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 Dies Irae [-30 av JC] - Rome

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Iset / Kemet




MessageSujet: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Mar 14 Juin - 16:19

C’est étrange n’est-ce pas, comment l’idée de la mort de quelqu’un peut nous paraître inconcevable…
On a beau avoir vécu des milliers de vies, perdre quelqu’un faisant partie de notre paysage, non. On ne peut pas.
Iset et Cléopâtre… Elles avaient toujours eu du mal à s’entendre, la reine ne parvenant pas à faire comprendre à son pays que sa grandeur était passée, qu’il fallait à présent se battre d’une autre manière. Et Iset répondait, amère, en l’appelant « Cléopâtre la Grecque ». Elle savait que la pharaonne avait raison, que ses séductions n’étaient pas perversités mais bien logique militaire et pourtant… L’orgueil et la fierté, ça ne s’abandonne pas comme ça. Iset voulait continuer à être fière, à marcher la tête haute comme une déesse couronnée des cieux. Chose qu’elle n’avait jamais été…

Dans son dos, elle pouvait sentir la fraîcheur du mur. Quelque chose de tangible, quelque chose qui ne tomberait pas, pas tout de suite… Elle aurait voulu être princesse d’éternité, passeuse d’ombres entre la vie et la mort et déesse pays immortelle, aujourd’hui elle ne sentait plus rien que le goût de poussière dans sa bouche et l’odeur su sable prêt à ensevelir le passé. Iset n’était pas courageuse, non elle n’était pas comme Cléopâtre prête à abandonner le monde pour l’amour d’un homme, mort de l’avoir trop aimé lui aussi. Qu’ils sont ridicules les humains, avec tous leurs sentiments… Iset ne les a jamais compris, elle est encore trop primaire comme nation pour pouvoir se mettre à l’écoute de l’Humanité. Bah, qu’importe…

On respire, on fait comme si tout allait bien. Comme si notre reine n’allait pas se suicider… Lentement, Iset se décolle du mur, elle sent ses jambes trembler… Par Osiris et par Apis, non jamais vraiment elle n’avait pu se montrer forte. Les bracelets d’argent tintent à ses poignets tandis que le sang bat à ses tempes, pourquoi faut-il que tout cela fasse si mal ? L’Histoire…. Allons, tu t’en fiches, fais comme si tout cela ne t’atteignait pas. Oui, comme si…

Elle courait, elle courait dans les couloirs de son palais, essayant d’ignorer le temps, essayant d’ignorer la vie, essayant d’ignorer la mort aussi. Elle courait tout autant femme qu’enfant, tout autant mourante que vivante, tout autant déesse que souillonne, tout autant pays que nation. Elle courait pour apercevoir un trône vide. Vide de toute vie…

Qu’est-ce qu’il y a de plus terrible que les yeux clos d’une reine ? Iset tomba à genoux, les yeux rivés au sol. Elle ne voulait pas regarder le cadavre. Plus jamais… Désormais ne restait plus dans la pièce que le silence des tombeaux. L’Egyptienne voulu penser au bleu du ciel et aux chants des oiseaux mais ne parvint même pas à s’en souvenir. Son esprit vagabondait dans les abysses du Nil, jusqu’à une source inconnue d’où émergeait la vie. Et maintenant, qu’allait-il se passer ? Iset n’était pas devin, elle savait juste que désormais, jamais plus elle ne posséderait la puissance qui fut sienne un jour. Les temps changeaient, les dieux mouraient, les pharaons aussi…

Désormais ne restait presque qu’une seule civilisation pour émerger de toutes ces ténèbres : Rome. Oui, Rome et son empire à venir… Car telle était la volonté d’Octave n’est-ce pas ?
Peut-être pas aussi digne qu’elle ne le voulait, Iset se releva. Derrière elle, un bruit de pas. Deux personnes approchaient, alors elle essuya ses paupières rouges et gonflées d’avoir trop pleuré, et tant pis si cela étalait le khôl sur ses joues, et se retourna.

Rien ni personne ne semblait pouvoir empêcher chacun de ses membres de trembler. Peur, fureur, colère, tristesse, terreur… Elle-même ne savait pas ce qu’elle pouvait penser. Ce qu’elle devait penser.
Salut à toi, Octave vainqueur de Marc Antoine et de Cléopâtre, salut à toi….

Ô Amon-Rê, ne peu tu donc pas empêcher sa voix de trembler ? Non, plus d’importance tout cela, plus la moindre. Elle était battue, la noiraude, la Femme d’Afrique, celle qui avait voulu se montrer puissante parmi les puissants. Celle qui n’était rien…

Alors vint juste un murmure…

Morituri Te Salutant….
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Aelius Romulus/ Rome

Séducteur de la Méditerranée



MessageSujet: Re: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Mar 14 Juin - 20:18

Son esprit était enfin clair...après des années d'une nouvelle guerre civile. Marcus contre Scylla, puis César contre Pompée et maintenant Octave contre Antoine. Qu'avait donc son peuple à se battre sans cesse comme ça? Se demanda-t-il pour la énième fois, passant une main dans ses cheveux foncés. Il espérait que c'était la dernière....avant longtemps, car il ne fallait pas se leurrer ou avoir un fol espoir en pensant que c'était la toute dernière et qu'il n'y en aurait jamais plus.

Enfin peu importe car c'était enfin terminé....il s'était senti bien mieux lorsque l'un des deux belligérants de cette guerre s'était donné la mort. Quand bien même cette perte l'attristait car il connaissait l'homme, un honorable et valeureux guerrier, qui s'était battu à ses côtés en Gaule.

Antoine, désespéré, abandonné de ses amis, avait préféré se donner dignement la mort, comme un véritable romain, plutôt que de tomber entre les mains de son adversaire. Un des légionnaires de l'ancien général avait apporté la nouvelle au camp du vainqueur, montrant comme preuve l'épée tâchée de sang. Comme César avait pleuré à la mort de Pompée, Octave versa une larme en apprenant celle de celui qui fut son beau-frère.
Mais peut-être était-ce à la pensée que les rôles auraient pu être inversés? Peut-être...personne ne pouvait le dire, ce jeune homme si prometteur était difficile à cerner, même pour lui, une nation de plusieurs siècles.

Aelius gardait pourtant un goût amer dans la bouche. Cette guerre avait eu des motifs plus que stupides, alors que tout aurait pu si facilement se régler diplomatiquement, mais c'était sans compter la fierté des deux hommes. D'un côté l'ancien bras droit de César et de l'autre le neveu de ce dernier, adopté dans le testament de celui-ci.
Tant de choses qui auraient du bien se passer, mais tout était allé de travers, après que les assassins de César aient payés leur crime, après la fin des proscriptions.
Le partage du territoire entre les membres du Triumvir.
Les promesses non tenues de chaque côté.
La propagande d'Octave décrivant Antoine comme un général qui avait été si valeureux et qui avait été ensorcelé par la sorcière qu'était Cléopâtre, devenu un ivrogne se vautrant dans la luxure et les orgies. Un homme ramolli par les douceurs de l'Égypte, et qui n'avait plus rien d'un véritable romain, qu'il était un traitre à sa patrie.
Sans compter qu'il avait offensé Octave en répudiant sa sœur Octavie, qu'il avait pourtant épousé pour célébrer leur entente fragile.

Aelius était resté en occident, et n'avait donc que peu vu ce qu'Antoine faisait, seulement il savait que la reine d'Égypte était loin d'être telle qu'on la décrivait. Il la connaissait et surtout il connaissait Iset.
Comment ces rumeurs auraient-pu être vraies? Qu'importe le but de la reine, son ambition était démesurée et peut-être était-ce vrai, peut-être menaçait-elle vraiment ce qu'il était, qui pouvait le savoir?
Il ne le savait pas, il ne savait plus. Il fallait qu'il sache, qu'il l'apprenne de la bouche d'Iset elle-même.

C'était la meilleure chose à faire et il fallait aussi qu'il la rassure sur le destin qui l'attendait, sur son...leur futur. Il ne voulait pas qu'elle soit blessée.

Il tourna les yeux vers l' homme qui marchait à ses côtés. Il était si jeune quand il était arrivé à Rome après l'assassinat de César, à peine vingts années. Si doué, si prometteur. Le nouveau maître de l'Égypte. Il était encore jeune, à peine une trentaine d'années et avait tout le territoire romain sous sa coupe.

Le digne successeur de son grand-oncle..sans aucun doute.

La voix d'Octave arriva justement à ses oreilles, parlant du trésor des Ptolémées et aussi du fait qu'il lui fallait Cléopâtre vivante. Sans doute pour la traîner dernière son char, lors de son triomphe pensa-t-il avec un rien de malaise. Même peut-être valait-il mieux cet humaine que la nation d'Egypte elle-même... Il eut honte de cette pensée et secoua la tête. Quand Cléopâtre avait été prise, Iset l'avait été en même temps qu'elle, refusant d'abandonner sa reine. Aelius l'avait regardé dans les yeux et avait froidement dit, encore sous le choc de ces années de guerre civile.

«Tu es désormais une province romaine, plus un protectorat ou un royaume-client!»

Rien de plus. Mal à l'aise, il avait été économe de paroles, sachant que rien de pourrait apaiser la colère de la nation d'Egypte. La claque qu'il avait reçu avant que les légionnaires ne l'empoignent, il la sentait encore.
Elle lui avait hurlé qu'elle avait un grand homme à enterrer avec sa reine ici, puisque la terre de Rome lui était refusé et que tel était le souhait d'Antoine. Et qu'il ferait mieux de partir et de la laisser en paix.

Il fallait qu'il lui parle, qu'il lui explique. Il avait été si inquiet pour elle depuis Actium, craignant pour sa santé, pour ce que Octave risquait de lui faire. Mais que pourrait-il lui dire? Il ne pourrait pas faire une conversation banale en glissant des nouvelles de sa petite famille, comme dire: ''Tiens au fait, j'ai enfin eu un fils avec Gaule'' Non ça il ne pouvait pas le placer dans la conversation. Il devait lui dire ce qu'elle allait devenir, qu'elle allait revenir à Rome avec lui pendant quelques temps, avec les enfants d'Antoine et Cléopâtre, que Césarion risquait d'être assassiné.

Aucun doute qu'il allait encore se faire hurler dessus, qu'il allait prendre une nouvelle gifle.
Il essuierait tout sans broncher, parce qu'il se sentait lui-même coupable. Il le méritait peut-être, quand bien même ce serait la décision de son consul.
Coupable pour le destin de sa reine, coupable pour ce qui allait arriver à son petit prince...

Il préparait mentalement ses phrases et se préparait mentalement aux réactions possibles de l'égyptienne, quand un homme arriva, portant plusieurs tablettes qu'il remit à Octave.
Aelius releva la tête en entendant les mots «Et j'espère que tu m'accorderas la grâce de reposer aux cotés d'Antoine», tandis que l'humain s'affolait et ordonnait à la garde de les accompagner au palais.

«Vite il fait l'empêcher de se tuer!»

Quand ils arrivèrent, Aelius sut qu'il était déjà trop tard. La reine était étendue sur le lit, les yeux clos, sans vie, dans ses habits de reine. Elle avait préférée la mort à l'esclavage, à l'humiliation. Elle était trop fière pour ça. Même ses esclaves l'avaient suivis dans la mort. Pauvres âmes, si jeunes. Il espéra que les Juges des Enfers seraient bons pour elles, elles qui n'avaient fait que suivre leur maitresse.

Quelque part, le geste de la reine ne l'étonnait pas.
Elle avait une trop grande volonté, une trop grande fierté pour le destin qu'Octave lui avait préparé.


Une sortie digne d'une grande reine d'Egypte....avec un serpent. Un aspic amené dans un panier de figue, disaient les gardes, craignant pour eux après cette erreur.
Puis il la vie, Iset était effondré contre le lit de la souveraine, mais venait de se retourner face à eux, des traces de larmes sur le visage. Aelius eut un pincement au cœur.
Était-ce de la peur qu'il lisait dans le regard de la jeune femme?
Elle toujours si forte, qui lui lançait des vases à la figure ou qui lâchait ses animaux sacrés sur lui pour le faire partir? Elle était à cette instant si vulnérable.

«Salut à toi, Octave vainqueur de Marc Antoine et de Cléopâtre, salut à toi….»

Il la fixait, ignorant à cet instant l'homme à ses côtés. Il la regardait et fit un pas dans sa direction, sans la quitter des yeux. Il lisait tant de sentiments dans ces prunelles sombres: elle avait peur de lui et elle le détestait certainement. Pourtant elle ne l'insulta pas, ne lui cria pas dessus. Rien. Elle le regardait, tout simplement. Elle prononça cependant quelques mots de plus, d'une voix tremblante.

«Morituri Te Salutant….»

Mourir?Elle n'allait certainement pas mourir
L'Égypte allait devenir une province romaine, mais n'allait pas disparaître, elle ne deviendrait pas son esclave. Quelle idée...la tuer, elle? Que deviendrait son peuple si tel était le cas? Non aucun mal n'allait lui être fait. Rattachée à l'empire, telle serait sa destinée.

Mais, par Jupiter, qu'elle cesse de le regarder comme s'il était Charon, le passeur des Enfers.

Il ouvrit la bouche, il ne parlerait pas trop devant son consul, serait digne et honorable. Il ne se doutait pas que son visage quasi inexpressif, dur, le rendait probablement effrayant à cet instant. Sans doute pour ne pas montrer sa propre tristesse, ou même sa pitié. Il voulait la respecter autant qu'il le pouvait dans cette situation. Elle avait assez souffert comme ça.

«Ave Iset

Un temps de silence, il choisissait ses mots avec parcimonie. Sa voix grave était forte, celle du grand empire qu'il était. Il allait mêlé l'ironie, la colère et le respect. Il allait montrer sa surprise face à cette évènement, mêlé au respect qu'il avait pour la défunte.

«Voilà qui est beau ma chère Égypte!» fit-il en désignant d'un geste de la main la salle aux allures de tombeau. Il vit la colère et la surprise envahir le regard de la jeune femme face à lui. Il prit alors une grande inspiration et ajouta,d'un ton plus mesuré «...et digne d'une femme issue de tant de rois

Alea jacta est...

Après tout il fallait bien commencer la discussion par une preuve de respect non?
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Iset / Kemet




MessageSujet: Re: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Dim 19 Juin - 20:32

Un haussement d’épaules, une petite moue et des lèvres pincées. Iset n’avait pas grand-chose à faire des mots d’Aelius. En réalité, elle n’avait pas grand-chose à faire de tout, en cet instant. Comme hors du temps, elle évoluait par des gestes lents et gauches. De toute manière, elle n’avait jamais été gracieuse, pas comme Hellas, pas comme d’autres femmes nations. Les qualités d’Iset avaient résidé en d’autres choses que la danse ou la gymnastique. Le lancer de vase par exemple, fut un temps…

La femme secoua la tête comme pour chasser un mauvais rêve, cela ne marcha pas : Rome était toujours devant elle. Alors elle croisa les bras, réfléchissant à ce qu’elle pourrait bien dire, elle qui ne voulait pas parler. Elle regarda son visage austère aux traits de patricien, oui elle le regarda intensément comme pour chercher le moindre petit détail capable de le lui faire aimer. Kemet était seule, seule perdue dans sa tristesse et son deuil, seule dans sa chute, elle qui fut une des civilisations les plus glorieuses de ce Monde encore jeune.

Est-ce ainsi que tout finit ? Je vais rentrer avec toi à Rome, être une région à ta solde et me sentir mourir comme cela, à tout petit feu jusqu’à disparaître complètement ? J’aurai espéré quelque chose de plus glorieux…

Un rire amer, un regard qui ne savait pas s’il devait être triste ou autre : Iset était perdue. Bien sûr qu’elle aurait pu bondir sur Rome, bien sûr qu’elle aurait pu essayer d’arracher les yeux d’Aelius avec les ongles mais…
Mais non, parce que cet Empire, malgré tout elle l’aimait. Pas un amour d’humains, ils étaient au dessus de cela, mais une affection profonde qui se teignait de haine parfois, selon les règnes et les guerres. Aujourd’hui, qu’en était-il ?

Bah, après tout j’ai toujours été trop orgueilleuse, on a que la fin que l’on mérite n’est-ce pas ?

La colère, elle n’y arrivait pas. Trop de choses à ressentir, trop de détresse peut-être ? L’impression que jamais plus on ne sera apte à comprendre quelque chose… L’Egyptienne se força à sourire, bien plus statue que femme en cet instant.
Elle ne regardait pas Octave, ne le voulait pas. Ce jeune homme n’avait fait que son devoir de Romain, il s’en était tiré avec brio, émergeant de l’ombre d’un grand oncle pour s’inscrire lui-même comme un stratège militaire impressionnant et cela était tout à son honneur… mais à cause de lui Cléopâtre était morte. A cause de lui et à cause de tant de choses aussi…

Ne comptes pas sur moi pour m’agenouiller, de toute manière tu es déjà plus grand que moi, pas la peine d’en rajouter. Juste… juste ne me considère pas comme Cléopâtre… Si je suis peut être une idiote, je ne suis pas une traînée. Pense d’elle ce que tu veux, ne pense de moi que la vérité. C’est tout…

Les dernières volontés d’un royaume, on peut au moins respecter cela non ? Allez, on fait un effort, on essaye de ne pas trembler sinon c’est encore la crise de larmes assurées. Elle avait déjà assez les yeux rouges comme cela, pas la peine d’en rajouter…

Ah, ça y est, ses mains ne tremblaient plus. Ses jambes non plus d’ailleurs, une bonne chose… l’ombre de la mort était toujours là mais Iset parvenait désormais à voir bien plus clair. Un pays ne porte pas le deuil comme un humain, un pays n’est et ne sera jamais un humain.

Kemet s’avança vers le vainqueur, vers Aelius, elle leva la main et la posa sur la joue piquetée de barbe du Romain. Et puis vint la claque, juste une. Parce qu’il devait en être ainsi et puis c’est tout sinon le monde ne serait plus monde.
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Aelius Romulus/ Rome

Séducteur de la Méditerranée



MessageSujet: Re: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Dim 26 Juin - 11:08


Il penserait qu'elle frapperait plus fort. Mais il s'y attendait. C'était à prévoir, il en était tellement certain que ça finirait comme cela. Il comprenait sa colère, sa haine, sa rancune. Quelle nation apprécierait d'être prisonnière d'un Empire, trainée dans la capitale de ce dernier? Personne. Chacune de ses conquête féminine l'avait couvert d'injures, de coups ou de vengeances sournoises. Mais rien ne pouvait être pire que Gaule, rien vraiment. La claque de l'égyptienne n'était rien comparé aux coups de la gauloise. Iset ne l'avait pas réellement frappé pou lui faire mal mais plus pour le principe, parce qu'elle ne pouvait rien faire d'autre que ça.

Elle croyait quoi? Qu'elle allait disparaître?
Qu'il allait la laisser disparaître?

Elle était importante pour lui, et ce depuis qu'il la connaissait. Ca ne lui faisait pas peur les vases ou canopes qu'elle lui lançait à la figure ou derrière la tête, et les gâteaux à l'arsenic qu'elle lui servait au début de leur relation pas plus. Ce qui les liait s'était construit sur des années. Depuis bien avant la reine d'Egypte étendue devant eux, désormais sans vie. N'avaient-ils pas eu un enfant, Hassan? Jamais il ne ferait quoique ce soit contre eux, comme ça, sans se soucier de leur santé.

C'était pour leur bien, ils comprendraient un jour.

Du coin de l'œil, il vit Octave partir, sans doute le jeune vainqueur se sentait-il de trop ici, avec ces deux nations. Et sans doute trouvait-il le trésor des Ptolémée plus intéressant maintenant que l'Égypte était propriété de l'Empire. Ou peut-être désirait-il voir le tombeau d'Alexandre? Qui pouvait le dire? Quoiqu'il en soit, son départ soulagea Aelius, il n'aurait plus besoin d'être aussi formel maintenant qu'ils étaient seuls.

«Ne sois pas ridicule, tu ne vas pas disparaître!»

Comment des terres aussi magnifiques pourraient cesser d'exister? Comment Alexandrie pourrait disparaître? Tant qu'ils seraient là, Iset serait là. Passer de protectorat à province romain ne faisait pas disparaître les nations vaincues: Hispanie, Gaule, Grèce....aucune n'avait disparue. Pourquoi serait-ce différent avec Iset? A moins qu'elle ne fasse référence à Carthage? Quand bien même, la situation n'avait rien à voir. Octave n'avait fait que se défendre face à ce qu'il considérait comme une menace pour l'empire romain. Cléopâtre était trop ambitieuse, et Antoine avait accumulé les erreurs et les maladresses.

«Et notre fils non plus...nous allons aller tout les trois à Rome pendant un temps mais un jour, ne t'en fais pas, tu reviendras ici. Quand la situation se sera stabilisée. Ce...n'est pas si terrible tu sais? Et vous ne serez pas les seuls dans cette situation. Mon imperator a voulu que tout les provinces romaines soient rassemblées au centre de l'empire pendant quelques temps.»

Car pour le moment, la nouvelle province était encore trop agitée, comme beaucoup de territoires étaient encore quelque peu secoués par les trop nombreuses guerres civiles ayant eu lieu en peu de temps. Bien sûr il comprenait la colère de son nouveau territoire.
Combien de fois lui-même, à l'époque où il était faible, mal organisé, et en difficulté, avait détesté ceux qui le menaçait?C'était pour cela qu'il était devenu si fort, sans doute bien trop vite mais comment aurait-il pu faire autrement?
Revenant à la situation, il fixa la belle égyptienne dans les yeux et reprit, d'une voix plus douce.

«Je ne sais pas si cela te tranquillisera....mais...les enfants de Cléopâtre seront épargnés et ramenés à Rome eux aussi. Ils recevront une éducation digne de leur rangs. Ainsi l'a décidé Octave

Qu'elle soit en paix, il n'y aura pas plus de sang royal versé.

Se dirigeant vers le fenêtre à pas lents, il regarda les légionnaires qui chargeaient des monceaux d'or dans les galères. Le fabuleux trésor d'Egypte allait remplir désormais celui des romains sur le Capitole. Les caisses vidées par le guerre civile allaient à nouveau être remplies. L'empire sentait forces et richesses revenir, il se sentait presque invisible alors que jusqu'il y a quelques jours, il se sentait complétement vidé et épuisé.

Qu'elle le traite de voleur, qu'elle le haïsse...il y était préparé. C'était sans doute les aléas d'un Empire d'être détesté par certaines de ces provinces. Tout le monde le faisait, c'était vrai. Mais quand ça arrivait à soi-même, on ne pouvait qu'en vouloir au responsable. Il espéra juste qu'elle lui pardonnerait avant deux siècles.

Prenant une grande inspiration il se retourna vers elle, il aurait aimé demandé à sortir de ce tombeau, la vue de la morte le mettant au comble du malaise mais il se doutait que l'autre nation le savait ne bougerait donc pas. Il fixa donc son regard sur elle, tentant de ne pas voir la reine sans vie juste derrière la désormais province d'Egypte.

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Iset / Kemet




MessageSujet: Re: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Mer 6 Juil - 16:56

Iset regarda Rome avec en ses yeux un secret qu’elle ne voulait pas partager. Elle taisait beaucoup de choses, l’Egyptienne, beaucoup trop pour son propre bien mais il en avait toujours été ainsi. Kemet était sphinx, un triste sphinx sans secret, sans énigme…La femme détourna la tête, regardant les peintures sur les murs. Quelles étaient chaudes, les couleurs, alors que déjà la gloire prenait la teinte du passé ! Elle ne soupira pas, à présent au-delà de cela. Ce à quoi pensait Aelius ? Elle ne le savait pas et au fond, s’en fichait bien. Cela avait toujours été comme un accord de connivence entre eux : des pensées qui leurs étaient propres et que jamais ils ne partageaient. Comme les rêves… A chacun son jardin secret, n’est-ce pas ?

Ridicule, moi ? Pas aujourd’hui, pas maintenant… La République disparaît, alors pourquoi pas moi ? Si les Dieux ne sont pas immortels, alors que dire des Royaumes ?

Rome parla d’Hassan, elle croisa les bras sur sa poitrine et les serra un peu plus contre elle, comme pour essayer de s’étreindre elle-même lorsque nul autre ne le faisait. Le fait de penser à son petit garçon la renvoyait à un gouffre énorme de solitude, elle frissonna.
Et puis soudain il y eut un dernier souffle de fierté. Iset se retourna, faisant face à l’homme, au conquérant. Elle cambra son corps en avant, comme pour une attaque illusoire. Elle était Kemet, elle était la Déesse lointaine, elle était l’Uraeus en furie car du venin sortait de ses yeux, car du venin sortait de ses mots.

A Rome ? Ben voyons ! Et comment m’appellera-t-on là bas, peux-tu me le dire, mon amant ? Ta courtisane, ta pute ? Ah non ta souillon peut-être, celle qui ne servira plus qu’à ouvrir les cuisses tout comme l’Egypte aura juste à ouvrir ses greniers à blé.

Elle ne voulait pas être comme Gaule, elle ne voulait pas être comme Hellas, de toute manière elle ne possédait rien en commun avec elles. Pauvre chose pitoyable, pas même humaine, pas même belle, Iset n’était que Kemet, Kemet la noiraude sans charme, sans poitrine et ne possédait rien d’autre qu’une langue de vipère. Aspic sans poison, son corps se détendit soudain, elle cessa d’être agressive dans ses gestes, elle recula. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y comprendre, Rome, hein ?

Tu peux prendre Hassan avec toi, évidemment… Ici, en ces temps d’aujourd’hui, plus rien ne l’attend. Je sais que tu le traiteras bien, car c’est ton fils, et à Rome il recevra toute l’éducation lui permettant de devenir grand et puissant pour un jour prendre ta place sur une partie de ton Empire. C’est un bon garçon, tu sais ? Il est intelligent et moi, avec mes yeux de mère, je le trouve beau comme un petit Dieu. Oui, beau comme du l’être Horus aux premiers jours de sa vie

Un sourire et puis une voix qui se brise. Aelius en avait-il seulement quelque chose à faire, de tout ce qu’elle disait. La femme haussa les épaules lorsqu’il parla des enfants de César et Cléopâtre, libre à Octave de faire ce qu’il veut. Elle-même avait déjà fait tuer des bébés, des petits princes et des innocents et bien trop souvent la plume de Maât avait fuit l’ombre de ses pas pour ne point guider sa route.

Iset s’avança jusqu’à la fenêtre à son tour, épaule contre épaule avec l’homme. Elle regarda au dehors et ne vit là qu’un champ de ruine. Songeuse, Kemet posa ses coudes sur le rebord et appuya son visage sur la paume de ses mains.

Est-ce que j’étais belle, avant ? Peut-être que j’ai toujours été une ruine après tout, une vieille pierre se coulant ambre ou cornaline mais n’étant que de la roche fondue et couverte de mousse …

Est-ce qu’elle haïssait Rome ? Non, Iset ne pensait pas. Les Romains, oui, Aelius non…Elle pouvait le dédaigner, le snober ou n’importe quoi d’autre mais pas le haïr, et puis il restait le père de son enfant malgré tout, n’est-ce pas ?

Allons dehors, je n’ai pas besoin de murs pour être en cage…
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Aelius Romulus/ Rome

Séducteur de la Méditerranée



MessageSujet: Re: Dies Irae [-30 av JC] - Rome   Ven 12 Aoû - 17:50

Les mots de la province étaient comme de cruels coups de poignard. Aelius savait au fond de lui que c'était la colère qui parlait, et qu'elle avait le droit de le haïr profondément et réellement. Tout comme lui avait viscéralement détesté Hibernia quand celui-ci avait prit Rome il y a de cela si longtemps. Elle lui crachait sa haine au visage pour le moment, il le savait, cela passerait peut-être un jour. C'était les durs aléas d'une nation d'être détestée par certains de ses pairs sans doute.

«Arrête, je ne t'ai jamais vu comme ça et cela ne sera jamais le cas

Il se répétait, il le savait, mais ne pouvait dire que ça.

Croyait-elle vraiment se résumer à si peu pour lui?
Cela lui faisait de la peine si tel était le cas, vraiment.


Même si pour les greniers à blé, elle n'avait que trop raison car pour beaucoup de romains, L'Égypte se résumerait à ça désormais mais pas pour lui, jamais pour lui. Il respectait toujours ses adversaires et ne prenait jamais plaisir à les humilier. Carthage avait sans doute était la seule exception à cette règle.

Puis elle parla d'Hassan et Aelius revit cet enfant qu'il n'avait pas visité depuis la mort de César. Il revit ses yeux pétillants, la joie qu'il manifestait quand il le voyait. Leur fils. A Rome, il recevrait l'éducation des riches patriciens et il en ferait une grande province, capable un jour de défendre ses propres terres, comme son père. Il serait à l'abri des intrigues et des guerres, il serait avec ses frères, provinces d'autres endroits de son empire déjà immense. Il ne put retenir un sourire amusé et attendri quand elle parla de sa fierté pour leur enfant.

Pensait-elle que ce n'était pas partagé? Il aimait tous ses enfants, était fier d'eux et partageait équitablement tout entre eux.

Elle vint à ses cotés, tout prêt de lui et regarda Alexandrie, dehors. La ville n'était certes pas détruites mais de là où ils étaient, ils ne voyaient que trop bien les légionnaires qui entassaient le fabuleux trésor des Ptolemées dans les galères. Or, bijoux, statues....un trésor incroyable qui allait emplir les caisses de sa propre ville. Soudain elle parla, doucement et il tourna le regard vers elle.

"Est-ce que j’étais belle, avant ? Peut-être que j’ai toujours été une ruine après tout, une vieille pierre se coulant ambre ou cornaline mais n’étant que de la roche fondue et couverte de mousse … "

A ses yeux, elle n'avait pas changé. Son visage était marqué par l'épuisement, par la perte d'indépendance et de liberté, par la guerre et la prise de ses richesses. Mais à ses yeux, elle restait la même Iset que celle qu'il avait rencontré il y a des décennies, quand il avait accompagné César en Egypte, lors de la guerre civil contre Pompée.

«Tu es toujours toi-même...La femme forte, ne se laissant pas marcher sur les pieds, celle qui pouvait discuter des heures sur n'importe quel sujet» Il eut un sourire taquin «Celle qui me lançait des vases (magnifiques) à la figure ou qui a une ou deux fois tenté de me donner des plats empoisonné à l'Arsenic quand je la vexais

Il n'était pas homme à se laissé séduire uniquement par la beauté d'une femme dès le premier regard (contrairement à quelqu'un dont il ne citerait pas le nom), même s'il avait cru être frappé en plein cœur en la voyant pour la première fois. C'était sa vivacité d'esprit qui l'avait charmé, amusé. Leurs longues discussions devenant parfois enflammées lorsque leurs opinions divergeaient. Ses piques aussi cinglantes et venimeuses que celles d'un serpent. C'était cela qui lui plaisait chez elle.

«C'est notre destin de nations...»

Cruel destin que de dépendre des hommes et de leurs décisions. D'être l'envahisseur ou l'envahi, le maître ou la province. Lui depuis sa ''naissance'' avait connus tant de fois où il avait cru disparaître mais il était toujours là, fort et désormais le maître de la méditerranéen. Jusqu'où pouvait il aller? Il ne savait pas mais savait que l'ambition de ses chefs détiendrait sur lui et le pousserait à être aussi fier et arrogant qu'eux. A penser qu'il ne serait jamais vaincu...il secoua la tête, essayant de ne pas laisser la victoire lui monter à la tête.

Iset le tira de ses déprimantes pensées pour le faire sortir, et il la suivit. Lui aussi avait l'impression d'étouffer dans cette pièce tenant désormais plus du mausolée que d'un appartement royal. Il faisait une chaleur écrasante à l'extérieur mais il la suivit dans les jardins du palais, à un endroit dépourvu de soldat de sa ville. Mais Aelius savait qu'ils les retrouveraient vite s'ils le voulaient. Au moins, iset ne voyait pas ici les habitants d'Alexandrie se calfeutrer chez eux, terrifié par les romains, même si Octave avait promis la clémence. Mais qu'importe, elle sentait sans nul doute leur angoisse, leur crainte face à l'avenir et leur haine...elle était leur nation après tout.

Il regarda une fontaine, l'eau qui jaillissait de la statue et inspira lentement, comme pour calmer quelque chose qui lui serrait l'estomac.

«Je ne suis pas pressé de rentrer à vrai dire....je sens que beaucoup de choses vont changer chez moi! Pour être honnête avec toi, je ne sais pas ce que me réserve mon avenir à Rome, je sens de grands changements

Il ne savait pas si elle le regardait ou l'écouter mais avait besoin d'avouer ses angoisses.

«Je sens que ma république a à jamais disparu elle aussi...»

Naïfs Cassius et Brutus qui avaient cru pouvoir la faire revenir, c'était sans doute déjà trop tard à l'assassinat même de César.

«Et je ne pense pas que j'aurais à nouveau une tyrannie...ce sera sans doute quelque chose de nouveau, en tout cas pour moi.»

Il eut un rire désabusé, pâle manifestation de son incertitude face à l'avenir. Malgré cette sensation de puissance qui montait en lui, les richesses qui étaient désormais siennes. Le silence a ses côtés lui prouvait qu'elle l'écoutait sans rien dire.

«Je ne pense pas qu'Octavius va abandonner le pouvoir....c'est un petit malin...il sais amener les gens où il veut. Il a l'air faible comme ça mais il ne faut pas se fier aux apparences!»

Depuis le début, c'était le petit jeune dont il aurait fallut se méfier, pensa-t-il avec un rien d'amusement et de fierté envers son patricien.

C'était celui qui, au début, avait l'air le plus faible qui s'était rêvélé être le plus dangereux au final.
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Dies Irae [-30 av JC] - Rome

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