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 [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}

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Netsah / Israël

Le sale gosse de la Synagogue


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5.1er Avril 2010 : Asile de corruption. Liechtenstein
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MessageSujet: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Mar 20 Juil - 12:56

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L’adolescent marchait tranquillement dans les rues d’une ville allemande dont il avait oublié jusqu’au nom, cherchant du regard un visage familier parmi le visage des quelques passants qu’il croisait de temps à autre. Il essayait de paraitre calme, presque serein. Dur travail pour celui qui se sentait traqué, épié nuit et jour, chassé. Et cette douleur lancinante qui ne le quittait jamais vraiment, le torturant à petit feu, augmentant à chaque avancée de l’armée allemande, chaque rafle de plus, chaque souffle, ultime râle d’un peuple en danger de mort. Netsah soupira, tout en abaissant la visière de sa casquette. Il savait que c’était inutile, presque dangereux puisqu’on pouvait l’interroger à tout moment pour rien que ça, mais il ne pouvait s’en empêcher. Pourtant, il n’avait pas de jaune sur lui cet enfant, préférant le brun et le noir, il n’avait pas d’étoile cet enfant. Juste des larmes qu’il retenait sans comprendre comment, juste un nom sur les lèvres, qu’il peinait à ne pas crier, ne pas hurler sur les toits. Surtout lorsqu’il voyait des drapeaux flottant sinistrement dans les airs, porté par un vent froid, beaucoup trop froid, lorsqu’il croyait apercevoir un visage haineux, un mot hurlé, un ordre, une condamnation à mort.

Rester calme, je dois rester calme…

Il ne devait pas retenir l’attention, devant se fondre dans la masse, ses yeux bleus essayant de dénicher l’objet de sa venue dans cette ville maudite de ce pays malade. Ou plutôt fou. Oui, fou, c’était le mot. Fou de douleurs autrefois, fou de colère et de rage maintenant. Du petit Ludwig d’hier, mignonne Allemagne de Bismarck où les juifs vivaient en paix d’autrefois… il ne restait maintenant plus qu’un colosse sans âme ni cœur, un conquérant sans pitié à la solde de son Führer. Et dire qu’autrefois, Netsah avait voulu l’aider, lui donnant des scientifiques, des musiciens, des écrivains, même des soldats lorsque cette première et sanglante guerre mondiale vient sonner le glas d’une époque. Vraiment, quelle ingratitude ! S’il l’avait su, Netsah aurait bien étouffé lui-même le petit poussin si cher à son autrichien et au prussien. Ou alors, il l’aurait kidnappé, circonscrit, converti au judaïsme et à la haine de la wurst et des idées folles comme le nouveau régime allemand les aimait. Ainsi, cette époque si sombre n’aurait pas eu lieu d’être. Ludwig aurait fait un frère respectable au lieu d’un psychopathe tout juste bon à exprimer ses sentiments par «Je vais conquérir le monde, muhahaha !» et aimant tant brûler les livres et … aussi… peut-être…

L’enfant frissonna, marchant un peu plus vite, ne laissant pas ses pensées dériver vers des hypothèses toutes plus morbides, les unes que les autres. Pourtant, ces rumeurs venant de l’Est, cette douleur, cette boule dans la gorge, ce manque d’air parfois… il ne les inventait pas, non ? Et ces échos, comme des sanglots que l’on étouffait à grande peine, ces enfants qu’on lui prenait les uns après les autres. Il connaissait les clameurs des Croisades, la furie des pogroms, le son clinquant de l’Inquisition, la folie que tous traînaient, comme un boulet, un poids. Qu’y avait-il de grand dans ces massacres s’était-il une fois demandé, interrogeant sans avoir de réponse les siens, les autres aussi, parfois. Il était si petit, mais déjà si vieux pour un homme. Pourtant, c’était avec l’innocence d’un enfant que Netsah avait posé cette question.

Qu’y avait-il d’humain dans ce monde devenu fou ?

Il n’en avait plus aucune idée.

Peut-être que son futur interlocuteur connaissait la réponse ? Lui qui était si puissant et grand autrefois. Lui qui n’était plus rien maintenant, à peine quelques tracés sur les cartes, un nom du passé réduit à néant, avalé par la grande Allemagne que Netsah cataloguait d’emblée comme grande folle. L’Autriche n’était plus, c’était pourtant elle que venait chercher Netsah ce jour-là. Ou plutôt lui, se corrigea l’enfant, car qui serait assez idiot pour confondre l’autrichien avec une femme, même si celui-ci n’avait pas la carrure imposante de son plus jeune frère ou le caractère bruyant presque bestial de l’autre ?

L’adolescent ria bêtement en imaginant l’autrichien portant dentelles et robe, chose qui avait dû arriver en 38, il supposait. Même s’il était plus probable que cela soit le plus jeune qui fut accoutré d’une robe, connaissant le caractère dominateur et têtu autrichien. Le rire se fit plus acerbe, plus fort, incontrôlable. Qu’il était bon de rire de ses ennemis sur leur propre territoire. Qu’il était bon de se détendre un moment, même si certains regards semblaient le juger froidement. L’époque ne se prêtait pas aux rires justement, mais pour Netsah c’était raison de plus de rire. Qui savait si demain lui aussi ne serait pas raflé, jeté dans les flammes, parmi les livres sous le regard bleu d’un Ludwig aussi pâle que la mort, aussi souriant que cette dernière, oui qui savait…

Mieux valait rire que pleurer, n’est-ce pas ? La mort ne se gênait pas, elle, pour se rire des Hommes, des Nations, des Peuples, alors… pourquoi tant hésiter à se laisser aller ?

Pourtant, il s’arrêta de rire, cet adolescent, il s’arrêta lorsqu’il sentit sur sa nuque l’étrange sensation qui le prenait lorsqu’un de ses semblables s’approchait… comme un pincement dans la nuque. Il leva les yeux, puis repéra la cause de… cette chose qu’il ne savait pas nommer, qu’il n’avait jamais su définir. Il se dirigea vers elle lorsqu’il reconnu le vêtement, la tête brune, le port aristocratique. Et ce quelque chose qui faisait sourire, encore une fois.

Vous ne changerez jamais, tate Estraykh…

Parfois, Netsah se demandait si Roderich ne faisait pas exprès de se perdre. Il se souvint de son séjour dans son territoire, lorsqu’on parlait encore de l’Autriche, de l’empire austro-hongrois. De Roderich qui se perdait et que lui allait raccompagner lorsqu’il le voyait, se prenant au passage quelques remarques sur un manque de politesse (aussi appelé « leçon de bonne manière », mais c’est une autre histoire).

D’ailleurs, depuis combien de temps ne s’étaient-ils pas vus ?

Avant la première guerre mondiale, autrement dit longtemps. L’adolescent déglutit avant de s’adresser à l’autrichien, ou plutôt à son dos. On pouvait faire mieux comme lieu de retrouvaille. Et aussi comme époque.

« Herr Österreich ? »

L’adulte se retourna, abaissant son regard violacé sur Netsah. L’adolescent qui le fixait avec cet air neutre propre à ceux dont les mots manquaient, tellement ils étaient intimités par leur interlocuteur. Non pas que Netsah ait peur de l’autrichien, il avait juste un immense respect pour le germanique, ainsi d’une bonne dose de gratitude passée et d’envie de ne pas paraitre médiocre devant lui. Et aussi de la gêne, certainement.

« Bonjour monsieur Autriche. » Continua l’enfant dans un allemand simple et poli, loin des formes compliquées qu’il utilisait autrefois, comme pour essayer de gagner l’estime de l’autrichien.

« Vous souvenez vous de moi ? » Demanda l’adolescent en enlevant sa casquette, geste pour que l’Autrichien ne puisse pas l’accuser de dissimuler une partie de son visage. Et tant pis pour cette tradition de toujours avoir la tête couverte. Si cela continuait, il aurait la tête coupée, alors autant commettre ce petit pêché pour mieux vivre quelques autres siècles de plus…

« Je suis Blumenfeld, Netsah Blumenfeld. Ce nom, c’est vous qui me l’avez donné autrefois… est-ce que vous vous en rappelez ? »

Il avait besoin de l’Autriche, oui, il en avait besoin. Parce qu’il y a des frontières qu’on ne passe pas si facilement que cela, même si n'était pas né sous une mauvaise étoile. Parce qu’il y a des monstres, des êtres de glaise qui ne se réveillent pas d’un claquement de doigt, des empires qui ne se détruisent pas d’eux-mêmes.

Pour tomber, on se débrouille seul. Pour se relever, la main d’un ami est nécessaire Pensa un instant l’adolescent. Roderich n’était pas un ami pour lui, davantage une figure paternelle qu’il ne savait pas vraiment saisir. Il savait juste que Roderich ne pouvait pas être seulement un ennemi. Il pouvait être un allié.

Et tous savaient combien il en avait besoin à cette époque.

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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Mer 21 Juil - 20:12

Chaque soir, Roderich laissait ses pas le guider au dehors. Une envie folle pour exorciser un conte de fée aussi glauque que morbide. A demi en transe, l’Autrichien se rappelait à peine de ses actions, juste que cela avait un rapport avec les étoiles. Mais les étoiles étaient encore là, nuits après nuits, elles brillaient dans le ciel, déjà mortes pour la plupart avec cette seule lumière comme souvenir aux hommes. Elles brillaient et c’était tout ce qui comptait. Ludwig ne venait pas, armé d’un grand panier, les cueillir une à une pour les jeter au feu.
Ca ne sait pas travailler, une étoile, alors mieux vaut la brûler directement…. Mais les astres restaient à leur place, alors Roderich rentrait dans sa chambre, autant tête basse que tête lasse. Parfois, les mots d’une comptine étrangère venaient se perdre à ses lèvres, mais cela n’avait aucune importance, si ?

Twinkle, twinkle, little star.
How I wonder what you are !
Up above the world so high,
Like a diamond in the sky,
Twinkle, twinkle, little star.
How I wonder what you are !

Les étoiles n’étaient pas dans le ciel, plus maintenant. Un constat dans son esprit fiévreux, un constat dont il avait à peine conscience. Parce qu’il ne pouvait encore atteindre le ciel, Ludwig moissonnait la terre.

Ne pas y réfléchir, ne pas y réfléchir…

A chaque fois, une boule dans sa gorge, à chaque fois un étouffement contre lequel il ne pouvait lutter. Cela commençait par des migraines, puis venaient les nausées. Des gens… Oui des gens, il n’arrivait même plus à distinguer les traits de leurs visages, des gens qui hier encore lui appartenaient. Plus aujourd’hui...
Apatrides… expulsés de l’Autriche tout comme lui expulsait la bile fielleuse de son estomac. Il ne pouvait pas lutter, pas assez de force, pas assez d’esprit.
Apatrides, et des étoiles jaunes leurs poussent sur le cœur. Peut-être parce que le soleil refuse de les éclairer ? Mais la lumière du tissu est bien terne. Bientôt, ce seront les Ténèbres…

Un bouquet d’étoiles pour Ludwig, lorsqu’on arrache une étoile du cœur, le cœur saigne. Lorsque le cœur saigne, il meurt. Ainsi sont les vérités de ce monde de fous.
Du feu, il y en a parfois, Roderich ne le regarde pas, Roderich ne regarde rien. Aujourd’hui, il faisait jour, le ciel au dessus de ses épaules avait le poids d’un millier de péchés. Les siens ? Non, car ce ne serait pas assez…
Un pied devant l’autre, pourquoi marcher ? Il ne sait pas. Ne plus rester enfermé, voilà tout. A-t-il croisé Allemagne aujourd’hui ? Pincement au cœur, l’Allemagne c’est toi aussi. Non, pas d’yeux bleus fatigués, pas de couleur du tout. C’est triste un monde en noir et blanc, peut-être devrait-il donner pinceaux et peintures à Feliciano afin que l’Italien change tout cela ? Mais le jeune homme n’était pas là, le jeune homme était… était où ? Avec Ludwig sûrement, et Kiku. Même si tous les trois étaient seuls, au fond, irrémédiablement seuls. Comme lui. Seul comme un enfant qui cherche son père…
Son père n’était plus, Roderich ne le pleurait pas, n’y pensait pas. Il pensait à Dieu. Ludwig n’aimait pas Dieu, le Reich se voulait athée, tout à la gloire de l’homme. Alors l’homme taisait sa croix tout en continuant de la porter. A quand le mont des Oliviers ?
Les gens passaient sans le voir, tant mieux. Roderich n’aimait pas les gens, Roderich n’aimait rien si ce n’est son argent. C’était là ce que beaucoup chuchotaient sur l’Autriche. Ils n’avaient pas tout à fait tord, l’argent ne brisait pas de cœurs, lui.
Un cœur sans étoile, un cœur qui ne saignerait donc pas ?

Parfois, les gens parlent entre eux. Quel bruit ça a, des paroles humaines ? Une voix pour l’interpeller, une voix qu’il connaît. Un nom aussi…
Roderich s’est retourné, lorsqu’il parle, ses mots dévalent l’air comme les cailloux le font du flanc d’une montagne. Pas de douceur, en a-t-il jamais eu ? Pas d’importance non plus…

Trois fois, l’enfant parla, trois fois comme pour porter trois coups au destin. Des coups mortels. Mortels pour l’homme. Trois mesures de paroles comme trois instruments dans une symphonie de Mahler. Et rien ne personne ne pouvait lutter contre…

- Pourquoi aurais-je oublié un enfant que j’ai moi-même nommé, que j’ai moi-même nourri ?

Il n’avait pas d’étoile. L’Autrichien regarda le ciel, la nuit n’était pas encore là. Il ne pouvait pas en cueillir une pour la lui placer sur le cœur. Ses yeux sombres se cernaient de mille soucis.

- Vous n’avez rien à faire ici… Ce n’est plus l’Allemagne, ce n’est plus l’Autriche, c’est le Reich…

Un empire millénaire, immortel. Comme jamais celui des Habsbourg n’avait pu l’être. Tout s’écroule, les hommes, les mots et les châteaux. L’air était moite, lourd. La solitude reprenait ses droits sur cette petite rue allemande. Roderich aurait du rentrer. Oui il était perdu, certes, perdu comme jamais il ne l’avait été… Mais parler à ce garçon était une erreur. Un aigle les regardait, un aigle impitoyable dont les pupilles était de feu. Il s’appelait Reich et Pitié n’évoquait rien de moins qu’un son dans ses oreilles.

L’Autrichien s’appuya contre un mur. De sa main libre, il congédia Netsah. Pas de temps à perdre, la déchéance n’attend personne. Et la mince croix d’or pendait faiblement à son cou. Lui qui ne pouvait plus avoir de Dieu…

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Netsah / Israël

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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Sam 11 Sep - 13:07

- Pourquoi aurais-je oublié un enfant que j’ai moi-même nommé, que j’ai moi-même nourri ?

« Pour mieux oublier ce que s’est passé avant que les autres viennent. D’autres l’ont fait pour me poursuivre. Pourquoi cela aurait-il été différent pour vous ? »

Le ton était froid, presque cassant. Les mots lui étaient venus spontanément, tellement amers qu’il n’avait pas voulu les garder en bouche, préférant les jeter en l’air comme si personne n’aurait été touché par eux. Pourtant, l’homme devant lui, le regardait avec quelque chose d’étrange dans le regard, comme s’il ne le voyait pas vraiment, perdu dans ses pensées ou dans ses cauchemars ?

Une voix s’éleva, différente de la sienne avec une intonation plus grave, des mots qui auraient pu le faire reculer. Un regard braqué sur lui sans le voir et dans le cœur une voix qui lui disait son erreur, l’enjoignant à partir. Comme celle de l’autrichien.

-Vous n’avez rien à faire ici… Ce n’est plus l’Allemagne, ce n’est plus l’Autriche, c’est le Reich…

« Autant dire l’enfer, je suppose. »

Commenta sombrement l’enfant tandis que Roderich s’appuyait contre le mur derrière lui, levant la main comme pour le congédier de nouveau (pars, pars, je ne veux pas te voir ici, tu n’es pas le venu, tu ne seras plus jamais le bienvenu ici et ailleurs…), ses yeux étaient baissés. Apparemment, la grande Autriche n’était plus et Roderich aussi perdu que l’était Netsah. Fronçant les sourcils, il se rapprocha de son ainé, fermant les poings pour mieux les serrer de toutes ses forces. Lorsqu’il était parti, il avait encore à l’esprit l’image d’un conquérant, d’un homme qui savait ce qu’il voulait et faisait tout pour l’obtenir. C’était un homme détruit devant lui, un homme qui semblait cacher sa croix comme lui aurait pu cacher son étoile. La scène faisait peur à Netsah, elle le mettait en rage.

Comment… comment en étaient-ils arrivés là ?

« Pardon, mais je ne partirais pas d’ici avant d’avoir fait ce que j’ai à faire. »

Il avait soudainement froid, comme si le vent s’était brusquement, mauvais présage que cela, mauvais présage. Lentement, il toucha ses mains, puis les fourra dans ses poches, dans une attitude qui n’avait rien de décontracté, même si son ton brusque, ses mots, il essayait de les adoucir. Il avait si peur cet enfant, il avait tellement envie que tout cela se finisse, qu’une personne vienne le prendre dans les bras en lui murmurant qu’il avait fait un mauvais rêve, que tout était fini et qu’il pouvait de nouveau vivre. Pourtant, si on l’avait serré dans les bras, il n’en avait plus qu’un vague souvenir que les pleurs avaient effacés. Et cette douleur au fond de lui qui grandissait.

« Cet enfer, je veux le détruire, je vais le faire. Je connais le moyen et vous aussi. Le golem de Prague, vous vous en rappelez aussi ? Celui qui naquit dans le ghetto, celui que vous avez vu lorsque vous avez accompagné le roi Rodolphe dans la ville … Je vais le faire renaitre et il détruira le Reich, nous sauvera tous… »

Instant d’hésitation, il voulait donner les bons mots pour convaincre, pour avoir l’aide dont il avait besoin. Pour relever cette Autriche qui se tenait encore à terre, même s’il avait relevé la tête, le contemplant avec un regard que ne voulait pas interpréter Netsah (le traitait-il d’inconscient, de rêveur ? De fou, de suicidaire ?). Finalement, l’adolescent observa un peu plus attentivement son vis-à-vis, l’air maintenant songeur. Cet homme avait toujours su imposer le respect aux autres, même s’il se teintait de mépris devant l’arrogance de la Nation autrichienne. Ne pas le voir debout, ne pas le voir se relever semblait surréaliste pour le jeune homme, comme un français ne voulant plus séduire ou un anglais cuisinant quelque chose de digeste.

« Pourquoi ne vous relevez-vous pas ? »

Question jetée au vent, question pleine de rage, d’incompréhension. La rue sembla si silencieuse un moment, comme si le temps s’y était arrêté. Mais ce n’était pas le cas et selon Netsah, le temps pressait au contraire. Des voix, des rumeurs venant de l’est. On partait, roulant, roulant jour après jour, sans y revenir. Un voyage sans retour pour certains, pour beaucoup et un seul moyen de l’en empêcher : détruire le Reich, détruire le monstre. Et pourquoi pas aussi… et pourquoi pas surtout l’Allemagne se disait Netsah, dans ses moments de pures envies de vengeance, ces moments de haine naissante. Pourquoi ne pas détruire Ludwig, cet être qui voulait tant le faire souffrir avant de l’anéantir ? Cependant, il n’oubliait pas cet enfant, non, il n’oubliait pas ce que pouvait représenter l’Allemagne pour Roderich. Pas plus qu’il n’occultait les regards qu’il avait vu enfant entre Roderich et le Saint Empire, la tristesse lorsqu’au temps de l’Autriche-Hongrie, on évoquait le souvenir d’un enfant vêtu de noir et d’un autre, son double, enlevé et élevé par la Prusse.

« Est-ce que… c’est Ludwig qui vous en empêche ? Vous ne voulez pas lutter parce que vous risquez de lui faire du mal en luttant contre le Reich ? Mais… vous l’avez dit vous-même, le Reich… ce n’est pas l’Autriche, ce n’est pas non plus l’Allemagne. »

Enfin, je crois… répéta en échos sa propre voix dans sa tête, n’osant dire à voix haute ce qu’il pensait tout bas, ne voulant pas froisser l’autrichien alors qu’il voulait lui demander de l’aide. Doucement, Netsah s’approcha encore plus de la Nation encore contre le mur. Lui aussi avait soudainement envie de s’asseoir, la marche jusqu’ici n’avait pas été des plus faciles ou reposantes, loin de là.

« Le Reich, c’est un enfer, là où les frères envahissent les frères ou les réduisent en esclavage, là où les gens meurent par million alors qu’ils n’ont rien fait, rien demandé. Juste penser, juste être… voilà leur crime aux ennemis du Reich. Le Reich, c’est se sentir traqué en permanence, remonter au temps du Moyen Age. Bien entendu, il y a des victoires, mais cela en faut-il vraiment la peine ? Toutes ces souffrances, cela en vaut-il vraiment la peine ? Et pourquoi… »

Est-ce toujours moi qui paye ?

Non, c’était trop égoïste, trop prétentieux. Il n’y avait que les siens, d’autres souffraient et mourraient aussi, des non allemands et des allemands, tous réunis dans les mêmes trous que d’autres avaient creusés, les condamnant à ne plus voir les étoiles, à ne plus voir le ciel et la lumière. Il n’était pas le seul à souffrir, mais elle était tellement grande blessure, le mal de tête, la faiblesse que parfois, il l’oubliait complètement au profit d’un cri qu’il n’émettait pas, de sentiments plus violents les uns et les autres qu’il n’arrivait pas à canaliser, à comprendre. Echos d’un peuple, échos répétés d’une horreur en train marche depuis tant de temps que maintenant, on pouvait aisément dire qu’il était trop tard.

« … C’est pourquoi, il faut que je réveille le golem de Prague. Cependant, la ville est sous la domination de Ludwig et je ne peux pas y aller sans quelqu’un pour empêcher qu’on me démasque. J’ai besoin de votre aide pour passer la frontière et m’introduire dans le ghetto et la Synagogue où sont conservés les restes du golem du MaHaRal. J’ai besoin de vous pour faire tomber le Reich, Monsieur Edelstein. Est-ce que… vous acceptez de m’aider ? »

Pas de réponse, donc pas de non. Il n’y avait pas de bruit aux alentours, pourtant il murmurait presque, n’osant parler trop fort de peur de réveiller le monstre jamais assez loin pour qu’il puisse se sentir en sécurité. Toujours la peur résonnait en lui, la douleur, la colère, presque la haine. Pourtant, loin de cette violence, les derniers mots s’écoulèrent lentement, comme quelque chose qu’il ne devait pas dire.

« Monsieur Edelstein… vous n’avez pas l’air bien… »

Il n’osa pas lui demander s’il se sentait vraiment bien, non, il n’osa pas. Les mots restèrent en lui, n’osant de nouveau sortir. Devant Roderich, il s’accroupit, n’ayant pas envie de quitter l’autrichien des yeux ou de se mettre à ses côtés. Avoir une personne avec qui parler, il aimait bien, surtout lorsqu’il pouvait lui parler en faisant face.

Les ombres autour d’eux semblaient grandir, comme pour mieux les prendre. Et en bon enfant, Netsah attendait avec impatience que quelqu’un eut l’idée de ramener la lumière là où tous semblaient perdus dans le noir.
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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Dim 26 Sep - 21:18

Enfant, l’amnésie ne t’épargne pas non plus, tu n’as jamais été le seul à souffrir..

Il était fini le temps des disputes, les mots ne sont plus désormais que des mots alors peu importe le ton dont on les prononce. Roderich regarde la ville, regarde la vie. En d’autres temps, il aurait pris la main de Netsah pour marcher avec lui, une main encore trop petite pour être celle d’un adulte, mais maintenant ce n’est plus la peine.
S’aimer, se haïr, qu’est-ce que c’est ? De toute manière on reste toujours trop seul quoi que l’on fasse et qui que l’on soit. Alors, à quoi bon ?

Ce que tu as à faire, Netsah Blumenfeld, c’est vivre. Vivre pour pouvoir survivre, il ne peut y avoir de plus belle victoire... Ici, la mort emporte les gens, pars !

Un silence, un bruit de train dans leurs corps, un bruit de train dans leur souffle, un bruit de train dans leurs yeux.
Ils avaient pris le train ensemble une fois, tous les deux. On était au début du XXème siècle et Roderich devait se rendre à Prague pour régler quelques affaires commerciales. Netsah était venu sur son ordre, pour lui apprendre comment des transactions de ce genre avaient à être réglés.
Un voyage calme, l’enfant qui veut se pencher par la fenêtre pour regarder l’épaisse fumée de la locomotive et l’adulte qui grogne, dispute et essaye de lire. L’enfant s’agite, parle beaucoup, questionne… pour le faire taire, l’adulte sort une boîte de bonbons. C’était un secret, un cadeau…
Maintenant il y avait d’autres secrets dans les wagons, les gens ne peuvent plus questionner, plus s’agiter… Il n’y a pas de place, il n’y a pas d’air.

Ils se regardent tous les deux et la solitude les écrase, comme la douleur. Roderich se tait, il pense et frémit pour cette chose cachée à Prague. Quoi que soient leurs propres souffrances, Dieu qu’elles paraissent illusoires face à un être qui n’arrive même pas à vivre !
Parce qu’il est là bas, dans les combles de la synagogue. Il ne dort pas, il ne vit pas, il attend… Et les aiguilles tournent sur toutes les horloges du monde, car son heure arrive encore une fois.

Le chaos amène le chaos…

Folie…

Pourquoi cet être de glaise, de haine et de foi accomplirait-il la vengeance d’un autre? Roderich savait quel malheur pouvait apporter ce monstre, il se rappelait très bien avoir été sa victime il y a longtemps… Oh tant de temps, ce ne pouvait être possible ! Tant de temps éveillé avec la haine pour seule constante… Quelque chose qui n’évolue pas, qui ne peut faiblir, ne peut augmenter… A chaque fois il y en a assez pour tuer.
Un long frisson lui parcourt l’échine… Le golem qui tue, le golem qui se retourne contre son créateur… Rien ne change pour un être pareil, alors quoi que l’on fasse le scénario restera le même. Si Netsah sort ce monstre de sa prison, alors comme les autres il recevra des coups.
On ne contrôle pas les choses surnaturelles, même un Anglais savait cela. On ne contrôle pas, on subit sans comprendre…

Fuis, va te cacher loin de tout… Le golem n’est pas un bon protecteur

Une brusque envie de rire sous le ciel gris. Sa gorge se secoue et des éclats rauques comme des lames de couteaux s’échappent. Il n’y a rien d’amusant, juste qu’il faut rire pour ne pas pleurer. La nuit tombe, cette nuit que l’on ne peut jamais combattre tout à fait. Alors les formes deviennent de plus en plus indistinctes et tout se perd dans les ténèbres.
La voix de Roderich faiblit, la tristesse lui donne une douceur douloureuse à briser le cœur. S’il criait, s’il hurlait, alors il faudrait mourir pour le supporter. Heureusement, à l’enfant il n’offre que des murmures

Cet être sans cœur sans passion, il écoutera tes promesses, il écoutera tes désirs mais n’assouvira que sa propre soif de sang. Tu ne peux le contrôler, ce n’est pas un protecteur, c’est quelque chose qui peut te tuer…

Les yeux se voilent derrière le verre des lunettes. Roderich ferme petit à petit toutes les portes et fenêtres de son esprit, c’est fini il n’y a plus de lumière. Plus de lumière, plus d’espoir…

Un peu comme moi…
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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Jeu 12 Mai - 6:03

Save me
Take me away
Away from this time
But where lies my home ?


Savait-il au fond de lui que son plan comportait des failles, que le raisonnement « cela a marché autrefois, cela marchera aujourd’hui » était des plus enfantins et naïfs ? Peut-être que oui, peut être que non. Il n’avait rien à perdre se disait-il. Que sa situation empire lui importait peu, mais il fallait faire quelque chose. Il le sentait au fond de lui, cette envie, comme une pointe brûlante, blessure lancinante, semblable à un chapelet continu de prières.

En parlant de prière, un silence religieux se glissa entre eux, imprégné de solitude, de larmes presque. Les siennes, celles qu’il ne versera pas, celles de Roderich aussi peut- être, il ne savait pas. Ses larmes, il les garderait en lui, pour ne pas être trop pathétique. Regardez, elles étaient là, pas très loin du cœur. Celles-là, il ne les oubliera pas. Il essaya d’avaler sa salive, alors qu’un nœud serrait sa gorge lorsqu’un sifflement de train lui traversa l’esprit.

Ne pas y penser, ne pas se souvenir, ne pas imaginer, ne pas avoir peur…

Des tonnes de choses à ne pas faire, vous ne trouvez pas ? Et il y en avait d’autres, une liste sur lui, une liste de consigne à respecter, de noms à sauver (les siens d’abord, les autres ensuite, les siens d’abord, les siens d’abord). Il serra les poings, sentant à peine dans l’une l’étoffe douce de sa casquette. Il faudrait peut-être qu’il la remette sur sa tête, cela ne servait à rien une casquette dans les mains, une casquette sans tête. Une casquette à l'abandon, perdue dans la masse des millions. Une casquette qui n'aura plus jamais de propriétaire. Parce que... parce que...

Ne pas y penser, ne pas se souvenir, ne pas imaginer, ne pas avoir peur…

Regarde, regarde. Et écoute, écoute-le. Regarde les yeux clairs et presque vides, les paroles qui dérangent, te demandant, après t’avoir accusé de ne pas se souvenir. Pense à ça.

Alors, il se taisait, pendant un instant, en profitant pour mieux observer son interlocuteur, un pincement au cœur se fit sentir.

Ce que tu as à faire, c’est vivre.

On disait quoi à ces mots ? Qu’est-ce qu’on pouvait dire quand des mots durs s’étaient glissés hors de la bouche, sans aucune pudeur ? Certes, aucune insulte, aucune rancune, mais aussi une absence de douceur. La mort emporte les gens qu’il disait, qu’ils disaient tous. Les visages qui se détournaient, les mains tremblantes comme les siennes. Et c’était quoi ce qui battait douloureusement dans sa poitrine, là maintenant ? Oh, cela n’avait aucune importance, certainement.

Netsah se sentait idiot, trop émotif. Puis, il se souvenait être dans une position des plus déplaisantes, ne retrouvant un proche que parce qu’il s’était rendu compte trop tard qu’il était en danger, qu’il pouvait être vu et trouvé à tout moment. Que là, il y avait la mort, il y avait les trains. Alors, Netsah pensait qu’il pouvait être un peu émotif, que ses mains pouvaient trembler, sa gorge le serrer et son cœur lui faire mal. Quant qu’il réussissait, qu’ils (Roderich, lui, les autres, mais surtout Roderich et lui) s’en sortaient… cela n’avait pas réellement d’importance. Quant qu’ils restaient en vie…

La mort emporte les gens ici.

Il inspira, fermant un peu les yeux. Une prière lui vient, chant dédié à son Dieu. Il aurait voulu la dire, mais préféra continuer son discoure à Roderich, une nuance triste dans les yeux bleus. La mort emporte les gens ici. C’était certainement vrai, alors que dire de plus qui ne rendra pas la situation plus pathétique ?

La mort emporte les gens ici.

Et ton plan n’est que folie.

Netsah soupira.

Il s’y était attendu à ce refus, mais il devait encore essayer. Son peuple était en danger, cette partie de lui qui faisait son existence, qui lui donnait le droit et l’envie d’exister, année après année, siècles après siècles. Sa volonté était là, l’aidant à tenir, à ne pas plier. Sa volonté était là, son espoir aussi, eut-il ou non quelques doutes. Les mains qui tremblaient un peu plus tôt se figèrent, se contractèrent ensuite. Faire cela amena quelques petites piqûres. Cela était égal à Netsah.

Puis, quelque chose arriva, une sorte de rire avec des paroles. Des frissons glacés parcoururent sa nuque, tandis que sa bouche restait close.

On aurait dit le rire de celui qui ne voulait pas pleurer, qui le pouvait, mais qui, pour une raison ou une autre, ne le ferait pas.

Netsah frissonna. Ce rire-là, c’était le sien, pourquoi alors venait-il de Roderich et non de lui ?

Puis les mots, siens cette fois, s’échappèrent comme une réponse, comme une défense, quoique trop semblable encore à une prière adressée à un Dieu qui ne l’écoutait pas.

« Si c’est bel et bien le cas, alors vous n’êtes pas le seul, les autres aussi peuvent me tuer. Ne vous comparez pas à un mauvais protecteur là où des autres peuvent faire pire que vous. Cela n’en vaut pas la peine. »

Une parole pour un murmure. Ce n’était pas encore les mots durs et encore moins ceux qui feraient avancer les choses. Pourtant, il se sentait incapable de ne pas les dire, de rester planter là, tel un fantôme aussi sinistre que silencieux. Un fantôme. Un être fait de peine et de souvenirs, quelque chose qui n’est plus, qui ne change plus, mais qui reste. Il en avait créé de ces créatures, composant un folklore pour un peuple qui avait besoin d’histoire. Ou alors, c’était les hommes qui composaient les légendes ? Il ne savait plus vraiment. Un être qui ne pouvait plus avancer, comme le golem ne pouvait vivre. Pourtant, le golem appelait.

Netsah l’entendait, il l’appelait ou c’était lui qui pensait sans cesse au passé. Le gamin perché sur le golem qui contemple les mines ahuries, qui riait, qui hurlait sans que personne n’ose l’arrêter. Oh oui, il avait tant crié ce jour-là, lorsque la victoire était venue, lorsque Rodolphe des Habsbourg l’avait regardé. Lorsque Roderich avait vu. Lorsqu’ils avaient compris. Laissez-moi tranquille ! Je veux juste vivre, laissez-moi…oui, laissez-moi tranquille !

On dirait un conte, dit ainsi, on dirait un conte. Cela s’était-il vraiment passé ainsi ou Netsah inventait tout pour mieux s’imaginer que son plan pourrait marcher ? Nul ne pourrait le dire, sauf les deux (non) hommes, mais ils avaient déjà tant de mal à parler entre eux. Il fut un temps où ils avaient pu se dire des choses, pourtant, parler d’opéra, de religion, de commerce. Netsah se souvenait des débats, des chants, des musiques, de Prague et des transactions, de ce passage dans un train, de cette excitation, des bonbons qui fondaient dans sa bouche. Autrefois, un enfant avait ri, s’était calmé, avait remercié, avant de sortir d’un train en tenant la main à un adulte qui lui parlait comme à un …. Non, pas comme à un chien, pas comme à un esclave, mais presque comme à un…

Et maintenant, l’homme se tenait devant lui, à portée de main presque, à portée de coups, à portée d’étreinte. Il suffirait que Netsah s’approche un peu. Roderich avait l’air faible ou mal-à-l’aise. Comme s’il était blessé, s’il avait mal. Netsah savait parfaitement comment les Nations souffraient ou pouvaient souffrir, bien qu’il n’en soit pas encore une (il était un (…Paria…) Peuple à ce moment-là, le représentant d’un peuple, presque rien, oh oui, presque rien pour certains. Juste un parasite pour d’autres).

Les yeux bleus se plissèrent, l’enfant afficha un air songeur, comme pris dans une réflexion soudaine, triste aussi peut-être. Roderich était dorénavant sous la coupe de Ludwig. Bien évidemment, Roderich n’était pas le genre d’homme à se laisser faire (c’était même plutôt l’inverse). Il n’en demeurait pas moins que Ludwig était plus grand, plus fort, plus méchant, plus cruel et sans doute plus dominateur que Roderich avait été ou n’avait jamais été justement (il n’était pas méchant l’autrichien. Pas vraiment). Puis, la réflexion devenait idée. Une idée aussi obsédante que violente.

Ludwig. Allemagne. Reich. Plus grand, plus fort, plus méchant, plus cruel encore que la plupart des pays.

Non.

Plus fort, plus cruel. Et Roderich qui… qui… n'était pas du genre à se laisser faire (du moins, pour Netsah), alors, pour mater les éventuelles révoltes…

Non.

Ludwig n’aurait pas osé.

C’était son frère-père-mentor, bon sang !

Et le mien aussi, quelque part. Je crois. Songea un instant Netsah en regardant les yeux autrichiens se fermer. Il n’y avait pas de trace de coups, mais Netsah savait qu’il était parfois plus facile que prévu de cacher des blessures. Il était bien placé pour le savoir.

‘Ludwig. Sale connard de porc. Dès que je peux, je t’explose la tête contre le mur avant de t’offrir à Helenka. Elle a toujours de superbes idées de torture celle-là.’

Elle est à Prague, réalisa Netsah. Et elle était l’une des premières victimes de Ludwig. Il la haïssait. Des coups, elle a dû en avoir. Beaucoup.

Tu n’as jamais été le seul à souffrir.

Netsah le savait, l’avait toujours su, même si parfois il l’oubliait (quand les autres faisaient comme s’il ne souffrait pas, alors qu’il pleurait si haut, si fort).

Et si Roderich avait raison, sur son égocentrisme, son arrogance, son égoïsme qui l’empêchait de voir la souffrance des autres, de compatir avec eux ?

Il l’avait senti pourtant, il l’avait vu, pourquoi n’avait-il pas réagi ?

Parce qu’il était en train de parler de sa douleur à lui, de son golem, de son propre peuple persécuté sans penser que l’autrichien pu aussi souffrir pour ses enfants (dont les enfants de Netsah aussi, d’une certaine façon, puisque même ses petits ne lui appartenaient jamais entièrement, jamais jusqu’à bout, bien au contraire).

Se mordant la lèvre, l’adolescent se demanda un instant que faire. Tendre la main, secouer la manche, Serrer dans les bras ? C’était bien ce que les enfants faisaient lorsqu’ils avaient peur, non ?

‘Mais. Je ne suis plus un enfant’. Songea le futur Israël. Je ne suis plus un enfant, plus maintenant, plus jamais. Il s’agenouilla, toucha l’épaule, secoua un peu (Monsieur, eh monsieur, réveillez-vous !). Quelques secondes plus tard, il était rouge.

« Ex… excusez-moi… mais… mais…. Je sais bien qu’on ne doit pas faire ça, que c’est malpoli, mais euh… bon sang Monsieur Roderich, qu’est-ce que vous avez à la fin, mince, j’ai cru que vous faisiez… je ne sais pas moi, quelque chose ! Oui, je sais que… bah, que c’est impossible de mourir lorsque le peuple est encore vivant, n’empêche, vous êtes obligé de vous tenir comme ça ? Vous m’avez fait peur ! »

Mais c’est qu’il ne savait plus parler correctement ce petit.

Il bafouillait, son regard devenait fuyant et ses joues rouges. Au moins, la gêne chasserait les idées noires, celles qu’il avait avant de partir, celles qui ne le quittaient que rarement ces temps-ci. Là, il n’avait plus rien qu’une victime prête à cracher son fiel, tandis que ses yeux brûlaient de rage et de peine. Puis, le calme revient, naturellement, sans pour autant chasser les éclats rouges sur les joues encore rondes.

« … Bon, sang, monsieur Roderich, vous m’avez manqué. »

Paroles inutiles, voire niaises. Pourtant, au fond de lui, Netsah était persuadé qu’il devait montrer à Roderich qu’il tenait (un peu, tout petit peu) à lui. Pas seulement comme un moyen de passage, pas seulement comme quelqu’un qu’on ne retrouve que pour mieux lui demander de combattre un autre de ses fils. Urgh, voilà où cela menait de faire l’amalgame entre Roderich et un père qu’il n’avait jamais connu. Alors que leur relation n’était pas exactement ça. Netsah n’avait jamais considéré « les enfants » de l’autrichien comme ses frères et sœurs, il était parfois très aisé d’haïr l’autrichien et Elizaveta n’avait jamais, au grand jamais remplacé sa mère.

Néanmoins, il y eut parfois des moments où Netsah avait envie de croire à ça, qu’avoir Roderich comme père était une réalité, quelque chose de réel, de contraignant et de bien à la fois. Quand il jouait à peu près convenablement, lorsque sa main d’enfant était tenue par une autre, dans l’intimité et le silence d’un train, loin, très loin de toutes ces horreurs.

D’un mouvement, Netsah recula un peu, laissant plus d’air à Roderich. Ses jambes commençaient à lui faire mal, cependant, il n’osait pas vraiment s’asseoir. Pas encore. Il n’aurait pas su dire pourquoi c’était si important de se tenir encore debout, de montrer ses jambes tremblantes à l’autrichien, de le regarder dans les yeux pour pouvoir y lire une absence de haine. Pas contre lui en tout cas. C’était important.

« Dites, vous vous rappelez de nos…discussions ? Sur Dieu, la Thora, la Bible ? De Moise ? Les hébreux ont souffert en Egypte, d’un esclavage trop dur, de la mort de leurs premiers nés de sexe masculin, des coups de fouet, de la soif, de la faim, des paroles, de ne pas être comme les autres. »

Un refrain tant connu, qui prenait une allure lugubre dans le noir de cette époque. Il ne se sentait pas comme au Moyen-âge, en vérité. C’était plus comme du sel sur des plaies ouvertes, cette envie de crier, de pleurer, de supplier un Dieu trop silencieux de mettre fin à ses souffrances. Il ne pleurerait pas, se l'étant promis. Cela n'empêchait pas de prier, de croire, de parler d'un livre qu'il chérissait plus que les autres.

« Mais Moïse a fait sortir les hébreux d’Egypte. Dieu nous a fait sortir d’Egypte. Esclaves du passé, nous étions libres. Prisonniers aujourd’hui, libres l’an prochain à Jérusalem. C’est ainsi qu’est né Israël, le pays de ma mère. Je… traitez-moi d’idiot, si vous voulez, mais je sais que cela va s’arranger. Je ferais tout pour que cela soit le cas. Je ne me laisserais pas mourir, je ne laisserais pas le Reich toucher une fois de plus aux gens auxquels je tiens. »

Il avala sa salive.

« Et après, lorsque tout sera fini, lorsque le Reich sera défait, j’aurais… je… il faut que j’ai un pays, un endroit où les miens pourront vivre. »

‘C’est ce que je veux, ce que je souhaite depuis des siècles. Mais il semblerait que même mon Dieu ne veille pas exaucer ma prière. Alors, je forcerais le monde à écouter ma voix. Oh oui, le monde m’écoutera, tous ne parleront que de ça.’


But where lies my home ?

Le brun décida de revenir au premier sujet de leur discussion.

« Monsieur, le golem n’est pas fait pour tuer, pas comme vous, nous ou les hommes. Il ne sert à rien de vous comparer à lui, il ne vit pas, ne hait pas. Il ne peut qu’exister. Pourquoi un être sans sentiment aurait-il envie de tuer ? Il n’aura qu’un souffle, celui de mes prières, qu’une loi, la mienne, qu’une haine… celle que je nourris, celle que d’autres font grandir. Je ne perdrais pas le contrôle, non. Parce que je me connais… »

Parce que je sais ce que sont devenus ceux qui l’ont perdu.

« Qui, mieux que vous, sait que la chose que je veux, que j’ai toujours voulu, c’est vivre ? Je ne tuerais pas Ludwig, c’est le Reich que je veux détruire, le Reich et seulement lui. Le Reich est un régime, Ludwig un peuple.»

Et tu mentais sale gamin, tu mentais.

Il y avait de la haine dans ton cœur, de la sale haine qui te rongeait. Du bambin innocent d’hier, il ne restait rien. La faute aux plaies rouvertes, à la naïveté. Tu avais cru à un rêve Netsah, tu avais cru si fort et tu étais tombé si bas. Non, Netsah, ne dis pas que tu vas garder le contrôle, que tu es plus sage que les autres, plus à même de canaliser ta haine, de ne pas haïr tout un peuple, d’être raisonnable, de garder la tête froide. Mensonge, tout ceci n’était que mensonge et tu ne le savais pas encore. Tu voulais y aller, ton golem t’appelait. C’était vrai, peut-être. Mais il était déjà trop tard. Prie ton Dieu Netsah, prie ton Dieu. Tu ne vaux pas mieux. Prier et geindre. Pathétique enfant, tu ne pouvais rien hier, rien aujourd’hui, rien demain. Tu n’étais rien Netsah, rien.

Voilà pourquoi tu savais pertinemment que tu avais besoin d’aide, d’une personne qui voulait le monde autrefois, mais qui n’était plus rien à cette époque. Et qui souffrait. Comme toi, comme les autres.

Perdus dans la masse des millions, des millions de larmes se versaient, des mains se levaient, des prières étaient dites, des gens étaient blottis dans un coin, car ils ne pouvaient plus fuir. L’Unique là-haut restant parfois le seul espoir, restant le seul qui ne parlait pas.

Aidez-moi, aidez-moi, ne m’abandonnez pas Seigneur. Aidez-moi, aidez-moi…

« Vous êtes le seul qui puisse m'aider… Je ne veux plus me battre seul. J’ai besoin de vous. Je ne veux plus être seul, j’ai vraiment… vraiment besoin de vous.»

Là, Netsah devait paraitre bien petit, bien misérable.

Le pire étant qu'il s'en fichait bien.
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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Lun 18 Juil - 19:58

Aucun des mots de Netsah ne parvenaient à l’atteindre : il y en avait trop. Trop d’idiots… Les évènements se bousculaient dans la bouche du plus jeune : l’Egypte, la Torah, le rêve d’une nouvelle Israël…
Mais mon enfant, il y a déjà une nouvelle Jérusalem, lève les yeux vers les cieux, vers le Royaume de Dieu et tu la verras briller de mille feux, ne sais-tu pas ? Ah toutes ces bêtises, l’Egypte, les hébreux… de nouveau un rire sans joie. Roderich avait tellement de choses à dire et pourtant il continuait de les taire. A quoi bon parler lorsque personne ne nous écoute ?

Roderich pouvait sentir une bête sombre et sanguinaire lui lacérer le cœur. Dieu, que cela faisait mal, et qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Il y avait des mots à dire, il y a toujours des mots à dire et… et non, pas maintenant, plus jamais… Plus jamais quoi ? Ah mais où est donc passé le soleil ?! C’est comme un secret, et l’ombre de Ludwig est sur lui, menaçante… Ludwig, l’enfant qu’il a élevé et aimé, est-ce seulement possible que tout change ainsi ? Il se souvient de l’Anschluss, de son oui à lui, de tout ce qui a suivit… est-ce qu’il aurait du se défendre ? Mais non voyons, pas contre un ami !

Les amis, ça ne trahit jamais…

Roderich ferma les yeux, cette boule dans sa gorge, il savait pas quoi faire pour s’en débarrasser…

Une âme, encore une âme avant la fin. Une bougie qui se mouche, une flammèche qui s’éteint et un trou dans le ciel au milieu de toutes ces étoiles. A mourir de rire, pas vrai ? A mourir tout court aussi, et Netsah qui parle, qui parle…

Il se rend pas compte que ça sert à rien…

Comment était-il déjà, le golem ? Roderich se rappelait des blessures de l’enfant sous les coups du monstre, mais avant ? Comme un trou noir dans son esprit, et ce foutu bras qui le gratte…
Il y a quelque chose de caché, une vérité… Elle est toute proche, il pouvait la sentir du bout des doigts. Ah l’attraper pour enfin être sûr de quelque chose ! L’homme sentit ses doigts s’agiter … Mais bon sang, qu’est-ce qu’il ne comprenait pas ?! Il regarda Netsah, petit bout de garçon avec une casquette trop grande sur les yeux et un cœur en morceaux. Tout cela était une histoire de Dieu ? L’Autrichien n’avait jamais rien eu d’humain, il n’était qu’un corps sans âme et ne pouvait comprendre tous les sentiments et les questions capables d’agiter un peuple. Un réceptacle, rien d’autre, à l’image de tous ses frères et sœurs nations… Il avait pu aimer, mais aimer pour lui n’était qu’un mot : posséder. C’était pas ça pour les humains, pas vrai ?
Qu’est-ce que Netsah aurait reçu si un père humain l’avait aimé comme seuls savent aimer les hommes ?

Est-ce que tout va bien ? Parfois les choses ne sont que des cauchemars vous savez…

Et parfois on peut pas se réveiller.

Brusquement, l’Autrichien réussit à sourire. Quelque chose de triste, de beau aussi : ça y est… Oh comment avait-il pu être aussi bête ? Il comprenait.

Le Golem était déjà réveillé….

Il se tenait debout devant Netsah, à le regarder comme le regardait Roderich parce qu’en cet instant précis oui : l’Autrichien était le golem. Il était cette..cette chose vers laquelle l’enfant s’était dirigé, poussée par une foi trop naïve, trop puérile…trop bête ! Comme un mouton vers l’abattoir…

Oui, il était cette putain de nation morte, il était la terre, il était l’argile à qui le petit Juif voulait redonner vie pour servir ses intérêts : la survie. Et voilà, parce qu’il était Golem, il allait trahir.

Trahir, trahir, trahir, trahir !

Toujours cette douleur au bras… Alors Roderich releva sa manche. Il n’y avait pas de numéros tatoués sur la peau. Juste un nom…

Un seul…

Le Golem t’as déjà trahi

MATHAUSEN
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Netsah / Israël

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2.Le discours de Jéricho. Tunisie
3.Petit air de paradis... Pologne
4.Le carnaval de Venise. Italie.
5.1er Avril 2010 : Asile de corruption. Liechtenstein
6.La ballerine et le musicien. Autriche et Ukraine
7. Et d'autres...

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MessageSujet: Re: [Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}   Lun 19 Déc - 13:41

Netsah croyait en son Dieu, c’était quelque chose de si évident que nul ne pouvait contester cette affirmation. Cependant, il avait sa propre façon de croire, liée à la mentalité d’un peuple. Il respectait et craignait son Dieu. Cela ne voulait pas dire qu’il était servile et surtout, qu’il ne se plaignait pas, qu’il ne criait pas à perdre haleine lorsqu’il en avait assez. Il en allait de même pour ceux qu’il considérait comme ses modèles ou ses pseudo-figures fraternelles ou paternelles.

Autrement dit, Roderich commençait sérieusement à l’énerver et tandis que leur discussion tournait en rond, il bouillonnait de rage. Il songeait au temps qui continuait son cours, inébranlable.

Pendant ce temps, Ludwig gagnait sans doute du terrain.

Des gens à lui souffraient et ça, c’était intolérable.

Intolérables, comme les mots dansant soudainement sous ses yeux l'étaient.

Le golem t’a déjà trahi.

Mauthausen.

Instinctivement, Netsah recula, le souffle coupé, le cœur battant et du froid parcourant son corps.
Les tracés sur le bras ne bougeaient pas.
Pourtant, les mots, Netsah en était certain, brûlaient.
Comme avant les livres.

Il eut envie de fuir, loin, si loin que personne ne pourra jamais l’atteindre, de se réfugier dans une forteresse si inaccessible que personne ne saurait l’en sortir, même lui. Puis, il se raisonna. D’abord, ce n’était pas possible, ensuite, son but, mis à part la survie, n’était-il pas d’être libre ?

Cela n’empêchait pas de se sentir mal-à-l’aise en regardant les signes.

« C’est… excusez-moi d’avance mes propos, mais Ludwig fait ça à toutes ses conquêtes ou vous… Comment peut... Comment... Pourquoi... Je ne comprends pas...»

Le souffle faiblit, mourût. L’humour pour dédramatiser, il n’en avait pas encore envie. Plus tard, cela viendra sans doute, plus tard. Il secoua sa tête, les paroles revinrent.

« Comment quelque chose d’immobile peut-il trahir ? Comment une chose sans âme peut-elle le vouloir ? Les traîtres ont toujours un but, sinon, pourquoi trahiraient-ils ?»

Il n’était plus question de respect, plus de Jérusalem, de Bible, d’anciennes gloires, de rêves, mais du présent sordide, de cette ruelle, de cette peur si présente, si intense, mais aussi ancienne que le monde. La peur de mourir, de cesser d’être. La colère de ne pas être entendu ou compris.

« Vous n’êtes pas mon golem, vous n’êtes pas sans âme. Au contraire ! Vous représentez la somme de millions d’âme, d’homme, de femme, d’enfant, que toutes religions, de toutes races, de toutes apparences ! Même mes enfants nés sur vos terres vous appartiennent, Roderich. »

Il se coupa, réfléchit aux mots. Le golem t’a déjà trahi.

« De plus, ce n’est pas le golem qui m’a trahi, c’est moi qui en ai perdu le contrôle. En quelque sorte, je me suis trahi moi-même. J’ai trahi mon peuple, je suis en train de le faire un peu, en restant là, à vous parler alors que je devrais sans doute me battre, encore et encore. »

De la tristesse dans les yeux bleus, les yeux bientôt noirs de deuil, de rage. Ne pleurs pas encore petit, pas encore. Lorsqu’il n’y aura plus de terre, plus de guerre, des morts et quelques survivants, peut-être. Cependant, là, il n’était pas encore l’heure de pleurer, seulement d’essayer de survivre, de convaincre.

Pendant ce temps, les mots dansaient, le narguant comme un mauvais présage. Aura-il lui aussi quelque chose sur son bras ? Des mots sur son bras tels les mots sur le visage du golem ?

Ou bien des nombres….

des nombres

Une main (la sienne, réalisa tardivement Netsah) se posa sur les mots, les cachant à sa vue. Il en était malade, réellement malade sans pouvoir mettre un mot sur les sentiments s’agitant en lui. Il tenait maintenant Roderich, le fixait de son regard obstiné.

« Mais je ne suis pas le seul à avoir été trahi. »

Il y avait des mots qu’il aurait pu dire, mais qu’il tût, des horreurs à jeter sur son interlocuteur, remplies de rage violente et de colère brûlante.

'Je ne faisais pas confiance à Ludwig, mais vous si. C’est vous qui a été trahi. Un peu comme vous avez trahi votre petit frère et fils en le laissant mourir. Vous avez ensuite lâché votre caporal sur le monde et ne voulez pas m’aider à survivre. Ça vous amuse de voir mourir vos enfants siècles après siècles ?
En fait, le véritable traître dans tout ça… '

Il ne devait pas le dire. Ça ferait trop de mal beaucoup trop, pour rien en plus.
Il existait bien trop de douleurs dans ce siècle pour ne pas en rajouter.

Netsah serra les mots comme pour les étouffer, sentait la chaleur du bras, la prit pour une brûlure en train de se répandre. Tant pis, il fera avec.

« Je pense aussi que je ne suis pas le seul à vouloir m’en sortir. Je saurais contrôler le golem cette fois. Je sais que j’en suis capable. Et une fois réveillé, nous aurons quelque chose que personne d'autre n’aura. Et alors, on pourra arrêter cette guerre, ces folies, tout. »
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[Début des années 1942] La malédiction du golem {Autriche}

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