et les sourires de ses hommes ranimerait.

    Il était vivant. Et avait le pouvoir de mort. Une bribe de musique dut marmonée. Un air de piano, de ... comment déjà? Il baissa la crosse de son arme et fronça les sourcils. Un homme austère, ou peut-être joyeux? Un air de musique. Lysander le reconnaissait dans les pas de son frère, un pas de liberté, de désir. Un pas que seuls les fous connaissaient. Ou eux tous, là, rangés dans les tranchées.

    Ou tout simplement le pas d'un être humain. Un pas de vivant, sur un sol de morts. L'Ecosse planta sauvagement son arme en avant, dans la boue, constatant avec un peu de retard que ce geste n'était pas des plus judicieux. Il remarqua avec étonnement qu'un peu partout les têtes avaient surgis. Comme des gamins réveillés après une sieste trop longue, plus fatiguante qu'autre chose. Un rayon de soleil autrichien. Qui y aurait cru.

    Mais c'était Noël. Et il existant du bon, quelque chose, dans cette terre. Prennant appui sur sa caisse, l'androgyne se hissa enfin pour sortir. Il remarqua que ses hommes l'avaient devançé. Ils étaient maintenant assis sur le bord, regardant avec un peu d'étonnement cet homme étrange qui avançait seul. Un cri allemand. Quelques fusils se pointèrent, mais le roux préféra se taire. Aucun ordres. Ses longues jambes se hissèrent avec difficulté, il était à 4 pattes dans la boue, à peine sorti de sa tranchée. Et déjà, le champ de vision se modifiait. Quelque chose respirait.
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Dim 13 Juin - 19:12

C’est au cri de l’hirondelle que les fleurs percent la terre après un hiver douloureux, et c’est au cri de l’Autrichien qu’une armée de morts vivants se lève. Qu’y a-t-il donc comme soleil pour les damnés ? Il aurait voulu fermer les yeux, il ne le fit pas. Animal prédateur, homme meurtrier, il regarda Lysander.
Lysander à quatre pattes dans la boue, est-ce que cela changeait d toutes ces années, de tous ces siècles ? Non. Roderich s’avança encore, la boue s’infiltrait dans ses bottes trouées. Il avait froid, aussi froid qu’un cadavre.
L’homme ne voulait pas parler anglais, qui plus est l’accent écossais de Lysander allait lui coller l’envie de lui tirer une balle entre les deux yeux. Il ne pouvait pas parler allemand, son « frère », ne comprenant pas la langue, alors ne restait que le français.
La terre qu’ils foulaient était la France, alors pourquoi pas ? Ce fut dans cette langue qu’il s’adressa au roux, plus froid et hautain que jamais.

- Pourquoi ne te retires tu pas ? Tu sais que les Allemands n’abandonneront jamais, c’est leur guerre, laisse la nous. Sans toi ils auraient gagné et seraient chez eux à fêter Noël en compagnie de leur famille. Moi aussi. J’ai une femme qui m’attend, contrairement à toi qui n’a personne… Cette guerre n’est pas la tienne, va t’en.

Fantôme aux yeux cernés, fantôme au cœur asséché, il regardait sans voir, il parlait sans entendre et il criait sans bruit. Tant de plaies ouvertes, tant de blessures à soigner, vient un moment où cela est trop, beaucoup trop.

C’était Noël et ses gestes transpiraient la haine. Qu’y a-t-il à dire de plus ? Des fusils s’étaient braqués sur lui, allez donc, que des milliers de fleurs rouges éclosent sur sa poitrine ! Des fleurs, il en avait offert à Elizaveta avant de partir. Un beau bouquet bien coloré en espérant que cela l’empêche de pleurer. Elle avait fondu en larmes pourtant, consciente de bien plus de choses que les hommes. Il ne l’avait pris dans ses bras que quelques secondes avant de monter dans le train. Ce n’était pas ça, « consoler ». Des fleurs, des belles fleurs colorées, peut être en mettrait-elle également sur sa tombe ? Mais les fleurs, c’est mieux avant. De toute manière, il ne pouvait mourir. Pas vraiment. Si ?

- Retire toi…L’air est vide de musique depuis bien trop longtemps. Si cela continue, il ne sera plus respirable pour les hommes. Lourd, bien trop lourd… Un ciel de larmes, et les larmes, ça ne remplit pas les poumons.


Et s’il s’approchait encore plus ? S’approchait et l’étranglait… Ses mains le démangeaient, Roderich les enfouit dans ses poches. Bientôt il n’y eu plus que le silence. Un silence de fin du monde, comme toujours. Parce qu’il n’y avait toujours eu que ça le long de leur existence. Un immense silence que l’on essaye de couvrir de musique, de bruits, de cris, de gémissements ou de soupirs. En vain.

Toujours en vain.

Les frères tuaient les frères telle était la grande loi de ce monde.

Une loi comme une autre.

Il y avait une mélodie dans son corps, souvenir d’un opéra à Vienne. Souvenir d’une soirée avec Elizaveta. Une voix pour chanter l’amour, la passion et la mort. Mais là, personne ne chantait pour eux, alors ne restait qu’un écho triste et désincarné dans l’oreille d’un fou. Il y en avait tant, des mélodies oubliées.

L’Autrichien fit encore quelques pas. Qu’avait-il à craindre ? Il se voulait son propre maître, qui donc pouvait le diriger, après tout, depuis qu’on lui avait assassiné son héritier ? Et les secrets murmurés restaient invisibles à toute raison.

Comme toujours.
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Ven 3 Sep - 14:27

Invaders must die.




    Aller chercher au fond de soi la force pour combattre, c'était une chose. Se retrouver face à son frère et se persuader de le tuer en plein discours en était une autre. De toutes façons, ses efforts auraient été vains. Alors il écoutait, se concentrant plus sur la sensation de ses doigts gelés dans la terre que sur ce qu'on lui disait. Savait-il lui, à quel point il crevait, là-haut ? Probablement pas. Et de toutes façons, ce n'était pas sa vie.

    Un constat pour le moins effarant. Pourquoi étaient-ils là? Pourquoi se battaient-ils ? Les jours passant, le roux avait fini par oublier. Pourquoi se bat-on ? Oh parce qu'il faut bien répondre à l'offensive du camp d'en face. Et sinon ? Oh et bien parce qu'on nous en a donné l'ordre. Et sinon ? Parce qu'il faut se battre. Et sinon ? Pour la haine et la bêtise humaine.

    Ah oui, tout de suite, que trouver à répondre à cela ? Un simple hochement de tête accablé aurait suffit. Pourquoi se bat-on ? Par bêtise, pour l'intérêt des autres. Parce qu'il est plus facile de détester que d'aimer, de frapper que prendre dans ses bras, de prendre que céder.

    Et quand à quelques pas de là, une estafette prochainement très célèbre glorifiait les bienfaits de la guerre sur l'homme, les deux nations se regardaient en chien de faïence, exposés aux regards de tous, exposés au regard de Dieu, mais surtout exposés à leurs regards mutuels.

    Et la vérité qui sortait de la bouche de ce musicien qu'il appelait encore "ssrère", oui, à l'époque. C'était il y a bien longtemps, si longtemps encore depuis que la guerre avait commencé. L'Ecosse crispa encore ses doigts et sentit craquer sous la pression un peu d'herbe gelée.

    " ... Ce soir. J'arrête. " Souffla t-il dans un français plus qu'approximatif.

    Il ne trouvait rien d'autre à dire, les lèvres bleuies par le froid, la langue engourdie par l'odeur putride de l'air. Ce soir j'arrête. Mais demain ? Au diable demain, tuez moi avant demain, ça sera bien mieux. Mais ce soir j'arrête. Ce soir je laisse l'hiver envelopper mes tranchées de son silence cotonneux. Ce soir je dors avec la neige, je ne veux plus tirer. Et j'emmerde le monde.

    Cette guerre n'était pas la sienne. Mais de qui était-elle cette guerre au fond ? Elle appartenait à la haine, et la haine était le cancer général de chaque nation, de chaque être humain. Un cancer au stade critique ce soir-là. Les corps s'agitaient tant bien que mal, pour ceux qui étaient encore en vie. Et chaque jour on se disait "on va la gagner cette guerre ". Mais au fond, qui s'en préoccupait ? Qui avait vraiment envie de gagner ?

    Et qui voulait repartir chez soi ? Tous. L'ecossais soupira lourdement une nouvelle fois. Ses doigts gratèrent un peu le sol pendant qu'il restait aux pieds de l'autrichien. Il avait trop mal aux coudes et aux genoux pour se relever. Mais il savait qu'il ne pourrait pas rester ainsi éternellement. Au prix d'efforts qui lui arrachèrent un soupir, il se redressa face au brun. Qu'avait-il à lui dire ? Non je ne rentre pas chez moi ? chez moi on crève ? Non, il n'avait rien à dire.

    L'air était vide de musique oui. Tout dépendait de la musique que l'on voulait entendre. Car le concert des lamentations n'en finissait plus. Et Lysander, comme chaque personne ici, comme chaque petite bouche qui respirait tant bien que mal l'air vicié, désirait que ce concert s'achève enfin, que la torture continuelle ait une pause.

    Laisser à ces gens sans noël quelques minutes. Car ils étaient comme lui, là bas. A quelques mètres. Les mêmes hommes se tenaient en sardines, glacés. Ils soupiraient les mêmes mots dans une langue différente. Qui étaient ils pour les tuer?

    " Je ne me souviens ni de la musique ni des couleurs de ce monde. Et ce soir je te laisse décider de ce que tu feras. Pour eux comme pour nous, je veux vivre..."

    Il avait parlé en allemand. Maladroit, à la grammaire un peu bancale, mais avait fait l'effort de parler cette langue qui lui rappellait son père. Leur père. Sa phrase s'était arrêtée en suspens, elle flottait dans l'air, déjà gelée. Mais qu'y avait-il à dire de plus ?



    Ce soir, je veux vivre.
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Mer 8 Sep - 16:39

Ce soir, Roderich était Dieu. Et quelles flammes couraient donc dans ses veines, celles de la vengeance ou bien du pardon ? Une nuit, juste une nuit…
Le ciel au dessus d’eux commençait à briller d’étoiles. Autant d’étoiles qu’il y avait de larmes sur les joues d’une femme. La boue du sol formait une croûte compacte et irritante sur le cuir troué de ses bottes. Roderich baissa légèrement le regard, était-il devenu géant aux pieds d’argiles ? Le vent lui apporta un frisson. Rien ne le protégeait du froid.
Son manteau ? Détrempé de pluie, de neige et de boue, il l’emprisonnait dans sa gangue plutôt qu’il ne le réchauffait. Tout devenait ennemi. Et rien non plus ne protégeait son cœur. Alors celui-ci devenait noir, de plus en plus noir. Il oubliait Noël pour ne penser qu’au fusil…

Noël…

Il n’avait rien à offrir, cette année. Pas même un baiser à Elizaveta, pas même un regard. Parce qu’elle était loin si loin… Ce n’était pas des kilomètres qui les séparaient, mais des siècles. Et contre le temps, rien ne peut lutter. Ses épaules s’affaissèrent légèrement. Il aurait voulu dormir, rêver d’elle… Mais quelqu’un là haut lui avait volé le sommeil. Alors il devait la rêver en restant éveillé.
Mais des rêves, il n’en avait plus.
Roderich restait éveillé sans aucun souvenir pour l’habiter. Cadavre vivant, il regardait le monde mort autour de lui, et ne pouvait pleurer. Dans d’autres maisons on fêtait Noël. Peut être que dans la sienne aussi ? Qu’importe, il n’y était pas. Il n’était plus nulle part et, si quelqu’un l’avait appelé dans le froid de la nuit, l’homme n’aurait pas répondu. Car jusqu’à son nom lui était désormais étranger.

Et si c’était lui qui s’effondrait, lui qui abandonnait ? Cette guerre ne donnait même pas la volonté de se battre, et personne ne venait les sauver de cet enfer. A quoi donc pensait Dieu, là haut ? A rien, tout comme eux il devait regarder les étoiles et attendre. Attendre que tout cela passe, les vomissures de dégoût, de haine et de meurtre. Parce qu’il n’y avait plus aucune puissance désormais pour les contrer, elles avaient trop enflé ces choses détestables, elles dévoraient le monde et tous fermaient les yeux.

Un feu brûlant nettoyait leurs pauvres squelettes de tout bon sentiment, il n’était même plus nécessaire de croire à l’Enfer. Il suffisait de vivre tout simplement, alors ces armées de morts vivants avançaient, les yeux hagards et la tête vide. Pourtant, oh pourtant ils ne voulaient pas mourir !

Dans le cœur de chaque homme, une fleur de haine était prête à éclore. Le Mal ne peut être tué que par le Mal, au fil des années cette fleur bourgeonnerait de milliers de péchés. Jusqu’à l’irréparable. Mais cela n’était que pour dans quelques dizaines d’années. Génération maudite, nul ne le savait mais ces hommes dans les tranchées qui étaient pères ou le seraient, ils souhaiteront un monde meilleur. Il n’y en aura pas, alors les yeux secs, à leurs enfants ils transmettront la guerre en héritage.

Vivre, tout le monde n’a plus que ce mot à la bouche… Mais tout le monde n’a pas à vivre, malgré tout. Alors à quoi ça sert de le prononcer ? Ce n’est même pas un beau mot… Chez moi on le dit « Leben », il ressemble à un autre verbe. « Lieben », aimer… On peut pas faire les deux choses à la fois, une lettre de trop pour ça

Ses mots se paraient de nuages de bués comme des cadavres que l’on glisserait dans leurs linceuls. Glacé comme un cheval fourbu, insomniaque depuis son lit de hasard, Roderich avait désormais compris que nul soleil étincelant ne pouvait naître d’une blessure. Alors au diable les poètes, même les mots ne pouvaient plus rien pour eux. Les damnés de la Terre …

Alors, aimer ou vivre ? Tu aimes, tu aimes trop pour vivre et cette nuit, tu es mort. Incapable de parler, presque et incapable de réfléchir…. Que tu es pitoyable

Car ce soir, personne ne peut vivre. Aucun Sauveur n’allait naître en cette nuit pour les réunir sous son étendard de souffrance. Leurs ombres se gorgeaient de solitude et les vérités de ce monde s’évanouissaient au bruit des fusils.

Elle pouvait bien pleurer, la Terre ! Qu’elle le fasse, elle n’y comprenait rien. Trop de querelles les brûlaient tous pour que cela ne reste inassouvi. Trop de passions et de pleurs. Des larmes dans le noir que personne ne vient consoler, c’est toujours comme ça. Alors on se bat, on s’effondre et on meurt.
Et puis on recommence…
Parce que le poison ne s’en va jamais de nos veines. Ca peut pas partir, c’est comme ça. Alors il fallait tomber encore et encore, plus que ça à faire…
Plus que ça pour lui.


Don't fall down when it's time to arise
No-one else can heal your wounds
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Ven 10 Sep - 15:40

Il pouvait bien dire ce qu'il voulait, Lysander ne comptait pas réagir. Pas qu'il ne comprenait pas ce qu'on lui disait. En fait si. Sans doute. Pathétique? Pitoyable ?

Dors le mal est passé et tu entres dans la danse
Le pire de côté tes rêves entrent en cadence
Tu sèmes le bonheur à chaque pas que tu fais
Et à ton réveil la vie reprend son train.


Oui, comme tout le monde ici. Comme chaque homme qui avait décidé de cette guerre, et qui n'était pas là. Pitoyable, lui qui aimait, aimait à n'en plus finir. Aimait toujours malgré la mort, le putride et l'effroyable, aimait, malgré ces visages devenus inhumains, bouffés par la bouche vorace d'une guerre qui s'étendait. Une guerre qui réclamait chaque jour un peu plus de corps. Dure réalité, que le roux avait finalement un peu occulté. Il aimait son pays, il aimait ses hommes.

Certes, tu passes comme de l'air
Dans un monde sans musique
Dépourvu de tes nuances
Un peu trop spécifiques.


Et ce soir, regardant ce qui avait été son frère, regardant ce visage durcit par la haine, ce regard froid, ce regard qui se vidait, qui vomissait la vie qu'il puisait maintenant dans chaque recoin du corps de son hôte. Il n'y avait plus rien, ni la lueur d'esprit de retrouver la belle Elizaveta, ni l'ardeur de celui qui part à la guerre.

Dors le mal est passé il te rattrapera pas
Le souffle coupé tu n'es plus son appât
Ta peine s'est fondue au délire des autres
Qui oublieront bien vite que tu n'es plus des nôtres.


Il y voyait la peine. Et rien. Juste un peu de peine, qui lui mouillait les yeux, qui lui embuait la parole. Il voyait les élans de vie qui sortaient de sa bouche. Des petites perles d'eau chaude qui formaient une fumée blanchâtre devant lui. A chaque souffle un perdait un peu de sa chaleur, semblait-il.

Mais il était décidé. Ce soir il ne se battrait pas. Et tant pis si le brun l'étranglait rageusement, l'accusant d'avoir tué sa belle. Oui, tué sa belle au plus profond de lui-même, bien plus cruel que de lui arracher simplement la femme qu'il aimait. L'effacer de son corps, de son coeur. Et tuer la musique par les balles. Lysander n'était pas plus responsable que les autres. Il était plus endurant. Il était arrivé jusque là, sur ce talus glacé, pour faire face aux autres. Il aimait, et c'était là sa plus grande force, contre laquelle il était dur de lutter. Cette force qui s’effaçait en Roderich, lui la maintenait, malgré tout. Sans doute était-il haït de ce dernier pour cette raison.

Il recula légèrement, prêt à retrouver ses hommes. Il ne voulait plus parler à cette ombre qui lui arrachait peu à peu les seules défenses qui protégeaient son coeur. Il était faible, ce jour de Noël. Encore un pas. Puis un autre. Et encore un. Il voyait bien plus nettement l'Autrichien. Oui. Entre vivre et aimer, il n'y avait qu'une lettre, chez lui. Mais Lysander Hubble préférait mourir à ne plus aimer.

" Alors qu'on me tue. Ce soir j'aime. Crache ton venin comme autant de balles, ce n'est pas comme ça que tu me tueras. "

Il respira une longue bouffée d'air gelé, qui déchira ses poumons en une fraction de seconde. Ses mains serrées, il ne les sentait presque plus, mais peu lui importait. Il voulait retrouver dans sa tranchée, et ne plus rien dire pour la nuit de Noël. Que les seuls cris soient quelques chants. Qu'on aime ou qu'on vive. Il resterait là, et tant pis si France hurlait. Il aurait donné tout ce qui lui restait de sa vie s'il avait pu ne serais-ce que se réfugier dans ses bras un moment, fermer les yeux, et se laisser tomber dans un sommeil profond. Sans rêves.

Il n'était pas loin maintenant. Il se retourna encore et regarda Roderich. Qu'allait-il faire? Il n'en savait rien. Mais il était décidé, il ne changerait pas d'avis, il n'irait pas lui offrir la mort non plus.



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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Dim 26 Sep - 14:55

Chante-moi une chanson pour ta beauté, pour ton royaume… Il y avait des prières plus simples, il y en avait des plus difficiles aussi. Les mots résonnaient dans sa tête, insurmontables, insupportables. Beauté, royaume, chant… Tout ça n’avait jamais existé, ce n’était rien de plus qu’un rêve, le rêve d’un autre monde. Le froid était là, écrasant. Il lui piquait les yeux et Roderich pleurait. Les larmes coulaient sur ses joues, salissaient ses lunettes ; Il y en avait tant, mais aucune ne parvenait à remplir son cœur creux.
Des choses peuvent être irréparables.
Dans le ciel, aucune étoile ne voulait briller pour les mener à un quelconque rédempteur. Monseigneur Jésus, où êtes vous ? C’est la veille de Noël vous savez…
Etait-ce comme ça il y a quelques siècles ? Les réponses n’apportent rien alors l’Autrichien ferme les yeux. Dans sa poitrine quelque chose bat, ce ne sont pas des sentiments, juste la différence entre les cadavres et lui.
Si seulement… Si seulement il pouvait retourner auprès d’Elizaveta. Rire avec elle était impossible, mais au moins auraient-ils pu pleurer ensemble ?
Quelque chose enfle : fatigue, tristesse… Dans son corps un chien noir hurle à la mort dans le plus terrible des cris silencieux.
Lentement, sa main glisse. Roderich sait ce qu’il a à faire. Le revolver est lourd et ses doigts gelés peinent à s’y accrocher.
L’homme n’a jamais été doué au tir, cependant à une telle distance il ne peut rater Lysander.
Bras tendu, yeux tristes et cœur mort, il vise.
Alors son frère se retourne et le regarde. Ils ne disent rien, les mots n’ont plus rien à faire dans ce monde.

Quelques secondes, le temps de plusieurs vies gâchées et Roderich comprend. Ca y est, il est mort. Alors l’homme jette son arme dans la boue. Monstre noir, glacé et meurtrier, le pistolet est la chose la plus pitoyable au monde sans main pour le tenir.
Il est mort et Lysander vit.

Le goût de terre ne quittait pas sa bouche, comme si chaque pore de sa peau exhalait la pourriture. Voilà donc ce qu’il était : un déchet humain sans Dieu ni Foi. Et ses péchés pesaient sur ses épaules, plus lourds que jamais. Un agneau avait été sacrifié il y a longtemps bien longtemps… Lorsque Rome conquérait le monde. Un agneau pour eux, pour leurs péchés à venir…
Seulement ils en avaient commis trop.

Pleurs pour moi ce soir, s’il te plait. Et chante… chante à t’en briser la voix

Homme soul, homme ivre, bateau sans conducteur, pécheur sans âme, il se mit à sourire. Un sourire qui le rajeunissait de bien des siècles, un sourire d’enfant. Ce petit garçon perdu dans le noir, qui se battait, qui perdait. Ce petit garçon qui riait parce qu’il était incapable, qu’il n’arrivait rien…
Alors il demandait à d’autres de faire pour lui. Même les choses les plus simples, surtout les choses les plus simples… mais rien ne changeaient, alors la douleur devenait méchanceté et un corbeau venait lui dévorer le cœur.
Ce sourire, c’est celui d’un enfant mort. Un enfant mort pour un homme mort, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, il n’y a pas de quoi pleurer.
Et nul bras pour bercer les cadavres, que l’on soit enfant ou adulte. Juste la solitude…

Ses pas maladroits le ramenèrent à la tranchée. Il aurait voulu tomber, il resta debout. Ceci tuera cela.
Les larmes sur ses joues, elles ne voulaient plus rien dire. L’homme se mit à rire. Comme avant, comme avant en des jours lointains… Dans sa tête, quelques mots : bon à rien.

Qu’importe, les morts ont le droit de n’avoir aucune utilité…
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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Lun 8 Nov - 11:47

Ave Maria.


Il avait vu l'instrument de la mort pointé sur lui, avait pu observer le travail de personnes, qui derrière eux fabriquaient des armes sans réfléchir, pour aider la patrie. Pour aider les hommes à s'entre-tuer, pour aider le monde à avancer. Et c'était son propre frère, ce frère au visage d'ange, aux doigts capables de générer les symphonies les plus grandioses, ce frère à la douceur et à la douleur si présentes que son seul regard trahissait les émotions qui vibraient en lui.

Lysander avait déjà écouté la musique de Roderich maintes et maintes fois. Dieu seul savait combien il aurait aimé qu'elle résonne dans ce fracas épouvantable de canons. Ces petites notes fluettes et accordées, harmonieuses, douces. Il glissa sa main dans ses cheveux sales, secs, dont le très célèbre éclat cuivré n'était plus. Ses doigts s'y crispèrent, il voulait les tirer de là, les montrer, se démarquer de cette masse de soldats sales et noirs. Car ils n'étaient pas qu'une armée. Ils n'étaient pas qu'une patrie.

Ils étaient tous des hommes, des hommes qui partageaient autant qu'ils se séparaient. Ils avait leurs spécificités, leurs pensées, leurs façon de faire, de manger, de se battre, de rire, de chanter, de jouer de la musique, de regarder le ciel, de percevoir le chant du vent, d'apprécier ou non le froid sur leurs joues.

Et l'arme était au sol, mêlée à la boue, pendant que l'Autrichien pleurait. Il mourrait, et l'Ecosse vivait, réveillait son corps meurtri, sentait vivre en elle la passion de son peuple. Et même si Arthur était là, comme une ombre, sur la nation centenaire, il savait au plus profond de lui que chaque fibre de son être était écossaise. Arthur pouvait continuer, le payer pour l'envoyer au front, se prétendre le magnifique U.K, Lysander n'était pas moins Scotland. Ravelyn n'était pas moins the Wales. Et tous, sous un même drapeaux, vivaient et existaient de leur côté.

Alors oui, il allait chanter, chanter pour sa patrie. Chanter pour Noël et pour ceux qui mourraient là-bas en face à petit feu, mais à feu plus grand encore que ceux de son propre côté de la barrière. L'Autriche sentait la mort, et son frère aussi, qui, tapi un peu plus loin, ne voulait pas décourager.

Flowers of Scotland lui brûlait les lèvres.

Oh oui, que les fleurs de l'Ecosse pouvaient lui manquer, elles devaient sans doute éclore au fil des années, sans lui, parmi les femmes qui pleuraient leurs maris. Les fleurs de l'Ecosse, qui donnaient à la nation son éclat, la couleur de sa peau, de ses yeux, le feu de ses cheveux. Les fleurs de l'Ecosse qu'il reverrait bientôt, se promettait-il.

Mais ce soit il ne chantait pas pour lui. Il chantait pour Roderich et pour tout ceux déjà partis. Alors, encore debout, il éleva sa voix la plus enfantine, la plus claire. Elle résonnait dans le silence qu'ils avaient instauré de force, et soudain, il sentit que toute la saleté qui le recouvrait ne valait plus rien. Pas plus que le froid qui crispait ses doigts sur la toile qu'il avait comme habit.

Et les mots de l'Autriche se brisaient lentement, il n'était plus atteint par son discours de haine, il supprimait par son seul chant les peurs, le bruit, la crasse et l'odeur putride du champ de bataille.

    Ave Maria
    Gratia plena
    Maria, gratia plena
    Maria, gratia plena
    Ave, ave dominus
    Dominus tecum
    Benedicta tu in mulieribus
    Et benedictus
    Et benedictus fructus ventris
    Ventris tuae, Jesus.
    Ave Maria


Que la vierge bénissent tout ceux qui étaient encore debout et accueillent ceux qui étaient tombés. Il continuait, sentait les éclats de sa voix s’enfoncer dans le coton de la neige.

    Ave Maria
    Mater Dei
    Ora pro nobis peccatoribus
    Ora pro nobis
    Ora, ora pro nobis peccatoribus
    Nunc et in hora mortis
    Et in hora mortis nostrae
    Et in hora mortis nostrae
    Et in hora mortis nostrae
    Ave Maria

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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Lun 8 Nov - 16:04

Avec Maria…
La voix de Lysander se brisait dans le froid, se fracassait sur les notes. Mais il chantait, il chantait comme si sa vie en dépendait. Il n’y avait personne là haut pour l’écouter, il n’y avait personne pour le regarder. Le ciel était vide, désespérément vide. Juste des étoiles creuses, aussi creux que les cœurs, aussi creux que les corps.
Il y avait le Feu
Il y avait le Gel
Il y avait le Vent
Il y avait la Neige…

Mais il n’y avait plus les larmes, il n’y avait plus les voix, il n’y avait plus les bras. Il n’y avait plus l’humanité, il n’y avait plus de rêves de bestialité. Et Lysander chantait…Il chantait des mots sans sens aucun.
Roderich n’avait plus rien à dire, les morts ne parlent pas. Il écoutait, le dos tourné au monde. Il écoutait face à ses soldats, ses soldats qui le regardaient sans le voir. Alors, un à un les poilus retirèrent leurs casques comme lorsqu’un corbillard passe. Il y avait trop de mondes à recommander au seigneur ou à la vierge…
L’Autrichien pensa à Schubert, à son propre Ave Maria qui n’en était pas un. Alors que chantait Lysander, un chant à la vierge ou bien les lamentations de la Dame de Shalott ? Car c’était bien de là que venait les mots du compositeur génial. Une ode à une femme cloitrée loin du monde, ne pouvant voir qu’à travers son miroir et choisissant de mourir pour ne toucher rien qu’une fois, la réalité.

Pauvre Dame de Shalott, tu aurais du rester dans ta tour, dans tes rêves. Roderich n’avait aucun endroit où se réfugier désormais. Peu à peu, les spectres vivants des morts à venir sortirent de leur tranchée et s’avancèrent. Ils n’avaient pas d’armes, pas de fusil, ils n’avaient que leur tristesse a cœur à partager. Un soir, oh rien que pour un soir Seigneur Dieu ! Qu’ils le fassent donc, mais Roderich n’y prendrait pas part.
L’homme avait vécu, beaucoup vécu. Il se souvenait de pourquoi il se battait, ici, sur ce sol étranger. Il ne se souvenait que trop bien, oui, du corps d’un enfant. Alors pas de Noël cette année, pas de Noël jusqu’à la vengeance…

Les autres choisissaient d’aller vers la lumière et la vie, pas lui. Roderich descendait la terre comme l’on descendant les marches des enfers. Le feu du ciel s’était tu à l’image du feu des hommes.
L’Ecossais continuait de chanter, quelle importance ? Ils n’étaient plus les enfants de la vierge…
Ils n’étaient plus les enfants de personne.

Fraternité ? Un beau mot, un mot français. Voilà ce que voulaient les soldats, au moins pour ce soir. Hé bien, qu’ils prennent donc ce qu’ils recherchaient ! leur chute ne sera que plus grande après. Lorsqu’il faut tomber, pas la peine de se retenir, ce n’est là qu’une perte de temps.
Roderich ne tendait pas la main. Il restait seul, monstre de guerre et d’infamie. Seul avec ses propres démons, seul à ne plus croire en l’homme, à ne plus croire en rien.

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MessageSujet: Re: They will not control us. We will be victorious. [ Austria - WWI]   Dim 21 Nov - 13:28





Lysander chantait, encore, toujours. Regardant les hommes qui peu à peu se redressaient depuis leurs tranchées, fixant ce point dans la neige. De toute part, ils regardaient autre chose que le sang. Quelque soit leur nationalité, leurs idées, leurs pensées, ils regardaient au même endroit. Le champ de bataille devenait une étrange scène bordée de deux rangées de spectateurs.

Un podium de mode aux allures morbides. La tendance était au rouge cette année, comme depuis 4 ans. Collection automne hiver , cadavres sur lit de neige, quelques touches de toile et ferraille, accessoires fusils et obus.

Triste constat. Du coin de l'oeil, le roux qui s'était détourné regardant Autriche. Autriche, imperméable à tout. Trop blessé, renfermé sur lui-même. Il n'ouvrait plus son coeur. Avait failli tuer son petit frère, et rejoignait le blond , enfoui dans sa tranchée. Il n'était pas improbable qu'il abatte, ou tente d'abattre Lysander comme un pigeon d'argile, depuis sa cachette. L'Ecosse qui chantait pour la paix.

Pour les foyers de tout ces hommes qui ne parlaient qu'une seule langue: la douleur, la souffrance. Il chantait aussi pour Roderich. Qui n'avait que faire de cela. Mais qu'importait, comment l'Ecosse aurait-elle pu tourner le dos à l'Autriche. Comme aux autres. Le soir de Noël. Si les autres jours il acceptait de se battre, tout devant, devant Arthur, les bras, les ongles, le visage en sang, ce jour là il refusait.

Il voulait montrer aux autres, qui avaient le nez gelé et les doigts figés sur leurs armes, que tout était encore possible, que l'Histoire ne s'arrêterait pas là. France il y aurait, Royaume-Uni il y aurait, Autriche il y a aurait... Et tout les autres. Tout les autres continueraient d'exister. Malgré la guerre, le froid, la saleté, les rats, la haine, la bêtise humaine.

Qu'ils sortiraient de ces trous, ces sillons où ils s'enterraient comme des taupes, pour revoir la lumière du jour, sentir l'odeur de l'océan, plonger le nez dans les cheveux de leurs femmes. Autant d'images qui passaient sous ses yeux, lui rappelant que la vie valait d'être vécue et que les situations n'étaient jamais immuables. Son coeur, sous ses os décalcifiés, sous sa peau meurtrie, sous sa chair pourrie, se réchauffait doucement au rythme de ses songes, de ces parfums et de ses sensations qui revenaient dans son esprit.

Il voulait que les autres partagent ce moment. Leur uniquement présent de Noël était cet espoir qui renaissait, stupidement, humainement, dans la poitrine de l'Ecosse et de sa nation. Ce désir de vaincre, une dernière fois, une nouvelle fois. Ce désir de vivre, de mettre fin à toute cette stupidité. Il chercha encore une fois Roderich des yeux, Dieu qu'il aurait aimé lui donner le peu qu'il avait à lui donner.


Spoiler:
 
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