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 [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]

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Feliciano Vargas/Italie N

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MessageSujet: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Sam 18 Déc - 22:32



Parlami di Firenze
Parlez-moi de Florence
E della Rinascenza
Et de la Renaissance
Novità di Bramante
Parlez-moi de Bramante
E di Stilnovo e Dante
Et de l'Enfer de Dante



2002, arènes de Vérone. Après le succès de la comédie musicale « Notre Dame de Paris » quatre auparavant en France, l'italien s'était décidé à acheter les droits à Francis pour traduire ce spectacle en italien. Oui, pour une fois, il n'avait pas cherché à lui faire de la concurrence en faisant un spectacle du même genre. Voyant ce spectacle aux chansons si troublantes, il était venu applaudir le français avec son habituelle émotion débordante, pleurant comme une fontaine.
Mais à présent, il devait obtenir le même effet dans sa langue. Les textes avaient été écrit, les chanteurs avaient été choisis, mais le niveau d'émotion que voulait atteindre le vénitien n'était pas encore arrivé au summum des possibilités de ses chanteurs italiens. Aussi avait-il demandé à la nation autrichienne de venir l'aider. Si les Italiens étaient de bons acteurs, les Autrichiens excellaient dans la musique. Une coopération de ces deux nations pour une comédie musicale ne pouvait que donner quelque chose de merveilleux n'est-ce pas ?


"Non, non ! Pas comme ça, ve."


En attendant, le chanteur jouant le rôle de Gringoire n'arrivait ni à être dans le rythme, ni dans le ton approprié. Feliciano en aurait pleuré pour avoir ainsi maltraité ses oreilles. Montant sur la scène, il demanda à l'acteur de regarder et d'écouter pendant qu'il prenait sa place. Certes, la voix du vénitien était trop aiguë pour faire ce personnage, elle était plutôt adaptée pour jouer des adolescents. Mais lorsqu'il se forçait à avoir une voix plus grave, celle-ci ressemblait étrangement à celle de Lovino.


"… trois, quatre."


Si racconta a Firenze
À Florence on raconte
Che la terra è rotonda
Que la Terre serait ronde
E che c'è un continente…
alla fine del mondo…
Et qu'il y aurait un autre…
continent dans ce monde…



Finalement, il réussit à chanter le couplet sans problème, bien qu’il manquait lui aussi d’entraînement. Depuis combien de temps n’avait-il pas chanté ainsi? Depuis qu'il ne faisait plus résonner sa voix dans une église en latin ? Penser à cela le rendit durant quelques instants bien nostalgique…
Le chanteur retenta donc de chanter sa partie, mais refit exactement les mêmes erreurs. Ne s’écoutait-il donc pas chanter ?! Feliciano se colla une de ses mains sur le visage en soupirant, à ce rythme-là, le spectacle risquait de ne jamais être prêt pour la première représentation.


"Signor Roderich… Venez vite m’aider, veee…"

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Dernière édition par Feliciano Vargas/Italie N le Mer 15 Juin - 21:36, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Jeu 23 Déc - 16:50

Si Roderich aimait bien une chose en dehors de l’Apfel Strudel avec de la crème, c’était qu’on se rende compte que sa présence était nécessaire à un projet pour ne pas qu’il capote.
Il était amusant alors de faire l’occupé, de rétorquer que l’on avait pas le temps et que de hautes affaires nous attendaient. Lesdites affaires étant principalement « Que vais-je donc nous faire ce soir à dîner ? », mais ça les autres n’ont pas besoin de le savoir.
Arrivait un moment où le demandeur craquait et se mettait à genoux. Alors là oui, Roderich acceptait. Et il était content.
Feliciano ayant remplis toutes les conditions de cet…euh « accord », l’Autrichien avait fait ses valises pour l’Italie.
L’Europe semblait s’être prise d’une fièvre de comédie musicale. Tout était prétexte à chanter, même les romans français poussiéreux, cauchemars des élèves de collèges/lycées. Remarque, Victor Hugo n’en était plus à cela près, vu qu’Alfred leur avait fait l’honneur d’un dessin animé Disney sur Notre-Dame de Paris. Tout le monde il est beau (sauf Frollo), tout le monde il est heureux (sauf Frollo), elle est pas belle la vie ? Sauf pour Frollo, oui on connaît la chanson, merci.

L’homme avait pu lire l’adaptation italienne des chansons, Feliciano ayant pensé à les lui envoyer. Dans l’ensemble, les personnages avaient énormément changé par rapport au roman originel, mais Roderich n’étais pas là pour juger. Son domaine à lui serait le chant et la musique, c’était bien assez. Surtout que d’après ce qu’il pouvait entendre depuis les entrées des arènes…et bien ce n’était pas gagné.
Oh, d’après ce qu’on pouvait voir de lui dans le roman, l’Autrichien ne doutait pas que Pierre Gringoire ait une voix de chèvre pleurnicheuse. A vrai dire, cela expliquerait même certains penchants douteux que le poète éprouve pour Djali, personnage ô combien cabri de son état. Que voulez-vous, un français reste un français : même dans les lus grand chef d’œuvres littéraires de ce pays, on retrouve des allusions à la zoophilie.

Le Gringoire du roman n’avait cependant rien à voir avec celui de la comédie : de l’écrivaillon pitoyable, égocentrique et vicelard, on était passé à un bel homme intelligent, ténébreux, engagé et surtout, d’après certains fans, gay. En fait seul son nom ne changeait pas, il faut dire que Pierre Gringoire a plus de classe que Jean Robert ou autre nom typiquement français
Hors là, l’interprète italien semblait bien plus tenir du roman que de la comédie. Traduction : il manquait autant de classe que de justesse.

Je suis là, ne bougez plus je m’occupe de tout. Ah… Feliciano, soyez un gentil garçon et lâchez cette corde. Les pendaisons sont passées de mode.

Avec classe, élégance et dédain (mais surtout classe et élégance), Roderich donna son manteau à une assistante qui passait par là. Ca lui fera mériter son salaire, tiens !
La situation était clair : les chanteurs oubliaient une partie pourtant essentielle de leur métier. En effet, comment chanter en oubliant de bien articuler les mots ? Non, ces jeunes godelureaux préféraient y mettre une émotion factice qui en plus de sonner faux, empêchait également la compréhension du texte.
La chanson est comme le théâtre sur certains points : l’articulation et la puissance sont à privilégier par rapport au reste.

Bien…bien, bien, bien… C’est très bien, c’est même excellent mais…on va faire autrement. Il y a un piano par ici ?

L’homme monta sur la scène et regarda l’environnement tout autour de lui.

A un karaoké, je vous aurais mis la note maximale, à une kermesse aussi. Vous êtes géniaux ! Enfin…pour les animations de goûter d’anniversaire. On va essayer d’arranger tout cela, messieurs, au boulot ! Chauffez-moi mieux vos voix, et vous… Oui, vous qui faites Gringoire… vous êtes un castrat ? Non, ah.. alors évitez de monter dans les aigus, chez la Callas, c’est superbe, chez vous cela rappelle le son d’un chat en chaleur
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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Dim 2 Jan - 23:58

Alléluia, alléluia, alléluia...

Il aurait pu arriver avec un halo de lumière et une musique divine ; le dieu de la musique était enfin arrivé sur ses planches avec cette classe qu'il dégageait en tout temps et dans toutes les situations. Feliciano ne faisait pas dans la demi-mesure. Il ne lui avait pas demandé de venir, mais lui avait bien supplié de lui prêter son aide tout en pleurant toutes les larmes de son corps. Chose que peu de personnes arrivaient à faire finalement, par fierté ou tout simplement incapable physiquement. Mais l'italien savait aussi s'y prendre avec l'autrichien, tant que son égo était flatté, il pouvait obtenir pratiquement tout ce qu'il voulait. En tout cas, dans le domaine concerné.

Le chant, la musique était intemporelle. La seule différence était la façon dont elle était jouée, influençant la mode du style musical. Le XXe siècle s'était ouvert sur une furieuse envie de revenir à l'opéra mais d'une façon plus moderne. La comédie musicale était née et toujours d'actualité au début de ce XXIe siècle. Pour une nation, ce n'était pas grand-chose. Plus loin encore que les opéras mixtes, les chants doublés de spectacles offraient une grande vie à ceux que l'on appelait « castrats ».

Dans le cas de « Notre-Dame de Paris », le jeune Vargas n'avait rien voulu changer à la version de l'histoire de Francis, ni aux mélodies. Trouvant son travail, bien que différent de l'histoire originale, très bien fait ; il s'était donc contenté de faire uniquement la traduction en italien, avec quelques modifications de phrases pour parvenir à quelques rimes. Les chanteurs italiens étaient plutôt bons, voir très bon lorsqu'ils chantaient en solo. Mais il suffisait de faire un duo, ou juste qu'un acteur muet soit à ses côtés pour que celui-ci perde le contrôle de sa voix. Un fait étrange qui était peut-être dû à une mauvaise méthode d’éducation des professeurs de chants. Peut-être étaient-ils restés sur le modèle des castrats, souvent seul car trop rare, considéré comme un élu et traité comme un prince, comme une star d’aujourd’hui.


"Oh Signor Roderich, je vous attendais avec tellement d’impatience!"


Le vénitien hésita à lui sauter dans les bras. Ce n’était évidemment pas l’envie qui l’en empêchait, mais en tant que non-latin et surtout en tant que Roderich, l’autrichien n’était pas du genre à accepter cette familiarité si facilement. L’envie de se pendre n’avait jamais été aussi proche avant sa divine arrivée, mais le maître avait le pouvoir des miracles musicaux, transformant les débutants en grands prodiges. Enfin, le jeune Vargas idéalisait un peu son père de cœur, il ne fallait pas lui en vouloir.

Les intermittents du spectacle se regardèrent, interloqués. Feliciano avait prit soin de ne rien leur divulguer sur l’arrivée de l’autrichien. S’il avait eu la bêtise de le faire, pour sûr qu’un grand nombre d’entre eux auraient pris la fuite pour ne pas subir les pratiques quasi militaire et les coups de férule du pianiste.
D’ailleurs, le musicien demanda son instrument favori. Disparu en l’espace d’une demi-seconde, l’italien du nord fit rouler un magnifique piano à queue depuis les coulisses. Tout pour son papa, surtout pour ses doigts de fée.



"J'ai demandé à ce que l'on en mette un de côté. Je savais que vous alliez l'utiliser, ve. Je suis vraiment désolé, les artistes ne sont plus pris dès l'enfance ou éduqués d'une façon stricte, comme à une époque pourtant pas si lointaine. Il y a... un certain laissé-aller depuis quelques années."


Et c'est lui qui disait ça, lui, le roi de la désinvolture! Oui, Feliciano était plutôt mal placé pour parler, mais il avait tout de même bien plus travaillé que n'importe quel mortel. Surtout chez Roderich, le vénitien avait subi la discipline de fer du descendant germanique, suivi par l'allemand qui l'obligeait à s'entrainer durant la seconde guerre mondiale. Bien sûr il avait fuit de nombreuses fois les ordres des deux hommes, mais il n'avait pas toujours pu le faire.


"Vous ne devriez pas utiliser les castrats comme comparaison, ils méritent mieux que ça vous ne pensez pas ?"


Loin de lui l'idée de descendre son acteur, mais les castrats méritaient un grand respect à ses yeux. D'ailleurs, le dernier castrat connu, Alessandro Moreschi, était italien. En échange de la gloire et de la richesse ; ces hommes avaient sacrifié une partie de leur virilité, condamné à ne jamais avoir d'enfant. C'était un choix très dur, l'être humain avait toujours été très attaché à son pouvoir de procréation.


"Hela... Vous allez réussir à faire l'air au piano sans solfège ?"


Feliciano avait repris son attention sur le piano de Roderich. Il n'avait pas prévu de partition de cette comédie musicale. L'orchestre avait tout emporté, et si l'Autrichien l'exigeait, l'italien serait alors obligé de faire des pieds et des mains pour les récupérer. Mais il ferait si cela était nécessaire, en pleurant peut-être, mais il le ferait.

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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Mar 25 Jan - 18:27

Feliciano apporta l’instrument tant demandé. Roderich se permit un sourire et approcha, ses mains effleurèrent rapidement la fraîcheur du piano. Ils allaient être bons amis tous les deux, n’est-ce pas ? L’homme prit place sur le tabouret et se permit quelques étirements sur ses doigts Il ne répondit pas tout de suite aux questions de son cadet, il faut un temps pour tout vous savez ?
Une première série de gammes… C’est bien, le piano était accordé. L’homme se détendit alors et regarda l’Italien.

Les castrats possédaient une perfection qui leur était propre dans le domaine du chant. Aujourd’hui on ne peut qu’approcher seulement la force de ce qu’ils avaient été. L’art de l’opéra se perd au fil du temps, c’est bien dommage. Quant à cette tendance au laisser-aller, je me demande si ce n’est pas parce que nous ne trouvons rien d’intéressant à raconter dans nos chants…

Un léger accord de piano, il est vrai qu’aujourd’hui la lecture et le cinéma commençaient à supplanter tous les autres loisirs, même le théâtre connaissait des heures sombres. Ô combien ironique était alors la citation de Victor Hugo dans ce meme livre, Notre Dame de Paris : « Ceci tuera cela ».

E questo uccide quello

Son italien n’avait jamais été très reluisant et l’accent teuton se faisait sentir, mais il lui en restait encore des bases. Roderich regarda Feliciano tandis que celui-ci, gêné, évoquait le problème du solfège. Ne jamais partir à la guerre sans munition, l’homme eut un de ses demi sourires énigmatiques et fouilla un instant dans le sac qu’il avait apporté. Il en tira plusieurs feuilles légèrement froissées. Oui le voyage avait été éprouvant.

Francis a eu la gentillesse de me les envoyer…

Une gentillesse fortement poussée par le chantage qu’il avait demandé à Elizaveta d’effectuer : les partitions ou bien les photos plus que compromettantes capable de briser toute l’aura mythique d’un séducteur français. Il était parfois utile d’avoir une ex-femme paparazzi.

Alors, Firenze, Firenze… ah la voilà !

Le morceau n’avait rien de difficile, les notes aidaient surtout à porter les mots des chanteurs. En espérant que ceux-ci décident enfin de montrer ce qu’ils avaient dans le ventre….Feliciano semblait déjà au bord du suicide, et pour mettre l’italien dans cet état il fallait y aller.
Les humains le regardaient les yeux ronds, comme s’ils attendaient des explications. Explications que Roderich ne leur donnerait pas, ils étaient ici pour travailler et non papoter comme des bonnes femmes

On se remet au travail ?

Aussitôt la mélodie pleine et entière naquit de l’instrument. Roderich jouait fort et en avait plus que conscience, il voulait pousser les chanteurs à hausser la voix le plus possible, à crier ce qu’ils avaient à dire sous peine de ne pas être entendu, à vouloir raconter, tout raconter avec leurs tripes.
Et puis crier aide à bien prononcer, qu’ils se désinhibent donc ces petits là, on avait besoin de leur talent !

Ces hommes avaient à parler de la Renaissance, d’un monde qui s’éteint, d’un autre qui éclôt, ils avaient à raconter des vérités absolues alors qu’ils le fassent sans honte ni regrets. Qu’ils parlent de Florence, oui qu’ils parlent de l’Italie aux multiples cités querelleuses, qu’ils parlent de ce petit pays mécène et riche qui attira son intention. Cette terre dont, sans pitié, il s’était emparé, cette terre qui n’avait pas pu résister avec tous ses princes désunis…
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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Mer 9 Fév - 18:24

Voyant son père de cœur prendre place au piano, l’italien eut une soudaine petite pensée pour Elizaveta. Il n’en était pas sûr, mais il lui avait toujours semblé qu’elle n’aimait pas vraiment cet instrument, comme si elle ressentait une sorte de jalousie... Non, voyons, c’était stupide, Roderich ne pouvait pas avoir quelques sentiments amoureux pour chaque piano qu’il pouvait rencontrer.
Quoique…
Enfin, tant qu’il n’entendait pas frapper sur le piano dans un brouhaha de touches immondes, l’autrichien ne devait pas y faire des choses pour calmer sa libido.
Quoique…
Il n’avait jamais collé l’autrichien vingt-quatre heures sur vingt-quatre, alors peut-être… Non, non et non ! La libido de Roderich était comme Vash habillé en Heidi, une légende. Hn, ça manquait sérieusement de preuve tout ça.

Une première série de gammes le fit sortir de ses pensées avec lesquelles il aurait largement pu se prendre de sacrés coups de férule… Enfin si l’autrichien avait pu lire dans son esprit.
Ainsi donc, si l’italien avait bien saisi ses paroles, l’aristocrate trouvait les textes des opéras modernes insipides. Soit, la plupart utilisait des œuvres déjà existantes, mais pas toutes ! « Starmania » chez Francis était une œuvre complètement original par exemple. Soit, l’histoire et le caractère des personnages ne volaient pas haut et le style de musique était bien plus moderne que les opéras entendus durant les siècles passés. Mais elle eut le mérite d’avoir bien marché.


"Hela… Peut-être manquons-nous de temps… Peut-être que la grande avancée technologique que nous subissons en ce moment profite plus à l’image qu’au texte, ve."


Lorsqu’il s’agissait d’arts en tout genre ou de commerce ; Feliciano connaissait bien les affaires et les tourments actuels. On ne le répétera jamais assez, mais ce garçon n’était pas stupide, juste un peu faiblard, lâche et feignant. Des choses qui aujourd’hui ne vous empêchaient pas de vivre pleinement votre vie sans trop de contrainte. Pas de service militaire obligatoire, plus de guerre depuis un petit moment, et ces nouvelles machines qui finalement travaillaient et se battaient à votre place dans de nombreux domaines. Pourtant l’italien courait toujours après le temps qui lui semblait avoir bien accéléré depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Trop de choses nouvelles, trop de choses à apprendre, à établir, à traiter, à gérer. Le monde changeait à une vitesse folle et les nations se devaient de suivre si elles voulaient rester dans un bon statut économique, ce qui devenait rapidement épuisant.

Quant à l’image, elle recevait finalement bien plus que la musique. Tout était dans l’apparence, l’extérieur, le superficiel. Des nouveaux bâtiments design, aux photos truquées en passant par les femmes siliconées. On trichait avec la nature pour que tout paraissent plus attirant à l’œil. Mais on ne pouvait pas tricher avec la musique, surtout pas sur scène. Elle était une essence invisible que l’on ne pouvait pas saisir, la maitriser demandait forcément un certain talent doublé de patience. Et c’est ce qui manquait surtout aux hommes de nos jours. La patience.

Quelques mots d’italien franchirent les lèvres du pianiste avec un accent autrichien à faire grincer les dents de n’importe quel latin alors qu’il sortit du solfège de son sac, préalablement envoyé par Francis. Heureusement que son père de cœur ne s’était jamais mis au chant, du peu que le vénitien avait entendu des chanteurs de son pays, il se demandait encore aujourd’hui quel était leur secret pour ne pas postillonner sur leur micro.
Bonne partition en main, Feliciano hocha positivement et rapidement de la tête pour qu’enfin ils puissent se remettre au travail. Le temps c’était de l’argent, bien plus de nos jours que par le passé.
Roderich jouait fort, obligeant son chanteur à hausser la voix. Le volume était maintenant acquit, mais le cœur n’y était toujours pas. Le vénitien commença à se ronger les ongles d’une main, des coups de pieds aux fesses se perdaient. Ah, s’il avait eu le caractère de son frère… Son intermittent du spectacle serait déjà en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Essayant de garder son calme, le représentant de la nation italienne s’avança près du jeune homme qui cessa alors de chanter pour l’écouter. Quelques secondes de silence s’écoulèrent… Et Feliciano n’avait pas l’air content. Oh certes il n’était pas dû genre à arracher des têtes, mais son sourire nerveux trahissait bien son humeur.


"Tu viens de découvrir un monde nouveau. Imagine que l’on vient de trouver une nouvelle planète où l’homme pourrait vivre, que l’on a crée des robots capables de sentiments, même que l’on peut donner forme à tes rêves si tu veux. Tu es donc au courant de tout cela depuis peu et un homme qui ne sait rien de ce qu’il se passe te demande ce que tu as vu. Sache que ce que les gens ont pu ressentir à l’arrivée de la Renaissance n’était pas si loin du sentiment que tu aurais pu avoir si tout cela était vrai, ve."


Se retournant enfin avec un beau sourire pour son père de cœur, il lui fit signe de la main pour qu’il puisse reprendre la partition. D’avoir fait la morale à ce jeune homme, d’avoir remonté des souvenirs de cette époque si lointaine, Feliciano se sentit soudainement vieux. Cette nation qui jouait du piano avec toujours cette même émotion qui semblait lui parcourir le corps, il l’avait rencontré à cette époque. Un homme bien effrayant à ses yeux qui avait eu toutes les peines du monde à l’éduquer. Pourquoi l’enfant sauvage qui vivait seul s’était-il retrouvé avec un éducateur tel que lui ? Pourquoi avoir insisté ainsi pour le faire entrer dans la maison des Habsbourg ? Qu’avait-il souhaité de lui ? Et dire qu’il ne se posait ces questions que maintenant.

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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Ven 29 Avr - 11:12

Pour une fois ce n’était pas à Roderich de s’armer de patience, mais à Feliciano. Bizarrement, l’Italien semblait avoir adopté quelques tics faciaux de son père adoptif pour ce qui était de l’énervement qui couve. L’homme constata cela avec surprise et aussi un certain plaisir amusé. Il laissa le petit brun tenter de s’expliquer avec son intermittent et joua vaguement d’une main quelques mesures. Firenze, Firenze…
Il repensa aux routes pavées et aux murs de pierre. Il repensa au ciel d’Italie avec ses oiseaux en furie, il repensa à sa propre jeunesse et ne sentit rien, pas même un battement de cœur.

Aux deux yeux qui se posèrent sur lui, l’Autrichien ne répondit rien. A Feliciano de se rappeler de son enfance, de la férule pour le frapper, des leçons durement apprise et de la dépendance, de la soumission…
De l’affection aussi un petit peu. Des touches de maladresse qui montrent l’amour, pas la haine. L’amour d’un homme jaloux d’une famille, lui qui ne parvenait même pas à faire totalement partie de la sienne. L’amour d’un homme ayant adopté des frères mais aussi des étrangers et les gardant à l’ombre de sa propre grandeur….

Et puis brusquement l’homme décida de parler. Ses mains se détachèrent du piano et d’un mouvement souple, il se tourna vers les deux autres. Dans les yeux sombres, une âme de vieillard, dans le sourire en coin, l’âme d’un démon fatigué et sur le front soucieux, les rides d’une jeunesse envolée. Et des mots, ceux de Jadis, ceux de Naguère, ceux d’Avant…

A Firenze se cachaient toutes les plus belles merveilles du monde : les femmes aux teints bruns et aux yeux noirs, les femmes à la gorge profonde et aux dents de nacres, celles dont les lèvres ont le parfum d’un fruit défendu avec des corps de diablesses et des visages de madonnes. A Firenze il y avait des merveilles d’arts capable de faire pleurer jusqu’aux anges du Seigneur…

Mais que peut y comprendre un humain à l’esprit étriqué ? La Renaissance est un temps révolu et le passé ne sert qu’à une chose : se faire oublier. Il y a des mots, tant de mots… Ceux que l’on écoute, ceux que l’on lit, ceux qui nous échappent, ceux que l’on prononcent, ceux qui se taisent et ceux, oh tous ceux que les autres ne veulent pas comprendre. Roderich avait appris depuis longtemps à ne plus parler devant l’égoïsme des autres…
Pour ne pas se laisser mourir de désespoir, il s’était enfermé dans son égoïsme à lui et avait volé conquêtes, trésors et merveilles sans laisser le moindre bon souvenir.

Orgueil, fureur, mort… Un jour, à une époque, tout cela se déchaînait dans la paume de sa main. Il avait asservi, il avait tué, il avait massacré parce que telles sont les guerres, parce que telles sont les Nations. Et l’Italie en avait souffert, comme d’autres régions également. Pas d’excuse, jamais… Alors qu’il le regarde ce jeune homme d’une autre famille, d’un autre sang, qu’il le regarde donc et que lui, il apprenne à l’artiste comment chanter les merveilles d’un ancien monde. Roderich, lui, ne savait que les détruire.

L’homme retourna à son piano, gardant ses secrets pour son seul cœur fatigué, même en cela Roderich n’était pas partageur. Personne ne le lui avait appris, et est-ce un drame lorsqu’on ne demande rien aux autres ?

Les mots d’amour de Quasimodo, Phoebus et même Frollo… Vous, vous les chante pour Firenze. Cette ville est la beauté, la sauvagerie, l’innocence et la tentation, elle appartient autant à Dieu qu’au Diable et elle séduit, oui elle séduit comme la plus cruelle des femmes

Des mots, toujours des mots et caché derrière chaque son, une amertume profonde et désespérée. Pourquoi parler, hein, pourquoi ? Le chanteur n’allait pas y comprendre grand-chose, de nos jours les personnifications n’étaient pas les plus en vue des figures littéraires. Alors bursquement l’Autrichien se leva, il avait besoin d’air.

Travaillez donc là-dessus et appelez-moi lorsque vous serez prêt

Un léger salut de la tête et des pas qui s’éloignent. Il quitta le Colisée et leva la tête comme pour s’assurer que oui, le ciel était toujours là, qu’il existait encore. Que serait un monde sans ciel ?
Il n’était plus de ce siècle, il n’était plus de ce temps, et pour s’en rendre compte il lui fallait les histoires d’autrefois. Tellement pitoyable… Cela n’empêchait pas Rodrich de sourire, perdu dans on ne sait quel monde, et la solitude ne l’effrayait plus à présent, alors qu’importe qu’on le suive ou non ? Cela faisait tant d’années qu’il portait sa croix, oui il s’en rendait compte… pauvre vieux géant fatigué, immortel ? Non, cela nul ne l’est…
Et quelques mots ne purent s’empêcher de franchir ses lèvres…

Oh parlez-moi de Firenze, de tous ces tableaux que je rêve de contempler, des sculptures de vierges et d’éphèbes, parlez moi des reines et des prostituées, parlez moi de l’enfant seul, que je lui prenne la main, parlez-moi de lui…

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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Ven 13 Mai - 20:15

Son petit sourire, toujours discret, Feliciano l’avait bien remarqué. L’habitude de porter attention à la moindre de ses mimiques, pour deviner son humeur, son état d’âme, n’avait pas disparu avec les siècles de séparation.
Ce père n’était-il pas la personne avec laquelle il s’était le plus disputé dans sa vie finalement ? Lui pourtant si fuyard de la moindre étincelle, il avait combattu autrefois la colère de l’homme aujourd’hui au piano pour lui prêter main forte. Pas de rancune donc, mais peut-être un petit pincement au cœur invisible à l’œil, Roderich excellait pour ne pas montrer ce qu’il ressentait après tout.

Il n’avait pas été un enfant facile, certes pas violent contrairement à son frère, mais sauvage et désobéissant. Pourtant, l’autrichien n’avait pas perdu patience et l’avait bien forcé à apprendre ses leçons de musique, de danse, d’économie, de langue ; le tout accompagné par des coups de férule au moindre faux pas. Toute la panoplie d’un être cultivé aussi bien au XVIe qu’au XVIIIe siècle.
Et il hésita un instant, comme au début de leur cohabitation, à s’installer près de lui au piano.


"Le donne di Firenze*? Hela... A vous entendre on pourrait croire à une expérience personnelle..."


Roderich donnait des termes bien brulants pour parler d’elles, chose un peu surprenante de la part d’une nation aussi distinguée. Mais plus que celles de Florence, celles de Venise, surtout au siècle des lumières, étaient de loin les plus faciles à aimer ne serait-ce que pour une nuit. Les masques, la suppression des différences sociales, avaient donné liberté et un certain instinct animal aux vénitiens et aux étrangers qui y passaient pour profiter un peu de la chair offerte. Venise, le bordel de l’Europe… N’était-il pas étrange pour un frêle adolescent pas vraiment connaisseur en la matière de représenter cet endroit à l’époque ? Il lui aura fallu un séjour chez Francis durant le règne de Napoléon 1er pour comprendre ce qui se passait chez lui.
Il ne retint même pas sa remarque sur ses beautés artistiques au passage, Florence n’était pas la seule ville d’Italie à exhiber des merveilles à faire pleurer n’importe quel amoureux de l’art, il n’y avait rien de surprenant à entendre ce genre de compliment.

Et voilà que soudainement, il partit sans demander son reste. Et apparemment, il n’était pas près de revenir avant que le chanteur se soit décidé à y mettre du sien. Un geste de la main et quelques mots, Feliciano demanda à son comédien de continuer son travail seul alors que celui-ci se mit à courir pour rejoindre son père adoptif.


"Signor Roderich ! Je sais qu’il n’est pas très consciencieux, mais je ne le suis pas non plus, ainsi sont les Italiens."


Pur fuyard de quelconque responsabilité et de violence ; il n'en avait pas moins appris beaucoup de choses par l'enseignement strict de Roderich. C'était surement pour ça qu'il l'avait appelé, sachant bien la faculté qu'il avait à pouvoir faire travailler des larves méditerranéennes comme lui. Et là, c'était l'autrichien qui fuyait. Avait-il donc perdu de sa patience d'autrefois ? La vieillesse se faisait-elle sentir ?
Une grande hésitation prit place. La tête basse, de longues secondes de silence se firent attendre durant lesquelles le vénitien essayait tant bien que mal de combattre ses envies. Peine perdue, comme toujours. Il se saisit de la manche de son ancien protecteur.


"Vous n'allez pas encore vous isoler, n'est-ce pas ? Ou vous me laissez comme je vous ai laissé ? Qu'est-ce que je dois comprendre ?! Vous vous vengez ou votre persévérance n'est plus ce qu'elle était? Ve ?"


Pourquoi cela finissait-il toujours comme ça avec lui ? Toujours devoir comprendre le comportement de cet homme parfois bien plus réservé qu'un certain japonais. Cependant, ce noble autrichien faisait partie d'une grande union, une nouvelle famille, dont il devait trouver le nom et la valeur sans son aide. Mais le savait-il au moins ? Etait-il nécessaire de lui rappeler qu'il n'était pas seul ?
Feliciano reprit finalement son calme.


"Perdono*, je m'emporte... Mais j'aimerai quand même savoir où vous allez pour me laisser en plan comme ça, ve."


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Mar 24 Mai - 20:52

Petite boule de nerfs, Feliciano lui avait attrapé le bras. Et les mots dévalèrent alors de sa bouche avec tous ses questionnements d’enfant. Calme, silencieux, Roderich se contenta de le regarder, peut-être un peu plus triste qu’avant. Il n’avait rien à dire, rien à lui dire à lui…
Vieux, l’Autrichien l’avait toujours été, portant sur ses épaules un poids qui le rongeait, l’empoisonnait. Il avait voulu être le plus grand, le plus brillant, il avait voulu être l’étoile du matin à son firmament, il s’était rêvé soleil éternel dans une solitude divine… Au final il était quoi, un héros sans ailes ? Non, les héros ne sont que pour les hommes …Il était ce qui restait, oui c’est ça, ce qui restait…
L’homme se refusa à sourire et rien, absolument rien ne brilla dans son regard alors même que Feliciano s’excusait. Homme de silence et de non dits, l’Autrichien imposait cette malédiction ses proches : il parlait peu, écoutait peut-être et ne laissait jamais rien deviner. Comment savoir s’il vous en voulait, s’il vous aimait ? Comment comprendre nos fautes et nos qualités ? On ne pouvait pas, tout simplement, et Feliciano devait subir ce poids là…

Tout autour d’eux une foule indistincte, comme monstrueuse, se pressait pour vaquer à des occupations quotidiennes. Certains étaient pressés lorsque d’autres traînaient des pieds, il y avait des enfants, des femmes, quelques hommes aussi, ça se bousculait, ça s’apostrophait, parfois cela pouvait s’insulter. Et ce tapage à la fois triste et joyeux, ce mouvement continu et sans fin, un jour quelqu’un de génial dont on ne savait même pas s’il existait, choisit d’appeler cela la vie.

Roderich était au milieu de la vie, avec Feliciano pour le regarder. Est-ce que le jeune homme était peiné, et dans ce cas de quoi ? L’Autrichien n’avait jamais sut comprendre autrui, malgré tous ses efforts…
Il était à Vérone et pourtant un autre nom lui déchirait les oreilles : Firenze… Oh Firenze, tes palais, tes bordels, tes banquiers… L’ombre des Médicis se battant contre l’ombre des Borgias et, comme émergeant de tout cela, la démence d’un homme et de son bûcher des vanités : Savonarole.

Cela aussi, c’était parler de Florence.

Enfant, est-ce la peine de rester alors que cet homme n’y arrive pas même sans accompagnement musical ? Mon piano ne ferait que le gêner, qu’il s’entraîne et je reviendrai après.

Toujours ce même ton dur pour un homme qui pourtant n’avait rien d’une bête, toujours comme cette absence d’humanité : obéis moi et c’est tout. Et jamais rien ou personne pour le contester, car les seules réponses qu’on daignait lui offrir se résumaient à des coups.

Quant au reste de votre troupe, vous semblez bien la diriger, je n’ai pas à intervenir. Du moins pour le moment..

Ils étaient comme ça ses compliments : sans douceur. Au début on pouvait les prendre pour des insultes, il fallait savoir prendre le temps de les déchiffrer mais ce temps, on ne l’avait pas toujours. Et cela n’était de la faute de personne…

Cœur amer, cœur fatigué, cœur vieux qui ne sait plus rien du soleil, tu souris pourtant… Avec toute la tristesse de ses longues années, Roderich essaya de sourire à Feliciano.
Et c’est ainsi, oui c’est ainsi que tout s’écroule…

Prends ton souffle, fais une pause, le noir n’est as partout, regarde il y a aussi du gris. Et pour vivre, cela suffit ?

Si vous êtes décidé de rester avec moi, emmenez-nous dans un café ? Boire n’est pas l’activité la plus énergique qui soit, mais cela occupe assez lorsqu’il le faut…

Boire, non pas parler. Ils n’avaient rien à se dire et cela faisait tellement de temps que l’Autrichien ne savait plus comment parler aux gens.
Ce, sans que personne ne le remarque….

A moins que vous ne préférez rester à tempêter dans votre coin ? Très bien, mais dans ce cas ce sera seul…

Oh Roderich, ne peux tu donc pas cesser d’être autoritaire ? La réponse est simple : non. Parce que le monde est monde, parce que la poésie n’est qu’un mythe, parce qu’il n’y a que les ordres sans amour et que des vies sans vies.

L’homme se retourna alors et fendit la foule, marchant sans forcément attendre son compagnon. Il n’attendait jamais personne, l’Autrichien, c’était comme ça. Il courait, il avançait, il fuyait peut-être mais hors de question de s’arrêter, peu importe l’époque. Solitude ou compagnie, il ne savait quel serait son lot de l’après midi, et ses yeux refusaient de regarder ce choix en face, préférant la certitude d’un fait amer et accompli. Marcher empêche de voir que l’on nous abandonne, il sentirait l’absence de Feliciano dans son dos et comprendrait alors l’éloignement, sans pour autant que ses pas ne flanchent. S’il voyait l’autre disparaître alors qu’il était arrêté, Roderich ne le supporterait pas.
Le saviez vous ? L’homme tremblait de peur devant la solitude…
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MessageSujet: Re: [Vérone, Italie, 2002] La voix est un second visage [PV Roderich]   Mer 15 Juin - 21:53

Il le voyait partir vite… trop vite. De quoi ? Un semblant de sourire ? Un café ? Il savait bien que Roderich n’était pas du genre à entendre, mais partir dans les ruelles de Vérone sans le représentant de la nation pouvait être un véritable danger pour lui. Son absence de tout sens de l’orientation connue évidemment de tout le monde, Feliciano savait qu’il ne fallait pas le laisser marcher seul.
Il courut alors, aussi vite que ses jambes étaient capables d’avancer bien que sans la peur d’un ennemi voulant vous loger une balle dans le crâne, mais celle de perdre encore une fois un être cher qui s’éloignait beaucoup trop rapidement. Mais pour une fois, il parvint à rattraper celui qui avait comme prit la fuite en se postant face à lui, lui bloquant la route tout en secouant la tête de droite à gauche.


"Je me fiche du café. Mais je dois vous avouer que je ne vous avais pas appelé seulement pour que vous m’apportiez votre aide. Je voulais vous voir… Parce que je m’inquiétais aussi pour vous, ve."


Feliciano se sentait mélancolique rien qu’en regardant les yeux violacés de son père d’un temps. Il ressemblait à un prince charmant n’ayant pas pu lever la lame de son épée pour vaincre ses ennemis et ainsi sauver sa princesse. Un prince immortel mais déchu.
Seul… Une solitude immense. C’était le seul sentiment qu’il pouvait percevoir en lui. Un peu plus et le plus jeune des Vargas aurait imaginé qu’il n’attendait plus que la morsure glacée de la mort pour se libérer du poids qu’il portait sur ses épaules.
Et il n’aimait pas. Il n’aimait vraiment pas ça. Soit, il ne parvenait pas à voir les gens, les nations autour de lui, cet immortel était devenu totalement aveugle. Il ignorait s’il l’aimait ou s’il aimait les autres, mais l’italien, lui, connaissait ses propres sentiments et maintenant qu’il pouvait atteindre ses épaules, il n’allait pas se gêner pour les lui faire comprendre.


"Hela… J’espère que vous me pardonnerez pour ce que je m’apprête à faire."


Et c’est ainsi que le vénitien entreprit d’étreindre l’autrichien, glissant ses bras derrière son cou. Peut-être aurait-il été frappé par la suite, mais peu importe. Lui-même en avait besoin, reprendre ce froid qui l’entourait et lui donner la chaleur ardente qu’il avait dans le cœur. Et comme ils se trouvaient en Italie, ils n’avaient pas à s’inquiéter du regard des autres tant les gestes physiques de ce genre étaient perçus comme banales. Il lui souffla alors quelques mots à l’oreille.


"Vous n’êtes pas seul. Vous le savez, n’est-ce pas ? Dites-moi que vous le savez, dites-moi que vous comprenez…"


Restant quelques secondes encore dans cette position sans ajouter une autre parole, il lâcha finalement son père de cœur pour se trouver à nouveau devant lui. Il voulait apaiser Roderich, par n’importe quel moyen. Les mains sur le cœur comme s’il pouvait comprendre sa douleur, il lui proposa quelque chose. Une chose qu’il n’avait pas faite depuis bien longtemps.


"… Souhaitez-vous que je vous chante « l’Ave Maria » ?"


Il le savait, malgré toutes ses années de chorale au sein de l’Eglise, sa voix avait mué et Lovino chantait toujours mieux que lui. Cependant, il connaissait la magie apaisante de cette chanson, surtout pour un pays majoritairement catholique qui pouvait comprendre d’autant mieux les paroles. Celle qui tirait une larme aux plus sensibles, celle qui faisait fondre les cœurs les plus durs. S’il avait été castrat, surement le rendu aurait été plus beau. Mais qu’importe, il ne chantait pas faux et restait le pays de naissance de nombreux ténors. Aussi poussa t-il sa voix au mieux. Les yeux fermés, sans porter d’importance aux regards qui pouvaient se poser sur lui, avec cette émotion qu’il parvenait finalement toujours à partager.