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 [1774] Derrière le masque.

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MessageSujet: [1774] Derrière le masque.   Dim 27 Juin - 19:39

Quel que soit le coin de la pièce où l'on se place, le spectacle offert était de façon perturbante le même. Dans des costumes compliqués, des personnes, et pas de gens, se goinfraient de cette oisiveté que l'on réservait aux nantis. Mais le Bal de l'Opéra de Paris avait aussi cela de particulier que tout un chacun semblait momentanément oublier l'existence d'une chose comme la timidité : armés de leur masque, objet absolu de camouflage, il se rencontraient, petites feuilles au hasard d'un courant d'air, riaient, s'appréciaient, et repartaient pour ne plus jamais se revoir. Jamais?

Nous étions le 30 janvier 1774, une froide journée d'hiver que faisait fuir la bonne humeur du Carnaval; et la cinquante neuvième édition de ce bal accueillait quatre invités tout particuliers, certains dans leur dix-neuvième année, d'autres dont l'âge était immémorial. Et parmi ceux-ci, il en était un dont les préoccupations étaient de premier plan.

Dieu qu'il était malaisé de porter des lunettes derrière un masque!

Engoncé dans une perruque poudrée, entortillé de divers justaucorps, culottes, bas de soie et autres accessoires qu'on l'avait enjoint de porter, Berwald accusait une forte montée de gêne, autant due à son accoutrement qu'à sa présence ici, au milieu d'une foule insouciante, alors qu'il était de nature tout à fait solitaire. Quelques courageux s'étaient bien avancés, attiré par sa haute et fière stature comme s'il avait été un phare. Départi de son regard de glace par son masque, et sa mauvaise élocution interprétée comme la marque d'un accent suédois, Berwald n'avait plus rien de l'effrayant roc qu'il était effectivement; mais vite, le manque d'enthousiasme et de répondant de la Suède avaient précipité le désir de ses interlocuteurs de s'adresser à un autre inconnu. Désormais, il trainait avec lui son aura d'austérité formée par les commérages. Il était fiché désormais comme « Ce Suédois là. »

Ce Suédois là était géant, froid, et peut sympathique. L'autre Suédois en revanche... Celui là était jeune, pourvu d'un fort bon naturel, avec à la fois un visage fort joli et déjà beaucoup d'esprit. Celui là savait attirer et garder l'attention de l'assemblée; tout comme il avait su retenir l'attention de la nation qui l'avait vu grandir. Même l'insensible Berwald n'avait pas longtemps résisté avant de suivre sur ces terres le Suédois le plus apprécié par la cour parisienne depuis des années. Même si cela signifiait abandonner Gustave III et sa nouvelle monarchie pour un moment. Même si cela incluait l'éventualité de rencontrer Francis; ce à quoi il ne tenait pas particulièrement.

Mal à l'aise, Berwald se surprenait à graviter autour de son jeune comte qui assistait incognito à ce bal. Se faisant, son esprit divaguait, repensait à la France. Ou comment il s'était éloigné de Francis, des champs de batailles, de la guerre, avant d'y revenir. Comment on pouvait se fermer à un ancien allier en pensant éloigner les conflits, avant d'accepter fatalement qu'on ne le peut pas. Combien Paris était belle, avant de revoir ses forets qui avaient tous son amour.

Les rires d'Axel le tirèrent de ses pensées. Il était en grande conversation avec une femme de son âge; et Berwald ne douta pas qu'avant la fin de son séjour à Paris, cette dame fondit pour le comte de Fersen qui dans sa jeunesse insouciante de mortel avait tout le temps pour multiplier les conquêtes.

Il croisa un regard.
Ou du moins le crut-il, ca derrière ces masques, on n'était sur de rien. Axel continuait de rire et de faire rire, mais qui était cette femme? Berwald avait senti un instant son instinct l'avertir. Qui était cet homme qui, de l'autre côté du couple, semblait aussi particulièrement intéressé?
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Lun 28 Juin - 22:16

Que Berwald se rassure, il n’était pas le seul à faire souffrir son nez du poids d’un masque et d’une paire de lunettes en même temps. Roderich ayant cependant un peu plus l’habitude des mondanités, parvenait à y réussir quelques peu. Que faisait-il donc ici, l’Autrichien ? Il venait au secours de la jeune épouse de Luis XVI, bien sûr : Marie Antoinette. Marie Antoinette, la sa préférée parmi les enfants de Marie Thérèse, sa préférée qui fut sacrifiée. L’homme se souvenait très bien des discussions houleuses qu’il avait eu avec son archi duchesse en apprenant cette décision absurde : offrir l’enfant aux Français pour réconcilier Bourbons et Habsbourg.
Marie Thérèse avait fait un choix difficile : un choix d’impératrice et non de mère. La femme avait ainsi décidé de « vendre » ses enfants à l’Europe afin de combattre ce déséquilibre universel qu’avait apporté la Prusse suite aux deux guerres qu’ils avaient essuyé. L’économie même de bien des royaumes s’était effondrée.
Lorsqu’il avait apprit pour Marie Antoinette, Roderich avait traité l’archiduchesse de « pauvre folle ». Seul un regard hautement dédaigneux lui avait répondu. Marie Thérèse n’était pas le genre de femme à se laisser marcher sur les pieds, peu importe son interlocuteur.

- Expliquez-moi, Madame, ce que vous faites !


- Je marie les politiques, c’est ainsi.

- Avez-vous donc déjà oublié vos propres combats pour un mariage d’amour, alors que le pays était également en crise ?


- Vous voilà devenu sentimental on dirait, c’est fâcheux. Pensez ce que vous voulez, il n’empêche que même un monstre est pourvu d’un cœur de mère. J’aime ma fille et lui offre le rôle qu’elle mérite : apporter la paix avec son couronnement. Le mien ne nous a jamais valu que la guerre, même si je ne regrette rien.

Ainsi, ce mariage avait eu lieu en 1770. Marie Antoinette était alors âgée de seize ans. Les Français de Versailles –miraculeusement- tombèrent sou le charme de cette frêle créature blonde et pâle. Son allure même et son port de tête la désignaient comme reine. Hélas, son mari ne semblait pas s’intéresser à elle. La jeune femme entretenait une correspondance accrue avec sa mère, recevant les réprimandes de cette dernière. Qu’elle cesse donc de dépenser à tout va en jeux, bals et autres futilités, qu’elle se comporte en reine. Terrible visionnaire, Marie Thérèse s’en ouvrira à d’autres

- Ma fille court à grands pas vers sa ruine.


Et sans se douter des événements à venir, Cet homme, pingre parmi les pingres, essayait d’imaginer quelle solitude immense poussait sa petite Antonietta à agir ainsi. Antonietta, le surnom que lui avait trouvé Feliciano et qui était resté…

- Ne pleure pas Antonieta ! Monsieur Roderich a une grosse voix mais s’inquiétait pour toi, il sait que c’est dangereux de dépenser beaucoup d’argent…


Voilà que le spectre de la voix de l’Italien résonnait dans son crâne.
A présent, Antoinette était reine. Alors Roderich avait décidé d’aller en territoire ennemi, de partir en France. La voir, lui rendre visite et la consoler avant qu’elle ne tombe dans un gouffre sans fin.
Depuis son arrivé, Francis l’avait évité. Tant mieux, ils n’avaient rien à se dire. A présent, Marie Antoinette avait choisi de l’emmener au bal de l’Opéra.

Elle riait la petite reine, elle riait et dansait aux bras d’un bel inconnu. Sublime et anonyme, personne ne pouvait reconnaître sa Majesté parmi tous les masques, et Roderich veillait sur elle en sombre chaperon.

Le rire d’Antonietta était celui d’une femme tombant amoureuse. Un frisson glacé parcouru l’épine de l’Autrichien. Mais il n’avait rien à dire, il n’était pas acteur. Regarder, juste regarder.
Regarder comme cet autre là bas le regardait.
Alors le frisson devint désespoir, lorsqu’il comprit qui donc était devant lui et quel était l’homme murmurant des mots d’amour à la reine.

Antonietta… Seigneur qu’es-tu en train de faire ?!
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Jeu 15 Juil - 23:20

Le tournis. Le tournis le gagnait, ainsi qu'une envie, un besoin désespéré de prendre l'air. Il y avait dans cette pièce à la fois trop de monde et de mouvement de ronde pour son Suédois de cerveau, plus habitué au lentes ondulations des arbres sous le vent et au calme d'un lac enneigé. Son corps imposant réclamait un espace suffisant pour s'y mouvoir correctement, son esprit un endroit où s'isoler loin du français pratiqué par les convives ; et sans qu'il n'ait eu à exprimer à voix haute sa détresse, à force de tics nerveux peut-être, de la mauvaise humeur qui irradiait de lui malgré le masque, surement, il s'était formé autour de lui comme un périmètre de sécurité.
Qui le laissait seul. Il avait pourtant promis à Axel de s'amuser. Au départ supposé à l'accompagné dans le voyage qui parferait, il avait finalement glissé vers un tout autre rapport avec son protégé. Il s'était abstenu d'intervenir, peut-être vaincu par le charisme du futur comte de Fersen, l'avait vu prendre tant de plaisir à charmer les cours et leurs demoiselles. Alors oui, il en était arrivé à ce stade où il était présenté comme un ami décidément gauche, où Axel devait lui faire promettre de s'amuser pour ne serait ce qu'espérer obtenir le voir enfin quitter son immobilité statufiée. A plus proprement parler, il avait seulement obtenu de Berwald un léger grognement pendant qu'il hochait la tête. Comment pouvait-on penser que cet homme là, incapable même de faire une phrase en guise de réponse, puisse s'amuser? Ah, ces humains... Tout ce qu'obtint Axel de Berwald fut un sourire forcé et un regard, comme à son habitude, plus impénétrable et austère que ces prisons dont on ne s'échappe jamais. Handicapé social. Il avait surement hérité ça de quelqu'un.
Berwald ne souffrait pas outre mesure de cette conversation avec lui même, en règle générale, mais ici, quelque chose dans l'ambiance, dans le rire de cette femme qui tombait sous le charme, le regard de ce jeune homme qui flattait, le rendait nerveux, exigeait de lui qu'il fasse quelque chose. Une part de lui s'énervait tout bonnement à maintenir en place toute sa panoplie, faire tenir ce masque, faire bouger ses pieds, épier la moindre des paroles d'Axel, et leurs échos qui parcouraient la salle.

Oui quelque chose le maintenait dans un état qu'il connaissait d'ordinaire avec l'épée la main; et s'il y avait bien une chose qui pouvait le faire, c'était ce regard, de l'autre côté du couple, qu'il avait senti se figer sur lui après qu'il ai longuement détaillé la cavalière puis Fersen. Comment savait-il que ce regard s'était arrêté sur lui, alors qu'un masque le protégeait lui aussi, c'était une chose qu'il n'expliquait pas, mais il sentait que cet homme masqué, là bas, avait aussi senti que lui même le regardait. Quelque chose avait été transmis, et cette chose titillait maintenant Berwald au point de lui faire penser un instant que l'affrontement était inévitable. La violence était bien sur exclue, et rien n'aurait justifié qu'il malmène qui que ce soit, il savait se tenir.
Cependant, rien n'empêcha ses pas de se diriger vers lui, décrivant un large arc de cercle autour de Fersen et sa compagne qui ne pouvaient plus les voir. Sans un mot, il saisit l'inconnu, plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu, afin de l'entrainer légèrement à l'écart, hors de cette bulle de sourires et de regards qui s'était formée autour de son protégé et sa demoiselle, sans qu'il en comprenne la gravité.

Et puis, fut-ce le changement de luminosité entre ici et là, la proximité qu'il maintenait maintenant avec l'homme à la force de sa poigne, toujours est-il que la vérité lui asséna un de ces coups dont elle a le secret, qui l'atteignit en pleine figure. Il avait cette mèche de cheveu caractéristique, et tant d'autres détails dans l'apparence qu'il ne pouvait résolument être qu'une seule personne.
D'un coup, Francis venait d'être expulsé du dernier rang au pénultième des personnes que Berwald avait envie de voir. C'était si inattendu, improbable même, de toute évidence monté de toute pièce, et tellement embêtant que pour une fois, il eut presque envie de rire; ce que Roderich Edelstein ne saurait jamais. Ce qu'il aurait moins de mal à discerner, en revanche, fut la suspicion, teintée d'inquiétude, qui suivit cet épisode de cynisme. L'étau de sa main se resserra sur le bras de l'Autrichien, signalant qu'il n'était pas d'humeur à lui accorder toutes les civilités digne de son interlocuteur.

« Qu'faites v'là? » lui demanda-t-il, sans desserrer les dents, dardant sur lui un regard dont l'austérité était percevable malgré le masque.

Il s'inquiétait maintenant pour Axel, quelque chose ne tournait pas rond dans le fait que l'Autriche en personne se soit déplacée pour simplement venir jeter un coup d'oeil au rejeton de quelqu'un qui n'était pas dans ses bonnes grâces. Berwald, et cet instinct guerrier qui avait décidé pour une raison inconnue de sortir de son hibernation, se retourna brutalement pour à nouveau avoir Fersen dans son champ de vision, se préparant à sauter entre lui et n'importe quel convive qui pouvait cacher un ennemi en voulant à sa vie.
Et la vérité frappa encore, dans le diaphragme cette fois, une douleur lente et sourde, qui vous empêche de respirer convenablement. Il ne comprenait pas, il savait. Il n'y avait pas seulement Axel von Fersen et une demoiselle, illustre inconnue, sur la piste. Il y avait un Suédois encore méconnu, et quelqu'un. De grand. Peut-être même trop grand pour ce petit pas-encore-comte.

« Qui est c'femme? » lâcha-t-il, sans quitter du regard les deux danseurs.

Il était trop tard, maintenant, pour arrêter quoi que ce soit.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Lun 19 Juil - 9:38

Les doigts broyaient son bras avec encore plus d’efficacité qu’un étau de métal. S’il y eut grimace de douleur, le blanc du masque la dissimula au monde. Roderich ferma les yeux l’espace d’un instant. Les mots rudes de Berwald venaient s’entrechoquer dans son esprit alors que pas loin d’eux, les pieds gracieux d’Antoinette tournoyaient au rythme de l’étranger. Est-ce ainsi que s’annoncent les plus grande tragédie ? Seigneur Dieu, si ce malaise en lui ne pouvait seulement être qu’un effet du vin ! Mais il n’en était rien, évidemment…

Oh femmes, pourquoi vous arrangez vous toujours pour tomber amoureuses de la mauvaise personne ?

Il avait entendu pourtant, toutes ces rumeurs au sujet du jeune officier suédois. On le disait aussi beau que distingué, pouvait-on rêver meilleur prince charmant ? Mais ce qui horrifiait Roderich n’était pas tant cette valse que le regard énamouré de la jeune reine, non… Malgré les masques, il sentait la sincérité qui unissait le couple dans son admiration l’un pour l’autre, alors qu’ils ne se connaissaient pas encore. Peut-on lutter contre des cœurs innocents ? Oh comme cela était ridicule, derrière les masques se cachait non pas l’hypocrisie mais des sentiments véritables…

- Cette femme est la toute jeune reine de France..

La phrase fut dite dans un soupir misérable, bien loin de la voix habituelle de l’Autrichien. Tout échappait à leur contrôle à tous et cela lui suffisait pour comprendre une horrible vérité : ainsi serait la vie d’Antonietta, tragique. Aucune nation n’avait à intervenir dans la vie de ses dirigeants, c’était les dirigeants qui intervenaient dans la sienne. Marie-Antoinette ne lui appartenait plus, désormais elle était à Francis. Qu’est-ce qui donc pourrait l’empêcher de saisir le bras de la jeune femme et de la séparer de son cavalier ? Il lui suffirait de la ramener au palais, de lui faire administrer un somnifère ou quelconque autre drogue et de la coucher. Au matin, son prince charmant ne lui apparaîtrait plus que comme un des effets du vin et de la drogue de la veille.

Mais était-ce bien d’Axel qu’émanaient tous les noirs nuages qui s’amoncelaient sur le destin à venir de Marie-Antoinette ?

- Lâchez moi je vous prie, juste une minute…

Sa tête lui tournait, il avait besoin d’air. Roderich sentit son bras valide trembler tandis qu’il s’appuyait contre le mur. Pourquoi ce malaise ? Des petites constatations que rien jamais ne pourrait changer. Il appartenait à Francis de désormais s’inquiéter pour Marie Antoinette, plus à lui… Mais le Français pourrait-il seulement accorder un gramme d’affection à la reine alors que le sang coulant dans ses veines était autrichien ?

Par pitié Bonnefoy… Cette tragédie là je ne pourrais que la regarder, je n’en fais plus partie. Aucun de mes crimes passés ou à venir ne pèse sur ses épaules, aimez la sans la haïr, elle en aura tellement besoin

Et la valse continuait sans s’arrêter, aurait-elle jamais une fin ? L’autrichien sentait ses propres larmes mouiller le masque. Il avait du trop boire, mais tout paraissait si triste en cet instant ! Le sourire du couple et la certitude que plus tard, Marie Antoinette rejoindrait Louis XVI… Pourquoi les triangles amoureux sont-ils toujours si douloureux ?

D’un coup, il pensa à Elizaveta ainsi qu’à son frère.

…Pourquoi donc je l’appelle « frère », ce soir ?

Elizaveta n’était pas sa femme, bien sûre. Elle était sa possession, mais les lois du mariage ne stipulaient elles pas que la femme appartenait à son mari ? En ce sens, avoir des colonies ressemblait à cela. A quoi pensait-elle, la Hongroise, alors que non pas une danse mais un combat la jetait dans les bras du Prussien ? N’était-elle pas plus séduite par la sauvagerie de l’albinos que par ses manières à lui, se pouvait –il qu’il soit aussi pataud que Louis XVI ?

- Seigneur Dieu Tout Puissant…

Un rire sans joie

- Je préfère les tragédies sur les planches plutôt que devant mes yeux…

Besoin d’air, oui besoin de respirer un peu, juste un peu avant de mourir. Est-ce trop demander ? Les nations n’ont pas à se mêler d’affaires d’humains… Son manoir, il devrait regagner son manoir au plus vite. Adieu petite reine, tu n’es plus Antonietta mais Antoinette, épouse du toi de France. L’Autriche doit être comme ton enfance, un souvenir à moitié oublié…
Roderich esquissa un pas vers le dehors et les ténèbres, à Berwald de voir s’il le lâchait, s’il le suivait. Dans tous les cas, si ses pas parvenaient à le conduire jusqu’à l’extérieur, alors Roderich enlèverait masques et lunettes avant de s’essuyer les yeux.
Tellement triste est la nuit…
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Jeu 19 Aoû - 0:21

Aux hommes le présent, les passions.
Aux nations l'appréhension et plus tard, les regrets.


Quand on a deux bras, on est tenté de s'en servir. Mais qu'y pouvaient-ils? Que pouvaient Roderich et Berwald face à la marche de l'Histoire? Être une nation semblait leur confier la bonne garde du monde, mais il n'en était en fait rien. Ils étaient à peine des témoins, incapable d'en voir beaucoup plus que les humains. Pendant que Berwald était là, à regarder danser Axel, il ne pouvait soutenir son nouveau roi, attester de ses progrès, l'aider dans ses déboires. Pourtant c'était le chemin qu'il avait suivi, et qui l'avait étrangement mené dans une situation imprévisible. Parce qu'ils n'étaient pas des dieux, Roderich et Berwald n'avaient pas prédit leur rencontre, n'avaient pas prévu d'assister à cette union.


Reine de France...


C'était donc elle l'Autrichienne dont on ne cessait d'entendre parler, dans des termes parfois si peu appropriés. Fille d'Autriche, femme de France, espoir de voir s'accorder ces deux nations qui s'étaient haïes plus qu'elles ne s'étaient aimées. Quelle nation pouvait prétendre être étrangère à la vente de ses enfants, ses entrailles, pour servir un dessin politique...


Roderich flanchait. N'étant pas nation à martyriser ses semblables, Berwald relâcha son étreinte.


Il jeta un dernier coup d'œil aux danseurs, un de ses regards dont personne à part lui ne pouvait comprendre la signification. Lourd du poids des années, des guerres, des alliances, des déceptions, oubliant les joies qui tout de même existaient ; mais pourtant tranchant, comme une menace.
La faiblesse de Roderich, il la comprenait, il était capable de ressentir beaucoup plus qu'il ne s'accordait à paraître.


Puis il accompagna Autriche à l'extérieur. De quoi était faite cette décision, d'empathie surement, de cette chose indéfinissable que partageaient les (presque) immortels, qu'aucun humain ne pouvait comprendre.
Bas les masques. Oh, ils n'avaient pas besoin que ce soit physique, il y avait de toute façon dans l'air cette fatalité qui forçait le Suédois à reconnaître en Roderich un égal, un autre lui, et non plus un allié, un ennemi, ou tout ce qu'ils avaient pu être l'un pour l'autre, tout ce qui définissait dans les registres les relations entre deux pays stricto sensu.
Il réfléchissait à ce qu'il était bon qu'il éprouve pour les humains. Ce qui aurait été moral, peut-être moins douloureux, et ce qu'il en était vraiment. Ils auraient pu être des dirigeants, des tyrans camouflés glissant à l'oreille des chefs reconnus leurs recommandations. Ils auraient peut-être pu être meilleurs qu'eux, oubliant moins bien les erreurs du passé – plus d'une fois il avait eu l'orgueil de croire qu'une poignée de vieux aurait valu plus que des milliards de plus jeunes, à quoi auraient ils été utiles, sinon. Mais finalement, il savait, et tous savaient, il espérait, qu'il n'en était pas comme cela. Il se sentait plus l'âme d'un père. C'est cela, le père impuissant d'une famille nombreuse d'adolescents rebelles et incontenables, qui mourraient tous les jours, naissaient tout les jours, et avec qui il partageait les tristesses, les duretés de la vie, mais qu'il pouvait voir évoluer et grandir.


Et parfois, il arrivait qu'un enfant aille s'échouer loin de la maison, la mère patrie, comme c'était le cas d'Axel, et aussi plus cruellement celui de Marie Antoinette.

« V'relations a'c Francis t'elles vr'ment 'volué? »

Son ton était des plus bourrus, la question posée là comme un reproche. Rien de cela n'était absolument intentionnel, mais rien n'était tout à fait accidentel non plus. Pour sa part, l'amour qui naissait dans le cœur de Fersen ne signifiait que peu de choses, il y en avait eu tant qui avaient rêvé du pouvoir, tant qui avaient rêvé de femmes, de pouvoir ou non. Si il y avait quelque chose à condamner, c'était le feu de la jeunesse. Mais pour Roderich...


Dans ces cas là, les nations qui se vouaient une haine ostensible devaient elles mettre leur égo de côté pour le bien être de leurs enfants? Avaient ils le devoir de s'oublier eux même pour que les grandes tentatives de leurs peuples aient un sens? Roderich aimait cette femme, c'était visible, il aimait cette femme comme le pain et l'eau qui faisaient la vie, parce qu'elle était son sang. Peut-être même était-ce plus encore, peut-être sentait-il chacun de ses malheurs comme un malheur personnel, peut être était elle de ces humains qui parviennent même à toucher le coeur des nations et leur donner un peu plus d'humanité.


Il continua à fixer l'Autrichien. La nuit était déjà longue. Et elle semblait être de celles à étirer.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Sam 21 Aoû - 19:15

Elle tournait, tournait aux bras de cet inconnu qui l’enlaçait. Nuls ne pouvaient entendre leurs mots, car le bruit des pas couvraient chaque murmure. Alors les talons des dames claquaient au sol au rythme des instruments et eux, ils dansaient. Ils dansaient beauté et jeunesse lorsque pouvaient bien brûler les violons.
Et deux yeux rêveurs captèrent soudain un regard vieux comme le monde et ses tristesses. Elle était loin, Marie-Antoinette. Perdue au milieu de la fête et des rires, perdue au milieu des bras de Fersen, que pouvait-elle faire ? Là bas, deux hommes s’éloignaient vers le froid. Que faire ?

Roderich inspira un grand coup. Son visage n’avait désormais plus rien à envier au blanc du masque. L’air était froid, les hivers français tendaient à devenir de plus en plus vigoureux. Bien sûr il avait déjà connu pire, tout comme le Suédois.
Pendant un long moment, ils ne parlèrent pas. L’Autrichien essaya de chercher quels étaient les meilleurs mots pour ouvrir une conversation, d’habitude il pouvait exceller dans cet art. Pas maintenant.
Contre toute attente, ce fut une autre bouche qui trancha le silence. L’homme se tourna vers le blond, Berwald aussi avait ôté son masque. Comme à chaque fois qu’il se trouvait devant un « frère », Roderich pouvait voir en lui tous ces traits hérités d’un père commun et que lui seul ne possédait pas. Comme à chaque fois, cela lui fit mal au cœur, il y a des chagrins d’enfance qui ne peuvent pas guérir.

Elles sont désastreuses… Nous n’en serions pas venu à célébrer un mariage pour redresser la situation sinon. Je vous rassure, Francis me dédaigne toujours…mais étant donné que malgré ses victoires militaires aux côtés de la Prusse, le trésor de la couronne aussi vide que le ventre d’un paysan…hé bien les Bourbons ont décidé que parler poliment avec un Habsbourg pouvait peut être arranger la situation de ce côté.

Dieu du ciel, était-il possible que sa voix soit si grinçante ? La mélodie du bal leur parvenait, lointaine. Roderich y entendait des fausses notes qui pourtant n’existaient pas. La nuit et la tension entre les deux nations déréglaient complètement ses oreilles.

Et vous, vous accompagnez votre enfant prodige ? Les rumeurs n’ont pas l’air de mentir à son sujet : avenant et doté d’un bel esprit.

Quoi de mieux pour éclairer les yeux tristes d’une reine ? Il n’y avait aucune idylle entre Louis XVI et Marie Antoinette. Aucune haine non plus, non…juste de la tristesse. Un roi qui ne pouvait faire son devoir, des rumeurs, une France étrangère et un cœur trop jeune pour supporter cela. Les perles d’erreurs commençaient déjà à former un collier autour du cou gracile de la jeune femme. Un jour, le fermoir sauterait et alors…

Les contes de fées ne se terminent jamais bien. La France avait pour point commun avec l’Angleterre, de ne jamais avoir été tendre avec ses reines adultères et ce même si l’accusation n’était pas fondée. L’image de la tour de Nesle s’imprima dans l’esprit de Roderich, il secoua la tête.
Loin dans Paris, un chien se mit à aboyer. L’Autrichien ôta ses lunettes, le noir du ciel se refléta dans ses yeux. Il devait se ressaisir, respirer.

Vous n’allez pas lui faire de mal n’est-ce pas ? Ils ont l’air heureux ensemble… Laissons-les au moins pour cette nuit

On pensait peu souvent Roderich Edelstein capable d’émotion, pourtant c’est d’une voix fort simple et naturelle qu’il laissa couler sa phrase. A Berwald de décider de la suite des évènements, il n’était plus maître de rien désormais.

Tout ce que demandait l’Autriche, c’était de ne plus sentir sur sa nuque les deux yeux inquisiteurs du blond. Ce n’était pas là une nuit à passer en jugement. Qu’ils se quittent là, ainsi et qu’ils ne se parlent plus.

Roderich enleva un de ses gants. Aussitôt le froid enveloppa d’un baiser sa main offerte. Mais qu’importe ? Il y avait un peu de neige sur le muret près duquel ils se trouvaient. L’homme s’en saisit sans mot dire, les flocons glacés redonnaient un peu de couleur à sa peau pâle. Il resta immobile quelques secondes avant de souffler. Ce n’était pas une tempête, juste les restes d’un jeu d’enfant. La neige vola dans l’obscurité et fut aussitôt oubliée.

Ici il n’y avait que la nuit, là bas c’était la lumière. La lumière où dansait Marie Antoinette, malgré le nuage de tempête qu’elle portait en son cœur. Folle de joie, folle de bonheur, elle offrait ses premiers sourires à Fersen, presque aussi pécheresse que la putain de babylone. Et fragile était sa main, et si fin était son dos alors qu’elle tournait, tournait encore et encore sans pouvoir s’arrêter. Un mauvais sortilège pour le visage derrière le masque. Le bout de carton et le satin suffisaient à faire oublier les caractéristiques Hasbourg de ses traits. Elle ne parlait pas, elle riait, alors comment pouvait-on entendre le moindre souffle d’accent étranger ? Elle n’était plus étrangère mais inconnue. Et là bas, là bas il y avait l’homme dont elle était la fille, l’homme dont elle portait les couleurs, le sang et les conquêtes. Dans les ténèbres parisiennes, son dos paraissait aussi frêle que celui de son ancienne archiduchesse. Et nulle personne pour le faire tourner et sourire, les danses qu’on lui réservait étaient celles de la mort et du sang.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Mar 23 Nov - 12:59

Des pas, un deux trois, qui égrenait le passage du temps. Sous les talons des danseurs s'envolaient les secondes comme s'envolaient les notes sous les doigts des musiciens ; et eux qui comptaient, malgré la foule et la multitude des pieds en mouvement, le nombre croissant des pas de leurs enfants, un nombre qui semblait vouloir faire croire qu'il lui était possible de s'envoler vers l'infini... Comme rythme de la conversation, il laissait souvent Roderich et Berwald silencieux, presque absents, perdus dans les méandres de leurs vieilles consciences.

Il était des alliances, des complots, des guerres comme de la météo, dans leurs échanges. Ils auraient bien pu parler de leur relations personnelles les uns avec les autres, mais ne le faisaient pas ; alors ils parlaient de leurs peuples, de leurs rois, et y ajoutaient un ton, ton qui faisait écho au trouble au fond de leur cœur. Et le Suédois devait reconnaître qu'en terme de ton, il avait rarement pu entendre plus désespéré que l'Autriche, frère qui ne l’avait jamais vraiment été, conquérant, mûr et soucieux parmi les fous que lui avait l’habitude de côtoyer.

« L'est jeune, f'gueux enc're. L'temps pendra c'la, le m'ment venu. »


Le temps, rouleau compresseur de l'Histoire. Ou comment éroder l'esprit des uns pour laisser grandir celui des autres. Parfois, Berwald enviait ce fourmillement d'idées, ce constant renouveau qui poussait les hommes à construire leur futur plutôt que s'appesantir sur le passé comme le faisaient ses semblables. Parfois il le redoutait, car il faisait leur faiblesse et leur fragilité. Avec les générations mouraient les souvenirs, le bon comme le mauvais, qui les condamnaient à réitérer les mêmes erreurs, encore et encore. L'Humanité ne sera jamais ni vieille, ni jeune, jamais elle ne s'assagira ; il y aura toujours des cœurs innocents pour leur rappeler les joies de l'enfance et de la jeunesse, mais il y aura aussi toujours les cœurs vieillis pour rappeler qu'inévitablement l'existence est aussi faite de souffrances, de sacrifices.
Peut-être Marie-Antoinette était-elle ce sacrifice, pour l'Autrichien. Plutôt un sacrifice entre tant d'autres, qui l'écrasait un peu plus.

Que d’optimisme dans les pensées de l’homme descendu du froid. Mais qu’il est dur de l’être quand au fond de soi on peut sentir s’agiter les âmes tourmentées de ses enfants. Et l’esprit d’une nation ayant maintes fois perdu espoir, qui ne peut plus voir le bonheur des uns que comme une injustice faite au malheur des autres. Berwald avait été souvent exaspéré des mondanités auxquelles l’invitait son protégé…
Mais Roderich avait raison. Ils ont l’air heureux ensemble, laissons-les au moins pour cette nuit.
Car hors des champs de bataille, loin des signatures de traités, il ne reste aux nations rien que l’impossibilité d’intervenir. D’appréhender le futur sans avoir la liberté de le changer, sans pouvoir entraver sa marche, sans avoir même le pouvoir qu’on les ailes de papillons. Ils ne faisaient aucune différence ; un jour peut-être, à la toute fin, on leur demanderait de témoigner, de sauver l’humanité, ou bien de la condamner ; mais pour l’instant, il fallait regarder. Regarder tournoyer les frêles chevilles des danseurs, jusqu’à ce qu’elles se brisent.

« Qu’ttons c’t endroit »


Qu’ils soient ici ou ailleurs, Berwald sentait parfaitement que la souffrance de l’Autriche ne serait pas différente. Mais peut-être que se donner une illusion de mouvement chasserai cette horrible sensation de tragédie autour de leur existence, à tous. Et de toute façon, ils étaient témoins de l’Histoire, et non ses voyeurs. Laissons les amants en paix, ce soir ; il fallait se préparer à affronter leur douleur de demain.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Ven 26 Nov - 22:14

Le temps ne pourra le priver de tout, il vieillira mais restera un garçon intelligent…

Qu’il vieillisse, voilà ce que souhaitait Roderich. Qu’il vieillisse et que Marie Antoinette aussi… Des peaux qui se rident au fil des ans et des cheveux qui blanchissent, qui blanchissent. L’Autrichien pria le seigneur de lui accorder cette vision ci : la reine de France avec désormais des fils de soie pour seule chevelure. S’il avait su de quelle manière le Seigneur exaucerait son vœu…

La présence de l’autre homme à ses côtés semblait rendre l’air encore plus froid. Bien plus que Francis, Roderich avait un hiver rigoureux qui coulait en ses veines, mais cela n’était rien face à la neige et la glace qui durant des siècles, avaient façonné le visage de Suède. Comme leur père l’avait été, Berwald était enfant du froid et le portait en lui comme l’on porte le poids du monde.

Ses douleurs étaient autres que celles de son petit frère. Ils ne connaissaient pas le soleil de la même manière tous les deux : l’un l’espérait avec tristesse, comme le souvenir d’une maîtresse disparue et l’autre le considérait comme une partie de son royaume. Alors que peuvent-ils se dire pour se comprendre ? Il y a le silence de la nuit tout autour d’eux, et rien d’autre. Une éternité aurait pu passer de cette manière, ce ne fut pas le cas. La voix grave, rocailleuse de la Suède se glissa entre les flocons. Il y avait tant de plaines enneigées dans cette voix là, de souvenirs de feux de bois, de forêts où hurlent les loups solitaires et de lunes glaciales…
Roderich tourna la tête pour le regarder et acquiesça. Partir, oui… Alors sa propre voix monta, et dedans se cachait la lumière des salles de bal, les notes d’un piano, le bruit du traîneau glissant sur la neige et le chant des montagnes. Le froid qui les habitait n’était pas le même, ne le serait jamais. Mais la solitude, ils la connaissaient. La solitude des batailles, la solitude face à un regard aimant, la solitude face à un frère ennemi et la solitude face à nos propres sentiments.

Venez donc chez moi, j’ai du vin à partager à défaut d’une conversation…

Ils n’étaient pas amis, ils furent ennemis un certain temps et à présent, ils n’étaient rien l’un pour l’autre. Absolument rien…
Une femme peut aimer un homme d’un autre pays mais une nation ne peut en aimer une autre. Quoi de plus logique après tout ? Une nation ne peut pas non plus s’aimer elle-même.
Un fiacre fut hélé. Les deux hommes montèrent à l’intérieur, le plus petit avait rabattu les rebords de sa cape contre lui. Mais de toute manière, plus rien ne pouvait pénétrer son cœur aride, non ? Pas même le froid…
Et les cahots de la route ne les menaient nul part. Roderich ferma les yeux un instant, essayant d’imaginer ce que serait ce voyage s’il allait jusqu’en Enfer. Après tout, ne le méritaient-ils pas tous deux ?
Les flammes de la damnation plutôt que le vent de la solitude… Paris défilait par la fenêtre du véhicule, si sombre, si froid… Etait-ce un beau pays, était-ce une belle ville ? La neige et le gel la recouvraient, il frissonna.
Le temps que prit le trajet, l’Autrichien n’aurait su le dire. Mais la nuit était encore là alors qu’ils descendaient du véhicule. Noire, toujours plus noire…

Il leva la tête et regarda la lune. Lune, voilà qu’il t’offre son visage de tristesse, cet homme qui a le diable au cœur. Mais tu ne peu le consoler, toi qui connais chacune de nos blessures…

Un peu plus loin dans la rue, un chien aboya. Finalement, Roderich ouvrit la porte de l’hôtel particulier que Francis –de fort mauvaise grace- lui avait mis à disposition. Il faisait chaud à l’intérieur, le vin achèverait de toute manière, de chasser les souvenirs de l’hiver.

Je vous en prie, mettez vous à l’aise…

Déposez donc votre manteau près de l’âtre, et votre tristesse sur la table, juste à côté de mes propres larmes. Alors seulement peut-être, serons nous assez à l’aise pour parler, pour se regarder…

Alors que les danseurs continuent de tourner…
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Lun 2 Mai - 21:42

L'air froid, dans ses poumons, avait chassé la chaleur de la salle, rétablissant l'équilibre des températures avec ses entrailles. Berwald avait accepté comme une fatalité qu'il ne serait jamais un homme de chaleur, que le froid était son moteur et l'une des rares certitudes, dans sa vie ; aussi l'invitation d'Edelstein ne le ravissait pas autant qu'elle aurait due : la perspective d'un feu de cheminée le rendait d'avance somnolent. Mais Berwald était aussi d'une impeccable politesse, et ne pouvait s'offrir le luxe de ne pas l'être : il ne se connaissait aucune aisance pour formuler des excuses. Surtout, en plus d'être comparé à un ours, il n'avait pas envie que ce soit à une bête enragée et mauvaise. Il suivit donc Autriche dans le fiacre, ne brisa ni son silence, ni l'immobilité qui s'était installée malgré les cahots de la route.

Fallait-il vraiment se décrire la pièce dans laquelle ils se retrouvèrent ensuite ? Des salons, ils en avaient vu des millions, et ils en verraient encore des milliards, dans des formes et des couleurs que jamais personne n'avaient jamais imaginées, des pliables, démontables, d'autres qui tiendraient dans un carton plat. Il y avait des années où ils n'avaient pas été là, des années où ils ne le seraient plus. Mortels, en somme, comme des hommes, les mers et les montagne, tout ; et les nations aussi rêvaient que leurs jours ne finiraient pas, et qu'il resteraient prisonnier de leur valse de vie : passé, présent, futur, qui s'échangeaient à chaque instant. Prétendant que leur désir d'immortalité n'était pas égoïste : car le jour où ils mourraient, des milliers les auront immédiatement précédés.

Malgré le vin qu'il partagèrent, Berwald et Roderich étaient aussi seuls qu'il pouvaient l'être, chacun muré dans son propre silence, perdu dans ses pensées, noyé dans sa mélancolie. Le regard rivé sur la silhouette sombre de l'Autriche, Berwald se laissait peu à peu envahir par les visions plus claires et plus violentes de batailles, de soldats... d'hommes debout. Le monde devenait-il si fou qu'elles, les nations, puissent avoir des facettes si différentes, de l'ombre désœuvrée à la lumière guerrière ? La guerre était certes un fléau, et les années ne faisaient pas oublier au géant de glace les vies de ses enfants qu'il voyait disparaître dans les cris ; mais la pourriture qui se développait telle la peste au vu et au su de tous était peut-être plus effrayante. C'était une tout autre forme de combat dans lequel était pris Edelstein, qui dans cette lutte de pouvoir avait été contraint de changer d'arme, de la chair à canon à la main d'une femme. C'était un soldat très troublant que cette Marie-Antoinette, riant et tourbillonnant sur la musique du Bal de l'Opéra de Paris, main dans la main avec un Suédois masqué.

Loin des combats, du choc du fer sur le fer et des horizons sanglants, le monde avait changé, comme il changeait toujours. Berwald découvrait les ressorts de cette vie mondaine avec une sorte d'horreur propre à l'homme d'action qui ne peut concevoir l'oisiveté, comme un vieillard qui désespérerait de l'irresponsabilité de ses enfants. Était-ce cette nouvelle génération qui avait amenée avec elle cette débauche de rubans, de superficialité ? Étaient-ce les plus vieux qui avaient abandonné le navire, et avaient refait la connaissance de leur insouciance en même temps que naissaient leurs enfants ?

Ce n'était certainement que voir la noirceur de cette époque que de penser de la sorte, mais peut-être cette noirceur avait-elle besoin d'un porteur ; et que pour ce rôle, parmi les imbéciles heureux, les deux fils de Germania étaient tout désignés. Que dansent les simples d'esprit, que rient les inconscient, qu'ils abandonnent le fardeau de leur réalisme sur les épaules éprouvées de leurs nations, qu'elles pleurent et souffrent pour eux ! Qu'elles rient de la stupidité des hommes et qu'elles en meurent...

Dans le noir, il regardait Roderich. Il voyait la nation. Il voyait le pouvoir. Et pourtant, il n'y en avait aucun. L'illusion qui les déguisait en hommes d'importance était persistante, cependant, il y avait peu de choses en eux d'autre que des témoins. Et maintenant, ils avaient échoué sur la plage, une plage sombre et lugubre, portés par la houle. Ils étaient seuls. Et ne pouvaient rien l'un pour l'autre. Personne n'est jamais là pour les âmes qui souffrent.

Cela aurait pu être tellement simple, cependant. Trois pas et une embrassade, cela pouvait faire des miracles, parfois. Était-ce cela que le monde avait-oublié ?

Un coup d'œil alentour lui apprit qu'ils étaient totalement seuls, et qu'il n'aurait de meilleurs conseils pour son vis-à-vis que la nuit qui avait déjà bien avancé. Déplaçant sa lourde masse, il tendit la main à Roderich.

« Vot' chambre ? »

Cela ne valait pas une embrassade, mais c'était tout ce qu'il avait a donner. Ce n'était pas un contact chaud et rassurant, mais ceci était au dessus de ses moyens. Il était son frère ainé. Pas son père inexistant. Pas tout a fait un frère, non plus. Mais il prend sur lui. Il y a de la place.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Mar 3 Mai - 20:03

Un silence douloureux vint les envelopper, perdu dans ses propres tristesses, Roderich regardait les murs impersonnels à la recherche de paysages oubliés. Et rien ne venait, absolument rien si ce n’est le Tic Tac de l’horloge et le bruit d’une respiration. L’Autrichien, lui, avait soif du bruit d’un cœur, n’importe lequel contre qui il aurait pu se blottir et fermer les yeux l’espace d’un instant. Cela n’arrivait jamais, juste le silence et le froid… et cette envie de rire, oh Seigneur Dieu tout Puissant, oui ce rire dont on ne pouvait se défaire. Comme les flammes d’un incendie, comme les mots d’un poète agonisant, comme le soupir d’un condamné. Qu’il était pitoyable, n’est-ce pas ? Perdu dans ses propres craintes, perdu dans ce qu’il ne pouvait décrire sans trouver de main à agripper…

Ils n’arrivaient même pas à se faire face, les deux frères muets. Ils étaient là, dans ce monde trop vulgaire pour eux, cherchant désespérément un peu de poésie et ne trouvant de réconfort que dans la triste beauté des choses. Ce genre de douleur ne peut se partager, malgré toute cette envie de compagnie. Et puis… Ils se haïssaient, n’est-ce pas ? Assis là, face à ce guerrier du vent du Nord, Roderich n’arrivait même plus à s’en convaincre. Il était son frère, son grand frère froid et distant, celui qu’il n’avait vu que dans la violence des combats, celui à qui il n’avait jamais dit « je t’aime », celui qu’il disait détester plus que tout, plus que la Prusse elle-même… Mais il était son frère, oui, et possédait le même cœur amoureux que le sien, il était de glace, il était de sang, il était le pouvoir, l’amertume et le silence, il était la grandeur… Oui, toute cette grandeur que Roderich ne parvenait pas à avoir, lui la possédait.

Finalement il leva les yeux, Berwald choisit ce moment là pour parler. Un instant, Roderich revit la figure de son père, lui demandant d’aller se coucher, mais ce n’était qu’une illusion. Germania n’avait jamais été un méchant homme, juste un être barbare, primitif, ne sachant peut-être pas vraiment comment élever tous ces enfants qui étaient les siens. Roderich ne s’était démarqué de ses frères et sœurs que par son absence, à se perdre dans chaque pas qu’il faisait, et c’était à peine si Germania trouvait le temps de venir le rechercher. Ne venait-elle pas de là, toute cette solitude ? Berwald n’était pas son père, il avait connu ses propres souffrances face à un père trop grand pour eux, mais il savait tout comme lui les laideurs du monde. Ce point là, ils le partageaient sans jamais en parler. N’était-il pas temps ? Un salon n’apporte rien de précis lorsqu’une chambre amène aux confidences. Et comment lui dire combien cette main qu’il lui tendait, lui sauvait la vie ? Il était loin de chez lui, en pays étranger. Il était loin de tout ce qu’il aimait, aussi perdu que la petite Marie Antoinette, et se préparant à faire face à un destin bien atroce, témoin muet des évènements à venir.
Mais là il y avait cette main devant lui, l’Autriche se rappelait l’avoir vu tant de fois porter une épée… A présent, que tenait-elle ? Hé bien, sa propre main à lui. Voilà, ceci était dit : il s’en était saisit et la serrait avec tout le désespoir d’un enfant condamné. « Ne me lâche pas, ne me perds pas », il aurait pu hurler ces mots, mais à quoi bon ? Le mensonge était bien plus sa tasse de thé que la vérité, n’était-ce pas ce que tout le monde disait ? Ah, laissez donc l’Autriche à la solitude, elle peut bien se débrouiller toute seule avec son piano et ses belles manières !
Non, Roderich ne pouvait pas. Et il n’y eut qu’un chuchotement, un seul, car cela était bien assez, non ?

Grand frère….

C’était dit, ça ne pouvait être effacé. Elle est là ma chambre, grand frère, derrière la porte. Tu la vois ? Froide, avec le grand lit vide, parce qu’un géant de papier, ça n’a aucune chaleur humaine pour se réchauffer tu sais ? Oui tu sais, tu en es un toi aussi, le plus grand le plus méritant et le plus triste… Donne moi ton ombre que je me cache derrière, donne moi ta force, moi qui ne veut que fuir et dis-moi que tout va bien, toi qui ne parle jamais.

La porte se referme, Roderich aimerait bien tomber à genoux, juste comme ça, juste pour se le permettre au moins une fois. C’est tellement dur de rester debout parfois : on est toujours là, les uns contre les autres. Combien de guerres et de batailles ? Combien de baisers volés, d’étreintes arrachées et de couples séparées ? Allons, on ne parle pas de cela dans une chambre à coucher, n’est-ce pas ? Oh cette fureur en lui, comme une tempête grandissant, lui qui ne savait rien de la mer et des océans. Ca l’embrase, ça le consume et il ne peut pas y faire face. Il meurt un peu plus chaque jour, ce pitoyable Autrichien…

A présent plus de lune, plus de soleil, juste deux frères sans apocalypses et sans miracles aussi…

Pas d’ombre sans lumière et pas de lumière sans ombre… Nous sommes ombres, Berwald, mais ombres de quoi ? Et pourquoi même les plus pures lumières ne parviennent à nous aimer ?

A cela, pas de réponse. Jamais… Aussi loin que les étoiles, aussi triste que les firmament il n’y a qu’eux et les hommes, eux et une Histoire faite pour les blesser, les blesser jusqu’à les tuer.
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Dim 10 Juil - 18:47

    « Grand-frère... »

    Brother, I'm home.

    Roderich prit sa main, ne la lâcha pas, et Berwald ne fuit pas le contact, qui pourtant était étrange. Ennemis ? Dieu, faites qu'ils puissent oublier cela pour au moins cette nuit, qu'ils puissent redevenir les enfants qu'ils ne furent jamais. Qu'ils puissent simplifier leurs problèmes, de stratégies en problèmes personnels. Et que ceux-ci deviennent ainsi plus cruels et douloureux ; mais qu'ils les fassent se sentir un peu humain, pour une fois, qu'ils leur laissent un semblant d'existence, loin des exigences de leurs maîtres. Qu'on laisse deux frères se retrouver.

    Ils entrèrent dans la chambre. D'instinct, Berwald chercha des yeux une bougie, une veilleuse, quoi que ce soit qui fournissent un brin de lumière pour cette chambre trop sombre. Il y avait surement là un monstre, sous le lit, dans les placards, quelque part, dont il fallait se protéger ; un ancien ennemi que celui là, cela faisait longtemps qu'on le lui avait fait oublier. Des millénaires qu'il n'avait pas pris quelqu'un par la main, qu'il n'avait pas consacré quelques instants au bien-être de quelqu'un au bord du sommeil... redevenait-il grand-frère à ce moment là, s'occupant du petit trop faible encore pour rester seul ? Il moucha la bougie, d'un geste raide.

    Non, il n'avait pas envie. C'était dur, trop dur. Toujours, il avait eu ce rôle, lui qui n'avait jamais eu d'ainé, qui avait eu pour seul père la foi seulement dans l'existence de celui-ci. Il aurait souhaité, si fort, pouvoir être aussi petit et insouciant et nu sous sa chemise de nuit, et dormir en rêvant seulement de gâteaux et de poisson, redevenir petit et voir le monde flou, ne pas être capable de lire une expression sur un visage. Être ignorant, de tout. Juste un petit corps de stupidité, le beau temps, un repas, il devait être si doux de savoir s'en contenter, d'en avoir le droit.

    Tout cela serait trop facile.

    Time to grow up. Il avait un pays à servir, des choses à faire, des comptes à rendre, d'autres à régler. Il devait se lever pour des millions, se battre pour des millions ; il devait haïr qui on lui demandait. Ce petit garçon qu'il voulait être, la seule façon qu'il aurait jamais de s'en approcher, c'était d'être cet autre qui lui tendait la main pour le guider.

    Roderich parla, et le Suédois se donna à peine le mal d'écouter. Il suffisait d'entendre la voix pour comprendre de quoi il retournait. Les mêmes réflexions, dans lesquelles ils étaient toujours poussés, sans espoir de les voir jamais se dissiper. Avec tout de même parfois une sorte d'espoir fou de les lire dans les yeux d'un homme qui comprendrait. Ou d'une autre nation... c'était toujours si difficile de se sentir compris, même entre eux, lorsque pullulaient les imbéciles heureux, ou les adversaires acharnés...

    Ce moment de compréhension que lui offrait Roderich était un bien rare et précieux. C'était à la fois un cadeau, et le plus cruel des châtiments. Deux ennemis réconciliés, deux frères retrouvés, mais pour un seul instant de désespoir. Pleurons nous dans les bras, reniflons dans nos épaules ! Mais Berwald avait la maladie du fatalisme, et cette porte qui venait de s'ouvrir entre eux, il ne pouvait la franchir, seulement sentir le courant d'air, terrible.

    Si misérables, ils étaient... Cette douleur, était-il vraiment mieux de la partager ? Rongés, ils l'étaient déjà jusqu'à l'os. Sucée, la moelle de leurs os, et on avait fait d'eux des pantins. L'enfouir, Berwald ne savait faire que cela, et quand elle débordait, il en rajoutait seulement plus par dessus, et tassait. La seule solution qui avait jamais fonctionné pour lui, mais qui l'avait, certes, refroidi jusqu'aux yeux. Il n'en voyait aucune autre. Était-il un exemple ? Aucun moyen de le savoir.

    Non, il n'avait plus la force, s'il l'avait jamais eue. Pas d'être un grand frère, pas d'être une épaule, pas d'être un confident. Pas de franchir la porte, pas de s'ouvrir, pas de partager. Pas de s'accrocher désespérément aux retrouvailles. Peut-être que Roderich et lui se ressemblaient trop ; il pouvait voir tellement de tristesse circuler dans les veines de l'autre, tellement plus de tristesse qu'il n'en pouvait absorber. Plus que Roderich n'en pouvait absorber.

    Le pauvre homme ne saurait s'en guérir. Roderich avait toujours été le plus seul de la fratrie. Et Berwald, le plus solitaire. Et maintenant qu'il avait l'occasion de tendre la main, le ferait-il ? Lui qui avait toujours tu ses maux, aurait-il la force d'avouer à un petit frère qui l'avait déjà deviné que la seule solution à leurs états d'âme, c'était qu'il n'y en avait pas ? Tourner le dos pour faire souffrir, claquer la porte pour faire grandir, mais jamais d'étreinte pour rendre la paix...

    Brother, don't make me do this...
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Dim 10 Juil - 21:19

    Des étoiles dans la tête et des charniers dans le cœur. Pitoyable, n’est-ce pas ? Roderich endura le silence de Berwald avec un amour douloureux et sincère, au fond oui il y avait quoi à dire ? Ils étaient tellement maladroits, pas humains, pas touchants, non juste maladroits… Et puis soudain le petit frère comprit ce qu’il devait faire au grand : c’était simple en fait, tellement simple…

    L’Autrichien prit la main du Suédois, quelques cicatrices veinaient la peau dure, elles étaient pourtant si loin les batailles ! Il lui prit la main, oui, et le fit asseoir sur le bord du lit. Tout comme lui… Il n’y avait que leurs silhouettes dans le noir, deux ombres tristes et aimantes, deux ombres au goût de cendre et de deuil.

    Au fond, personne ne nous force à faire quoi que ce soit …

    Il y eut un sourire dans tout ça, et tant pis si personne n’était capable de le voir parce que Roderich, lui, savait qu’il existait. Il s’allongea à moitié sur le lit, invitant de ce fait Berwald à l’imiter, gardant sa main dans la sienne. Au dessus d’eux il n’y avait qu’un plafond anonyme, le jeune homme commença alors à parler. Un petit frère a plein de choses à offrir à un grand : parmi eux, des rêves que l’on ne peut imaginer. Il serrait fort les doigts de Berwald, murmurant les mots les plus beaux qu’il connaissait : ceux des étoiles, des dieux et des héros. Des histoires peut être sans queues ni têtes, mais elles étaient là les vestiges d’un monde que lui seul pouvait voir et que, pour cette nuit, il offrait à son grand frère Suédois.

    Il y eu des dragons pour se battre sous leurs yeux, il y eu le peuple de la Brume, les nains, les vierges et les Valkyries. Roderich n’était peut être pas le plus doué avec les mots, mais il parla de cela à Berwald pour lui graver dans le cœur un seul et unique mot que lui-même ne parvenait pas à comprendre : espoir.

    Tellement de mots, soudain, tellement de rêves ! Petit à petit, l’Autrichien modelait un monstre à partir du désespoir de son aîné : un monstre de douleur et de crocs. Et maintenant, prend ton épée et viens combattre à mes côtés ? Deux choses, deux petites choses pour affronter cette chose ignoble, mais dans les histoires il n’y a que les gentils qui gagnent et que les méchants qui meurent, c’est bien connu.
    Se souvenir de ça, c’est comme la dernière Marche d’un peuple disparu…

    Et puis soudain, un soupçon d’amertume alors que l’on se rend compte que l’on est tellement loin de l’endroit où notre cœur repose vraiment…

    C’est idiot, on ne devrait même pas être ici…

    Il pleurait en disant cela, parce que c’était vrai : si loin de chez lui, oh si loin ! Et avec tellement de troubles à venir : le souvenir de Marie-Antoinette aux bras d’Axel de Fersen… Allons sèche tes larmes, au fond c’est tellement beau aussi ici. Ils étaient là tous les deux, l’homme fou au cœur déjà trop de fois brisé et le poète aux rêves volés. Si loin, si proches…

    Et toi, tu peux me parler de tes dieux ? Baldur, Freya, Odin… Thor aussi peut-être et celui que tout le monde oublie… Oui s’il te plait, maintenant que l’on a tué le dragon, parle moi de celui-ci : le frère qui ne ressemble à aucun autre de ses frères, le Dieu capable de tuer les autres, celui qu’on ne comprend pas, le vil, l’intelligent… Parle-moi de Loki, celui qui porte en son cœur les hurlements des loups !

    Une supplique, histoire d’atteindre les étoiles encore une fois. Ils en étaient capables, Roderich le savait… pas de se guérir, évidemment, juste de rêver encore. Cela demandait de gros efforts et, Dieux oh Dieux, qu’est-ce que cela faisait mal à l’âme, mais oui ils le pouvaient !

    Personne n’écoutera nos mots, on peut parler… C’est cela ou bien mourir, alors choisissons de rêver. Parles, oui parles même avec ta gorge blessée. C’est peut-être la dernière fois, après tout ?

    La dernière fois pour quoi ?

    Pour tout…

    Les mondes vont et viennent, l’Europe se créé, se détruit et les pays s’oublient avant même de s’aimer. Aimons-nous, grand frère, nous qui avons tellement peur du noir. Laisse-moi déposer une étoile dans ton cœur et la réchauffer de mes mains car vois-tu, une étoile c’est magnifique, mais glaciale aussi…

    Je te donne ma chaleur, toi qui ne vois pas le monde comme moi, je te donne ma chaleur et épaules contre épaules, nous sommes là.

    Nous sommes frères mais surtout, nous sommes sans armes.

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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Mer 17 Aoû - 18:38

    Le monstre qu'il avait voulu chasser de la lueur d'une bougie, Roderich le construisait pour lui, de l'écho de sa voix dans les fantaisies des légendes. Il lui donnait une âme de leur douleur, il fabriquait une épée nommée espoir pour que tout deux la tiennent et ensemble la plantent dans la panse de la bête. Berwald écouta sans mot dire les récits des héros, se prit à se laisser aller aux côtés de Roderich dont les mots retraçaient des destinées originales, à se laisser encourager par la témérité des héros et l'amour des femmes qui attendent.

    Espoir brillait, oui, brûlait les yeux. Mais la lame était brisée, éparpillée sur l'infinité du monde ; et celle-ci, nul ne la reforgerait, Berwald l'avait condamnée. Il aurait voulu bander les yeux de son frère, lui dissimuler la vérité ; mais elle brûlait cruellement près d'eux, ne laissant qu'un souvenir de sa forme, n'offrant que la douleur de sa clarté.

    Il ne put bander les yeux, Roderich se releva soudain de sa rêverie. Ne pleure pas, petit frère, Espoir brille dans les pas de nos deux enfants réunis. Et Berwald imaginait Roderich prier pour que les restes toujours tranchant, élevés autour d'eux dans les tourbillons leur danse, tailladent ceux qui apporteraient le mal avec eux. Lui ne pouvait s'empêcher de prier pour que les danseur ne se coupent pas avec.

    « Et toi, tu peux me parler de tes dieux ? Baldur, Freya, Odin… Thor aussi peut-être et celui que tout le monde oublie… Oui s’il te plait, maintenant que l’on a tué le dragon, parle moi de celui-ci : le frère qui ne ressemble à aucun autre de ses frères, le Dieu capable de tuer les autres, celui qu’on ne comprend pas, le vil, l’intelligent… Parle-moi de Loki, celui qui porte en son cœur les hurlements des loups ! »

    Alors, de la profondeur de sa gorge sèche, comme si c'était des profondeurs de la terre elle même, la voix de Berwald s'éleva pour conter le beau Baldur dont la mort tua Nanna son épouse et fit pleurer toute chose, Freyja pleureuse d'ambre qui accueille chez elle les guerriers morts pour leurs familles, Odin qui sait tout et accueille chez lui les guerriers morts pour leur patrie, le puissant Thor son fils qui de son marteau pouvait vaincre tout adversaire.

    Et Loki, le Rusé, le Changeur de Forme, le Marcheur du Ciel et Mage des Mensonges. Qui de sa ruse offrit à Thor son marteau, et lui rendit lorsque le géant Thrym lui vola. Qui fut recueilli en Asgard par Odin Père de Tout. Qui sauva Freyja d'un affreux marriage. Qui fut le recours des dieux dans le besoin, où souvent il les avait poussé, mais d'où il les sauva, presque toujours.

    Mais Loki, aussi, Assassin de Baldur l'Invulnérable, qui le condamna lorsqu'il refusa de le pleurer. Loki dont la maison devait avoir quatre porte pour surveiller tous les chemins, mais qui fut attrapé, et enchaîné sous la gueule d'un serpent, souffrit mille mort lorsque le venin coulait sur son visage.

    « Et Loki s'éleva contre les Ases qui furent sa famille. Odin tua Fenrir qui le tua, Thor affronta Jörmungang et tous deux périrent, et Heimdall dont les armes eurent fin de Loki mourut lui aussi, le dernier. Le gardien de l'Arc-en-ciel est tombé, et Baldur, revenu du royaume de Hel, descendit d'Yggdrasil, trop seul. »

    Mais nous ne somme pas ses enfants, et le sol que nous foulons n'est pas son domaine, Breidablik d'où le mal est banni. Nous ne sommes ni beaux, ni sages, ni miséricordieux, et le blanc que nous portons est souillé du sang de nos pareils.

    Le Ragnarök était passé, Berwald n'entendait plus les dieux du passé. Lif et Lifthaisir étaient devenus à force de leçons Adam et Eve, et Baldur, Jésus Christ.

    Le sais-tu, petit frère, que nous vivons dans un monde qui a déjà connu sa fin, dont le chaos est déjà redevenu le maître ? Mais sèche tes larmes, ce que tu vois autours de toi, ce ne sont que des paysans qui brûlent leurs champs pour que tout puisse pousser de nouveau. Je te le promets.

    Si un mensonge lui valait l'enfer, alors il se damnerait mille fois pour formuler cette promesse, pour l'éclat d'Espoir. Il ne se souvenait plus des histoires : trouverait-il aux côtés de l'Étoile du Matin le sang de Loki battant dans les veines de sa fille ?
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MessageSujet: Re: [1774] Derrière le masque.   Jeu 18 Aoû - 19:15

Il écouta Berwald lui parler de Loki, de Thor, d’Odin… Il écouta les Dieux, les combats, la fin et le renouveau. Un monde se créait de leurs mots, de leurs rêves et de leurs croyances Voici là un miracle vieux, tellement vieux et pourtant comment s’en lasser ? Roderich sourit alors tendrement à son frère, celui qui comme lui sentait le hurlement du loup couler en ses veines ainsi que le vol du corbeau. Oui, il lui sourit avec tout un amour qu’il n’avait jamais imaginé, petite chose souvent trop seule et aveugle, et lui baisa alors le front comme pour en enlever toute ombre.
Bien sûr que les choses allaient mal, qu’ils n’étaient que spectateurs et que leur enfance s’était enfuie depuis trop longtemps pour espérer encore s’y raccrocher un instant.
Il embrassa le front de son frère et laissa ses doigts courir sur les joues marqués du Suédois, y récoltant les larmes d’un Dieu fatigué.

Cesse d’entendre les tambours, je sais quel est ton fardeau… Nous irons ensemble vers la folie, toi que j’ai tant haï et pourtant tant aimé. Je ne sais ce qui a attiré Marie-Antoinette vers Axel, quel écho de tristesse et d’amour elle a trouvé dans ses yeux pour épancher sa propre peine, mais je la comprends. Je ne sais s’ils vont s’aimer, choisir de se bannir du Paradis, cela n’est plus de mon ressort désormais. Peut-être vivent ils en ce bal leur seul instant de bonheur, ce moment unique qui n’apparaît qu’une fois dans une vie pour qu’après on nous en punisse toute une éternité…

Et que l’Etoile du Matin apaise leur exile, qu’elle éclaire donc leurs cœurs déchirés et leurs visages fatigués, eux qui rêvaient d’amours, de batailles et de pouvoir. Un instant, l’Autrichien regarda l’autre homme presque sans le voir. Il ne pouvait deviner les pensées de son aîné, et pour cette unique minute cela lui brisa le cœur. Est-ce qu’ils s’aimaient, est-ce qu’ils se haïssaient ?
L’homme se laissa aller sur la couche, les yeux au plafond et l’esprit dans les limbes là d’où personne ne pourrait l’en retirer.

Au fond, j’aurai aimé être viking comme toi, comme les autres… Faire partie d’un groupe, de n’importe quoi. Quelque chose capable de me rendre fort et qui puisse me remplir la tête de contes et légendes, moi qui n’ai rien d’autre que les psaumes de la bible pour trouver le repos. Je croyais avoir tué le dragon mais celui-ci est immortel… Et notre épée, Berwald, notre épée elle est puissante mais ne reste qu’un mot. Un mot gravé dans nos cœurs à l’encre de la douleur. On a rien fait pour mériter ça nous les inhumains, les amortels les terres de feu et de sang que même les dieux désertent…

Il pleurait, Roderich, et chacune de ses larmes était un silence de trop. Roulé en boule, prêt pour une seconde naissance, lui qui n’était rien, l’homme attendait son nom : un nom universel qui pourtant lui était propre et que pourtant on lui avait refusé tout comme lui l’avait déjà dénié à bien des gens.
Perdu dans ses peines et ses rêves, Roderich attendait que Berwald le nomme « Frère ».

Je me sens comme Loki sous les crocs du serpent… Le poison coule et je le sens me torturer, me tuer. Et je ne peux même pas appeler à l’aide… Avant venait Elizaveta qui m’aimait et que j’aimais sans que nous soyons pourtant mari et femme, oui elle venait et telle Sigyn la toujours fidèle, savait comment éloigner ce poison de moi pour un moment. A présent je suis seul, je ne sais pas où elle est, je ne sais pas si je l’ai perdu définitivement, elle que je n’ai même pas pu épouser, et le poison continue sa lente agonie sur mon âme. Que dois-je attendre, que dois-je espérer, le cor de l’ange Gabriel ? On dit qu’il est annonciateur d’Apocalypse et l’Apocalypse n’est rien d’autre qu’un grand changement plus qu’un massacre… Est-ce que le monde va bientôt changer ? Oui je le veux… Et en ce cas, qu’adviendra-t-il de nous qui ne sachons comment aimer ?

Et puis avec sa Misère pour simple couronne, Roderich se redressa. Il était roi, empereur, dieu et pays, il était tout, il n’était rien aussi. Et le silence de son frère semblait comme achever de le mener vers une quelconque folie. Dans sa tête dansaient encore les lumières du bal, et la fièvre le consumait désormais avec toute la violence d’une colère. Que peut-on dire à cela, hein ? Et qui donc peut se targuer de comprendre un cœur par trop solitaire ?

Tout devenait vulgaire à ses yeux, dégoûtant. Est-ce que Berwald voyait le monde de la même façon que lui, portait-il aussi la lumière de l’étoile du matin comme le plus lourd des fardeaux, eux les fils brillants bien trop brillants mais que personne n’aimait ?
Dites le leurs, qu’ils ne sont pas seuls, dites le leurs…

Une dernière fois, l’Autrichien choisit de sourire, les yeux secs et le cœur humide. Au fond, tout ceci n’avait pas d’importance. Il avait ses armes et sa colère, il avait sa tristesse à défaut de son amour et rien ne pourrait l’empêcher de marcher à travers le ciel lui aussi. Là où il trouverait les soleils les plus noirs des galaxies, ceux que l’on ne fait point brûler pour dire « je t’aime », mais bien « Adieu, je pars ».

Où pars tu, Roderich ?
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[1774] Derrière le masque.

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